Appel au ridicule

L'appel au ridicule est une tactique argumentative considérée comme un sophisme. Elle consiste à présenter ou à déformer les propos d'un adversaire de manière caricaturale, afin de les rendre ridicules et donc plus faciles à réfuter[1],[2].
Fonctionnement
[modifier | modifier le code]Mécanisme
[modifier | modifier le code]L'appel au ridicule consiste à se moquer des arguments de son adversaire afin de rallier l'auditoire à sa cause[2]. Il fonctionne par analogie (si A entraîne X, alors B entraîne Y, et Y est jugé ridicule, donc A est faux)[3]. C'est un sophisme qui appartient à la catégorie des appels à l'émotion[4] : il cherche moins à susciter une réflexion rationnelle qu'à provoquer le rire ou la peur chez l'auditoire[1]. Il repose donc sur les valeurs et les stéréotypes partagés par le public présent au débat[3].
Distinctions et usages
[modifier | modifier le code]L'appel au ridicule se rapproche d'une attaque ad hominem[1]. Toutefois, là où l'ad hominem vise directement la personne (« vous êtes stupide ! »), l'appel au ridicule cible indirectement son discours (« c'est la chose la plus débile que j'ai entendue ! »)[1]. Ridiculiser une idée ne la rend pas fausse pour autant, ce qui en fait un argument non pertinent[1]. Dans certains cas, ce procédé peut constituer une forme rhétorique de harcèlement ou d'humiliation[5], en cherchant à exclure une personne du groupe par le rire collectif[3].
Il se distingue également du raisonnement par l'absurde[3], qui utilise des arguments valides pour convaincre[1].
L'appel au ridicule est fréquemment utilisé comme technique argumentative, notamment en politique[6], mais aussi comme technique de vente pour attirer des consommateurs[2]. Gregory L. Bock recommande de privilégier le respect, l'ouverture d'esprit et l'humilité pour éviter d'y recourir, surtout face à des idées contraires à sa propre vision du monde[1].
Exemples
[modifier | modifier le code]Un exemple d'appel au ridicule est de qualifier de « fou » un discours, une idée ou une croyance (notamment une croyance religieuse)[1], par exemple « la foi en Dieu, c'est comme croire au Père Noël ou à la petite souris »[7] (sous-entendu : ça n'est pas sérieux, donc cela doit être faux).
En réponse aux critiques formulées envers les politiques du président américain Barack Obama en 2008, jugées trop « socialistes », ce dernier a répondu : « bientôt on m'accusera d'être communiste parce que j'ai partagé mes jouets quand j'étais en maternelle »[2].
Les phrases suivantes sont également des exemples d'appel au ridicule :
- « Croire que limiter le progrès permettra d'éviter de détruire la planète, c'est comme penser que se doucher dehors les jours de pluie, par 3°C, sauvera la planète »[4].
- « Alors, l'antispécisme, ça veut dire que les humains et les moustiques, c'est la même chose ! »[8].
Références
[modifier | modifier le code]- (en) Gregory L. Bock, « Appeal to Ridicule », dans Bad Arguments, Wiley, (ISBN 978-1-119-16578-1, DOI 10.1002/9781119165811.ch18, lire en ligne), p. 118–120
- (en) Muhammad Nauman Abbasi, Muhammad Ramzan Sheikh, Rashid Saeed et Muhammad Imdadullah, « Impact of Emotional Appeals on Youth Purchasing Behavior: Evidence from Pakistan », Pakistan Journal of Social Sciences, vol. 34, no 2, (lire en ligne) :
« Next they'll be calling me a communist because I shared my toys in kindergarten »
- (es) Hubert Marraud, « La argumentación por el ridículo. Instrucciones de uso », Revista Iberoamericana de Argumentación, vol. 15, (DOI 10.15366/ria2017.15)
- ↑ (en) Ken Tanner, « Common Nonsense Based on Faulty Appeals », dans Common Sense: Get it, use it and Teach it in the Workplace, Apress, (ISBN 978-1-4302-4153-9, DOI 10.1007/978-1-4302-4153-9_3, lire en ligne), p. 31–43
- ↑ (en) Anne-Mari Mustonen, Tommi Paakkonen, Esko Ryökäs et Petteri Nieminen, « Abortion debates in Finland and the Republic of Ireland: textual analysis of experiential thinking and argumentation in parliamentary and layperson discussions », Reproductive Health, vol. 14, no 1, , p. 163 (ISSN 1742-4755, PMID 29197399, PMCID PMC5712170, DOI 10.1186/s12978-017-0418-y, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Jérôme Palazzolo et Axel Sola, Gérer les conflits et l'agressivité au quotidien, Tredaniel, (ISBN 978-2-8132-2154-4, lire en ligne), p. 56
- ↑ Rosa B, Insolente Veggie - L'intégrale, La Plage, (ISBN 978-2-84221-955-0, lire en ligne), p. 257