Volontourisme

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Le volontourisme est une forme de tourisme alternatif consistant à proposer ses services à des populations défavorisées au cours d'un séjour à l'étranger via les services d'une agence de voyage.

Définition[modifier | modifier le code]

Ce néologisme est un mot-valise crée par le secteur touristique anglo-saxon formé sur volontariat et tourisme (volunteer et tourism soit voluntourism en anglais). Il s'agit de jour où le touriste peut vivre une expérience "humanitaire" en quelques jours. Le volontourisme s'apparente à des vacances utiles où chaque client peut s'engager sur un projet solidaire dans un pays en développement. Cette expression a, en français, une connotation négative[1]. L'expression tourisme solidaire ou celle de vacances utiles regrouperont des voyages contenant des activités permettant de s'engager pour le développement local et les populations.

Motivations[modifier | modifier le code]

Comme tout commerce, les entreprises de volontaire ont des objectifs financiers . Accessoirement sincèrement ou pour des raisons de marketing, les entreprises de volontourisme clame vouloir donner à leurs voyages un impact positif sur le développement local des territoires visités, d'entrer en lien avec des populations locales dans un échange non commercial permettant de découvrir autrement de nouvelles cultures[2][réf. à confirmer].

Critiques[modifier | modifier le code]

Si certains de ces projets sont utiles aux populations locales et élaborés par des professionnels, d'autres sont décriés car ils monétiseraient la pauvreté et participeraient à son entretien[3].

Confusion avec le volontariat international[modifier | modifier le code]

Un reproche majeur que fait le secteur du volontariat international est la confusion sciemment entretenue par les agences de voyages pour vendre leurs séjours de volontourisme: détournement du vocabulaire associatif (y compris le vocabulaire légal), création d'associations écrans, opération de marketing auprès de jeunes adolescents (ex: distribution de guides "comment convaincre vos parents").

L'entreprise préfère se nommer "organisation", les bénéfices sont des "soutiens financiers", le client devenant ainsi un "volontaire", le voyage touristique se transforme en mission, les sous-traitants locaux deviennent des partenaires et l'activité touristique devient la population locale.

Depuis de nombreuses années, des associations comme le Service volontaire international ou l'agence française France Volontaires se mobilisent pour informer les décideurs politiques et pour faire interdire ces pratiques marketing trompeuses.

Monétisation de la pauvreté[modifier | modifier le code]

L'une des critiques les plus importantes faite par certains acteurs du secteur associatif concerne la communication des entreprises de volontourisme. Selon le Service volontaire international, ces organismes « camoufleraient leurs objectifs lucratifs » par l'utilisation systématique du vocabulaire associatif[4], le manque de transparence financière et surtout la finalité projets. Les coûts des séjours de volontourisme sont généralement élevés, en moyenne 2000 euros / pour 2 semaines (vols non compris).

Impacts limité, voire négatif[modifier | modifier le code]

Les compétences des volontaires sont également remises en cause puisque ceux-ci ne disposeraient pas des formations et diplômes requis normalement par les associations humanitaires[5]. Les projets humanitaires orientés vers l'accueil de volontaires occidentaux sur de courtes périodes participeraient à déstabiliser les équilibres économiques et sociaux du territoire[6]. En Asie du sud est, on constate ainsi la création de "faux-orphelinats" pour accueillir plus de volontaires, vus comme une manne financière[6].

Manque de retombées économiques pour les populations[modifier | modifier le code]

De manière générale, les critiques à l'encontre du volontourisme peuvent être cristallisées autour des propos de la géographe Sylvie Brunel, dénonçant ces nouveaux touristes « aventuriers » participant à la « disneylandisation de la planète ». Elle en appelle à une redistribution plus juste des revenus du tourisme entre voyagiste et autochtones permettant un développement durable de ces territoires et non leur exploitation à des fins commerciales[7]. Contrairement au tourisme équitable ou au tourisme autochtone, le volontourisme n'est pas construit sur un modèle économique de redistribution orientée vers les habitants. Certains dénoncent le fait que l'argent investit par les volontaires pour participer au projet aurait pu rémunérer des artisans locaux compétents pour effectuer le travail, à un coût moindre et en créant de l'emploi. Les montants représentant des sommes très importantes au vu du prix de la vie sur le territoire, l'argent directement versé aurait également permis une démultiplication de l'impact du projet (par exemple ouverture de plus de salles de classe au lieu de payer des billets d'avion)[8].

Complexe du "White Savior"[modifier | modifier le code]

Le complexe du White Savior (sauveur blanc) désigne des représentations biaisées d'occidentaux se considérant comme légitime à aider des populations du sud, sans connaissance particulière du contexte ni compétences spécifique. Il implique une volonté de se valoriser au travers de son engagement, par exemple via des photos et publications sur les réseaux sociaux, notamment avec de jeunes enfants, mais également dans le récit de son parcours (CV)[8]. Il s'agit de se mettre en avant pour des actions humanitaires, de scénariser son aide, pour être dans la position du héros. L'expression fait référence à un héritage colonial dans la posture du sauveur, bienfaiteur, civilisateur[9].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Noémie Rousseau, « Tourisme humanitaire: la vraie fausse pitié », sur Libération.fr, (consulté le 1er juillet 2020)
  2. Hanae Malovic, « Les bons et les mauvais côtés du volontariat et volontourisme », sur Tour-monde.fr - Blog voyage, (consulté le 22 novembre 2019)
  3. « Le volontourisme ou comment des agences de voyages monétisent la pauvreté », RTBF Info,‎ (lire en ligne, consulté le 15 septembre 2018)
  4. Marion Dupont, « « Volontourisme » : le juteux business de l’humanitaire sur catalogue », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 15 septembre 2018)
  5. Thomas Mignon, « Le volontourisme ou comment des agences de voyages monétisent la pauvreté », sur RTBF, (consulté le 18 août 2015)
  6. a et b « Volontourisme : Partir faire du bénévolat à l'étranger pendant les vacances, bonne ou mauvaise idée ? », sur CIDJ (consulté le 22 novembre 2019)
  7. Sylvie Brunel, « Quand le tourisme disneylandise la planète... », Sciences Humaines, no 174,‎ (lire en ligne, consulté le 18 août 2015).
  8. a et b « Pourquoi le « volontourisme » est un fléau pour l'Afrique », sur Slate Afrique (consulté le 22 novembre 2019)
  9. La Rédaction, « Quelques mots sur le complexe du sauveur blanc ou le « white saviorism » », (consulté le 22 novembre 2019)