Victoire Doutreleau

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Victoire
Naissance 1934 (83-84 ans)
Nationalité Drapeau de la France Française
Physique
Cheveux bruns
Yeux noirs[1]
Taille 1,65 m[2]
Mensurations 85 - 48 - 86
Carrière
Période active années 1950 - années 1960

Victoire Doutreleau, également appelée seulement Victoire, née Jeanne Devis est un mannequin français, née en 1934, muse du couturier Christian Dior au milieu des années 1950 puis d'Yves Saint Laurent.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née Jeanne Devis, elle ne connait pas son père[1]. À l'âge de seize ans, elle prend des cours de dessin, souhaitant entrer aux Arts-Déco ; à la même époque, elle pose pour Louis Touchagues[3],[4]. Lorsque des amis l'encouragent à faire du mannequinat, elle demande conseil à Touchagues qui, enthousiasmé, l’envoie rencontrer l'influent Michel de Brunhoff pour obtenir une lettre de recommandation[3].

Dior[modifier | modifier le code]

Au printemps 1953, sans même lire la lettre de Michel de Brunhoff, Christian Dior engage Jeanne immédiatement[5] : elle commence sa carrière vers l'âge de dix-huit ans dans la cabine du couturier[6]. Celui-ci la rebaptise « Victoire »[6]. Elle est petite — pour un mannequin —, a une taille de guêpe[2] et de la poitrine[1], mais élégante et sensuelle, « mélange d'insolence et de classicisme[7] », elle bouleverse les codes habituels de la haute couture[5]. Loin des standards de l'époque en matière de mannequinat, nettement plus jeune que ses collègues, son arrivée dans la maison est pourtant peu appréciée : « Je n'avais pas « le bon ton » dira-t-elle[1].

Durant ces années, elle sort assidument le soir, notamment au Bœuf sur le toit ainsi que d'autres lieux de la nuit parisienne, accompagnée d'Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld[6],[7], avec qui elle part en vacances également[8]. « Si je m'étais marié, c'est Victoire que j'aurais épousée » dit Saint Laurent[7] qui entretient une relation « platonique » très intime avec son mannequin[8].

En 1954, Dior crée les premiers balconnets et la ligne « H » — appelée Busty Look par la presse anglo-saxonne — sur Victoire[5],[9]. Victoire évolue au sein de la maison de couture jusqu'à devenir « mannequin vedette », intéressée aux ventes des robes qu'elle présente[6]. « Victoire devint vedette, justifiant ainsi le nom que je lui avais donné », dira Dior[10]. Mais à quelques exceptions, après la première collection qu'elle présente lors d'un défilé, l'inimitié dans la maison et auprès des clientes est forte : la plupart des autres mannequins ne lui parlent pas, les critiques sont nombreuses[5]. Pourtant, le couturier s'obstine et impose Victoire pour une seconde collection[5].

Alors que jusque-là la tendance voulait des mannequins hautains, sophistiqués et maniérés[n 1], Victoire revendique son style plus libéré dès la seconde collection qu'elle présente[11]. C'est la consécration ; bien que préférant les essayages aux séances photos, elle apparait dans les pages de Vogue, Harper's Bazaar ou Elle sous l'objectif de William Klein, d'Henry Clarke, ou d'Hiro[11], puis Irving Penn plus tard[12]. Elle est de tous les voyages, tous les bals pour accompagner le couturier[11]. En 1956, marraine d'une promotion, elle arrive vêtue d'un uniforme spécialement créé par Dior à Polytechnique[11].

Saint Laurent[modifier | modifier le code]

À la mort de Christian Dior, Yves Saint Laurent, arrivé en 1955 comme simple modéliste, reprend la haute couture de la maison ; il présente sa ligne « Trapèze » le 15 janvier 1958 et fait la couverture du numéro de Paris Match du mois de mars avec Victoire en robe de mariée, photographiés par Willy Rizzo[12]. Plus tard, c'est pour son mariage avec Roger Thérond[n 2] qu'elle porte une robe de mariée de la même collection[12].

Victoire quitte le métier peu après que Saint Laurent quitte la maison Dior. Yves Saint Laurent la rappelle quelque temps après et elle participe à la création de la nouvelle maison du couturier[7]. Alors qu'elle apparait de nouveau dans Paris Match[13],[14],[n 3], elle devient quelque temps après « directrice des salons »[6] et responsable du recrutement des mannequins[14] : « Il dessine sa première collection qu'il présentera dans trois mois. Il est secondé par Victoire, son mannequin-vedette qui jouera un rôle important dans la direction de la maison » écrit encore Paris Match[15]. Elle l'accompagne pour quelques années après la création de sa maison en 1962[14]. Le trio complice formé par Bergé, avec qui elle a une relation qu'elle qualifie de « très sexuelle » durant trois ans[8], Saint Laurent et Victoire se termine au moment de la collection printemps-été 1963[n 4] « pour une obscure histoire de photo » dit-elle[8] ; le couturier n'aura plus de muse fidèle et inspirante durant plusieurs années, jusqu'à l'arrivée de Danielle Luquet de Saint Germain[16] et restera sans contact avec Victoire durant douze ans[8].

Victoire se lance par la suite dans ses propres créations de prêt-à-porter[17] pour enfants, alors conseillée par Karl Lagerfeld et aidée par Évelyne Prouvost[17]. Elle divorce, puis prend le nom de Doutreleau au début des années 1970 à la suite de son mariage avec le peintre Pierre Doutreleau, avec qui elle aura deux enfants[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. On peut citer par exemple Lisa Fonssagrives-Penn, ou quelques années après Dovima, Bettina, Fiona Campbell-Walter ou Ivy Nicholson comme mannequins reflétant cette période à la recherche de sophistication.
  2. Gaston Bonheur et Yves Saint Laurent sont les témoins de mariage.
  3. Roger Thérond, mari de Victoire, est alors rédacteur en chef du magazine. « J'ai demandé à Roger de publier quatre pages dans Match sur la création de la maison Saint Laurent…[8] »
  4. Collection présentée plusieurs mois avant le printemps 1963.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Schwaab - Paris Match 2014, p. 108
  2. a, b et c Guy Monréal, « Et Dior créa une sublime Victoire », L'Officiel Paris, Éditions Jalou, no 816,‎ , p. 96 à 97 (ISSN 0030-0403, lire en ligne)
  3. a et b Liaut 1994, p. 185
  4. [image] Victoire de profil par Touchagues
  5. a, b, c, d et e Liaut 1994, p. 186
  6. a, b, c, d et e Katell Pouliquen, « Christian Dior et Victoire - Souvenirs couture », L'Express Styles, no 3152,‎ , p. 10 à 13 (ISSN 0014-5270, lire en ligne)
  7. a, b, c et d Schwaab - Paris Match 2014, p. 107
  8. a, b, c, d, e et f Schwaab - Paris Match 2014, p. 109
  9. [image] Victoire en couverture du Elle d'août 1954, sur le site elle.fr
  10. Christian Dior, Christian Dior et moi, Bibliothèque Amiot - Dumont (réimpr. La Librairie Vuibert, octobre 2011) (1re éd. 1956), 260 p. (ISBN 978-2311004410, présentation en ligne), p. 163
  11. a, b, c et d Liaut 1994, p. 187
  12. a, b et c Liaut 1994, p. 188
  13. Anne-Cécile Sanchez, « Et Saint Laurent aima la femme », sur lepoint.fr, Le Point, (consulté le 14 janvier 2013) : « En août 1961, sous le titre « Deux Parisiennes semblent porter du Yves Saint Laurent », Paris Match, photos de Zizi Jeanmaire et du mannequin Victoire à l’appui, braque ses projecteurs sur le couturier - qui a bien dessiné les vêtements de ses deux égéries. »
  14. a, b et c Liaut 1994, p. 189
  15. Paris Match cité in : Sandro Cassatti, Yves Saint Laurent : l'enfant terrible, City Éditions, coll. « City Biographie », , 233 p. (ISBN 978-2-8246-0436-7), p. 57
  16. Cassati - op. cit. 2014, p. 66 et sv.
  17. a et b Liaut 1994, p. 190

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Presse[modifier | modifier le code]

  • Article et interview in : Catherine Schwaab, « Victoire : de Dior à Saint Laurent », Paris Match, HFM, no 3418,‎ , p. 104 à 109 (ISSN 0397-1635) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]