Trigger warning (psychologie)

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Un trigger warning est un avertissement, généralement écrit, qui prévient qu'une œuvre contient du texte, des images ou des concepts qui pourraient déclencher un souvenir rappelant un traumatisme psychologique à une personne[1]. Ce terme et ce concept sont apparus sur Internet, dans les forums, les tweets, les blogs et les safe spaces avant de se propager vers d'autres domaines, tels que les journaux et les cours universitaires de psychologie. Un trigger warning se présente généralement sous la forme d'une mention écrite de type « Trigger warning : (sujet) » ou « TW : (sujet) », le sujet désignant le type de contenu potentiellement traumatisant, et permet à une personne de choisir de poursuivre ou non sa lecture en connaissance de cause.

Les éléments annoncés par les trigger warnings sont désignés sous le terme de « trauma triggers ».

Trauma triggers[modifier | modifier le code]

Un trauma trigger (littéralement un « déclencheur de traumatisme »), parfois désigné sous le terme de « stimulus traumatique » ou de « facteur de stress traumatique », est une expérience qui va provoquer le déclenchement d'un souvenir traumatique. Ce trigger n'a pas besoin d'être effrayant ou traumatisant et peut rappeler indirectement ou de façon superficielle un précédent incident traumatique.

Parmi ces déclencheurs peuvent par exemple se trouver des représentations de violences physiques, psychologiques (comme des agressions sexuelles, viols, du racisme, de l'homophobie, de la transphobie…) mais aussi de troubles des conduites alimentaires, de troubles psychologiques (dépression, suicide…). De manière générale, tout autre sujet susceptible de mettre la personne mal à l'aise jusqu'à provoquer des crises de paniques, des flashback ou des manifestations d'un syndrome post-traumatique peut être considéré comme un déclencheur. Il peut être très fin et difficiles à anticiper[2], aggravant parfois le TSPT. Il a par exemple été suggéré que des représentations réalistes de violence à la télévision ou dans un film puissent être sources de trauma triggers[3].

Débat sur l'utilisation[modifier | modifier le code]

Dans les médias[modifier | modifier le code]

Dans une interview pour The Daily Telegraph à propos des triggers warnings, le professeur Metin Basoglu, psychologue reconnu pour ses recherches sur les traumatismes, a déclaré « qu'au lieu d'encourager une culture de l'évitement, [les médias] devraient encourager leur diffusion. La plupart des victimes de traumatismes évitent les situations qui leur rappellent leur expérience. L'évitement signifie l'impuissance, l'impuissance signifie la dépression. Ce n'est pas bon[4]. »

Richard J. McNally, professeur de psychologie à l'université Harvard, a écrit dans le Pacific Standard[5] que « les triggers warnings sont conçus pour aider les victimes à éviter les rappels de leur traumatisme, empêchant ainsi un inconfort émotionnel. Pourtant, l'évitement renforce le TSPT. À l'inverse, l'exposition systématique aux déclencheurs et les souvenirs qu'ils provoquent est le moyen le plus efficace de surmonter le trouble. » L'article de McNally cite plusieurs études souffrant sur le TSPT pour appuyer ces affirmations.

Pour sa part, Jay Caspienne Kang, journaliste sportif connu de Grantland, a accusé ces avertissements de « réduire une œuvre littéraire aux éléments les plus laids de son intrigue[6]. »

Dans l'enseignement supérieur[modifier | modifier le code]

Les étudiants de l'université de Californie à Santa Barbara ont adopté une résolution en faveur de l'utilisation de trigger warnings pour des cours susceptibles de contenir des éléments perturbants. Les professeurs auraient ainsi pour devoir d'avertir les étudiants de la présence de tels éléments et leur permettre de ne pas participer aux cours qui les rendraient particulièrement mal à l'aise[7].

L'Association américaine des professeurs d'université a publié un rapport critique sur les trigger warnings dans un contexte universitaire, en déclarant que « la présomption selon laquelle les élèves doivent être protégés et non pas mis à l'épreuve dans une salle de classe est à la fois infantilisante et anti-intellectuelle[3] » Angus Johnston, professeur d'histoire à l'université de New York, a cependant déclaré que les trigger warnings peuvent faire partie d'une « pédagogie saine », en notant que les étudiants rencontrant des éléments potentiellement déclencheurs de traumatismes dans un cours y « viennent comme des personnes entières possédant une grande variété d'expériences [vécues], et que le chemin que nous empruntons ensemble peut parfois être douloureux. Reconnaître cela ne veut pas dire qu'ils sont dorlotés. En fait, c'est tout le contraire.[8] »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Trigger warnings: What do they do? », Ouch blog, BBC,‎ (lire en ligne)
  2. Staff writer, « Post traumatic stress disorders in rape survivors », sur survive.org.uk, UK, Survive,
  3. a et b « On Trigger Warnings », American Association of University Professors,
  4. (en) Florence Waters, « Trigger warnings: more harm than good? », The Telegraph, Telegraph Media Group,‎ (lire en ligne)
  5. (en) Richard J. McNally, « Hazards ahead: the problem with trigger warnings, according to the research », Pacific Standard, Sara Miller McCune,‎ (lire en ligne)
  6. (en) Jay Caspian Kang, « Trigger warnings and the novelists mind », The New Yorker, Condé Nast,‎ (lire en ligne)
  7. (en) Jenny Jarvie, « Trigger happy », The New Republic, Chris Hughes,‎ (lire en ligne)
  8. (en) Angus Johnston, « Trigger warnings: a professor explains why he's pro-trigger warnings », Slate, The Slate Group,‎ (lire en ligne)

Lectures complémentaires[modifier | modifier le code]