Toronto Rock and Roll Revival Festival

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Toronto Rock and Roll Revival
Toronto Peace Festival
Genre Rock and roll, Blues rock, Jazz-rock fusion, Hard rock, Rock psychédélique
Lieu Varsity Stadium, Université de Toronto, 299 Bloor Street, Toronto, (Ontario), Drapeau du Canada Canada
Période
Capacité 20 000 personnes
Date de création 1969
Fondateurs John Brower, Ken Walker
Collaborations Bo Diddley, Jerry Lee Lewis, Chuck Berry, Little Richard, Gene Vincent, John Lennon, Yoko Ono, Eric Clapton, Alice Cooper, The Doors, Chicago Transit Authority, Tony Joe White, Cat Mother & the All Night Newsboys, Junior Walker & The All-Stars, Doug Kershaw, Screaming Lord Sutch, Noyau, Milkwood, Whiskey Howl

Le Toronto Rock and Roll Revival Festival (aussi appelé Toronto Peace Festival) est un festival de musique, qui s'est déroulé le au Varsity Stadium de l'Université de Toronto, mettant en vedette un certain nombre d'artistes populaires des années 1950 et 1960 (Jerry Lee Lewis, Chuck Berry, Bo Diddley, Little Richard, Gene Vincent), ainsi que des groupes plus actuels (The Doors, Alice Cooper, Chicago Transit Authority)[1].

Ce festival, que le magazine américain Rolling Stone a qualifié de « second plus important évènement de l'histoire du rock and roll », est particulièrement connu pour la performance de John Lennon et sa femme Yoko Ono, avec leur groupe le Plastic Ono Band, qui a abouti à la sortie de leur album live, Live Peace in Toronto 1969. L'événement a également fait l'objet d'un film réalisé par D.A Pennebaker, Sweet Toronto, sorti en 1971.

Genèse[modifier | modifier le code]

En , lors du festival de Woodstock, l'un des groupes à avoir remporté le plus de succès était Sha Na Na, une formation vocale américaine qui pastichait avec affection les succès du doo-wop et du rock'n'roll des années 1950. Des géants de cette époque depuis longtemps assoupis, Chuck Berry, Little Richard et Jerry Lee Lewis, émergent de leur sépulcre pour démontrer que nul ne les avait surpassés en matière d'énergie et ou d'anarchie. Elvis Presley lui-même s'était débarrassé de son linceul hollywoodien et avait été rétabli, à l'âge de trente-quatre ans, à son ancien rang de « mec le plus sexy de la planète »[2]. C'est à ce moment précis que John Brower et Ken Walker, deux promoteurs canadiens, décident d'organiser le premier festival consacré au rock'n'roll revival, qui a doit avoir lieu le 13 septembre 1969 au Varsity Stadium de Toronto. Sont prévus au programme, Bo Diddley Jerry Lee Lewis, Chuck Berry, Little Richard, Gene Vincent, The Doors, Alice Cooper, Chicago Transit Authority, Tony Joe White, Cat Mother & the All Night Newsboys, Junior Walker & All Stars, Doug Kershaw, Screaming Lord Sutch, Noyau, Milkwood, et Whiskey Howl.

Organisation[modifier | modifier le code]

Dans un premier temps, les choses s'annoncent très mal. En effet, trois jours avant le début du festival, les promoteurs n'ont vendu que 2 000 tickets pour le stade universitaire qui compte 20 000 places. Leurs avocats conseillent de déclarer l'affaire en faillite lorsque Kim Fowley, engagé pour présenter les artistes[3] suggère aux organisateurs d'appeler John Lennon, persuadé que seul un Beatle pourrait les sauver d'un désastre. Brower demande à Lennon et à sa femme Yoko Ono s'ils seraient disposés à être les maîtres de cérémonie. Lennon, qui vient de terminer l'enregistrement du dernier album des Beatles, Abbey Road, n'accepte qu'à la seule condition de pouvoir se produire sur scène avec un groupe[4]. « Ils nous invitaient comme si on était le roi et la reine censés présider et non pas jouer, dira t-il. Mais je n'ai pas voulu de ça. J'ai dis : "Donnez-moi seulement le temps de réunir un groupe", et le lendemain matin, on était partis[5]. » Médusé, Brower accepte l'offre et leur envoie rapidement des billets d'avion en première classe. « Tout le monde écoutait la conversation dans le bureau et ils ont tous écarquillé les yeux, genre : "Non, il n'est pas sérieux." Alors j'ai dit : "Oui, je crois que je peux trouver une place à l'affiche pour toi, on va arranger ça."[6] » Par l'intermédiaire de George Harrison, John contacte Eric Clapton qui vient d'effectuer une tournée avec le groupe Blind Faith, le bassiste Klaus Voormann, vieux compagnon de l'époque de Hambourg et designer de la pochette de Revolver et le futur batteur de Yes, Alan White.

Les médias, y compris les stations de radio, refusent de croire Brower et les ventes de billets ne bougent pas, jusqu'à ce qu'un promoteur de Detroit, Russ Gibb, diffuse l'enregistrement de la conversation téléphonique entre Brower et Lennon. L'annonce provoque alors une véritable ruée de dernière minute sur les billets et remplit le stade universitaire au cours de l'après-midi de l'événement, qui atteint une audience de 20 000 spectateurs. À leur arrivée, John et Yoko sont escortés en limousine depuis l'aéroport de Toronto par 80 motards chargés de la sécurité. « Il y a donc John et Yoko dans la limousine et tous les autres dans d'autres voitures. On arrive par la voie secondaire. La limousine commence à ralentir. John jette un coup d'œil et voit toutes ces bécanes qui arrivent et il tend le bras pour verrouiller les portières. Puis il me jette un regard du genre : "Bon, on est en sécurité." Je lui dis : "Je ne voulais pas t'en parler avant qu'on arrive, mais ce sera ton escorte à Toronto." Il m'a regardé avec un grand sourire. Ce sont donc huitantes motos qui démarrent dans un nuage étourdissant de fumée bleue, et nous voilà partis. Ils ont juste traversé la ville. La police s'était préparée. Elle avait bouclé les carrefours, car rien n'aurait pu arrêter ces gars-là. Ils savaient se rendre au Varsity Stadium et c'était tout. Il ne fallait pas se trouver sur leur route[7]. »

Déroulement[modifier | modifier le code]

En coulisses, John et Yoko restent dans leur loge jusqu'à leur passage et Yoko n'est pas transportée par le décor : « Je viens du milieu de la musique d'avant-garde, ce qui est un peu comme le milieu classique. Quand on donne un concert, comme au Carnegie Hall, par exemple, il y a une belle salle d'attente que l'on appelle "la chambre verte". Là, on entre et c'est tout un stade. Quant à la salle d'attente, c'était une simple pièce en béton. Je n'arrivais pas à y croire. Actuellement, pour un concert de rock, on trouverait une salle d'attente avec de la moquette, mais ce n'était pas le cas à l'époque. J'ai regardé John, il a éclaté de rire et a lancé : "Bienvenue dans le rock and roll." Ce fut donc une expérience très intéressante pour moi[8]. » Lennon doit ensuite affronter une pénible discussion avec Little Richard, qui veut passer en avant-dernier du programme. John refuse, comme il le fera à Jim Morrison, dont l'idée de passer après ce dernier l'effraye. Avant de monter sur scène, Lennon est si terrifié d'avoir à se confronter avec autant de ses idoles d'enfance réunies, qu'il vomit. Afin d'atténuer son trac, Brower fait baisser les lumières des projecteurs et demande aux spectateurs d'allumer des briquets.

Arrivé sur scène, c'est un Lennon nerveux qui s'adresse aux 20 000 personnes de l'assistance, qui l'acclament bruyamment. « On va se contenter de jouer des morceaux qu'on connaît, parce que c'est la première fois qu'on joue ensemble. » annonce-t-il. La foule n'ayant pas l'air de s'en formaliser, le groupe se lance avec Blue Suede Shoes de Carl Perkins et d'autres classiques du rock'n'roll (Money, Dizzy Miss Lizzy) avant entamer le Yer Blues, tiré du White Album des Beatles. S'ensuit une nouvelle chanson Cold Turkey, et Give Peace a Chance, qui est reprit en chœur par le public. Yoko Ono se joint ensuite au groupe pour Don't Worry Kyoko (Mummy's Only Looking for Her Hand in the Snow) et John John (Let's Hope for Peace), deux chansons dont le caractère avant-gardiste fut comparé par le magazine Rolling Stone au « cri du cœur d'une femme extrêmement inquiète[9]. » Larry Leblanc, alors jeune reporter et aujourd'hui rédacteur en chef de l'édition canadienne de Billboard, se trouve dans la fosse entre la scène et le public : « Les gens étaient polis. Ils étaient stupéfaits, mais savaient que c'était une artiste, qu'elle avait pris des photos de clochards et des trucs de ce genre. On s'est dit que ça se terminerait tôt ou tard, mais ça n'en finissait pas. » Certains racontent qu'on lui aurait jeté des projectiles. « Des gens huaient sur les côtés, mais tout ce qu'on aurait pu lui balancer aurait atterri près de moi, se souvient Leblanc. Rien de ce genre ne s'est produit[6]. »

Le succès du concert encourage Lennon à précipiter la fin des Beatles deux semaines plus tard. Le plaisir qu'il éprouve sur scène tranche singulièrement avec la pression qui entoure alors le groupe. « Le boucan était incroyable, se rappellera t-il. Je ne m'étais jamais senti aussi bien de ma vie. » Dès lors, Lennon n'envisagera la scène que sous deux aspects : en jamnant avec d'autres musiciens ou dans le cadre de concerts de charité, prolongement de l'engagement politique du couple[10]. »

Alice Cooper[modifier | modifier le code]

C'est aussi à l'occasion de ce festival qu'Alice Cooper et son groupe alors en pleine promotion de leur premier album, Pretties for You, sont découverts pour la première fois par le public canadien et américain, grâce au soutien du chanteur Frank Zappa. Alice Cooper : « Shep Gordon connaissait des gens. Ils voulaient qu'on joue dans un grand concert. Il a passé un mois à les aider à organiser tout ça. Le stade était plein à craquer. La foule trépignait d'impatience. Tout le monde était très excité. Un Beatle jouerait après nous, qui n'étions connus de personne. On savait qu'il fallait faire un coup d'éclat. Jouer avant John Lennon, ça n'arrive pas souvent. Quand on est montés sur scène, les gens étaient un peu perplexes. Mais ils ont adoré notre énergie. »

La prestation du groupe demeure tristement célèbre à cause d'un groupe de fans éméchés qui lancèrent un poulet vivant sur la scène. Alice se sachant comment s'y prendre s'en saisit, et, pensant que la foule allait le laisser voler au-dessus d'elle, le relance. Le volatile tombe dans les premières rangées de la foule qui s'en empare et le déchiquette littéralement. Alice Cooper : « J'ignore pourquoi il y avait une poule en coulisses. Et quand les plumes sont tombées, j'ai lancé la poule en l'air. J'ai regardé par terre, et la poule était là. Je me suis dit : "Bon. Ça a des plumes et des ailes... Ça devrait voler." Une poule, c'est un oiseau, non? J'ai donc pris la poule et je l'ai lancée dans la foule. Elle est tombée, et les gens l'ont attrapée. Disons que ça n'a pas été très bon pour la santé de la poule. La foule l'a déchirée en morceaux et l'a lancée sur la scène. On ne voyait que du sang, une tête et des plumes. Les gens étaient choqués. On aurait pu entendre une mouche voler. On a tué une poule devant 70 000 hippies. Du jour au lendemain, on est devenus le plus infâme groupe de la planète. » L'évènement fait le tour de la presse américaine grandissante et sera très vite répertorié comme le kill the chicken, la presse de l'époque prétendant que le chanteur aurait crié ces mots. Alice niera toujours avoir tenu ces propos, déclarant qu'il n'aurait jamais voulu ça[11], mais Zappa conseille au groupe de ne pas nier, prenant conscience de l'importance publicité que cela pourrait lui apporter. Cette scène fut filmée et sortira en 1970.

The Doors[modifier | modifier le code]

Les Doors sont chargés de clôturer le festival. Au milieu de la chanson Light My Fire, le guitariste Robbie Krieger effectue un solo en reprenant la mélodie et le refrain de Eleanor Rigby. Avant d'entamer leur dernier morceau The End, Jim Morrison rend hommage aux artistes qui ont précédé le groupe ce jour-là en déclarant à l'audience : « Je me souviens que gamin, quand le rock and roll est apparu, ce fut pour moi une expérience vraiment libératrice. Cela m'a violemment ouvert à d'étranges et nouvelles catacombes de sagesse dont je ne voyais aucun équivalent autour de moi. Et ce soir, ce fut réellement un grand honneur de partager la même scène avec tant d'illustres génies musicaux[12]. » Le manager du groupe Bill Siddons, refuse à Pennebaker l'autorisation de filmer le concert, obligeant l’équipe de tournage à ranger son matériel au début de la prestation. Des années plus tard, au cours d'une interview pour Rolling Stone, Pennebaker avouera que l’un de ses plus grands regrets sera de ne jamais avoir pu filmé les Doors.

Ce concert est également la dernière prestation du groupe à Toronto, avant la mort de Morrison en 1971.

Enregistrements[modifier | modifier le code]

Le réalisateur D.A Pennebaker, célèbre pour avoir tourné le documentaire Dont Look Back sur la tournée britannique de Bob Dylan en 1965 et le film Monterey Pop sur le Festival international de musique pop de Monterey en 1967 a filmé le festival. Le documentaire qui en résulte, Sweet Toronto est sorti en 1971.

En raison de l'implication de Pennebaker, la plupart des performances ont été enregistrées et filmées, ce qui engendrera la publication de nombreux enregistrements officiels ou pirates et de films.

Programmation[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Toronto Rock & Roll Revival Promotional Handbill », sur Wolfgang's vault
  2. Philip Norman, John Lennon : Une vie, Robert Laffont,‎ 2010 (ISBN 978-2-7578-2568-6), p. 906
  3. Fowley was also at the time Gene Vincent's record producer. See Harvey Kubernick, Kim Fowley: John Lennon's Toronto Revival Interview with Kim Fowley, April 10, 2009; sonicboomers.com.
  4. Lewisohn, p. 332.
  5. Philip Norman, John Lennon : Une vie, Robert Laffont,‎ 2010 (ISBN 978-2-7578-2568-6), p. 907
  6. a et b Paul Trynka, The Beatles : 1961-1970 : dix années qui ont secoué le monde, Tournon,‎ 2005 (ISBN 2-914237-35-9), p. 395
  7. Interview de John Brower pour le documentaire "Year of Peace" publié en DVD en 2002
  8. Interview de Yoko Ono pour le documentaire "Year of Peace" publié en DVD en 2002
  9. Bill Yenne, Les Beatles, Minerva,‎ 1990 (ISBN 2-8307-0114-3), p. 72-73
  10. Collectif, John Lennon Unfinished Music, Cité de la Musique,‎ (ISBN 2-7118-4983-X), p. 81-82
  11. (en) Interview de Cooper du 19 juin 2003, reproduite sur le site du journal The Independant.
  12. Jean-Yves Reuzeau, Jim Morrison, Folio,‎ (ISBN 978-2-07-034684-4), p. 260

Sources[modifier | modifier le code]