The Negro Motorist Green Book

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The Negro Motorist Green Book
Image illustrative de l’article The Negro Motorist Green Book
Edition de 1940

Pays États-Unis
Genre guide
Version originale
Langue anglais
Éditeur Victor Hugo Green
Lieu de parution New York
Date de parution 1936–1966

The Negro Motorist Green Book (soit le « livre de l'automobiliste nègre par Victor H. Green » ou « livre de Green », du nom de l'auteur, parfois aussi nommé The Negro Traveler's Green Book ou Green Book) est un guide destiné aux Afro-Américains, publié annuellement de 1936 à 1966 par un postier noir de New York, Victor Hugo Green dans le contexte de la ségrégation raciale aux États-Unis.

En 2018, sort le film Green Book : Sur les routes du sud, dont le titre fait référence au Negro Motorist Green Book. Ce film raconte le périple dans les États du Sud en 1962 de Don Shirley, pianiste noir, et de son chauffeur blanc Tony Vallelonga[1].

Historique[modifier | modifier le code]

À cette époque, les Lois Jim Crow permettent une discrimination ouverte contre les personnes de couleur. Bien que cette discrimination et la pauvreté des populations afro-américaines limitent leur accès à l'automobile, la classe moyenne noire émergente commence à acheter des voitures. Pour beaucoup de Noirs, conduire permet d'éviter la ségrégation dans les transports publics[2]. Les représentants, artistes et sportifs afro-américains utilisent aussi souvent l'automobile dans le cadre de leur travail. Ce public fait face à un certain nombre de dangers et difficultés lorsqu'il prend la route. Certaines entreprises appartenant à des Blancs refusent de les servir, de réparer leur véhicule, de les loger. Ils courent aussi le risque de se faire expulser ou agresser physiquement dans les sundown towns, des villes pratiquant un couvre-feu envers les Noirs. C'est pour parer à ces difficultés que Green a rassemblé des informations pour créer un guide[3].

Si les premières éditions du guide ne couvrent que la mégalopole new-yorkaise, Green a ensuite rapidement étendu la couverture. Son ouvrage incluant alors la presque totalité des États-Unis, et partie du Canada, du Mexique et des Caraïbes. The Negro Motorist Green Book est ainsi devenu « la bible du voyageur noir durant les lois Jim Crow »[4] permettant aux personnes de couleur de trouver hébergement et ravitaillement pendant leurs déplacements. Hors de la communauté afro-américaine, l'ouvrage reste en revanche peu connu. Peu après la promulgation du Civil Rights Act de 1964 interdisant tout type de discrimination raciale, la publication de l'ouvrage, désormais devenu inutile, cesse et il tombe dans l'oubli. Victor Hugo Green étant décédé en 1960, il n’a donc pas connu la fin de la ségrégation. Sa veuve, Alma, a continué à publier l’ouvrage jusqu’en 1966[1].

Il y a eu un regain d'intérêt pour ce guide au XXIe siècle en lien avec des études sur les voyages des Noirs à l'époque des lois Jim Crow. Deux documentaires traitant de ce livre sont en production en 2015. Le Gilmore Car Museum de Hickory Corners dans le Minnesota a mis en place une exposition permanente sur le guide depuis fin 2014. Un exemplaire de l'édition 1956 y est présenté accompagné d'entretiens vidéo d'utilisateurs du guide[5]. Une copie de l'édition 1941 est présentée au Musée national de l’histoire et de la culture afro-américaines à Washington DC.

Fonction du guide[modifier | modifier le code]

Le Green Book recensait les lieux d'hébergement accessibles aux voyageurs noirs, tel ce motel de Caroline du Sud proposant des « cabanons pour personnes de couleur ».

La ségrégation limite le nombre d'établissements ouverts aux automobilistes afro-américains. Cependant, certains entrepreneurs, noirs ou blancs, se rendent compte que les besoins des usagers de la route de couleur constituent un marché prometteur[6]. Ainsi apparaissent des établissements ouverts à cette clientèle mais la difficulté pour les consommateurs afro-américains reste de trouver ces lieux, véritables oasis au milieu d'un océan de discrimination. Pour résoudre ce problème, des guides recensant les hôtels, terrains de campings, relais d'étape et restaurants acceptant la clientèle noire apparaissent.

Fiche d'enregistrement de Green, 1942

L'un de ces ouvrages les plus connus est The Negro Motorist Green Book dont la rédaction débute en 1932 et qui est pour la première fois publié en 1936. L'ouvrage a été conçu par Victor Hugo Green, un postier new-yorkais vétéran de la Première Guerre mondiale. Selon ses propres mots, le but du guide est « de donner au voyageur noir une information le mettant à l'abri des difficultés et tracas, rendant son voyage plus agréable »[3]. Selon l'éditorial rédigé par Novera C. Dashiell dans l'édition du guide datée du printemps 1956, « l'idée s'est concrétisée à une époque où, non seulement Green, mais aussi plusieurs de ses amis et connaissances se plaignaient des difficultés rencontrées, souvent des embarras douloureux compromettant des vacances ou un voyage d'affaires »[7].

Des guides de ce type existent déjà à l'époque pour le public juif des États-Unis, lui aussi victime de discriminations, mais qui peut cependant, visuellement, plus facilement se fondre dans la population blanche américaine[8]. La publication du Green book est tout d'abord locale mais son succès est tel que dès 1937 sa distribution s'effectue à l'échelle nationale. Charles McDowell, un fonctionnaire spécialisé dans la question noire, collaborateur de l'Agence du voyage des États-Unis (United States Travel Bureau), une officine gouvernementale, apporte ses connaissances au guide[3]. La devise du Green Book affichée en couverture conseille au voyageur noir de « toujours emporter le Green Book avec soi, vous pourriez en avoir besoin »[7]. L'édition de 1949 contient une citation de Mark Twain, « le voyage est fatal aux préjugés », en en inversant le sens originel comme l'universitaire Cotton Seiler l'explicite : « c'est ici ceux qui sont visités plutôt que les visiteurs qui se retrouvent enrichis par la rencontre »[9].

The Green Book, édition de 1950
Page introductive du Green Book de 1938

Le principal objectif de l'ouvrage est de fournir des informations fiables permettant au conducteur noir de trouver un lit pour la nuit mais aussi des stations-services, des garages. Il donne des détails sur divers équipements de loisirs ouverts aux Afro-américains dont des salons de beauté, des restaurants, des boîtes de nuit et des country clubs[10][source insuffisante]. Les quatre principales catégories sur lesquelles sont basées le livre sont : les hôtels, les motels, les locations (des logements appartenant à des particuliers, généralement eux-mêmes des noirs) et les restaurants. Ces catégories se retrouvent pour chaque grande ville classée par État. Le nom et l'adresse de chaque commerce est indiqué. Contre paiement, les entreprises peuvent avoir leur nom imprimé en gras ou obtenir une étoile indiquant que leur établissement est recommandé par le guide[11].

Beaucoup d'établissements indiqués dans le guide sont gérés par des Afro-américains et nommés d'après des figures de l'histoire afro-américaine. Ainsi en Caroline du Nord, on retrouve les hôtels Carver, Lincoln, et Booker T. Washington, le salon de beauté Friendly City, le salon de thé Black Beauty, le New Progressive tailor shop, la Big Buster tavern ou encore le Blue Duck Inn.[12] Chaque édition comporte aussi des articles de fond sur le voyage en général ou bien des destinations spécifiques[13] et inclut une liste des complexes touristiques dédiés à la population noire situés à Idlewild (Michigan), Oak Bluffs (Massachusetts) ou encore Belmar (New Jersey)[14].

Le guide pratique le crowdsourcing, les lecteurs étant invités à livrer leurs propres informations contre une récompense d'un dollar par récit, somme qui passe à cinq dollars en 1941[15].


Différentes éditions[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

En 2018 sort le film américain, Green Book : Sur les routes du sud réalisé par Peter Farrelly, dont le titre fait référence au Negro Motorist Green Book. Ce film, fondé sur une histoire vraie, raconte le périple du pianiste noir Don Shirley et son chauffeur blanc Tony Vallelonga à l'occasion d'une tournée effectuée en 1962 dans le Sud des États-Unis, alors en pleine période de ségrégation raciale. Durant leur voyage, de Manhattan jusqu’aux États du Sud, ils s’appuient sur le Green Book pour trouver les établissements accueillant les personnes de couleur[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c « Green Book dossier pédagogique », sur calameo.com (consulté le 28 avril 2019)
  2. (en)Franz, p. 242.
  3. a b et c (en)Franz, p. 246.
  4. (en) J. Freedom du Lac, « Guidebook that aided black travelers during segregation reveals vastly different D.C. », The Washington Post,‎ (lire en ligne).
  5. (en) « Oscar Winner "GREEN BOOK" permanent Exhibit », sur Gilmore Car Museum, (consulté le 24 juillet 2019)
  6. (en) Mark S. Foster, « In the Face of "Jim Crow": Prosperous Blacks and Vacations, Travel and Outdoor Leisure, 1890–1945 », The Journal of Negro History, vol. 84, no 2,‎ , p. 130–149 (JSTOR 2649043).
  7. a et b (en) Maria Goodavage, « ‘Green Book’ Helped Keep African Americans Safe on the Road », PBS,‎ (lire en ligne).
  8. (en)"'Green Book' Helped African-Americans Travel Safely".
  9. (en)Seiler, p. 92.
  10. (en)Seiler
  11. (en)Rugh, p. 77.
  12. (en) Lew Powell, « Traveling while black: A Jim Crow survival guide », University of North Carolina Library, (consulté le 7 août 2013).
  13. (en)Rugh, p. 78.
  14. (en)Rugh, p. 168.
  15. (en)Seiler, p. 90.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Louis A. DeCaro, On the Side of My People: A Religious Life of Malcolm X, NYU Press, (ISBN 9780814718919)
  • (en) St. Clair Drake et Horace A. Cayton, Black Metropolis: A Study of Negro Life in a Northern City, University of Chicago Press, (ISBN 9780226162348, lire en ligne)
  • (en) Kathleen Franz, Major Problems in American Popular Culture, Cengage Learning, (ISBN 9781133417170), « African-Americans Take To The Open Road »[réf. non conforme]
  • (en) Jim Hinckley, The Route 66 Encyclopedia, Voyageur Press, (ISBN 9780760340417)
  • (en) Bart Landry, The New Black Middle Class, University of California Press, (ISBN 9780520908987)
  • (en) Tom Lewis, Divided Highways: Building the Interstate Highways, Transforming American Life, Cornell University Press, (ISBN 9780801467820)
  • (en) James W. Loewen, Poverty & Race in America: The Emerging Agendas, Lexington Books, (ISBN 9780739114193), « Sundown Towns »[réf. non conforme]
  • (en) Ronald Primeau, Romance of the Road: The Literature of the American Highway, Bowling Green State University Popular Press, (ISBN 9780879726980)
  • (en) Susan Sessions Rugh, Are We There Yet?: The Golden Age of the American Family Vacation, University of Kansas Publications, (ISBN 9780700617593)
  • (en) Cotton Seiler, Hit the Road, Jack: Essays on the Culture of the American Road, McGill-Queen's Press, (ISBN 9780773540767), « 'So That We as a Race Might Have Something Authentic to Travel By': African-American Automobility and Cold-War Liberalism »[réf. non conforme]
  • (en) Sarah L. Trembanis, The Set-Up Men: Race, Culture and Resistance in Black Baseball, McFarland, (ISBN 9780786477968)
  • (en) Gavin Wright, Sharing the Prize, Harvard University Press, (ISBN 9780674076440)