Terreur blanche de 1815

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Terreur blanche de 1815
Image illustrative de l’article Terreur blanche de 1815
Épisode de la Terreur blanche (1815), par Fernand Pelez de Cordova, vers 1885.

Date Juin - septembre 1815
Lieu Midi de la France
Victimes Bonapartistes, républicains et protestants
Morts 300 à 500[1]
Auteurs Royalistes

La Terreur blanche de 1815 est une expression, à l'origine employée par les bonapartistes et les anciens révolutionnaires, pour désigner, après la chute définitive de Napoléon, les sanctions et les mesures d'éviction prises contre eux.

L'expression « Terreur blanche » remonte quant à elle à 1795, et caractérise dans le Midi la traque et le massacre des jacobins responsables de la Terreur de 1793-1794 par certains partisans royalistes.

Le contexte historique : les Cent-Jours et la chute de Napoléon Ier[modifier | modifier le code]

Le nouveau régime de Louis XVIII, en place depuis avril 1814, doit affronter une sérieuse épreuve à partir de mars 1815.

Napoléon s’est échappé de l’île d'Elbe et a débarqué à Golfe-Juan, le . Après une remontée triomphale sur Paris, il arrive, le 20 mars, au palais des Tuileries. Louis XVIII, abandonné par son armée, s’enfuit à Gand, en Belgique. Le lendemain de son arrivée à Paris, Napoléon abolit la noblesse et les titres et séquestre les biens des émigrés qui sont revenus en France depuis le début de la Restauration. L’empereur paraît renouer avec l’héritage de la révolution de 1789. Il forme également un nouveau gouvernement composé d’anciens ministres, comme Fouché. Le rétablissement du régime impérial se heurte aux soulèvements royalistes menés par la duchesse d’Angoulême qui a levé une armée de quatre mille hommes, puis par le duc d’Angoulême dans la France méridionale. Grouchy en vient à bout le 8 avril et l’empereur leur impose des humiliations de toutes sortes : emprisonnements, imposition forcée des notabilités royalistes, etc.

Dans l'ouest de la France, les Vendéens et les chouans se soulèvent en mai. Les combats font entre 500 et 700 morts, mais tournent à l'avantage des Impériaux[2]. Les Vendéens subissent une lourde défaite à la bataille de Rocheservière le 20 juin, tandis que les chouans sont mis en déroute à la bataille d'Auray le 21[3].

Le 15 juin, Napoléon décide d’attaquer, en Belgique, des troupes anglaises et prussiennes. Il est battu, le 18 juin, à Waterloo. Il envisage tout de même de poursuivre la lutte, mais la Chambre des représentants ne le suit pas. Napoléon Ier abdique, le 22 juin, en faveur de son fils.

Exilé en Belgique pendant les Cent-Jours, Louis XVIII revient à Paris, le . Il forme un gouvernement dominé par Talleyrand afin de prévenir toute réaction royaliste intérieure. Cependant, cette nouvelle composition ne répond pas aux aspirations des ultras.

Les violences dans le Midi[modifier | modifier le code]

Les violences éclatent dans les semaines qui suivent la bataille de Waterloo et se développent principalement dans le Midi de la France, où des bandes royalistes s'en prennent aux bonapartistes et aux partisans avérés ou supposés de la Révolution[1]. Ces derniers sont assimilés aux réformés dans les régions confessionnellement mixtes, où les actions prennent une tonalité antiprotestante[1]. Les auteurs des tueries sont principalement issus des milieux populaires, tandis que le rôle des élites et des sociétés secrètes royalistes, comme les Chevaliers de la Foi, est controversé[1]. Selon l'historien Pierre Triomphe : « Facilitées par l'effondrement des structures étatiques, ces violences s'expliquent aussi par des inimités privées, le brigandage et le désir confus de résister à la centralisation, aussi bien économique que politique »[1].

Les débordements sont particulièrement spectaculaires à Nîmes, Marseille, Avignon et Toulouse[1],[4]. Ainsi à Marseille, d'anciens Mamelouks de la Garde impériale sont massacrés le 25 juin[1],[5]. À Nîmes, des femmes protestantes sont flagellées publiquement[1]. À Avignon, le maréchal Brune est assassiné le 2 août[1]. À Toulouse, le général Ramel, commandant de cette place forte au nom de Louis XVIII, est assassiné le 15 août après avoir tenté de désarmer les Verdets.

Dans le Gard, Jacques Dupont dit "Trestaillons", à la tête de bandes armées, fait assassiner plusieurs dizaines de réformés[6], beaucoup d’autres sont persécutés et plusieurs milliers s’enfuient.

Les troubles prennent fin à l'automne 1815 après la proclamation de Louis XVIII sur les excès du Midi le 1er septembre[1],[7] et l'arrivée massive de troupes de ligne, françaises ou étrangères, qui marque généralement la fin des violences[1]. Ces violences, bientôt appelées « Terreur de 1815 » par les libéraux, puis « Terreur blanche » à partir de 1830, auraient fait entre 300 et 500 morts[1].

Situation dans l'Ouest[modifier | modifier le code]

Contrairement au Midi, l'Ouest est épargnée par la Terreur blanche[8]. Malgré les combats et les craintes des autorités locales, la Bretagne et la Vendée ne connaissent pas de déchainements de violences[8]. Dans l'ensemble, les exactions sont limitées et les prisonniers sont respectés par les deux camps[9]. Ainsi, le général bonapartiste Travot libère une vingtaine de prisonniers vendéens après la bataille de L'Aiguillon, tandis que le général royaliste Auguste de La Rochejaquelein relâche un même nombre de prisonniers impériaux à la bataille des Échaubrognes et que les chouans laissent repartir les fédérés capturés à la bataille de Sainte-Anne-d'Auray[9]. Selon l'historien Aurélien Lignereux : « Au final, il y a là comme un cercle vertueux : chaque camp se livre à un assaut de générosité, ne voulant pas être battu sur ce terrain »[9].

La seconde Terreur blanche ou « Terreur légale »[modifier | modifier le code]

La terreur d'origine populaire, se greffe, dans un climat de vengeance, aux élections législatives d'août. Celles-ci voient le triomphe des ultraroyalistes, proches du comte d’Artois. Ils remportent 350 sièges sur 398. Louis XVIII l’appelle « Chambre introuvable » car selon lui, même en désignant les députés, il n’aurait pu trouver une meilleure composition[10]. Ce raz-de-marée contre-révolutionnaire reflète surtout le durcissement des notables des provinces, effrayés par les Cent-Jours, qui souhaitent arrêter la révolution. Talleyrand est remplacé par le duc de Richelieu. Le cabinet de ce dernier est composé, pour une partie, d’émigrés, comme lui, dont le vicomte Dubouchage, ancien ministre de la Marine de Louis XVI.

Entre octobre 1815 et janvier 1816, une série de mesures d'exception sont votées par la Chambre introuvable[1]. Le député François-Régis de La Bourdonnaye réclame alors : « des fers, des bourreaux, des supplices »[1]. Cette législation répressive comprend la loi de sûreté générale du 29 octobre, qui suspend les libertés individuelles et permet d’emprisonner sans jugement tout individu prévenu de crime ou de délit contre l'autorité du roi, de la famille royale et de la sûreté de l'État ; ainsi qu'une loi sur les cris et les écrits séditieux, le 9 novembre, prévoyant une juridiction correctionnelle avec des peines allant de l'amende à la déportation ; enfin, le 27 décembre, un rétablissement des cours prévôtales, juridictions d'exception, qui avaient pour compétence de réprimer tous les complots et crimes contre la sûreté de l'État commis avec violence et publiquement, avec un président et quatre juges civils, mais sans jury ni appel. Le rôle du ministère public revient à un prévôt pris parmi les officiers de Terre ou de Mer.

Cette épuration aboutit à également à la condamnation en conseil de guerre de quelques généraux de l'Empire, ralliés à Napoléon durant les Cent-Jours[4]. Arrêté le 2 août, le général de brigade La Bédoyère est ainsi fusillé à Paris le 19[4]. Le 27 septembre, les frères Faucher sont exécutés à Bordeaux[4]. Le maréchal Ney est quant à lui condamné à mort par la Chambre des pairs et fusillé à Paris le 7 décembre[4].

En janvier 1816, la loi contre les régicides condamne au bannissement à vie les régicides relaps, c'est-à-dire tous les anciens conventionnels qui avaient voté la mort de Louis XVI en 1793 et qui avaient approuvé l'Acte additionnel aux constitutions de l'Empire du 22 avril 1815[1].

L'application de ces différentes lois place plus de 3 000 personnes sous un contrôle plus ou moins contraignant et entraîne plus de 6 000 condamnations à des peines variables entre 1815 et 1816[1]. La dissolution de la Chambre par l'ordonnance du 5 septembre 1816 et l'élection d'une nouvelle majorité ministérielle entraîne la fin de cet état d'exception[1].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Vincent Adoumié, De la monarchie à la république 1815-1879, Carré Histoire, Hachette supérieur.
  • Pierre Albertini, La France du XIXe siècle (1815-1914), Hachette supérieur.
  • Sylvie Aprile, La Révolution inachevée 1815-1870, Belin, , 670 p. (ISBN 978-2701192000). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • G. de Bertier de Sauvigny, La Restauration, Flammarion.
  • Jean-Claude Caron, La France de 1815 à 1848, Cursus Armand Colin.
  • André Chamson, Les Taillons ou la Terreur blanche (roman), Plon, 1974.
  • Ernest Daudet, La Terreur blanche, 1815, Hachette, 1908.
  • J. El Gammal, Histoire politique de la France de 1848 à 1870, Fac. Histoire Nathan.
  • J. Garrigues, P. Lacombrade, La France au XIXe siècle, 1814-1914, Campus, Armand Colin.
  • Michel Mourre, Dictionnaire encyclopédique d’histoire, Bordas.
  • Emile Gabory, La terreur blanche dans l'Ouest, chapitre III (pages 866 à 882) du livre III -Les Bourbons et la Vendée- de l'ouvrage Les Guerres de Vendée, édité par Robert Laffont.en .
  • Aurélien Lignereux, Chouans et Vendéens contre l'Empire, 1815. L'autre Guerre des Cent-Jours, Paris, Éditions Vendémiaire, , 384 p. (ISBN 978-2363581877). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Pierre Triomphe, « Terreur blanche, 1815 », dans Jean-Clément Martin (dir.), Dictionnaire de la contre-révolution : XVIIIe-XXe siècle, Perrin, , 552 p. (ISBN 978-2262033705). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Jean Tulard (dir.), Dictionnaire Napoléon, Fayard.
  • Jean Tulard, Les révolutions de 1789 à 1851, dans Jean Favier (dir.), Histoire de France, Le livre de poche.
  • Nadine Vivier, Dictionnaire de la France du XIXe siècle, Hachette supérieur.
  • Encyclopædia Universalis 2007.
  • René de La Croix de Castries, La Terreur blanche: L'Épuration de 1815.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m n o p et q Triomphe 2011, p. 491-493.
  2. Lignereux 2015, p. 171.
  3. Lignereux 2015, p. 161.
  4. a b c d et e Aprile 2014, p. 28-32.
  5. Vincent Denis et Mathieu Grenet, « Armée et (dés)ordre urbain pendant les Cent-Jours à Marseille : le « massacre des Mamelouks » en juin 1815 », Revue historique des armées,‎ vol. 283 (2016), p. 25-37.
  6. Ernest Daudet, Revue des deux Mondes, tome 26, 1878 [1].
  7. Isabelle Backouche, La Monarchie parlementaire 1815-1848, Pygmalion, 2000, p. 29.
  8. a et b Lignereux 2015, p. 252-253.
  9. a b et c Lignereux 2015, p. 216-218.
  10. C’est ultérieurement que l’expression prendra un sens ironique. Voir Mémoires d’une femme de qualité, sur Louis XVIII, sa cour et son règne, Paris, Mame et Delaunay-Vallée, 1829, tome III, p. 67.