Symphonie nº 8 de Chostakovitch

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« Stalingrad »

Symphonie no 8
en ut mineur
Opus 65
« Stalingrad » (officieux)
Genre Symphonie
Nb. de mouvements 4
Musique Dmitri Chostakovitch
Durée approximative 60 minutes
Dates de composition 1943
Dédicataire Evgeni Mravinski
Création
Leningrad
Interprètes Orchestre symphonique de l'URSS
Evgeni Mravinski direction

La symphonie en ut mineur (op. 65) est la huitième des 15 symphonies de Dmitri Chostakovitch, écrite durant l'été 1943 et créée le 4 novembre de cette même année par l'Orchestre symphonique de l'URSS sous la direction d'Evgeni Mravinski, à qui l'œuvre est dédiée.

Cette symphonie se situe dans la tradition des symphonies en ut mineur « de la tragédie au triomphe » entamée avec la Cinquième de Beethoven et poursuivie avec la Huitième de Bruckner et la Seconde de Mahler. L'ami de Chostakovitch, Isaak Glikman, a qualifié cette symphonie d'« œuvre la plus tragique » du compositeur[1].

Structure[modifier | modifier le code]

L'œuvre est légèrement plus courte que la septième symphonie, et comporte cinq mouvements, dont les trois derniers sont joués sans interruption :

  1. Adagio en ut mineur
  2. Allegretto en ré-bémol majeur
  3. Allegro non troppo en mi mineur — attaca
  4. Largoattaca
  5. Allegretto en ut mineur.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

  • Titre : Symphonie no 8 en ut mineur, op. 65
    • Sous-titre : Stalingrad (officieux, il ne figure pas sur la partition publiée et a été rajouté pour des raisons politiques)
  • Composition : 1943
  • Création : par l'Orchestre symphonique de l'URSS sous la direction d'Evgeni Mravinski
  • Durée : 60 minutes

Orchestration[modifier | modifier le code]

L'effectif orchestral : 4 flûtes (dont 2 piccolos), 3 hautbois (dont un cor anglais), 4 clarinettes (dont une clarinette en mi-bémol et une clarinette basse), 3 bassons (dont un contrebasson); 4 cors, 3 trompettes, 3 trombones, 1 tuba ; timbales et percussions (grosse caisse, caisse claire, cymbales, triangle, xylophone, tam-tam, tambourin); les cordes.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'œuvre a été écrite deux ans après sa septième symphonie, dite « Léningrad », durant l'été 1943, près d'Ivanovo.

La création en a été faite par l'Orchestre symphonique de l'URSS sous la direction d'Evgeni Mravinski le . L'accueil fut assez mitigé, les critiques considérant la partition un peu trop sombre alors que la guerre tournait nettement à l'avantage de l'Union Soviétique[2].

La création américaine a été faite par Artur Rodziński en avril 44. Le premier enregistrement de studio en a été fait par Evgeni Mravinski en 1947, mais Andreï Jdanov, proche de Staline, en interdit la diffusion à partir de 1948. La partition n'est réhabilitée en URSS qu'en octobre 1956[3].

« Cette symphonie vous remue, vous étonne, vous vainc d'un seul mot prononcé à voix basse. Un grondement furieux interrompu par une voix enchanteresse. Des coups de tonnerre interrompus par les danses macabres et les chansons des vivants. Le repos au bord d'un volcan... Les rêves d'avenir au milieu d'une pluie d'obus. Et, enfin, ce sont justement les chants de tendresse et l'avenir qui ont le dernier mot... Cette symphonie me semble être le chemin du bonheur au milieu d'affreuses tempêtes, et c'est aussi dans l'esprit de 1943. Et le bonheur que la passacaille et la pastorale du finale nous promettent, est un bonheur tout à fait naturel et convaincant. Ainsi l'œuvre dans son finale nous montre, comme l'exigeait Aristote[4], une crise qui correspond à l'épuration des passions... »

— Jean-Richard Bloch[5].

Analyse[modifier | modifier le code]

Adagio[modifier | modifier le code]

Le premier mouvement est le plus long (près d'une demi-heure). Il est considéré comme une des conceptions les plus profonde du compositeur. Comme dans la symphonie de Beethoven, il commence par un motif joué fortissimo à l'octave caractérisé par David Haas dans son étude comme le motif de la « destinée »[6].

Cependant, le motif est immédiatement remplacé par les deux sujets de caractère lyrique du mouvement de la structure sonate.


\version "2.14.2"
\relative c {
\clef bass
\time 4/4
\set Score.tempoHideNote = ##t
\tempo 8 = 100
c4\ff( ~ c8.. bes32-.) c2( ~ 
c8.. a32-.) c8..( aes'32-.) g2( ~
g4 ~ g8.. ges32-.) f2 ~
f4 ~ f8. ees32 d ees2 ~
ees4 
}
Introduction du premier mouvement Adagio

Allegretto[modifier | modifier le code]

Le compositeur a décrit le second mouvement allegretto comme « une marche avec des éléments d'un scherzo ».

Allegro non troppo[modifier | modifier le code]

Le troisième mouvement (généralement décrit comme une toccata[7],[8]) est de nouveau court. Il y figure une citation intéressante (légèrement modifiée) de la Danse du Sabre d'Aram Khatchatourian, composée l'année précédente.

Sur une opiniâtre série de noires qui parcourent tout le mouvement, « comme le tic-tac d'une gigantesque horloge »[9] sur lequel le thème s'élève « les notes hurlantes des bois ».


\version "2.18.2"
\header {
  tagline = ##f
}
upper = \relative c'' {
  \clef treble 
  \key e \minor
  \time 2/2
  \set Score.tempoHideNote = ##t
  \tempo 2 = 152
  \set Staff.midiInstrument = #"piccolo"

   %%Chosta — Symphonie 8, thème Allegretto
    e'1~( e e,4-.) r4 r2 R1 r2 r4 r8 r16 e'16-. f1~( f-. e,4-.) r4 r2 R1

}

lower = \relative c {
  \clef alto
  \key e \minor
  \time 2/2
  \set Staff.midiInstrument = #"string ensemble 1"

   e4^\ff^\markup{\italic{marcatissimo}} g b g e^\< g b g\!
   a^\rfz b a b g a g a
   fis g a g fis g a g 
   fis g a^\< b\! c^\rfz d c d 
   b d fis d
}

\score {
  \new PianoStaff <<
    \new Staff = "upper" \upper
    \new Staff = "lower" \lower
  >>
  \layout {
    \context {
      \Score
      
    }
  }
  \midi { }
}
Introduction du troisième mouvement Allegro non troppo

Largo[modifier | modifier le code]

Entamé sous forme de marche funèbre, le mouvement se transforme en passacaille qui résonne douze fois[10]. Le compositeur devait réutiliser ce procédé de passacaille dans les années 1940, puisqu'on retrouve une passacaille dans le Trio op. 67 et le premier Concert pour violon.

Allegretto[modifier | modifier le code]

Le mouvement commence par une pastorale faussement allègre, suivit par une mosaïque de petits épisodes, avec formellement des éléments de rondo et de sonate, avec une fugue logée au cœur. Parvenu au faîte de l'action, le thème du premier mouvement revient aux trompettes[9]. Le finale s'achève pianissimo, avec une coda en forme de point d'interrogation[11], que Mravinski trouvait « raté » dans son caractère optimiste[12].

Y figure une autre citation intéressante (légèrement modifiée) du thème de l'oiseau du conte musical Pierre et le Loup de Sergueï Prokofiev, composée en 1936.

Discographie sélective[modifier | modifier le code]

Discographie de la Symphonie no 8
Direction Orchestre Enregistrement Label Note
Ievgueni Mravinski Orchestre philharmonique de Leningrad 2 juin 1947
23 septembre 1960
25 février 1961
mars 1982
Melodiya
BBC « Legends »
Melodiya
Philips
Le premier enregistrement de 1947 a reçu de nombreuses distinctions de la part des magazines spécialisés[13]. L'enregistrement par la BBC, est la recréation anglaise de l'œuvre, puisqu'elle avait été jouée par le LPO le 13 juillet 1944 sous la direction d'Henry Wood[14],[15]. L'enregistrement paru chez Philips, a également été très bien noté « Ici, le slave Mravinski évoque d'avantage le néerlandais Bernard Haitink, un comble ! »[16]. L'âme russe transpire dans des lectures fiévreuses et précises, avec de surcroît un magnifique orchestre.[non neutre]
Kirill Kondrachine Orchestre philharmonique de Moscou 1961
29 septembre 1969
Melodiya
Praga PR 250 040
Versions de références d'une maîtrise et d'un engagement sidérants dans une vision aussi virtuose qu'élégante. Prise de son Melodiya est assez sèche, privilégiant trop les cordes. La version de Prague en 1969, est toute aussi tendue, mais « la Philharmonie joue mieux ici qu'en studio » (P. Szersnovicz) : « L'interprétation de Kondrachine est bouleversante de bout en bout dans la Symphonie […]. Le climat est très sombre, d'une grand profondeur de champ […], la tension constante sur les cordes qui tissent une continuité dramatique impitoyable, d'une grande intensité émotionnelle, la violence des attaques aux cuivres qui claquent dans de sinistres clameurs et surtout le terrifiant climax du premier mouvement obtenu par un formidable roulement aux percussions consitutuent des moments uniques de l’interprétation de la musique de Chostakovitch » (J.-M. Brohm)[17]. On trouve deux autres enregistrements de valeur de Kondrachine : un du 20 avril 1967 au Japon (Altus ALT067) et celui du 4 novembre 1967 (Melodiya).
Kurt Sanderling Berliner Sinfonie-Orchester septembre 1976 Berlin Classics « Sanderling […] est l'un des chefs qui auront le mieux assimilé et approfondi la musique de Dimitri Chostakovitch. Choisissant une lecture très « en dedans », il crée un climat d'angoisse contenue, s'écartant en cela de l'optique de Kondrachine d'avantage axée sur l'horreur et le gigantisme […] La direction […] du chef […] convient particulièrement aux passages introspectifs de la partition (toute la fin de l’adagio initial, le largo, l’allegretto »[18].
Bernard Haitink Orchestre royal du Concertgebouw 1982 Decca « Haitink, moins violent, moins tendu que Kondrachine, aborde la partition […] avec davantage de distance. Le traitement coloristique, la qualité de l’exécution instrumentale, sont stupéfiants »[18]. C'est la version conseillée après écoute en aveugle par les critiques de Classica, octobre 2010, livraison consacrée à Chostakovitch.
Guennadi Rojdestvenski Orchestre symphonique du Ministère de la Culture de l'URSS 1983 Melodiya Orchestre parfois décevant dans la recherche de la virtuosité, une once de brutalité (les timbales surtout), mais une imagination de tous les instants et une profondeur inouïe dans le largo, surprennent avec bonheur.[non neutre]
André Previn Orchestre symphonique de Londres octobre 1992 DG « Voici l'une des plus belles versions modernes de l'opus 65. […] Previn découvre des associations sonores auxquelles on ne prête jamais la moindre attention. Il est aidé par un LSO exceptionnel de couleurs et de précisions »[19].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Symphony No. 8 (Shostakovich) » (voir la liste des auteurs).

  1. Wilson 1994, p. 174.
  2. Whithouse 2009, p. 2.
  3. Whithouse 2009, p. 3.
  4. Aristote, Poétique, 1449b28.
  5. Cité par Hofmann 1963, p. 115.
  6. Haas 2003, p. 128.
  7. Meyer 1994, p. 280.
  8. Haas 2003, p. 125.
  9. a et b Tranchefort 1986, p. 181.
  10. Meyer 1996, p. 281.
  11. Meyer 1996, p. 282.
  12. Volkov 1980.
  13. Lors de sa sortie, la version 1947 a été distingué d'un « 10 » dans le magazine Répertoire, d'un « Choc » par Monde de la musique et de « 4f » dans Télérama.
  14. Meyer 1994, p. 284.
  15. Lors de sa sortie, la version BBC a été distingué d'un « 9 » dans le magazine Répertoire no 122.
  16. Lors de sa sortie, la version Philips a été distingué par Christophe Deshoulières, d'un « 9 » dans le magazine Répertoire no 15.
  17. Lors de sa sortie le disque Praga a été distingué par Jean-Marie Brohm, d'un « 10 » dans le magazine Répertoire no 58 et Patrick Szersnovicz lui attribut « **** » dans Le Monde de la musique no 166. Dans Diapason, Serge Martin n'avait conclu que pour « 3 clés » no 393, trouvant pour sa part des « faiblesses dans l'orchestre »...
  18. a et b Diapason, Dictionnaire des disques et des compacts : guide critique de la musique classique enregistrée, Paris, Laffont, coll. « Bouquins », 1990, 3e éd., xiv-1076 p. (ISBN 2-221-05660-4, OCLC 868546991, notice BnF no FRBNF34951983), p. 269.
  19. Lors de sa sortie ce disque a été distingué par Stéphane Friédérich, d'un « 9 » dans le magazine Répertoire no 78, p. 36 en mars 1995 ; « 4 clés » dans le magazine Diapason no 414 et « **** » dans Le Monde de la musique no 186.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]