Sylvie Kinigi

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Sylvie Kinigi
Illustration.
Fonctions
Présidente de la République du Burundi
(intérim)

(3 mois et 9 jours)
Premier ministre Elle-même
Prédécesseur François Ngeze (intérim)
Melchior Ndadaye
Successeur Cyprien Ntaryamira
Première ministre du Burundi

(6 mois et 28 jours)
Président Melchior Ndadaye
François Ngeze
Elle-même
Cyprien Ntaryamira
Prédécesseur Adrien Sibomana
Successeur Anatole Kanyenkiko
Biographie
Date de naissance (68-69 ans)
Lieu de naissance Mugoyi (Ruanda-Urundi)
Nationalité burundaise
Parti politique UPRONA
Diplômé de Université du Burundi

Sylvie Kinigi
Présidents de la République du Burundi

Sylvie Kinigi, née en 1952 à Mugoyi, est une femme d'État burundaise. Elle est Première ministre du Burundi du au et de facto, chef de l'État du au .

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Issue d'une famille tutsi, Sylvie Kinigi épouse en 1973 Firmin Kinigi[1], d'origine hutu, qui devient bibliothécaire en chef de l'université du Burundi à Bujumbura[2]. Le couple a cinq enfants. Firmin Kinigi meurt en 1993[3].

Diplômée de l'université du Burundi, après avoir étudié le management économique, elle travaille pour le service public du Burundi jusqu'en 1991.

Elle devient alors conseillère senior au bureau du Premier ministre, traitant de la politique économique, chargée des réformes structurelles et économiques[4]. Elle a alors la tâche très difficile d'avoir à faire face au déficit budgétaire en effectuant des coupes claires dans les fonds de l'armée dominée par les Tutsis, qui ont longtemps bénéficié d'un traitement préférentiel.

Une part importante de son action consiste à marchander des aides avec les donateurs de l'Ouest afin d'entraîner des changements économiques au Burundi. En effet, l'économie du pays est lourdement dépendante des exportations de café et de thé.

Après un premier soulèvement en août 1988 qui cause la mort de 20 000 personnes, le président Pierre Buyoya, un militaire tutsi, du parti de l'Union pour le progrès national (UPRONA), à la tête d'un gouvernement de type militaire, charge une commission de médiation de trouver une solution pour mettre fin à la violence du pays.

En 1992, cette commission rédige une nouvelle constitution, approuvée par le président puis par référendum. Le nouveau texte prévoit la mise en place d'un gouvernement non ethnique, avec un président et un Parlement[5]. Au début de l'année suivante, le président Buyoya affirme haut et fort qu’il faut organiser des élections à tout prix.

En , Melchior Ndadaye du parti du Front pour la démocratie du Burundi (FRODEBU), est le premier Hutu élu président du pays avec 66 % des voix[4]. Investi le suivant, il nomme Sylvie Kinigi Première ministre[4]. Cela fait partie de sa stratégie de construire une unité entre les deux principales ethnies du Burundi — Ndadaye était un Hutu qui souhaitait diminuer l'hostilité des Tutsi de son administration en nommant une Tutsi comme Premier ministre. La nomination de Sylvie Kinigi a suivi de moins d'un mois celle de Agathe Uwilingiyimana comme Premier ministre dans le Rwanda voisin.

Les choses étaient rendues compliquées par le fait que Kinigi était membre du parti politique (parti de l'Union pour le progrès national) dominé par les Tutsi du précédent président Pierre Buyoya, l'ancien officier militaire que M. Ndadaye avait battu aux élections de [6]. Beaucoup ont spéculé sur le fait que le président sortant Buyoya aurait demandé que le nouveau président Ndadaye nomme Kinigi au poste de Premier ministre[4].

Sylvie Kinigi quant à elle, a considéré que cette réconciliation entre les deux groupes ethniques était sa plus haute priorité dans sa fonction de Premier ministre, afin de pouvoir construire un plan de développement économique au Burundi.

Mais le , des parachutistes envahissent le palais national, capturant et tuant le président Ndadaye et six de ses ministres. Les auteurs du coup d'État imposent un couvre-feu, coupant les lignes téléphoniques, prenant le contrôle de la radio de l'État et fermant l'aéroport international de Bujumbura. Par la suite, au moins 600 000 Hutus s'enfuirent vers le Rwanda voisin. Ce coup d'État marqua le début d'une guerre civile, avec l'extension d'une violence ethnique à la quasi-totalité du territoire national.

La Première ministre Sylvie Kinigi trouva refuge, ainsi que certains de ses ministres à l'ambassade de France, dans la capitale. Une résistance au coup d’État s'amorça, amenant ses auteurs à vouloir rendre le pouvoir au gouvernement légal[7]. Le , Sylvie Kinigi s'adressa aux habitants du pays via la radio de l'État pour essayer de rétablir l'ordre, et lever le couvre-feu imposé par les putschistes. De facto, elle se trouvait en charge de la nation après ce coup d'État militaire raté[8]

D'après la constitution Burundaise, le chef du Parlement devait assumer l'intérim en cas de mort du président. Cependant, il a été également tué dans la tentative de coup d'État. Sylvie Kinigi se trouva de fait à la tête de l'exécutif, et une certaine normalisation de la situation s'opéra : les militaires rentrèrent dans leurs casernes, Sylvie Kinigi rejeta l'amnistie générale pour les leaders du coup d'État, en demandant qu'il y ait une enquête sur les conditions du coup d'État[9].

Par la suite, la Première ministre fit le vœu de mettre en place une commission spéciale pour préparer une nouvelle élection présidentielle. Malheureusement, les violences ethniques continuèrent dans le pays, et Sylvie Kinigi ne put faire grand chose pour endiguer cette vague de violence. Un nouveau président du Burundi, Cyprien Ntaryamira, du FRODEBU, arriva au pouvoir le , mettant fin à l'intérim de Syvie Kinigi à la tête de l'exécutif[10].

Mais il ne put s'y maintenir que deux mois, du au , pour périr de mort violente dans l'attentat contre l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana. Un gouvernement de coalition fut institué avec Sylvestre Ntibantunganya comme président intermédiaire mais qui fut incapable de ramener la paix. Le major Buyoya reprit le pouvoir par un coup d'État le .

L'accord de paix d'Arusha fut signé par le gouvernement, alors dominé par les Tutsis et les partis politiques hutus et tutsis le . Mais les principaux mouvements rebelles hutus refusèrent de le parapher et ne le reconnurent pas. Ainsi, cet accord d'Arusha ne put mettre un terme à la guerre civile burundaise qui ensanglanta le pays pendant une décennie[11].

Après avoir été remplacée dans son rôle de Premier ministre, Sylvie Kinigi travailla pour la Banque centrale du Burundi, un poste qui lui convenait parfaitement du fait de sa formation économique et de sa capacité à gérer la crise, talents qu'elle a développé de façon évidente quand elle devint de facto chef de l'État après le meurtre du président Ndadaye. En tant que civile, Sylvie Kinigi s'exprima à titre personnel sur les problèmes du Burundi. Elle était convaincue que la démocratie était venue trop vite au Burundi[12]. Elle travailla ensuite pour l'ONU.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Emmanuel Kwaku Akyeampong et Henry Louis Gates, « Sylvie Kinigi », in Dictionary of African Biography, vol. 6, Oxford University Press, 2012, p. 387 (ISBN 9780195382075)
  2. (en) World guide to libraries, K.G. Saur, New York ; Paris, etc., 1980 (5e éd.), p. 683 (ISBN 0-89664-043-4)
  3. (en) Gunhild Hoogensen et Bruce Olav Solheim, « Sylvie Kinigi », in Women in Power: World Leaders Since 1960, Greenwood Publishing Group, 2006, p. 50-51 (ISBN 9780275981907)
  4. a b c et d « Burundi : prudent dosage ethnique. Après l'investiture, pour la première fois, d'un président hutu, une représentante de la minorité tutsie est nommée chef du gouvernement », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  5. « Burundi.I Le pluralisme approuvé par référendum », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  6. BBC Summary of Foreign Broadcasts, 1993.
  7. « Putsch sans putschistes au Burundi. Alors que des massacres ont lieu dans les campagnes, les auteurs du coup d’État, dépassés, veulent rendre le pouvoir au gouvernement légal », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  8. « Burundi. Le premier ministre a annoncé la levée du couvre-feu », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  9. « Burundi : un semblant de normalisation », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  10. « Burundi. Cyprien Ntaryamira, chef d'Etat consensuel », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  11. Tshitenge Lubabu M.K. Tshitenge, « 1962-2012 : 50 ans de turbulences au Burundi », Jeune Afrique,‎ (lire en ligne)
  12. Mary Volcansek, Women in Law: A Bio-bibliographical Sourcebook, Greenwood Publishing Group, (lire en ligne), p. 121

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Emmanuel Kwaku Akyeampong et Henry Louis Gates, « Sylvie Kinigi », in Dictionary of African Biography, vol. 6, Oxford University Press, 2012, p. 387-389 (ISBN 9780195382075)
  • (en) Gunhild Hoogensen et Bruce Olav Solheim, « Sylvie Kinigi », in Women in Power: World Leaders Since 1960, Greenwood Publishing Group, 2006, p. 50-52 (ISBN 9780275981907)
  • Sylvestre Ntibantunganya, Une démocratie pour tous les Burundais, volume 1, De l'autonomie à Ndadaye, 1956-1993, L'Harmattan, 1999 (ISBN 2-7384-6220-0)
  • (en) Kathleen Sheldon, « Sylvie Kinigi », in Historical Dictionary of Women in Sub-Saharan Africa, Scarecrow Press, 2005, p. 120 (ISBN 9780810865471)

Articles connexes[modifier | modifier le code]