Route de l'encens

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Péninsule arabique et environs, selon le Periplus Maris Erythraei.

La route de l'encens liait autrefois l'Égypte au Yémen et à l'Inde. Elle fut probablement créée aux environs de 1800 av. J.-C., quand les Indiens commencèrent à envoyer de l'encens aux ports d'Arabie et d'Égypte : Cane, Aden et Muza dans le sud et Bérénice, Philotera, Myos Hormos, Leuce Kome et Aila dans le nord. L'encens qui arrivait aux ports d'Arabie était ensuite envoyé par caravane dans le désert jusqu’à Pétra, et de là, à Gaza et à Damas. Celui transitant par les ports d'Égypte était transporté à Alexandrie, en passant par Coptos.

Le commerce de l'encens, et de la myrrhe, d'Arabie du Sud vers la Méditerranée, a prospéré entre le IIIe siècle avant notre ère et le IIe siècle de notre ère. La route de l'encens a servi de canal pour des échanges de biens autres que l'encens ou la myrrhe : épices indiennes, ébène, soie, textiles de qualité. D'Afrique orientale ont circulé également bois rares, plumes, peaux d'animaux, or, (et esclaves).

Histoire[modifier | modifier le code]

Les routes commerciales terrestres des Nabatéens.
La ville nabatéenne de Pétra fut un lieu important du commerce de l'encens.

Les Nabatéens d'Arabie devinrent très riches parce qu'ils servaient d'intermédiaires et contrôlaient les secrets de cette route difficile. Plusieurs villes furent fondées dans les oasis le long de la route, dont Iram et Saba Page d'aide sur l'homonymie. Dans le désert du Néguev, les villes nabatéennes d’Avdat, Haluza, Mamshit et Shivta, les forteresses et les vestiges des systèmes d’irrigation extrêmement perfectionnés qui furent construits sur cette route sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité depuis 2005.

La route n'était pas fixe ; elle changeait souvent pour contourner les régions qui faisaient payer de lourdes taxes aux marchands. Les Romains utilisait la route maritime autour de la péninsule arabique en passant par la mer Rouge, pour éviter de payer les Bédouins en or et argent en échange des épices et de l'encens. Ils contrôlèrent finalement la route et l'améliorèrent en construisant des puits et des forts sur le parcours, mais à partir de l'an 42 la plus grande partie du commerce de l'encens se faisait par voie maritime car plus sûre.

La route de l'encens est mentionnée dans l'Ancien Testament, IIe Livre des Chroniques 9, Premier livre des Rois 10, où la « Reine du Sud » voyagea sur la « route de l'or et de l'encens » pour aller voir le roi Salomon à Jérusalem. Elle est aussi mentionnée dans le Coran, dans les sourates Saba (34) et an-Naml (27).

Le déclin[modifier | modifier le code]

Au VIe siècle de notre ère, Isidore de Séville liste les aromates encore importés dans l'Espagne wisigothique[1], coté arbres aromatiques (de arboris aromaticis) il cite : la myrrhe, le poivre, la cannelle, l'amomum et le cannelier de Chine; coté herbes (de herbis aromaticis), le nard, le safran, la cardamome, en plus de ce qui est disponible en Espagne : thym, aloès, rose, violette, muguet, gentiane, absinthe, fenouil, et autres[2].

Le déclin du commerce de l'encens voit le Yémen se lancer dans l'exportation du café via le port de al-Mocha[3].

Après les guerres perso-romaines les zones sous contrôle byzantin sont capturées par Khosro Ier[4]. Les Arabes menés par Amr ibn al-As, arrivent en Égypte à la fin de 639 ou au début de 640[5].

C'est le début de la conquête islamique de l'Égypte[5] et la chute des ports comme Alexandrie[6], utilisés par le monde gréco-romain pour sécuriser le commerce avec l'Inde depuis l'époque ptolémaique[7].

La conquête de Constantinople en 1453 signifie la mainmise totale de l'empire ottoman sur le commerce entre l'Orient et la Méditerranée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Isidore: « Aromatics are those perfumed odours sent to us by India, the Arabian regions and other places besides. And aromatics seem to derive their name either from their use on the altars of the gods, or because we see that they spread forth and mingle with the air » (Libri differentiarum sive de proprietate sermonum, cité dans Maguelonne Toussant-Samat, Anthea Bell, tr. The History of Food, révisé ed. 2009, p. 434); les sacrifices aux diux étant interdits depuis deux siècles, Isidore a du retranscrire une vieille liste.
  2. Toussaint-Samat 2009, p. 434
  3. Colburn 2002: 14
  4. Farrokh 2007: 252
  5. a et b Meri 2006: 224
  6. Holl 2003: 9
  7. Lindsay 2006: 101

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]