Ralliement national

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Le Ralliement national (RN) était un parti politique qui prônait l'indépendance politique du Québec dans les années 1960. Il était dirigé par Gilles Grégoire, un ancien créditiste. Le Ralliement national se situait plutôt à la droite de l'échiquier politique (contrairement au Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN), un parti politique de gauche).

Un schisme au sein du RIN[modifier | modifier le code]

En 1964, le Rassemblement pour l'indépendance nationale est déchiré par des conflits internes. Élu chef du parti en mai, Pierre Bourgault est en conflit ouvert avec les cadres locaux de l'Est-du-Québec. Ces derniers, très actifs en région, souhaitent que les fonds qu'ils ont récoltés soient dépensés prioritairement dans les associations locales, alors que Bourgault et les cadres montréalais souhaitent que l'essentiel revienne au National. Le conflit est aussi d'ordre idéologique. À partir de mai 1964, le RIN fait un virage nette à gauche et s'inspire du mouvement international de décolonisation, alors que les dissidents adhèrent plutôt à des idées traditionalistes[1]. Par ailleurs, la personnalité même du chef du RIN pose problème : selon Jean Garon, on lui reproche alors son agnosticisme et son homosexualité ostentatoires, ainsi que les énormités qu'ils pouvaient prononcer comme tribun, ce qui nuisait à la réputation du parti[2]. Ultimement, le 8 août 1964, Jean Miville-Dechêne et Jean Garon, respectivement vice-président et président du RIN dans la région de Québec, sont expulsés du parti. Le 28 août, cinq cadres traditionalistes de l'Est-du-Québec - René Jutras, Jean-Marc Béliveau, Jean Garon, Paul Sabourin et François Lafrenière - remettent en même temps leur démission ; ils sont suivis les jours suivants par Jean Miville-Dechêne, Raymond Tremblay, Marc-André Bédard, Lucien Lessard et Pierre Roy[1].

En septembre 1964, en minorité nette au sein de leur ancien parti et marginalisés par ses dirigeants, ces dissidents se rassemblent pour former le Regroupement national, une formation politique à la fois indépendantiste et traditionaliste, qui se veut l'incarnation de la poursuite de la culture canadienne-française[3],[4]. René Jutras, un « ardent catholique » aux dires de Jean Garon et père de onze enfants, est le chef du parti[2]. Le Regroupement national souhaite valoriser la culture canadienne-française, le catholicisme ainsi que le français, dans le respect des principes démocratiques et du Droit international. Il veut aussi défendre la famille comme étant « la cellule de base de la société québécoise » et rejette un accroissement du contrôle de l'État sur la société[1].

La naissance du Ralliement national[modifier | modifier le code]

À l'automne 1965 débutent des discussions entre les représentants du Regroupement national et de l'aile provinciale des créditistes en vue d'une possible fusion. Selon Jean Garon, « les créditistes étaient nationalistes, mais plus à droite que nous », prenant pour exemple leur lutte pour le maintien des crucifix dans les écoles[2]. Les négociations se poursuivent pendant l'hiver et, le 13 mars 1966, le Regroupement national de René Jutras et le Ralliement des créditistes du Québec de Laurent Legault fusionnent sous le nom de Ralliement national. Le nouveau parti indépendantiste allie des éléments tirés de deux précédents partis, en combinant le traditionalisme canadien-français aux thèses économiques inspirées du crédit social. MM. Jutras et Legault assument la coprésidence du nouveau parti[3],[4]. Dans un communiqué de presse, il est affirmé que le Ralliement national « reprend l'esprit du Parti canadien de Pierre Bédard, du Parti canadien-français de Lafontaine, de l'Action libérale nationale de du Bloc populaire, mais adapté aux nouvelles exigences du Québec, qui entend désormais être véritablement et pleinement maître chez lui »[4].

À peine formé, le nouveau parti doit participer aux élection générales du 5 juin 1966 sans avoir eu le temps de rédiger un programme commun, de tel sorte qu'il arrive occasionnellement pendant la campagne électorale que les deux co-chefs du parti se contredisent. Dans la hâte, le Ralliement national parvient tout de même à présenter des candidats dans 90 des 108 circonscriptions et mène campagne principalement en régions, sur les terres de l'Union nationale ; le RIN étant déjà bien implanté à Montréal[2].

Le Ralliement national récolte 2,3 % des voix à l'échelle provinciale et ne remporte aucun siège[3], mais termine deuxième dans deux circonscriptions[2]. Ensemble, les deux formations indépendantistes québécoises, le RN et le RIN, récoltent environ 8,8 % des votes. Le RIN attirait surtout la gauche nationaliste du PLQ, tandis que le RN avait plus de succès auprès des électeurs de l'UN. Un 3e parti indépendantiste, le PSQ de Michel Chartrand, scission du NPD, obtient un maigre 0,1%.

La création du Parti Québécois[modifier | modifier le code]

En août 1966, le député créditiste de la circonscription fédérale de Lapointe, Gilles Grégoire, devient le nouveau chef du Ralliement national[3]. Le Québec compte alors 5 partis ou mouvements indépendantistes distincts. À l'automne 1967, n'étant pas parvenu à faire approuver son projet de souveraineté-association par le congrès du Parti libéral du Québec, René Lévesque quitte la formation politique et fonde son propre parti, le Mouvement Souveraineté-Association. Des discussions entre le MSA, le RN et le RIN ont lieu pendant plusieurs mois en vue d'une fusion des forces souverainistes. Ultimement, le RIN sera exclu des dernières négociations[2].

Le 14 octobre 1968, le Ralliement national accepte de fusionner avec le Mouvement Souveraineté-Association de René Lévesque. Le nouveau parti prend le nom de Parti québécois parrainé par Gilles Grégoire[2]. À la suite de cette fusion, Pierre Bourgault dissout le RIN et invite ses membres à se joindre au Parti québécois. À partir de cet instant, les forces souverainistes au Québec sont unies sous une même bannière.

Trois élections plus tard, le Parti québécois prend le pouvoir lors de l'élection générale québécoise de 1976. Des anciens militants du Ralliement national occupent alors des fonctions ministérielles au sein du gouvernement Lévesque, à savoir Marc-André Bédard (Justice), Jean Garon (Agriculture) et Lucien Lessard (Travaux publics, Transports).

Résultats électoraux[modifier | modifier le code]

Élection # de candidats # d'élus % des voix
1966 90 0 3,21 %

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Janie Normand, Le RIN, parti indépendantiste, 1963-1968, Montréal, Bulletin d'histoire politique et VLB Éditeur, , 362 p., « La scission de la droite traditionaliste : le Regroupement national (1964) », p. 23-33
  2. a, b, c, d, e, f et g Jean Garon, Pour tout vous dire, Montréal, VLB Éditeur, , 531 p., « Fondateur », p. 74-90
  3. a, b, c et d Normand, Janie, « L'indépendance à droite : l'histoire politique du Regroupement national et du Ralliement national entre 1964 et 1968 », sur archipel.uqam.ca, (consulté le 11 octobre 2018)
  4. a, b et c « Fondation du Ralliement national », sur bilan.usherbrooke.ca (consulté le 11 octobre 2018)

Articles connexes[modifier | modifier le code]