Référendum québécois de 1980

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Référendum québécois de 1980
Type d’élection Référendum sur la souveraineté-association
Corps électoral et résultats
Inscrits 4 367 584
Votants 3 738 854
85,61 %
Votes exprimés 3 673 842
Votes nuls 65 012
Résultats
Oui
40,44 %
Non
59,56 %

Le référendum québécois de 1980 a lieu le . Il est le premier référendum portant sur la possible souveraineté de la province.

Le référendum est organisé à l'initiative du gouvernement du Parti québécois, arrivé au pouvoir en 1976. Par le référendum, le gouvernement québécois cherche un mandat pour négocier avec le gouvernement fédéral une entente de souveraineté-association. En cas de victoire du « oui », le résultat des négociations aurait été soumis à un second référendum.

La proposition est défaite, avec 59,56 % de « non ». Un nouveau référendum sur la souveraineté du Québec a lieu en 1995.

Contexte[modifier | modifier le code]

Arrivée au pouvoir du Parti québécois[modifier | modifier le code]

Le Québec est une province de la Confédération canadienne depuis 1867 et est la seule province à avoir conservé sa majorité francophone, le Nouveau-Brunswick et le Manitoba étant devenus à majorité anglophone. Pendant longtemps, le gouvernement provincial de l'Union nationale a promu l'identité française et catholique du Québec au sein du Canada puis la Révolution tranquille au début des années 1960 a débouché sur une hausse du nationalisme civique et économique et à l'émergence de mouvements réclamant l'indépendance de la province et son établissement comme État-nation.

Parmi ces voix, René Lévesque fonde le Parti québécois (PQ), un parti souverainiste. Le PQ se fait l'avocat de la souveraineté-association, c'est-à-dire qu'il souhaite que le Québec devienne indépendant tout en maintenant une association principalement économique avec le reste du Canada. Initialement, le PQ souhaite déclarer l'indépendance aussitôt qu'il arriverait au pouvoir — au nom du principe de souveraineté parlementaire. Mais, après une campagne interne de Claude Morin, le parti choisit une stratégie reposant sur un référendum, afin qu'une déclaration d'indépendance soit plus facilement reconnue internationalement.

Le PQ remporte les élections générales de 1976 en défaisant le Parti libéral du Québec de Robert Bourassa sur la promesse de tenir un référendum sur la souveraineté-association durant son premier mandat. Le gouvernement péquiste fait adopter des mesures pour renforcer l'identité du Québec, notamment la Loi 101.

Le gouvernement Lévesque attend la défaite des libéraux fédéraux en 1979 avant de lancer le processus référendaire. Il a alors l'assurance que le gouvernement fédéral minoritaire progressiste-conservateur de Joe Clark ne s'impliquera pas dans la campagne au Québec, laissant Claude Ryan, chef du Parti libéral du Québec, mener la campagne du « non ».

Le , René Lévesque annonce que le référendum aura lieu au printemps 1980 et que la formulation de la question sera connue avec Noël. Le , le gouvernement québécois rend public un livre blanc intitulé La nouvelle entente Québec-Canada. Proposition du gouvernement du Québec pour une entente d'égal à égal: la souveraineté-association.

Contexte fédéral[modifier | modifier le code]

Les efforts des souverainistes entrent en conflit avec l'idéologie du gouvernement libéral de Pierre Elliott Trudeau, lui-même québécois et farouche opposant à la souveraineté qui propose plutôt d'affirmer le bilinguisme et les libertés individuelles au niveau fédéral. Le Parti libéral fédéral domine alors la scène au Québec depuis plus de 80 ans.

Le , le gouvernement fédéral de Joe Clark perd de manière inattendue un vote de confiance, précipitant de nouvelles élections. Trois jours plus tard, Pierre Trudeau annonce son retour à la tête des libéraux fédéral.

Le , le Parti libéral remporte une majorité à la Chambre des communes et Trudeau redevient Premier ministre. Il nomme Jean Chrétien comme responsable de la réponse fédérale au référendum.

Question référendaire[modifier | modifier le code]

La formulation de la question est l'objet de débat au sein du Parti québécois. Pour les purs et durs comme Jacques Parizeau, la question se doit d'être simple. Mais René Lévesque arrive à la conclusion que la souveraineté-association signifie des négociations avec le gouvernement canadien et que le gouvernement québécois devra chercher à faire ratifier sa décision par les Québécois. Il pense également que l'assurance d'un second référendum peut convaincre des indécis de voter « oui »[1].

La question est annoncée le  :

« Le Gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition d’en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de l’égalité des peuples ; cette entente permettrait au Québec d'acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d’établir ses relations extérieures, ce qui est la souveraineté, et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l’utilisation de la même monnaie ; aucun changement de statut politique résultant de ces négociations ne sera réalisé sans l’accord de la population lors d’un autre référendum ; en conséquence, accordez-vous au Gouvernement du Québec le mandat de négocier l’entente proposée entre le Québec et le Canada ? »

Débats parlementaires[modifier | modifier le code]

Ouvrant le débat sur la question référendaire à l’Assemblée Nationale le 4 mars 1980, René Lévesque affirme avec optimisme devant ses ministres que : « Le référendum va constituer le premier exercice par le peuple québécois de ce droit fondamental de tous les peuples qui est celui d’orienter eux-mêmes leur destin et qu’on appelle couramment le droit à l’autodétermination »[2]. Il juge alors que ce nouveau rapport de souveraineté-association avec le Canada est une étape primordiale quant à l’avenir du Québec. Autrement dit, il juge nécessaire que les Québécois s’affirment non plus comme un peuple dépendant, mais plutôt comme une nation à part. Les arguments jouant en sa faveur sont alors nombreux, commençant par le nombre considérable de ressources humaines et naturelles dont la province dispose à ce moment-là ainsi que l’accumulation de capitaux pour assurer le développement du territoire de manière indépendante face au reste du Canada[2].

Campagne[modifier | modifier le code]

Historique[modifier | modifier le code]

Au terme de la campagne électorale qui se finit en 1976, René Lévesque, alors élu à la tête du gouvernement du Québec, renie son idée initiale de mettre en action son plan d’accéder à l’indépendance immédiatement afin de s’assurer d’avoir le plein support des électeurs avant de lancer le processus. En constatant avec le temps la baisse d’intérêt de la population face au camp du OUI, René Lévesque effectua une sortie publique afin de justifier son projet. Il précisera alors que le processus d’association économique est une étape nécessaire afin d’obtenir la souveraineté[3].

De son côté, le gouvernement canadien de Pierre-Éliott Trudeau a utilisé plusieurs moyens afin de contrer le camp du OUI mené par René Lévesque. Parmi ces moyens, en 1977, on crée le « centre d’information sur l’unité canadienne voulant à effectuer la propagande fédéraliste et ainsi contrer le mouvement indépendantiste »[3]. De plus, Trudeau donna à la Commission Pépin-Robarts, soit une commission créée en 1977 par le gouvernement fédéral pour la promotion de l’unité nationale, le mandat de : « préparer des propositions de réforme constitutionnelle susceptibles de convenir aux Québécois »[3]. Le gouvernement a d’ailleurs contribué à la création des mouvements fédéralistes, dont le Mouvement Québec-Canada qui a cumulé plus de 10 000 membres. D’ailleurs, d’après l’étude de l’historien canadien Frédéric Bastien (2013), on constate que Trudeau a fait l’usage d’une stratégie machiavélique afin d’arriver à ses fins. De surcroît, le documentaire réalisé par Denys Arcand en 1981, soit Le confort et l’indifférence, reproche au gouvernement québécois ayant mené le mouvement du OUI de ne pas avoir été en mesure de contrer la stratégie du Parti Libéral de Pierre-Éliott Trudeau. Il leur reproche de ne pas avoir fait usage du machiavélisme politique afin de gagner leur lutte. De son côté, Trudeau a mis la morale de côté afin d’arriver à ses objectifs. C’est d’ailleurs pour cette raison que pour beaucoup d’experts, les libéraux de Trudeau ont réussi à remporter leur campagne référendaire.

C’est également à la même époque que les forces souverainistes eurent énormément d’attention médiatique. En effet, les médias couvraient tous les faits et gestes des forces souverainistes durant cette époque. Cette attention médiatique pourrait être qualifiée de journalisme de meute puisque l’ensemble des médias tentaient d’obtenir les mêmes informations exclusives. Plus rapidement un média obtenait une nouvelle information croustillante à propos des actions portées par les forces souverainistes, plus vite il la rendait publique et obtenait du coup de l’attention des autres médias[4] (Mathien, 2001). Ce qui était particulier, c’était qu’on assistait à une situation inattendue. Dès lors, on remarqua que plusieurs personnalités connues telle que Rodrigue Biron, soit le chef de l’Union nationale, ont alors joint le camp du OUI durant le mois de mars 1980. Marquant une certaine fracture d’adhésion idéologique de chaque camp dû à ce changement de mentalité chez certaines personnalités politiques connues telles que certains anciens ministres libéraux comme Kevin Drummond et Jean-Paul l’Allier, le camp souverainiste prit alors pour la première fois les devants dans les sondages. Ce qui n’était qu’un rêve flou dans la tête de bien des Québécois pendant longtemps devint alors une lueur d’espoir de voir ce souhait avoir des chances de se concrétiser. « L’institut québécois d’opinion publique lui accordait 47 pour cent contre 44 pour cent au camp du Non à la mi-mars »[3]. Par contre, une gaffe commise peu de temps après par la ministre péquiste de la condition féminine à l’époque, Lise Payette, en lien avec le fait de critiquer les femmes au foyer au Québec permit à la campagne fédéraliste de regagner en popularité[3].

Dépenses[modifier | modifier le code]

Logo du comité du « Oui » lors du référendum.
Logo du comité du « Non » lors du référendum.

Montant maximum autorisé par la loi référendaire : 2 122 257 $ ( 0,50 $ / électeur x 4 244 514 électeurs)

Comité du « non »[5] :

  • Subvention de l’État (0,25 $ / électeur) : 1 061 128,50 $
  • Sommes reçues de partis politiques : 987 754,04 $
  • Contributions des électeurs : 11 572,60 $
  • Total du fonds : 2 060 455,11 $
  • Total des dépenses engagées et acquittées : 2 060 455,00 $

Comité du « oui » :

  • Subvention de l’État (0,25 $ / électeur) : 1 061 128,50 $
  • Sommes reçues de partis politiques : 683 000,00 $
  • Contributions des électeurs : 305 118,05 $
  • Total du fonds : 2 049 246,55 $
  • Total des dépenses engagées et acquittées : 2 047 834,00 $

Résultats[modifier | modifier le code]

Non : 2 187 991 (59,56 %) Oui : 1 485 851 (40,44 %)
Total des votes % des votes
Bulletins valides 3 673 842 98,26 %
Bulletins rejetés 65 012 1,74 %
Taux de participation 3 738 854 85,61 %
Électeurs éligibles 4 367 584


Suites[modifier | modifier le code]

Entre les deux référendums, soit une période s’étalant sur 15 ans, bien que ce soit minime dans l’histoire d’une nation, le Québec et le Canada ont chacun vécu beaucoup d’événements qui ont tous eu un impact quant à leur avenir respectif. Nous pouvons penser notamment à l'échec du référendum de 1992 portant sur l’Accord de Charlottetown qui visait alors une meilleure répartition des pouvoirs entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux. Ce dernier a d’ailleurs mis la table pour le référendum québécois de 1995.

De surcroît, les indépendantistes ont appris de leurs erreurs lors du premier référendum en désirant formuler une question beaucoup plus simple pour le second de 1995. François Bilodeau considère ce processus comme étant une façon de « se racheter »[6]. Toutefois, avec le temps, ce dernier a pu constater une hausse d’adhésion au mouvement du OUI jusqu’au référendum de 1995, mais la proportion de la population adhérant au camp du OUI aurait été aveuglée par une obsession référendaire. Ainsi, on peut remarquer, bien malgré la hausse de l’engouement pour cette option, que se fut tout de même trop peu afin d’obtenir la victoire lors du référendum.

Par ailleurs, on peut aussi faire part du fait qu’il y a eu, entre le début et la fin des années 70, un changement de mentalité chez la plupart des Québécois d’après le sociologue Gilles Bourque. En effet, pendant les années 1970, on cherchait à établir un savoir national et à étaler les connaissances provenant du Québec. Ensuite, la société québécoise s’est développée au niveau idéologique: « [...] à la suite sans doute de l'échec référendaire, mais à la suite aussi de la crise profonde qui a traversé l'ensemble des sociétés occidentales, [ceci] a donné lieu à un déplacement de la réflexion sociologique vers le féminisme, les mouvements et les acteurs sociaux, la modernité et la post-modernité »[7]. Ainsi, la mentalité de la population a changé suite au référendum de 1980 et Gilles Bourque considère que les Québécois en sont sortis plus forts. Selon les conclusions de son étude, il définit la nation québécoise favorablement comme étant un: « [...]regroupement d'agents individus, disciplinés et étiquetés, identifiables par des marques naturalisantes (l'effort, la volonté, la langue) et s'ajustant du mieux qu'ils le peuvent en fonction d'une régulation technicienne des rapports sociaux »[6].

Le soir de ce 20 mai 1980, René Lévesque déclare son célèbre : « Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de nous dire à la prochaine fois ! »[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Lévesque 1986, p. 299.
  2. a et b Bibliothèque nationale du Québec., Pourquoi oui, Les presses de l’imprimerie Electra,
  3. a, b, c, d et e Marsolais, C-V., Un Québec divisé: Le référendum de 1980 (lire en ligne), P.62-67
  4. Mathien, M., Le journalisme de communication : critique d'un paradigme spéculatif de la représentation du journalisme professionnel, , p. 105-135
  5. Michel Lévesque et Martin Pelletier. Les référendums au Québec : bibliographie, Québec : Bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec, 2005, page 15 [lire en ligne] [PDF].
  6. a et b Bilodeau, F, L’acharnement référendaire, , p. 90-94
  7. Bourque, G., La sociologie, l’État, la nation, , p. 153-161
  8. Archives de Radio-Canada : « À la prochaine fois » [lire en ligne].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]