Rōnin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Ronin.
Horibe Yahei et son fils adoptif, Horibe Yasubei : deux rōnin du XVIIIe siècle.

Un rōnin (浪人?) était, dans le Japon médiéval, un samouraï sans maître.

Origine du terme[modifier | modifier le code]

Rōnin signifie littéralement « homme errant » ou « homme-vague ». Le terme daterait de l’ère Nara (710794) et aurait alors désigné ceux qui désertaient leurs maîtres, qu'il s'agisse de guerriers ou de serfs.

Les rōnin[modifier | modifier le code]

Les rōnin sont d'anciens samouraïs exclus de la société japonaise féodale ; il y avait plusieurs raisons : la mort de leur seigneur, leurs propres fautes ou leur défaite au combat. Ils devenaient donc en quelque sorte des « parias », n'ayant pas de classe propre dans une société extrêmement hiérarchisée et basée sur les relations de loyauté envers un seigneur. La plupart d'entre eux se tournaient alors vers des métiers plus humbles après la perte de leur fief, en devenant fermiers ou même prêtres bouddhistes errants (虚無僧, komusō), vivant d'aumônes. Mais certains ayant des difficultés à accepter leur nouvelle position sociale tentaient de se rebeller, parfois même en se tournant vers le banditisme.

Après la période Sengoku (14671568), l'image des samouraïs se dégrada, et ils furent considérés comme des mercenaires à la solde de leurs maîtres. C'est à cette époque que le nombre de rōnin augmenta. Les rōnin combattaient pour leurs idéaux. On leur associait souvent l'image du « preux chevalier ».

C’est surtout lors de l’ère Edo (16001868) que le nombre de rōnin alla en croissant : le shogunat avait en effet mis en place un système rigide qui interdisait aux samouraïs de changer de maître, de se marier hors de leur « clan », ou d’avoir des occupations extérieures au clan sans la permission de leur ancien maître alors que les règles étaient beaucoup plus flexibles sous les régimes précédents. De fait, la mort ou la ruine de son maître rendait presque impossible au samouraï d’en trouver un autre et le forçait à devenir rōnin.

Le rōnin dans la société japonaise[modifier | modifier le code]

Panneau de bois peint par le maître ukiyo-e Utagawa Kuniyoshi représentant le célèbre rōnin Miyamoto Musashi.

Le rōnin avait une mauvaise réputation, contrebalancée pourtant par de nombreux récits à sa gloire. Si le statut de rōnin était peu enviable en raison du mépris et de la honte liée à cette situation, il était pourtant recherché par certains samouraïs qui considéraient qu’il s’agissait d’une expérience que tout bon samouraï se devait de vivre dans sa vie, fidèle au proverbe nana korobi ya oki (七転八起 – « tomber sept fois et se relever huit »). Ce proverbe symbolise la persévérance face à des situations difficiles ou aux vicissitudes de l'existence. Le samouraï au cours de sa vie pouvait partir sept fois pendant une mission de « vagabondage » d’un an au cours de laquelle il vivait comme un rōnin avant de revenir servir son maître. Néanmoins, un samouraï devenait plus souvent rōnin en raison de circonstances indépendantes de sa volonté que parce qu’il aspirait véritablement à cette situation.

Les rōnin étaient méprisés et discriminés par les samouraïs qui jalousaient probablement leur grande liberté personnelle. Pourtant, ils étaient respectés par les basses classes, bien que ces derniers se méfiassent néanmoins d'eux : de nombreux récits content l’histoire d’un rōnin châtiant d’arrogants samouraïs qui tyrannisaient un village. Dans d’autres histoires, les villageois louent leurs services pour se défendre contre des bandits (comme dans le film Les Sept Samouraïs). Souvent leur sont associées toutes les vertus du samouraï, comme en témoigne l’histoire des 47 rōnin.

Malgré ces histoires épiques, être rōnin était une grande honte. Lord Redesdale, un Britannique attaché au Japon peu après la restauration de l’ère Meiji (1868), raconta que lors de son séjour un rōnin s’était suicidé sur les tombes des 47 rōnin (Lord Redesdale habitait non loin de cet endroit). Il laissa un mot derrière lui disant qu’il avait demandé à entrer au service du daimyō de Chōsū mais s’était vu rejeté. N’ayant voulu servir d’autre maître et ne supportant plus la honte associée à la condition abominable de rōnin, il voulait en finir avec sa vie et ne trouvait pas d’endroit plus adapté pour le faire. Lord Redesdale précisa qu’il vit de ses propres yeux l’endroit une heure ou deux après le suicide et que du sang se trouvait encore par terre.

Pourtant, certains rōnin se forgèrent une réputation et s'attirèrent le respect de tous. C'est notamment le cas de Musashi Miyamoto qui est devenu la personnification du mythe du samouraï errant qui va de ville en ville pour affûter sa technique.

Autres significations[modifier | modifier le code]

Après la disparition de la classe des samouraïs, la dénomination de « rōnin » est élargie aux étudiant(e)s qui échouent à leur examen d'entrée à l'université, et passent une ou plusieurs années supplémentaires à étudier pour le repasser, le plus souvent en intégrant une école préparatoire privée (une « boîte à concours pour rônin[1] »)[2],[3]. Ce terme s'applique aussi aux étudiants diplômés des deux sexes n'ayant pas trouvé d'emploi[4],[5].

Par extension, on appelle également rōnin une personne au chômage[6]. En effet, dans le Japon de la fin du XXe siècle, « Le salaryman dévoué corps et âme à son entreprise est comme le samouraï d'antan et l'apparition récente du chômage est considérée comme l'équivalent de la dissolution du clan qui transformait naguère le soldat en rōnin, c'est-à-dire en guerrier perdu ou en mercenaire sans idéal[7]. » Selon le japanologue Jean-François Sabouret « Exister, être au Japon, c'est être quelque part, dans un lycée, une université, une entreprise, un ministère », d'où l'analogie entre l'étudiant(e) sans université, la personne sans travail, et le « samuraï errant de l'époque féodale »[1].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Bien que ce soit le terme « samouraï » qui est utilisé dans le titre du film, il s'agit bien de sept samouraïs sans maître, donc de sept rōnin[8].
Le titre original de ce film est Seppuku (切腹), dont le mot forme rituelle de suicide masculin par éventration, pratiqué par les samourais. Ce film présente ce rite et la manière dont certains samouraïs rusent pour y échapper et le comportement héroïque d'un rōnin qui veut défendre son honneur[9].
Au cours du film, le personnage de Michael Lonsdale (prénommé Jean-Pierre) raconte la légende des 47 rōnin à Robert de Niro, incitant par là à la réflexion sur les motivations et les mobiles de ces mercenaires[10].
Inspiré d'un roman de Kan Shimozawa, ce film qui narre les exploits d'un rōnin aveugle, maître de kenjutsu s'inspire d'un film plus ancien et d'une série télévisée éponyme.
Si ce film a rendu plus célèbre cette légende japonaise sur les rōnin, grâce à la présence de l'acteur Keanu Reeves (d'origine européenne et asiatique), celui-ci a été entièrement tourné en Europe, en Hongrie et au Royaume-Uni[11]

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

  • La bande dessinée Okko d'Hub.
  • La bande dessinée Kogaratsu de Bosse.

Jeux vidéo[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean-François Sabouret, L'Empire du concours : lycéens et enseignants au Japon, Paris, Autrement, coll. « Ciel ouvert », , 284 p. (ISBN 9782862601489, OCLC 419725192, notice BnF no FRBNF34912275), p. 92.
  2. (en) Philip Brasor et Masako Tsubuku, « Prep schools succumbing to more than economic reality » [« Les écoles préparatoires subissent davantage que la réalité économique »], The Japan Times, (consulté le 17 décembre 2017).
  3. (ja) Asahi Shinbun, « 浪人ク » [« Rōnin »], sur Kotobank,‎ (consulté le 17 décembre 2017).
  4. « Diplômé sans travail » (就職浪人, shūshoku rōnin?).
  5. (ja) Asahi Shinbun, « 就職浪人ク » [« « Diplômé sans travail » »], sur Kotobank,‎ (consulté le 17 décembre 2017).
  6. Google Books, Glossaire de mots japonais]
  7. Raymond Goy, Du droit interne au droit international : le facteur religieux et l'exigence des droits de l'homme, Rouen, Université de Rouen-Normandie, coll. « Publications de l'Université de Rouen », , 484 p. (ISBN 9782877752497 et 2877752496, OCLC 183920882, notice BnF no FRBNF37008015), p. 196.
  8. Page sur le film Les Sept Samouraïs, tribaal.online.fr.
  9. Site DVD classik, page sur le film Hara-Kiri
  10. Site Youtube, vidéo extraite du film (passage en anglais).
  11. Site allociné, fiche sur le film "47 ronin".

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Mercenariat en littérature