Rythmes scolaires en France

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Le temps scolaire (ou rythmes scolaires) est la répartition des jours et des heures où l’élève se rend à l’école.

En France, une année scolaire est composée de trente-six semaine de classe, et de seize semaines de vacances, dont les grandes vacances de huit semaines, et les vacances de Toussaint, Noël, hiver et Pâques, de deux semaines chacune. Pour ces deux dernières, les dates différent selon la « zone » de l’établissement.

Dans les écoles primaires, la semaine est organisée en principe sur neuf demi-journées du lundi au vendredi depuis 2013. Toutefois des adaptations sont possibles et un certain nombre de villes ont adopté la semaine de quatre jours.

L'organisation de la semaine dans l'enseignement secondaire n'est pas traitée dans cet article.

Historique[modifier | modifier le code]

Hôtel des Roches et Embruns et les Bains du Port-Vieux à Biarritz, vers 1920.

La loi Ferry de 1882, qui rend l'instruction obligatoire, dispose que les écoles primaires publiques vaqueront un jour par semaine, le jeudi en plus du dimanche[1].

En 1912, les vacances d'été débutent le 14 juillet et se terminent le 1er octobre. Après le Front populaire, elles vont du 15 juillet au 30 septembre[2]. C'est à cette même époque que sont instaurées les vacances de la Toussaint, de Noël et de Pâques[3].

Entre 1969 et 1972 le ministre Olivier Guichard procède à plusieurs réformes. Les cours du samedi après-midi sont supprimés et la journée d’interruption est reportée du jeudi au mercredi, la semaine passant ainsi de trente à vingt-sept heures. Les vacances d'hiver sont créées[2],[4],[5], ainsi que le zonage pour les vacances d'hiver, de printemps et d'été, mais pour ces dernières, il est rapidement supprimé (en 1971)[6].

1990 : Semaine de cinq jours avec adaptations possibles[modifier | modifier le code]

La loi Jospin de 1989 dispose que l'année scolaire comporte trente-six semaines réparties en cinq périodes de travail, de durée comparable, séparées par quatre périodes de vacance des classes[7]. La semaine scolaire passe de vingt-sept à vingt-six heures[8]. La référence devient une semaine de cinq jours (lundi, mardi, jeudi, vendredi et samedi matin), toutefois des aménagements restent possibles, et 10,3 % des écoles optent pour la semaine de quatre jours en 1992-93. Ce chiffre passe à 18,7 % en 1994-95 et 25,8 % en 1998-99. Dans ces situations, les jours sont repris sur les vacances. L'enseignement privé adopte cet aménagement à 41 % en 1998-99[9].

2008 : Semaine de quatre jours[modifier | modifier le code]

En septembre 2007, le ministre Xavier Darcos annonce la fin des classes du samedi matin[10]. À la rentrée 2008, la durée de la semaine scolaire est fixée à vingt-quatre heures d'enseignement pour tous les élèves. Les vingt-quatre heures d'enseignement sont organisées à raison de six heures par jour les lundis, mardis, jeudis et vendredis. Il est créé une aide personnalisée pour les élèves en difficultés d'une durée de deux heures[11],[12]. Lors de l'année scolaire 2009-10, 95 % des écoles fonctionnent en semaine de quatre jours, 3 % en semaine de quatre jours et une aide personnalisée le mercredi matin, 2 % en semaine de cinq jours[13]. Malgré la protestation de spécialistes de l’éducation comme Antoine Prost[14], aucune grève ni manifestation n'a lieu pour dénoncer cette réforme

2013 : Semaine de cinq jours du lundi au vendredi[modifier | modifier le code]

Initiée par le ministre de l'Éducation nationale, Vincent Peillon, dans le cadre de la préparation de la loi sur la « refondation de l'école »[15], la réforme prône le retour à la semaine de quatre jours et demi, ayant la faveur de l'ensemble des syndicats d'enseignants, des associations de parents d'élèves et de la hiérarchie de l'éducation nationale, alors que la grande majorité des enseignants et parents sont favorables à la semaine de quatre jours.

Selon le site du ministère, « l'organisation du temps répond à des objectifs pédagogiques pour permettre aux enfants de mieux apprendre à l'école : favoriser les apprentissages fondamentaux le matin, au moment où les élèves sont les plus attentifs ; bénéficier de 5 matinées pour des temps d'apprentissage plus réguliers »[16].

Objectifs et organisation[modifier | modifier le code]

Le mini-char de carnaval, issu des travaux des élèves de l'école primaire de Sergines, dans le cadre des nouvelles activités périscolaires.

La semaine comprend toujours vingt-quatre heures de temps scolaire. Elles sont réparties en neuf demi-journées : lundi, mardi, mercredi matin, jeudi et vendredi. Afin de limiter une demi-journée à trois heures et demi, des activités pédagogiques complémentaires, et des temps d'activités périscolaires sont ajoutées à l'emploi du temps des élèves. Les deux heures d'aide personnalisée pour les élèves en difficultés sont supprimées[17],[18].

Mise en œuvre[modifier | modifier le code]

La réforme s’applique à la rentrée 2013, cependant, le décret permet aux municipalités qui le souhaitent de repousser d'un an l'application de la réforme[17].

Les collectivités font principalement appel aux associations présentes sur la commune ainsi qu'aux services municipaux ou intercommunaux (comme les bibliothèques[19]) pour mettre en œuvre les nouvelles activités périscolaires (NAP). Il existe 3 champs principaux dans lesquels s'inscrivent les NAP : le sport, la culture et le soutien scolaire.

Financement[modifier | modifier le code]

Le coût de la réforme des rythmes scolaires est estimé à 150  par enfant[20].

Afin d'accompagner financièrement les collectivités territoriales dans l'application de la réforme, l'État met en place un fonds dit « d'amorçage » de 250 millions d'euros[21] pour 2013-2014 et 2014-2015, correspondant à une dotation de 50 euros par élève (une dotation supplémentaire de 40  est allouée aux communes éligibles à la DSU et à la DSR).

L'aide de l'État est une aide forfaitaire de 50  par élève et par an plus 40  par élève et par an pour les communes éligibles à la dotation de solidarité urbaine (SDU) ou la dotation de solidarité rurale (SDR)[22].

Critiques[modifier | modifier le code]

En octobre 2013, 419 directeurs et directrices des écoles publiques de Paris s'adressent à leur Directeur académique et critiquent la confusion entre temps scolaire et temps périscolaire, consécutive à la mise en place des nouveaux rythmes scolaires[23],[24].

Le 18 mai 2015, le syndicat FSU des Inspecteurs de l'Éducation nationale (IEN), sans remettre en cause les objectifs, dresse un bilan négatif de la façon dont la réforme a été mise en œuvre devant l'Inspection générale de l'Éducation nationale (IGEN)[25]. Il regrette en particulier le manque de cadre national et la trop grande latitude donnée aux élus locaux, ainsi que la précipitation dans laquelle elle a été menée, aboutissant parfois à des projets trop fragiles.

Évolution après 2014[modifier | modifier le code]

En 2014, lorsque le Gouvernement Manuel Valls est constitué, Vincent Peillon fait partie des ministres qui ne sont pas reconduits, notamment du fait des contestations de la réforme des rythmes scolaires[26].

Le nouveau ministre Benoît Hamon signe un décret[27] qui autorise un assouplissement dans la mise en œuvre de la réforme. Tout en maintenant les cinq matinées de travail obligatoires, le décret permet d'adapter localement l'organisation de la semaine scolaire, notamment avec la possibilité de concentrer les activités périscolaires sur une seule après-midi. Le fonds d'amorçage est prolongé pour 2015-2016.

Le ministre Blanquer élargit les possibilités de revenir à la semaine de quatre jours et met en œuvre un « plan mercredi » qui concentre les aides financières aux communes sur la journée du mercredi permettant aux communes de diminuer les investissements importants qu'elles avaient réalisés pour mettre en œuvre la réforme du ministre Peillon[28],[29].

La semaine de quatre jours est appliquée par 32 % des écoles à la rentrée 2017[30] et plus de 80% à la rentrée 2018[31]. Une plus grande présence des municipalités dans les écoles est néanmoins maintenue. Ainsi, les activités périscolaires municipales mises en place dans le cadre de la réforme de 2013 perdurent dans toutes les écoles élémentaires et maternelles publiques et, dans les établissements de certaines communes où elles existaient déjà avant 2013, leur gestion n'est plus placée sous la responsabilité des directeurs d'école (suppression des indemnités qu'ils percevaient pour gérer les temps périscolaires : la cantine, la pause méridienne, les accueils, garderies et études du matin et du soir[32],[33],[23],[24]).

Enjeux[modifier | modifier le code]

chronobiologie
Quelques illustrations de l'expression du rythme circadien chez l'Homme[34].

Les travaux des médecins, pédiatres ou chronobiologistes sur les rythmes de l’enfant deviennent perceptibles à partir des années 1970[5].

Selon certains d'entre eux, une semaine de quatre jours induit plusieurs ruptures de rythmes, ce qui désynchroniserait l’horloge interne et l'idéal serait donc une semaine de quatre jours et une demi-journée voire, mieux encore, quatre jours et deux demi-journées. Au cours de la journée, les périodes où l'enfant est le plus attentif seraient entre 10 h et 11 h 30, puis entre 14h et 17h. Enfin, au cours de l’année, le rythme fréquemment recommandé serait sept semaines de cours, suivies de deux semaines de repos[35]. La question des rythmes biologiques ne se limite pas à l’organisation du temps scolaire, et il est recommandé aux parents entre autres de garder un rythme constant de sommeil, même les week-end, et de restreindre le temps passé par les enfants devant un écran[36].

La réduction des vacances d'été a été abordée à plusieurs reprises, mais jamais concrétisée[37],[38],[39]. Un autre marronnier est la « reconquête du mois de juin », où les collèges et lycées ne font plus cours à cause des examens[40],[41]

Selon la chronobiologiste Claire Leconte, la réforme de 2013 s’est limitée à organiser des demi-journées de manière rigide, sans toujours tenir compte du temps de travail, de la santé, de la famille. Elle regrette que le décret de 2014 ne permette plus une organisation sur cinq jours avec cinq longues matinées, deux après-midi d’enseignements et deux après-midi, comme cela avait pu exister dans certaines écoles[42].

tourisme

La formule « 7 + 2 » n’est appliquée que durant l’année 1986. En effet depuis les années 1970, sous la pression des lobbys du tourisme, en particulier ceux des sports d'hiver, et de la SNCF, il est introduit deux puis trois zones[43].

emplois du temps des familles

La libération du samedi après midi (en 1969), puis du samedi matin permet aux familles dont les parents travaillent du lundi au vendredi de partir en week-end, mais empêche ces mêmes parents de rencontrer les enseignants. Elle prend de plus en compte l’organisation de la résidence alternée des enfants de parents divorcés[5],[44].

Avant septembre 2013, plus de 40 % des mères dont le plus jeune enfant était en âge d’aller à l’école élémentaire ne travaillaient pas le mercredi[45],[46].

instruction religieuse

En 1882, l’instauration d'une interruption d'une journée est motivée pour permettre l'instruction religieuse. De nous jours, c’est la même question qui est en faveur de la semaine de quatre jours[5].

organisation des activités périscolaires

Les trois heures hebdomadaire d'activités périscolaire, mises en places par la réforme de 2013 a créé plusieurs casse-tête d’organisation pour les municipalités : budgets, locaux et recrutements d’animateurs[47].

Comparaison internationale[modifier | modifier le code]

Le tableau suivant dresse le nombre de congés scolaires en filière générale de l'enseignement obligatoire du premier cycle du secondaire et le temps d'instruction en primaire de l'enseignement obligatoire et public, en 2019 dans certains pays de l'OCDE.

Temps d'instruction dans différents pays[48]
Heures annuelles Semaines de vacances
Canada 920
France 864 16
Allemagne 724 12
Grèce 748 14
Japon 770
Pays-Bas 940 13
Portugal 910 17
Suisse 797 9
Moyenne OCDE 799

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Article 2 de la loi n° 11 696 du 28 Mars 1882
  2. a et b Claude Lelièvre, « Les jeunes Français ont-ils trop de vacances scolaires ? »,
  3. « 4 ou 4,5 jours, activités périscolaires : les rythmes scolaires en débat », sur Vie-publique.fr
  4. Arrêtés du 12 mai 1972
  5. a b c et d Bernard Gorce, « Quand le jeudi est devenu mercredi... », La Croix,‎ (lire en ligne)
  6. « Chronologie : l'école et l'aménagement du temps scolaire de Jules Ferry à nos jours », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  7. Article 9 de la loi no 89-486 du 10 juillet 1989 d'orientation sur l'éducation
  8. « Chronologie sur les rythmes scolaires », sur Vie-publique.fr
  9. IGEN, 2000
  10. François Beguin, « Rythmes scolaires : en 2008, un passage quasi indolore à la semaine de quatre jours », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  11. Décret no 2008-463 du 15 mai 2008 modifiant le décret no 90-788 du 6 septembre 1990 relatif à l'organisation et au fonctionnement des écoles maternelles et élémentaires et l'article D. 411-2 du code de l'éducation
  12. « Arrêté relatif aux horaires des écoles maternelles et élémentaires »,
  13. Breton et Durand 2010, Partie , I. A. 1. Le cadre actuel
  14. Antoine Prost, « Un Munich pédagogique », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  15. Voir sur education.gouv.fr.
  16. « L'organisation du temps scolaire à l'école », sur Ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (consulté le 21 mars 2016)
  17. a et b Alexandre Léchenet, « Rythmes scolaires : tout comprendre de la réforme », sur www.lemonde.fr,
  18. Décret no 2013-77 du 24 janvier 2013 relatif à l'organisation du temps scolaire dans les écoles maternelles et élémentaires
  19. Mettre en place une offre de services pour les enfants dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires en bibliothèque municipale, Lydie Catelon, fiche pratique de l'enssib, 2014.
  20. « Comment les communes financent la réforme des rythmes scolaires », sur francetv info (consulté le 21 mars 2016)
  21. Voir sur education.gouv.fr.
  22. « Les aides financières | PEDT », sur pedt.education.gouv.fr (consulté le 21 mars 2016)
  23. a et b L’important c’est l’école, SNUIPP - FSU, 17 octobre 2013
  24. a et b « Périscolaire à Paris : l’anti-école dans l’école », AgoraVox, 30 mai 2014
  25. « Efficacité pédagogique de la réforme des rythmes scolaires Audience du SNPI auprès de l’IGEN », Site du SNPI/FSU, 18 mai 2015.
  26. Véronique Soulé, « Dure leçon pour Vincent Peillon », Libération,‎ (lire en ligne)
  27. Décret no 2016-1049 du 1er août 2016 autorisant des dérogations à l'organisation de la semaine scolaire dans les écoles maternelles et élémentaires publiques
  28. Le Parisien avec AFP, « Rythmes scolaires : le retour à la semaine de quatre jours officiellement autorisé », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  29. Décret no 2017-1108 du 27 juin 2017 relatif aux dérogations à l'organisation de la semaine scolaire dans les écoles maternelles et élémentaires publiques
  30. « Rythmes scolaires : un tiers des écoles optent pour un retour à la semaine de quatre jours », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  31. Mattea Battaglia, « Rythmes scolaires : les communes « satisfaites » du retour à la semaine de 4 jours d’école » », Le Monde,
  32. « L’exercice des compétences scolaires et périscolaires à Paris », Rapport de la cour des comptes, 12 mars 2018
  33. « Périscolaire : quel est le transfert de responsabilité », Autonome de solidarité, 9 novembre 2016)
  34. (en) Michael Smolensky et Lynne Lamberg, The Body Clock Guide to Better Health : How to Use Your Body's Natural Clock to Fight Illness and Achieve Maximum Health, Henry Holt and Company, .
  35. Claude Gronfier interviewé dans Chloé Durand-Parenti, « Quel rythme scolaire idéal pour les enfants ? », Le Point,‎ (lire en ligne)
  36. Touitou, Bégué et Académie nationale de médecine 2010
  37. Marie-Estelle Pech, « Chatel lance le débat sur les vacances d'été », Le Figaro,
  38. « Vacances d'été réduites : prématuré selon les enseignants, les parents d'élèves satisfaits »,
  39. « Rythmes scolaires : "Il y a un sujet des vacances en France, on va devoir le poser", estime Blanquer »,
  40. Marie-Estelle Pech, « Calendrier scolaire : la lente reconquête du mois de juin », Le Figaro,
  41. Joffrey Vovos, « La difficile reconquête du mois de juin à l’école », Le Parisien,
  42. Claire Leconte interviewée par Lucie Delaporte, « Rythmes scolaires: « On prend tout par le mauvais bout ! » », sur Mediapart,
  43. Claude Lelièvre cité par Chloé Durand-Parenti, « RYTHMES SCOLAIRES - Les leçons de l'histoire », Le Point,‎ (lire en ligne)
  44. Breton et Durand 2010, Partie , I. B. 2. Des relations avec les familles distendues depuis la suppression des enseignements le samedi matin
  45. Charlotte Chabas, « Les rythmes scolaires, un « impact significatif » sur l’emploi des femmes », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  46. Emma Duchini et Clémentine Van Effenterre, Institut des politiques publiques, « La réforme des rythmes scolaires : un révélateur des inégalités présentes sur le marché du travail ? », Les notes de l'IPP,‎
  47. Charlotte Chabas, « Les activités périscolaires, sacrifiées par le retour aux quatre jours d’école », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  48. Organisation de coopération et de développement économiques, Regards sur l'éducation, coll. « Les indicateurs de l'OCDE », (DOI https://doi.org/10.1787/6bcf6dc9-fr), graphique D1.a et tableau D1.1

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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