Plumasserie

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Un atelier de plumassier, XVIIIe siècle

La plumasserie est l’activité qui concerne la préparation de plumes d’oiseaux et leur utilisation dans la confection d’objets ou d’ornements souvent vestimentaires.

Aux origines : l’art plumaire[modifier | modifier le code]

Article principal : Art plumaire.
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Dans sa forme traditionnelle, la plumasserie est sans doute aussi ancienne que les sociétés humaines. L’art plumaire est un art sacré pratiqué par des groupes sociaux grâce à l’utilisation des plumes d’espèces différentes d’oiseaux. À teneur symbolique, il est principalement établi en Amérique latine, chez les peuples Amérindiens lors de grands événements, de pratiques rituelles et de cérémonies[1] comme les Kayapos ou les Rikbaktsas au Brésil[2]. La technique peut se réaliser par le collage et la ligature des plumes pour en faire des masques, des coiffes, parures ou bien en des ornements corporels (lèvres, oreilles, narines, etc.)[3].

D’un art sacré à un métier d’art[modifier | modifier le code]

À l'époque de Charlemagne les élégants se paraient de plumes de paon et de flamants.

Au XIIIe siècle, les prélats et les grands seigneurs portaient des chapeaux ornés, peut-être même formés, de plumes de paon. La consommation de ces plumes était assez grande pour faire vivre une corporation, celle des chapeliers de paon qui, vers 1268, présenta ses statuts à l'homologation du prévôt de Paris[4]. Les chapeliers de paon prirent vers le XVe siècle le nom de plumassiers. Leurs premiers statuts, octroyés au mois d'août 1577, furent révisés et renouvelés en juillet 1599 et en juillet 1659. Ils y qualifient les maîtres de plumassiers - panachers - bouquetiers enjoliveurs, et ils sont précédés d'assez étranges considérants. L'apprentissage durait six ans, suivis de quatre ans de compagnonnage. Les maîtres pouvaient engager un second apprenti dès que l'enfant avait terminé sa quatrième année de service.
Aux termes de leurs statuts, les plumassiers avaient le droit de confectionner « toutes sortes d'habillemens de tête », panaches, chapeaux et bonnets de mascarades, bouquets pour églises, toques, aigrettes, guirlandes pour carrousels, ballets et courses de bagues ; ils pouvaient teindre toutes espèces de plumes en toutes couleurs, les enrichir et enjoliver d'or et d'argent vrai ou faux. Ils employaient surtout les plumes d'autruche, de héron, de coq, d'oie, de vautour, de paon et de geai[4].
Le nombre des maîtres plumassiers, dans Paris, était de 25 à la fin du XVIIIe siècle. Ils avaient pour patron saint Georges, dont ils célébraient la fête le 23 avril à l'église Saint-Denis-de-la-Chartre[4].

Au début du XIVe siècle, on voit apparaître les plumes d'autruche, qui rehaussèrent les coiffures d'apparat. Quand Louis XII entra à Gênes, en avril 1507, il portait un casque couronné d'une forêt de plumes droites, d'où émergeait un panache retombant. Une plume blanche garnissait le bonnet de velours noir à la mode sous François Ier[4].

Le Petit Journal : une ferme d’'autruches à Madagascar en 1909.
Différents ouvrages du plumassier-panachier XVIIIe siècle.
Types de plumes. Larousse pour tous, 1907-1910
Nogent sur Marne, manufacture de plumes, la sortie des ouvrières, vers 1900. Cette usine employait des femmes italiennes, originaires de la région de Plaisance et venues à Nogent avec leurs maris.
Chapeau à plumes.

Sous Louis XIV et jusqu'à la Révolution, les plumes figurèrent dans la parure des femmes et même des hommes. Elles devinrent, en particulier à la fin du XVIIIe siècle, l'objet d'une véritable passion.
Sous Louis XVI, les coiffures devinrent tellement extravagantes que la baronne d'Oberkirch indique dans ses mémoires : « les femmes de petite taille avoient le menton à moitié chemin des pieds ». Mme Campan indique quant à elle : «les coiffures parvinrent à un tel degré de hauteur, par l'échafaudage des gazes, des fleurs et des plumes, que les femmes ne trouvoient plus de voitures assez élevées pour s'y placer, et qu'on leur voyoit souvent pencher la tête ou la placer à la portière. D'autres prirent le parti de s'agenouiller, pour ménager d'une manière plus certaine encore le ridicule édifice dont elles étoient surchargées ». Le comte de Vaublanc n'est pas moins sévère : « J'ai vu une dame qui, non seulement était à genoux dans sa voiture, mais encore passoit la tête par la portière. J'étois assis auprès d'elle. Quand une femme ainsi panachée dansoit dans un bal, elle étoit contrainte à une attention continuelle de se baisser lorsqu'elle passoit sous les lustres, ce qui lui donnoit la plus mauvaise grâce que l'on puisse imaginer »[4].

Dans les civilisations occidentales, cette activité s’est peu à peu développée au point d’acquérir, en particulier au XIXe siècle, un statut commercial et industriel. Elle touche donc à des domaines aussi variés que l’ethnographie, l’art, la mode, le commerce ou la conservation de la nature.

Au XIXe siècle, de nouvelles variétés de plumes sont introduites, les plumes seront alors séparées en deux catégories; la « plume d’autruche » et toutes les autres variétés, la « plume de fantaisie ».
Les plumes d'autruche arrivaient presque toutes d'Alger, mais il y avait également des élevages de troupeaux de ces animaux à Tunis, Alexandrie et Madagascar. Le commerce en était concentré à Livourne, qui faisait des expéditions dans toute l'Europe.
Les plumes de héron noir ou de héron fin étaient beaucoup plus rares et beaucoup plus chères que celles de l'autruche. L'Allemagne et la Turquie les fournissaient[4].

La mode utilise l’usage de plumes comme pour le panache – faisceau de plumes – qui était également un ornement militaire, ou pour le bouquet de plumes qui orne la chevelure des femmes[5]. Elles servaient également à décorer certains meubles comme les dais ou encore les impériales de lits.

L’industrie plumassière au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Cette industrie florissante au XIXe siècle a entraîné la chasse intensive de certains oiseaux provoquant le déclin ou la disparition de certaines espèces. Des associations de protection des animaux comme la Société royale pour la protection des oiseaux ou la Ligue pour la protection des oiseaux ont été créés pour lutter contre ce phénomène[6]. Les paradisiers, les aigrettes et les grèbes huppés ont été l’enjeu de luttes importantes aux XIXe et XXe siècles. En 1910, il se vendit au marché de Londres 1 470 kilogrammes de plumes ce qui représentait la chasse de 290 000 aigrettes. Début XXIe siècle, la chasse aux oiseaux pour leurs plumes menace encore certaines espèces comme l’ibis rouge[6].

En 1865, un chroniqueur proteste « La mode qui, jusqu’ici, s’était montrée sous le dehors d’une capricieuse déesse, ambitionne décidément le titre de divinité cruelle… Ne s’avise-t-elle pas de coller aux chapeaux des femmes la tête, voire le corps des innocents oiseaux du ciel ! Si les dames enfiévrées d’innovations s’étaient bornées à s’attifer d’animaux nuisibles, je n’élèverais pas la voix, et je prodiguerais même les encouragements à celles que je croiserais dans ma route, le chef accidenté de punaises ou le front paré de hannetons. Je fonderais en outre un prix annuel au profit de la modiste qui aurait le plus fréquemment employé le serpent à sonnettes dans la confection de ses marchandises. Mais quand je vois immoler sur les autels de l’élégance les gracieuses fauvettes et les rossignols mélodieux, je me fâche tout rouge et je demande que l’autorité s’oppose à ce carnage de passereaux »[7]. Il fut accompagné dans sa démarche par d’autres protecteurs de la nature et par la société Audubon fondée aux États-Unis, qui sera très active et ne baissera pas les bras devant l’augmentation de la demande de plumes provenant d’espèces de plus en plus menacées.

C’est en vers 1890 que l’industrie de la plume connaît son plus vif succès. À Paris on comptait près de huit-cents maisons qui employaient six à sept mille personnes. La quantité de travail était telle que les plumassiers ne s’occupaient que d’une catégorie de plume à la fois ; l’un s’occupant de la plume d’autruche blanche, l’autre de la noire, d’autres de la teindre de couleurs vives.

La plume fut l’accessoire en vogue du vêtement féminin jusqu’aux années 1960. La seconde moitié du XXe siècle voit la fin de l‘utilisation des plumes dans la mode.

Le déclin de la plumasserie[modifier | modifier le code]

Le port du chapeau tombe en désuétude dans les années 1960, entraînant la disparition des maisons des plumassiers. Le nombre de maisons de plumassiers françaises a chuté, passant de plus de trois-cents dans les années 1900 à une cinquantaine en 1960.

Plumes et haute couture[modifier | modifier le code]

Femme parée d'une courte cape en plumes bordée de fourrure
Étole de plumes en 1868. Peinture de William Hunt

Les costumiers de l’opéra, en particulier dans des productions d’œuvres de l’époque baroque et d’opéra-ballet, les créateurs de revues des cabarets parisiens comme le Lido, les Folies Bergère ou le Moulin Rouge et les maisons de haute couture française font toujours appel aux plumassiers pour leurs collections.

Les derniers artisans ayant pignon sur rue en France sont la Maison Lemarié, créée en 1880 par Palmyre Coyette et rachetée par la maison de couture Chanel en 1996 pour en préserver le savoir-faire, la Maison Février, fondée en 1929 qui réalise essentiellement de costumes des cabarets parisiens, la Maison Légeron, un atelier créé en 1880[8], qui fournit des maisons de haute couture et Marcy à Béthisy-Saint-Pierre pour la confection haut de gamme et le music-hall. À Troyes, la maison La Palette est spécialisée dans la teinture de plumes et l’ennoblissement textile.

Les plumes qu’utilisent les plumassiers contemporains sont celles d’espèces comestibles (coq, faisan, autruche, pintade…) non protégées. Ces entreprises disposent parfois de quelques stocks anciens précieux comme des plumes de héron, de paon, d’oiseau de paradis, etc.

Avenir de la plumasserie[modifier | modifier le code]

La profession de plumassière est en voie de disparition. Il existe un cursus scolaire pour cette profession : le Certificat d’aptitude professionnelle de plumassière qui se prépare en deux années après la classe de troisième au sein du lycée des métiers de la mode de Paris, le Lycée professionnel Octave Feuillet dans le XVIe arrondissement[9].

Ce métier manuel demande une grande dextérité manuelle et de la concentration. L’enseignement dispensé permet d’acquérir la maîtrise les techniques de base : collage, montage, et assemblage des plumes à partir de documents techniques ou de croquis. Le métier s’apprend aussi sur le tas, on se forme au contact de professionnels et par l’héritage du savoir-faire[10].

En France, le métier de plumassière a été reconnu comme éligible à la distinction de maître d’art.

Nelly Saunier a été élue maître d’art plumassière en 2008.

Traitement des plumes[modifier | modifier le code]

Johann Hamza (1850-1927), Die Putzmacherinnen, Les plumassières. Huile sur toile, 1902,
Wien Museum Karlsplatz.

La préparation des plumes se déroule en plusieurs étapes :

  • Réception des plumes
  • Dégraissage par plusieurs passages dans de l’eau savonneuse
  • Lavage à l’eau claire
  • Teinte (éventuelle)
  • Blanchissement afin d’enlever le surplus de teinture.
  • Mise en craie
  • Lavages successifs
  • Mise au bleu
  • En soufrage des plumes.
  • Dressage à la vapeur pour écarter les franges
  • Examen de la largeur des plumes
  • Frisage des plumes, s’il y en a besoin
  • Assortiment en fonction de la teinte et de la taille désirée

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définition « plumaire » dans le Littré en ligne
  2. « Les Kayapos » sur le site menire.org
  3. « Guetteurs d'avenir » sur le site pacte.cnrs.fr
  4. a, b, c, d, e et f Dictionnaire historique des arts, métiers et professions exercés dans Paris depuis le treizième siècle par Alfred Franklin page 575 et suivantes
  5. « Essais historiques sur les modes et la toilette française », volume II, Henri de Villiers, 1824
  6. a et b Henri Jenn, « La plumasserie », L'OiseauMag, no 103,‎
  7. Florence Müller et Lydia Kamitsis, Les chapeaux : une histoire de tête, p. 68
  8. « Bruno Legeron, la fine fleur de la plume ». Sur le site elle.fr, 18 janvier 2008.
  9. Le CAP de Plumassière, sur le site du lycée professionnel Octave Feuillet à Paris. [1]
  10. Le métier de plumassier sur le site de l’Institut des métiers d’art. [2]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anne Monjaret, « Plume et mode à la Belle Époque : les plumassiers parisiens face à la question animale », Techniques & Culture, 50 - 2008/1. Lire en ligne :
  • Florence Müller et Lydia Kamitsis, Les chapeaux : une histoire de tête, Paris, Syros Alternatives, coll. « Dans le droit fil », , 120 p. (ISBN 2 86738 872 4)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Reportages vidéo[modifier | modifier le code]

Deux reportages sur les derniers artisans exerçant encore le métier de plumassier en France :

  • Nelly Saunier, maître d’art plumassière. Reportage réalisé et présenté par Viviane Blassel. Voir en ligne sur le site TV5 Monde, durée 13 min. [3]
  • Bruno Legeron, fleuriste plumassier. Reportage réalisé et présenté par Viviane Blassel. Voir en ligne sur le site TV5 Monde, durée 13 min. [4]

Articles connexes[modifier | modifier le code]