Place de la Trinité (Toulouse)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Place de la Trinité.

Place de la Trinité
(oc) Plaça de la Trinitat
Image illustrative de l’article Place de la Trinité (Toulouse)
La place de la Trinité et sa fontaine.
Situation
Coordonnées 43° 35′ 59″ nord, 1° 26′ 38″ est
Pays Drapeau de la France France
Région Occitanie
Ville Toulouse
Quartier(s) Carmes
Morphologie
Type Place
Forme Triangulaire
Superficie 1 560 m2
Histoire
Création 1820
Anciens noms Place de la Trilhe ou de la Trilhe-de-Rouaix (XIVe siècle)
Place de la Trinité (XVIe siècle)
Monuments Fontaine de la Trinité

Géolocalisation sur la carte : Toulouse

(Voir situation sur carte : Toulouse)
Place de la Trinité (oc) Plaça de la Trinitat

La place de la Trinité (en occitan : plaça de la Trinitat) est une place du centre historique de Toulouse, en France. Elle se situe au nord du quartier des Carmes , dans le secteur 1 de la ville. Elle appartient au secteur sauvegardé de Toulouse.

Cette petite place triangulaire n'a été aménagée qu'au cours du XIXe siècle. Elle se situe à l'emplacement d'un important carrefour de la ville romaine de Tolosa, puisque c'est là que se trouvait le croisement du cardo maximus et du decumanus maximus, et donc le cœur de la cité. Elle reste, au Moyen Âge, une place importante qui bénéficie de l'activité de la Grand-rue, qui va de la place du Salin à la place du Capitole : artisans, marchands et capitouls s'y installent jusqu'au XVIIIe siècle.

Dégagée par l'architecte de la Ville Jacques-Pascal Virebent en 1820 et ornée d'une fontaine par l'architecte Urbain Vitry, la plupart des immeubles sont réaménagés au XIXe siècle et elle offre des belles façades, telle la maison Lamothe. Rendue piétonnière dans les années 1990, bordée de cafés qui y installent leurs terrasses, c'est une des places les plus agréables de la ville.

Toponymie[modifier | modifier le code]

La place de la Trinité tient son nom des moines trinitaires, qui établirent au XIVe siècle leur couvent à l'emplacement des actuels no 8 et 8 bis de la rue de la Trinité, avant de disparaître en 1790, à la suite de la suppression des congrégations religieuses par la Révolution française[1].

Il n'existait, depuis le Moyen Âge, qu'une petite place, simple carrefour élargi, au croisement des rues des Filatiers, de la Trilhe (actuelle rue de la Trinité), des Changes et des Marchands, désignée comme place de la Trilhe ou de la Trilhe-de-Rouaix[2]. À partir du XVIe siècle, la place, comme la rue de la Trilhe, prend le nom de la Trinité.

La place actuelle occupe l'emplacement d'un moulon détruit en 1820 afin d'agrandir la petite place, situé entre trois rues : la rue des Filatiers, à l'ouest, la rue de la Trinité, au nord, et la rue des Sémaliers, au sud. Cette dernière rue, aujourd'hui disparue, tirait son nom des sémaliers (semalièrs en occitan), artisans fabricants de comportes (ou « sémales », semals en occitan). Au XVIIIe siècle, le nom des sémaliers fut altéré en rue des Semailles. En 1794, pendant la Révolution française, cette dernière rue fut brièvement rebaptisée rue de la Célébrité[2].

Description[modifier | modifier le code]

C'est une place triangulaire dont la base repose au sud et qui est bordé à l'ouest par la rue des Filatiers. Le sommet nord donne naissance à la rue des Changes et reçoit la rue des Marchands de l'ouest. Du sommet est naît la rue de la Trinité, tandis que, du sommet sud, elle reçoit la rue du Coq-d'Inde.

Voies rencontrées[modifier | modifier le code]

La place de la Trinité rencontre les voies suivantes, dans l'ordre des numéros croissants :

  1. Rue des Marchands
  2. Rue des Changes
  3. Rue de la Trinité
  4. Rue des Filatiers
  5. Rue du Coq-d'Inde

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Au Ier siècle, la ville romaine de Tolosa s'organise autour de deux grands axes, le cardo maximus, qui correspond approximativement aux rues des Filatiers et des Changes, et le decumanus maximus. Le croisement de ces deux rues, qui se situe approximativement au nord de l'actuelle place de la Trinité, marque le centre de la ville. Au nord-est de ce croisement, à l'emplacement de l'actuelle place Esquirol, se trouve le forum, où l'on trouve les édifices importants de la vie sociale[3].

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, la place de la Trinité, alors appelée place de la Trilhe, appartient pour le côté nord au capitoulat de la Pierre et pour le côté sud, au capitoulat de Saint-Barthélémy. Le côté ouest de la place dépendait en revanche du capitoulat du Pont-Vieux[4]. Elle n'occupe alors qu'un espace réduit, au carrefour des rues des Filatiers, des Changes et des Marchands et de la Trilhe[4]. Elle a, en son centre, une petite fontaine[5].

Les artisans sont nombreux à avoir leur boutique dans les rues voisines ː dans la rue de la Trilhe ou des Sarraliers (côté nord de la place actuelle), des serruriers (ou « sarraliers »), des ferronniers (ou « ferratiers ») et des flessadiers, c'est-à-dire des fabricants de couvertures en laine (en occitan toulousain ː flessados)[2], dans la rue des Filatiers (côté ouest de la place actuelle), des fileurs de lin[6], et dans rue des Sémaliers (côté sud de la place actuelle), des fabricants de comportes ou « sémales »[4]. Ces artisans établissent leur chapelle dans l'église Saint-Victor, établie au croisement des rues des Sarraliers et des Sémaliers (emplacement de l'actuel no 8) ː la confrérie des sarraliers et la confrérie des sémaliers s'y réunissent régulièrement[7].

En 1359, lors de la Guerre de Cent Ans, le monastère des moines trinitaires, établis hors les murs près du Château narbonnais depuis le XIIIe siècle, est détruit par les armées du Prince noir et ils reçoivent l'autorisation de s'établir dans la ville, rue de la Trilhe. Le 23 janvier 1362, le chapitre de la cathédrale Saint-Étienne leur cède l'église Saint-Victor et leur vend la maison de Jean de Roaix, saisie après la condamnation de ce dernier pour hérésie[1]. Les moines trinitaires sont alors spécialisés dans le rachat des captifs aux barbaresques[8].

Époque moderne[modifier | modifier le code]

Le 7 mai 1463, un incendie se déclare dans une boulangerie voisine, à l'angle des rues des Chapeliers (actuelle rue du Languedoc) et Maletache. Ce grand incendie provoque des destructions extrêmement importantes dans toute la ville[9]. Les Trinitaires souffrent gravement de l'incendie qui les ruine presque complètement. Grâce à la charité publique, ils font cependant rebâtir leur couvent, puis l'église Saint-Victor, qui est à nouveau consacrée en 1511 sous le vocable de la Sainte-Trinité[7]. L'ampleur des destructions, à la suite des incendies, permet cependant aux élites locales de réunir de vastes emprises foncières pour faire bâtir leurs hôtels particuliers[10] et, au cours du XVIe siècle, les différentes catégories d'artisans disparaissent. Ils sont remplacés par des familles de marchands aisés, qui accèdent parfois au capitoulat, comme Jean Vidal, marchand et capitoul en 1520-1521, qui fait construire un hôtel (actuel no 5)[11], ou Arnaud Ségla, marchand et capitoul en 1565-1566 (actuel no 8)[12].

Période contemporaine[modifier | modifier le code]

La Révolution française amène des changements. En 1790, l'ordre de la Trinité est dissous et le monastère des Trinitaires fermé, tandis que les bâtiments deviennent Bien national ː l'église Saint-Victor et le cloître sont rachetés par les citoyens Lamarque et Bories. Mais l'église menaçant ruine, ces derniers décident de la détruire en 1798[7]. Pendant la Terreur, entre 1793 et 1794, plusieurs parlementaires toulousains sont inquiétés ː David Manent, avocat et capitoul de 1786 à 1790, habitant d'un hôtel particulier (actuel no 59), est arrêté le 22 avril 1794 et emprisonné dans la prison des Carmélites[13]. La même année, la rue de la Trinité est quelque temps renommée rue du Contrat-social, celle des Sémaliers rue de la Célébrité[5] et celle des Filatiers rue de la Liberté[14].

Les travaux d'élargissement se poursuivent au XIXe siècle et amènent de nouvelles destructions, afin de dégager la place de la Trinité[8]. Il s'agit d'élargir un carrefour important mais très encombré, au croisement de l'axe ouest-est, entre la place du Pont-Neuf et la porte Saint-Étienne d'un côté, et nord-sud, entre la place du Capitole et celle du Salin[15]. L'architecte de la Ville, Jacques-Pascal Virebent, obtient de la municipalité que soit rasé le moulon où se trouvait le monastère des Trinitaires, afin de créer une place avec fontaine alimentée par le Château d'eau, construit l'année suivante. En 1824, la municipalité lance un concours pour la fontaine qui doit orner la nouvelle place ː 45 projets sont envoyés dont un de Jean-Antoine Raynaud, architecte du Château d'eau et de la fontaine de la place Rouaix), deux d'Urbain Vitry et un d'Auguste Virebent, fils de Jacques-Pascal Virebent. La commission sélectionne les deux projets de Vitry et celui du jeune Virebent, mais le Conseil municipal alors en froid avec Jacques-Pascal Virebent, qui cherche à imposer son fils pour lui succéder, rejette le projet de son fils, comme pour la place des Carmes et celle d'Angoulême. C'est donc l'un des projets de Vitry qui est choisi et, légèrement modifié (les sirènes devaient être en marbre), est inauguré en 1826[16],[17].

La place bénéficie de la construction de nouveaux immeubles, telle la maison Lamothe (actuel no 57 rue des Filatiers), construite par Urbain Vitry en 1830 dans le goût de la Renaissance italienne[11].

Après la Seconde Guerre mondiale, la place reste un carrefour et un lieu animé. Elle est bordée de plusieurs cafés et bars, alignés le long du côté sud, tels que tels que l'Échanson, le Trinity's ou le Picadilly, ouverts dans les années 1960[18]. Dans les années 1990, la place bénéficie d'un programme de réaménagement et de piétonnisation, dans le cadre du projet d'embellissement du centre-ville. Depuis 2005, où un premier bal traditionnel est organisé par une association toulousaine, la place accueille régulièrement ce type de manifestation, particulièrement en été[19].

Lieux et monuments remarquables[modifier | modifier le code]

Culture[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jules Chalande, 1917, p. 445-446.
  2. a b et c Jules Chalande, 1917, p. 437-438.
  3. Jean-Charles Arramond, Jean-Luc Boudartchouk, Laurent Bruxelles et Christophe Requi, « Autour de la fondation de Toulouse (Tolosa) », Archéopages, no 20, Naissance de la ville, INRAP, octobre 2007, p. 44-51.
  4. a b et c Jules Chalande, « Histoire des rues de Toulouse », 1917, p. 437.
  5. a et b Jules Chalande, « Histoire des rues de Toulouse », 1917, p. 438.
  6. Jules Chalande, « Histoire des rues de Toulouse », Mémoires de l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Toulouse, 11e série, tome IV, Toulouse, 1916, p. 209.
  7. a b et c Jules Chalande, « Histoire des rues de Toulouse », 1917, p. 446.
  8. a et b Bernad, Jungblut et Monna 2001, p. 26
  9. Maurice Bastide, « Toulouse après l'incendie de 1463 », p. 8-12.
  10. Maurice Bastide, « Toulouse après l'incendie de 1463 », p. 13.
  11. a et b Jules Chalande, « Histoire des rues de Toulouse », 1917, p. 439.
  12. Jules Chalande, « Histoire des rues de Toulouse », 1917, p. 440.
  13. Jules Chalande, « Histoire des rues de Toulouse », 1917, p. 441.
  14. Jules Chalande, « Histoire des rues de Toulouse », Mémoires de l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Toulouse, 11e série, tome IV, Toulouse, 1916, p. 208.
  15. Les rues de Metz et d'Alsace-Lorraine n'existent encore pas et ne seront percées que dans la 2e moitié du XIXe siècle.
  16. Renseignements tirés de la fiche de la Direction du Patrimoine.
  17. Une copie de cette fontaine a été offerte à Perpignan par le baron Hippolyte Desprès, ancien maire de la ville, et installée le 30 octobre 1831 sur la place de la République (alors appelée place Royale), avant d'être déplacée dans le Jardin Terrus, puis sur la place Justin-Bardou-Job.
  18. S. G., « Sa majesté la place de la Trinité », La Dépêche du Midi, 15 juin 2011.
  19. Gwendoline Kervella, « Dix ans de « bals trad' » place de la Trinité : ça se fête jeudi 9 juillet », Côté Toulouse, 9 juillet 2015.
  20. Notice no PA00094622, base Mérimée, ministère français de la Culture
  21. Notice no PA00094526, base Mérimée, ministère français de la Culture
  22. J.-M. L.S., [« Alain Monnier, l'amoureux de la "Place de la Trinité" »], La Dépêche du Midi, 4 janvier 2012.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]