Pierre Dockès

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Pierre Dockès est un universitaire et économiste français.

Spécialiste d'économie politique, il est professeur à l'université Lumière-Lyon 2, chercheur au laboratoire Triangle (UMR 5206) et membre du Cercle des économistes[1].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Il a travaillé sur l'espace dans la pensée économique chez les auteurs des XVIIe et XVIIIe siècles. Par la suite, fondateur du Centre Walras, il a dirigé l'édition des œuvres complètes d'A. et L. Walras (14 vol. chez Economica, 1987-2005). Spécialiste de cet auteur, il a surtout travaillé sur l'épistémologie et l'économie sociale de Léon Walras (publiant La société n'est pas un pique-nique, Economica, 1996, et, avec J.P. Potier, une biographie, 2001). Sa recherche s'est surtout axée sur les grandes mutations économiques et sociales dans l'histoire longue (il a été un disciple de Fernand Braudel). Dans cette direction, il a étudié la transition de l'esclavagisme antique à la société médiévale dans l'ouvrage La libération médiévale en 1979 et dans Sauvages et ensauvagés, 1980 (publié avec J.M. Servet). P. Dockès met en question le rôle des facteurs techniques et économiques dans cette mutation. En revanche, il met en lumière le développement d'une dialectique socio-politique endogène : la généralisation de l'esclavagisme conduisant à l'affaissement de la base sociale de l'État et l'affaiblissement consécutif de l'État rendant impossible le fonctionnement du « micro-système productif », la villa classique. Il a poursuivi ses recherches sur l'esclavage en particulier dans Le sucre et les larmes (2009) où il s'intéresse à l'évolution des modalités de production et de consommation du sucre du Moyen-Age à nos jours.

L'intérêt porté par P. Dockès aux grands changements sociaux et économiques l'a amené à travailler avec Bernard Rosier sur les mutations qui ont affecté et affectent le capitalisme. L'étude des rythmes longs (cycle Kondratieff) a été menée par ces auteurs en relation avec le passage d'un ordre productif capitaliste à un autre (dans Rythmes économiques). Cette analyse a été étendue vers une philosophie ambiguë de l'histoire (l'histoire ambiguë), rejetant aussi bien les conceptions d'une marche à l'aveugle que les thèses sur le sens et la fin de l'histoire. Les facteurs de développement sont ambivalents dans les lieux et les temps, l'histoire est ambiguë, forgeant son sens à chaque étape en se retournant sur la marche passée.

Par la suite P. Dockès s'est tourné vers la construction d'une économie politique du pouvoir et de l'autorité. Partant du constat de l'oubli du pouvoir et de l'autorité en économie, il s'efforce de construire les bases d'une nouvelle orientation de l'analyse économique mettant au centre le rôle du pouvoir, des phénomènes d'autorité, de hiérarchie et de domination, de servitude volontaire et de « convention d'obéissance » (Pouvoir et autorité en économie). Cela a conduit P. Dockès à l'analyse « économico-politique » de Thomas Hobbes dans plusieurs articles et un ouvrage (Hobbes. Economie, terreur et politique, 2008).

Il vient de publier le résultat de ses recherches sur la mondialisation. Phénomène de longue durée, celle-ci s'accélère considérablement au cours de la première décennie du XXIe siècle. Ses conséquences sont diabolisées aussi bien par les libéraux proches des milieux patronaux que par les anti-mondialisation. Les premiers en font un épouvantail en expliquant que ce processus ne peut être que catastrophique si l'économie française n'opère pas un retour vers l'économie marchande concurrentielle avec abandon du modèle social et délitement du rôle de l'État. Les seconds effrayent l'opinion publique en décrivant les catastrophes qui, selon eux, seraient dues à l'ouverture au monde. L'auteur, à rebours, explique que la mondialisation peut être gagnante pour la France comme pour l'Europe (ex des Quinze) si est mise en place une stratégie orientée vers l'investissement, l'innovation, le capital humain, une stratégie qui conserve le niveau de la protection sociale (tout en l'adaptant à la mondialisation) et qui, loin de vouloir se rapprocher des structures sociales et des niveaux de revenu des pays émergents par des pratiques de précarisation et de réduction du pouvoir d'achat, joue la construction volontariste d'avantages comparatifs. Les forces sociales, dans cette optique, devraient tendre à développer, non des stratégies de défense, mais offensives en jouant l'internationalisation de leurs organisations et de leurs combats. La politique économique, en particulier la politique keynésienne, doit retrouver sa panoplie et son ampleur, non plus à l'échelle d'une nation, mais de l'ensemble de l'Europe. D'où le caractère vital d'un gouvernement démocratique européen.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • L'espace dans la pensée économique du XVIe au XVIIIe siècle, Nouvelle Bibliothèque Scientifique, Flammarion, 1969
  • L'internationale du capital, PUF, 1975
  • La libération médiévale, 1979
  • Rythmes économiques, crises et changement social, une perspective historique, (avec B. Rosier), La Découverte/Maspero, 1983
  • L'histoire ambiguë, (avec B. Rosier), PUF, 1988
  • La société n'est pas un pique-nique, L. Walras et l'économie sociale, Economica, 1996
  • Pouvoir et Autorité en économie, Economica, 1999
  • Ordre et désordres dans l’économie monde, (sous la direction de), PUF, 2002
  • L'Enfer, ce n'est pas les autres !, Descartes & Cie, 2007, Prix des Lecteurs du Livre d'Économie 2007 [1][2]
  • Hobbes : économie, terreur et politique Economica, 2008
  • Jours de colère - L’esprit du capitalisme Descartes et Cie, 2009 (en collaboration avec Francis Fukuyama, Marc Guillaume, Peter Sloterdijk)
  • Le sucre et les larmes : Bref essai d'histoire et de mondialisation, Descartes & Cie , 2009

Références[modifier | modifier le code]