Monuments de Bamako

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Introduction[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Le Mali - dont Bamako est la capitale - est un pays récent politiquement. La région fut colonisé par la France à partir de 1891 puis indépendant depuis 1960. Avant la période coloniale, les monuments étaient très rares sur le territoire malien. Les plus marquants restent le tombeau des Askia et les mégalithes de Tondi Daru.

En 1968, le général Moussa Traoré renverse le président Modibo Keïta, prend le pouvoir et instaure une dictature. Ce régime prendra fin en 1991, à la suite du coup d'État militaire dirigé par Amadou Toumani Touré. En 1992, Alpha Oumar Konaré est élu président de la république.

La « déferlante Alpha Oumar Konaré »[modifier | modifier le code]

Précédemment historien, Alpha Oumar Konaré va profiter de ses deux mandats, de 1992 à 2002, pour lancer une campagne de création de monuments, à Bamako principalement, mais aussi dans toutes les capitales régionales. En effet, malgré l'arrivée de la démocratie, l'équilibre social est très fragile : le peuple malien a placé de grands espoirs dans un gouvernement qui n'a pas forcément les moyens nécessaires.

Le président Konaré justifiera ces nombreuses constructions aux motifs suivants :

  1. Nécessité de construction d'une identité nationale : le Mali étant une création française regroupant de nombreux peuples issus d'empires différents, voir ennemis.
  2. Fonction mémorielle : la période post-coloniale ayant bouleversé le pays, il semblait important de conserver une trace du passé.
  3. Création d'une unité nationale : les grandes réformes prévues nécessitaient une forte unité nationale pour être socialement acceptées.
  4. Volonté d'instruction : ayant effectué toute sa carrière pré-politique dans l'éducation, celle-ci était une des priorités du président.

Réception des monuments par la population[modifier | modifier le code]

L'apparition soudaine de nombreux monuments à Bamako n'a pas toujours été applaudie. En effet, le Mali est alors un des pays du monde les plus pauvres et la construction de ces monuments est souvent perçue par la population comme une dépense inutile, voir un hobby du président.

L'on a aussi reproché à ce projet de faire l'apologie d'autres cultures :

  1. inspiration « étrangère » (européenne) trop forte de certains monuments.
  2. trop grand nombre de monuments liés à la période coloniale et à ses dirigeants.
  3. déni de l'islam, par l'hommage à certaines figures animistes.

On a aussi reproché - et on reproche toujours - à ces monuments le manque de légende ou plaque explicative. Cet oubli, jamais justifié, conduira certains monuments à être mal interprétés.

Place des monuments dans la vie bamakoise[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, tous ces monuments font partie de la vie bamakoise et contribuent à l'embellissement de la ville. Ils sont devenus les symboles de la ville, à l'image de la Tour Eiffel de Paris. Au delà de l'aspect esthétique, les Bamakois leur reconnaissent aussi un côté didactique (malgré le manque de plaques).

Les institutions, elles, s'en servent comme support lors de diverses cérémonies et commémorations.

La conséquence directe des objectifs d'Alpha Oumar Konaré est le fait qu'ils ont créé une mémoire collective consensuelle. On remarquera que les quelques monuments qui ont été récemment démontés sont ceux associés à des concepts ou des évènements modernes et non culturels.

Monuments relatifs à l'histoire pré-coloniale[modifier | modifier le code]

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Place de Sogolon[modifier | modifier le code]

Situé à Kalabancoura, route de l'aéroport, ce monument présente un buffle : le buffle de Dô et porte le nom de la mère de Sunjata Kéïta (Sogolon). Dans l'épopée mandingue, Dô Kamissa, princesse de Dô s'était transformée en buffle terrorisant les populations. Son frère cadet, le roi Sakaran Koné proposa aux chasseurs l'ayant finalement abattu (les frères Traoré) de choisir parmi ses nombreuses filles. Ils ramenèrent Sogolon Koné, la plus laide, au souverain du Mandé (Famaghan Konaté), qui en fit son épouse.

Ce monument rend hommage à la fois à Dô Kamissa pour son sacrifice et à Sogolon, la mère de Sunjata.

Les fresques qui l'ornent — représentant des femmes maliennes contemporaines dans différents secteurs d'activités — en font un hommage à la femme malienne de tous les temps.

Place Kontoro ni Saané[modifier | modifier le code]

Situé à Niaréla, près de l'ambassade de Russie, ce monument érigé en 1924, haut de sept mètres représente, sur un socle en forme tata (fortin africain de type gabion) trois personnages emblématiques de la chasse traditionnelle : le simbo (maître des chasseurs), le sora (musicien animateur) et le donso (chasseur). À l'époque Mandé, les chasseurs avaient un rôle très important de protection des populations et se transmettaient d'anciens et recherchés savoirs.

Kotonro et Saané représentent depuis la nuit des temps les divinités tutélaires de la chasse et font l'objet de rituels et sacrifices.

L'installation de ce monument sera vivement critiquée par certains courants musulmans dénonçant une idolâtrie contraire à leurs commandements.

L'Hippopotame[modifier | modifier le code]

Situé boulevard de l'Indépendance, face au monument éponyme, l'hippopotame est au centre d'une des plus belles légendes mandingues, celle de Mali Sadio où l'animal est présenté comme une force tranquille et bienveillante.

Bien que hippopotame se dise màli en bambara, la langue nationale la plus parlée au Mali, il n'est pas à l'origine du nom du pays.

L'obélisque des Idéogrammes[modifier | modifier le code]

Situé à l'ACI 2000, l'obélisque comporte des idéogrammes de différentes origines ethniques maliennes sur ses côtés ainsi que des signes de l'alphabet N'ko.

L'obélisque rappelle les mégalithes de Tondi darou (près de Goundam, nord du Mali) et symbolise l'unité.

Statue de la maternité[modifier | modifier le code]

Situé à la cité du Niger, face à l'ambassade d'Arabie saoudite, elle représente une mère portant son enfant.

Ce monument rend hommage aux femmes, qui ont joué un grand rôle lors des évènements de 1991.

Comme dans de nombreuses sociétés africaines, la mère dispose, au Mali, d'un statut particulier et positif.

Les trois caïmans[modifier | modifier le code]

Les trois caïmans représentent la ville de Bamako (bàmakɔ̌) signifiant «marigot du caïman » en langue bambara.

Monuments relatifs à l'époque coloniale[modifier | modifier le code]

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Place des Explorateurs[modifier | modifier le code]

Située à Koulouba, entre la place des Nations et le Carré des Cités et Villes Martyres du Mali, elle contient plusieurs bustes d'explorateurs (Eugène Mage, René Caillié, Augustin Hacquard, Paul Soleillet) ainsi que celui de Borgnis Desbordes qui conduira la prise de Bamako en 1883. On y trouve également une statue représentant deux élèves africains (une fille et un garçon, dos à dos) en train de lire.

Place des gouverneurs[modifier | modifier le code]

Située à Koulouba, près de l'entrée du palais, derrière le bâtiment des Archives Nationales, elle présente des espaces verts aménagés et comporte vingt-six socles en marbres supportant autant de gravures figurant les portraits de gouverneurs du Soudan français :

  1. Gustave Borgnis-Desbordes (1880-1883)
  2. Antoine Vincent Auguste Combes (1884-1885)
  3. Joseph Gallieni (1886-1888)
  4. Louis Archinard (1888-1891)
  5. Pierre Marie Gustave Humbert (1891-1892)
  6. Louis Albert Grodet (1893-1895)
  7. Louis Edgard de Trentinian (1895-1899)
  8. Marie Michel Alix René Audéoud (1899)
  9. Amédée William Merlaud-Ponty (1899-1908)
  10. Marie François Joseph Clozel (1908-1915)
  11. Raphaël Valentin Antonetti (1916-1917)
  12. Charles Désiré Brunet (1918-1919)
  13. Marcel Olivier (1919-1920)
  14. Jean Henri Terrasson de Fougères (1921-1931)
  15. Louis Jacques Eugène Fousset (1931-1935)
  16. Adolphe Sylvestre Félix Eboué (1935)
  17. Matteo Mathieu Maurice Alfassa (1935-1936)
  18. Ferdinand Rougier (1936-1938)
  19. Jean Desanti (1938-1940)
  20. Jean Rapenne (1940-1942)
  21. Auguste Calvel (1942-1946)
  22. Edmond Louveau (1946-1952)
  23. Albert Jean Mouragues (1953)
  24. Lucien Geay (1953-1956)
  25. Henri Victor Gipoulon (1956-1959)
  26. Jean Charles Sicurani (1959-1960)

Le sofa de Samory-Woyowoyanko[modifier | modifier le code]

Perché sur la colline, à Koniambougou (sud-ouest de Bamako), il représente un sofa (soldat-esclave) de Samory Touré. Les troupes de Samory Touré, chef de guerre et fervent opposant à la colonisation française, menées par Kèmè Bourèma, remportèrent une difficile bataille à Woyowoyanko contre l'armée coloniale pourtant mieux équipée.

Monument aux héros de l'Armée Noire[modifier | modifier le code]

Monument aux héros de l'Armée noire

Situé sur la place de la Liberté, il présente cinq soldats noirs devant lesquels se tient un soldat blanc. Construite en 1922 par Paul Moreau-Vauthier et inaugurée en 1924, c'est un hommage de la France aux soldats de l'Armée Noire morts au combat durant la Première Guerre mondiale. Elle porte une inscription : « En témoignage de la reconnaissance envers les enfants d’adoption de la France, morts au combat pour la liberté et la civilisation ».

Il est à noter que cette statue est mal comprise par les bamakois ; ceux-ci la voyant comme une représentation des sofas de Samory.

Aussi, c'est un des rares monuments de l'époque coloniale n'ayant pas été déboulonné à l'indépendance.

Un monument sorti du même moule fut érigé à la même époque à Reims « en témoignage de reconnaissance envers les Enfants d'adoption de la France, morts en combattant pour la Liberté et la Civilisation ». Constitué du même groupe de personnages sur un socle en granit où étaient gravés les noms des principales batailles de la Première Guerre mondiale impliquant des troupes africaines, il fut retiré en 1940[1] par les Allemands et disparut. Une reconstitution en a été faite en 2013.

Place des Martyrs de Thiaroye[modifier | modifier le code]

Située à Bagadadji, elle rend hommage aux tirailleurs sénégalais tués à Thiaroye (banlieue de Dakar) en novembre 1944 (Massacre de Thiaroye). Ces tirailleurs démobilisés, après avoir été libérés avec l'arrivée des troupes alliées en France, apprenent que leur droits ne leur seront pas versés intégralement. Ils se mutinent le 30 novembre. Le lendemain, les soldats de l'armée française aux côtés desquels ils ont combattu en Europe les attaquent faisant 35 morts, 35 blessés, 34 inculpations et 34 condamnations à des peines de 10 ans de prison et 10 000 F d'amende. Les inculpés seront également exhibés tels des bêtes à Dakar.

Place Mamadou Konaté[modifier | modifier le code]

Située à Hamdallaye, sur l'avenue Cheickh Zayed, elle représente un éléphant, symbole du Rassemblement démocratique Africain (RDA) créé à Bamako en 1946. Mamadou Konaté, président de l’Union Soudanaise est considéré comme le père de l'indépendance du Mali.

Mémorial Modibo Keita[modifier | modifier le code]

Situé à l'entrée du pont Fahd, c'est un complexe comprenant un centre de documentation ainsi que des salles d'exposition et de conférences. L'architecture des bâtiments représente un idéogramme Dogon et est surmontée d'une statue de Modibo Keïta, premier président du Mali

Monument de l'Indépendance[modifier | modifier le code]

Situé à l'entrée de l'avenue éponyme au quartier du fleuve, c'est un monument original d'inspiration soudanaise et moyen-oriental. Surmontée d'un minaret, des tablettes alignées à sa base portent les noms des acteurs de l'indépendance.

Place Ouezzin Coulibaly[modifier | modifier le code]

Située avenue de la Liberté à Medina Coura, elle représente un buste de Ouezzin Coulibaly, personnalité politique de Haute-Volta (maintenant Burkina Faso), membre influent du RDA et héros de l'indépendance.

Monuments panafricanistes[modifier | modifier le code]

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Statue Kwamé N'Krumah[modifier | modifier le code]

Statue Patrice Emérite Lumumba[modifier | modifier le code]

La Tour d'Afrique[modifier | modifier le code]

Conçue comme un baobab géant de 46 mètres avec à la base des contreforts saillants, la tour se situe à l'entrée de la ville sur une des voies d'accès à l'aéroport de Bamako. Elle est décorée à l'extérieur d'idéogrammes bamanan évoquant la concertation, l'union et la solidarité. Elle porte à son sommet une jarre percée qui est l'illustration de la célèbre sentence du roi Ghezo du Bénin et qui était devenue la devise de la très combative Fédération des Étudiants d'Afrique noire en France (FEANF). "Si tous les enfants du pays venaient par leurs mains groupées boucher les trous du canari, le pays serait sauvé". Un appel à l'unité qui fait la force. La vocation panafricaniste du Mali se conjugue avec ses engagements pour certaines causes."

Monument Al Quoods[modifier | modifier le code]

Monuments relatifs au Mali nouveau[modifier | modifier le code]

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Place Abdoul Karim Camara[modifier | modifier le code]

Monument érigé en souvenir d'Abdoul Karim Camara, leader étudiant mort sous la torture le . Président de l’Union des élèves et étudiants du Mali (UNEEM), il s'oppose au régime autoritaire de Moussa Traoré.

Carré des martyrs[modifier | modifier le code]

Pyramide du Souvenir[modifier | modifier le code]

Monuments de la Modernité[modifier | modifier le code]

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Monument de la Paix[modifier | modifier le code]

Monument des Industries[modifier | modifier le code]

Ce monument a été démonté en 2007 afin de dégager de l'espace pour les camions de marchandises qui traversent la ville.

Bamako 2000[modifier | modifier le code]

Ce monument a été démonté en 2007.

Monument de l'Hospitalité[modifier | modifier le code]

Monuments sportifs[modifier | modifier le code]

Fresques murales de Koulouba[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Doulaye Konaté, Relire les —Lieux de mémoires— à la lumière de la construction nationale au Mali, Agence universitaire de la Francophonie, 2006
  • Jean Clauzel, La France d'outre-mer (1930-1960), Collections «Hommes et sociétés»
  • Mary Jo Arnoldi, Locating History in Concrete and Bronze. Civic Monuments in Bamako Mali in A Companion to Public Art ed. Cher Krause Knight et Harriet F. Senie, John Wiley & Sons, 2016