Maurice Lachâtre

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Maurice Lachâtre
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Maurice Lachâtre

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Maurice Lachâtre, nom de plume de Maurice de la Châtre, est un éditeur français, né le à Issoudun (Indre), et mort le à Paris.

Personnage aux multiples facettes, homme du livre, il édite des dictionnaires, certains marqués par l’influence de la pensée libertaire. Ami de Pierre-Joseph Proudhon, il a pour collaborateur André Girard, un proche de Jean Grave. Anticlérical, il édite Le Capital de Karl Marx et réalise une expérience communautaire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils du colonel Pierre Denis, baron de La Châtre, le jeune Maurice est élève au prytanée de La Flèche, puis à Saint-Cyr.

Vers l'âge de 20 ans, Lachâtre rejoint les rangs des saint-simoniens et décide alors de gagner l'Orient. Mais il doit s'arrêter dans le Var, en 1835. Il s'établit au Muy et travaille chez un menuisier, en même temps qu'il se livre à de la propagande saint-simonienne. Pour cette raison, il est arrêté par la police, non sans difficulté, et, le 11 avril 1835, le tribunal de Draguignan le condamne pour ouverture d'une école sans autorisation. Il travaille ensuite pour le libraire Robert Arnault.

Les débuts d'éditeur[modifier | modifier le code]

Maurice Lachâtre s’installe professionnellement à Paris en 1839. Il mène tout d’abord deux activités : une activité de banquier — il fonde une banque des échanges — et une activité d'éditeur. Il y commence sa carrière en publiant les Crimes célèbres d’Alexandre Dumas. Il édite durant cette période, en 1840, Fourier et son système de Zoé de Gamond, et, en 1841, Organisation du travail de Louis Blanc (3e éd.), et les Fragments historiques de Louis-Napoléon Bonaparte. Durant la période 1841-1843, il est proche de Louis-Napoléon Bonaparte qui lui confie l’Analyse de la question des sucres.

Durant ces débuts d’éditeur, il rédige une Histoire des Papes, Mystères d'iniquités de la cour de Rome, qui paraît en dix tomes illustrés en 1842 et 1843 et qui va connaître plusieurs rééditions et traductions.

En 1846, il acquiert le château d'Arbanats, en Gironde.

En 1848, il semble avoir joué un rôle actif à Paris ; il est délégué au Comité électoral démocratique, aux côtés de ses amis Louis Blanc et Félix Pyat.

En novembre 1849, l’éditeur met en vente les premières livraisons des Mystères du peuple d’Eugène Sue, utilisant pour ce faire un système de fidélisation par primes (la publication, interrompue à plusieurs reprises, va durer jusqu’en 1857). Il dirige le Dictionnaire universel, Panthéon historique, littéraire et encyclopédie illustrée de 1852 à 1856, dont les deux forts volumes (tome 1[1], 1865, et tome 2[2], 1870) condensent la pensée progressiste du temps : fouriérisme, saint-simonisme, spiritisme, socialisme, homéopathie, réforme de l’orthographe, etc., y ont largement droit de cité.

À cette époque, Lachâtre est proche de Proudhon. En 1852, il divise son domaine d’Arbanats qui sert de point de départ d’une « commune-modèle », qui va regrouper une banque communale, une caisse mutuelle, deux écoles, un dispensaire.

De 1855 à 1857, il fait paraître une réduction de son dictionnaire, sous le titre de Dictionnaire français illustré.

Démêlés judiciaires[modifier | modifier le code]

En 1857, 60 000 exemplaires des Mystères du peuple sont saisis chez l’éditeur. Le tribunal condamne Lachâtre à un an de prison, 6 000 francs d’amende et deux ans de contrainte par corps ; il ordonne la destruction des clichés, la saisie et la destruction de l’ouvrage. Le 14 juillet de l’année suivante, Lachâtre est à nouveau condamné comme auteur du Dictionnaire universel à 6 000 francs d’amende et cinq ans de prison. Tandis que l’ouvrage est saisi et détruit, il doit se réfugier à Barcelone. Une nouvelle condamnation le frappe, en 1859, pour le Dictionnaire français illustré.

En novembre 1864, Lachâtre revient à Paris, il collabore d'abord avec la Librairie internationale puis fonde les Docks de la librairie, où les livres et les journaux côtoient les articles de bijouterie et d’horlogerie. Dès mai 1865, il commence à faire paraître les livraisons de son Nouveau Dictionnaire universel. Allan Kardec, un de ses collaborateurs, lui fait de la publicité dans le milieu des spirites. Il développe son système de vente à domicile et d’abonnements en un réseau national avec correspondants à l’étranger. En décembre 1867, il s’associe au Figaro, puis commence à publier la Nouvelle Encyclopédie nationale, et prépare une version illustrée de l'Histoire de la Révolution française de Louis Blanc.

L'exil[modifier | modifier le code]

Pendant le siège de 1870-1871, il collabore au journal Le Combat, fondé par Félix Pyat, puis au Vengeur. Après la chute de la Commune, il s’installe à Saint-Sébastien (Espagne) et commence l’édition de la traduction française du Capital de Karl Marx. Il se rend en Belgique, d'où il est expulsé et gagne alors la Suisse où il continue la publication du Manuel des confesseurs, ce qui lui vaut d’être condamné par contumace à Liège[3].

Retour à Paris[modifier | modifier le code]

Gracié le 17 mai 1879, il revient à Paris, et publie en 1880 son Histoire de l'Inquisition, Capital et travail de Ferdinand Lassalle et 1848 de Victor Marouck. L’année suivante, il réédite son Nouveau Dictionnaire universel, précédé d’une lettre de Léon Cladel. Puis, il commence à collaborer avec Hector France, qui rédigera Les Mystères du monde, suite prévue par Eugène Sue aux Mystères du peuple.

Lachâtre se rapproche des anarchistes vers la fin de sa vie. Son tournant se concrétise par la publication, de 1894 à 1898, des trois tomes de son Dictionnaire-journal.

André Girard fut le secrétaire de rédaction du Dictionnaire La Châtre (1898-1907), ouvrage essentiellement posthume, puisque Maurice Lachâtre meurt en 1900.

La fille de Maurice Lachâtre, Marie-Ange Oriol, continuera la librairie paternelle jusqu'en 1914 avec quelques jeunes journalistes libertaires, dont Henri Fabre.

Bibliographie de l'éditeur[modifier | modifier le code]

Les principaux ouvrages édités par Lachâtre l'ont été sous les noms successifs de l'Administration de librairie, des Docks de la librairie et de la Librairie du progrès.

  • 1839-1843, Alexandre Dumas, Crimes célèbres, 8 volumes
  • 1840, Bibliophile Jacob, Les papillons noirs du bibliophile Jacob, 4 livraisons reliées, in-32
  • 1840, Zoé Gatti de Gamond, Fourier et son système, 4e éd., 384 p.
  • 1841, Louis-Napoléon Bonaparte, Fragments historiques. 1688 et 1831
  • 1841, Louis Blanc, Organisation du travail. Association universelle. Ouvriers. Chefs d'ateliers. Hommes de lettres, in-12, 224 p.
  • 1842, Prince de la Moskowa, Des régences en France. Étude de la question soulevée par la loi de la régence, envisagée au point de vue historique et politique, in-12
  • 1842-1843, Moquard, Nouvelles Causes célèbres ou fastes du crimes, qui commence en 1842, Administration de librairie et Pourrat frères, 6 tomes
  • 1842-1843, Maurice La Châtre, Histoire des Papes, crimes, meurtres, empoisonnements, parricides, adultères, incestes depuis Saint-Pierre jusqu’à Grégoire XVI, 10 vol. in–8
  • 1843-1844, Capitaine Gabriel Lafond de Lurcy, Voyages autour du monde, naufrages célèbres, voyages dans les Amériques, 8 tomes, in-8
  • 1844, A. Arnould, Alboize du Pujol et A. Maquet, Histoire de la Bastille , suivi de Alboize du Pujol et A. Maquet, Le Donjon de Vincennes depuis sa Fondation jusqu’à nos jours, 8 tomes
  • 1849, Anonyme [Lachâtre Maurice], La République démocratique et sociale. Exposition des principes socialistes et de leur application immédiate en France, 1849, 2e éd., in–8
  • 1849-1857, Eugène Sue, Les Mystères du peuple à travers les âges, Paris Administration de la librairie, 10 F, 50 c la livraison, 120 livraisons pour 6 vol., 10 tomes
  • 1850, Emile Girardin, L’Abolition de la misère par l’élévation des salaires. Lettres à Monsieur Thiers, rapporteur de la commission de l’Assistance et de la prévoyance publique
  • 1851, Bernard Sarrans, Histoire de la Révolution de février 1848, 2 tomes
  • 1852-1856, Maurice Lachâtre, Dictionnaire universel, panthéon littéraire et encyclopédie illustrée…, 2 tomes
  • 1852, Paul Lacroix, Costumes historiques de la France, 8 vol.
  • 1855-1857, Maurice La Châtre, Dictionnaire français illustré. Panthéon littéraire, scientifique, biographique, dictionnaire d'histoire, de botanique, de géographie, encyclopédie des arts et métiers, 2 tomes
  • 1856-1858, Maurice La Châtre, Dictionnaire des écoles
  • 1865-1870, Maurice La Châtre, Nouveau dictionnaire universel
  • 1867-1868, Le Monde invisible. Études sur le spiritisme, le spiritualisme et la magnétisme, revue mensuelle
  • 1868, Gavarni , Masques et visages, Docks de la librairie et le Figaro
  • 1869, Annales des Tribunaux illustrées, Procès célèbres français et étrangers
  • 1870, Maurice La Châtre, Nouvelle Encyclopédie nationale
  • 1872-1875, Karl Marx, Le Capital. Critique de l’économie politique, Livre premier. Le développement de la production capitaliste, trad. J. Roy , entièrement révisée par l' auteur, in-4°, 351 p.
  • 1874, Mgr Alexis Bouvier, Le Manuel des confesseurs, ou les diaconales. Dissertation sur le sixième commandement et supplément au traité du mariage, avec le prologue et les commentaires de Maurice Lachâtre éd.- imprim. E.–J. Carlier, Bruxelles
  • 1880, Victor Marouck, Les Grandes Dates du socialisme, juin 1848, 176 pages
  • 1880, Albert Eberhard, Shoeffle, La Quintessence du socialisme, traduction française par B. Malon, 1880. 114 p.
  • 1882, Léon-Alpinien, Cladel N’a-qu’un-œil, ill., 230 p.
  • 1883, Hector France, Le Péché de sœur Cunégonde ou le beau vicaire, coll. « Les mystères du confessionnal »
  • 1896, Alfred Berthezène, La Révolution, poème national, 130 p.
  • 1898-1899, Hector France, Les Mystères du monde
  • 1894-1899 (circa), Maurice Lachâtre, Dictionnaire-Journal, 3 tomes
  • 1898-1907, Dictionnaire la Châtre, nouvelle encyclopédie universelle illustrée, 4 tomes
  • 1900, Emile Delaurier, Critique de la bible.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tome premier sur Gallica, site de la BNF.
  2. Tome second sur Gallica, site de la BNF.
  3. François Gaudin,, Maurice Lachâtre, éditeur socialiste (1814-1900), Limoges, Lambert-Lucas, , 470 p. (ISBN 978-2-35935-117-0)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

  • François Gaudin,, Maurice Lachâtre, éditeur socialiste (1814-1900), Limoges, Lambert-Lucas, , 470 p. (ISBN 978-2-35935-117-0)
  • François Gaudin, 2014, « Maurice Lachâtre, socialista e espirista », in Educação, espiritualidade e tranformação social, Dora Incontri (dir), Editora Comenius, São Paulo, Brésil, pp. 267-291
  • François Gaudin, 2014 (éd.), Maurice Lachâtre, O Espiritismo. Uma nova filosofia, ed. Instituto Lachâtre, Bragança Paulista, São Paulo, Brésil, 155 p.
  • Nathalie-Noëlle Rimlinger et François Gaudin, Henri Fabre et le combat anarchiste des « Hommes du Jour » (1908-1919), Les Editions de Champtin, 2012,
  • François Gaudin François Gaudin (dir.), Le Monde perdu de Maurice Lachâtre (1814-1900), Paris, éd. Honoré Champion, 2006, 288 p.
  • François Gaudin, « Maurice Lachâtre (1814-1900), portrait d'un éditeur et lexicographe socialiste », thèse de doctorat, 2 vol., 2004
  • François Gaudin, « Le monde perdu des dictionnaires de Maurice Lachâtre (3). Le mystère du Dictionnaire des écoles », Linx [En ligne], 52 | 2005, mis en ligne le 27 janvier 2011, consulté le 16 août 2016.
  • François Gaudin, 2011,"Un baron rouge, éditeur parmi les Communards", ds La Commune a 140 ans, M. Belloc, C. Huerta et J.-L. Richelle (éds), éd. La cause du poulailler, Porchères, pp. 33-63.
  • Maurice Lachâtre, Cinq centimes par jour. Méthodes commerciales d'un éditeur, textes édités par François Gaudin et Jean-Yves Mollier, éd. PURH, 2008, 84 p.
  • Jean Maitron (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, éditions de l'Atelier, cédérom
  • Anne-Marie Hetzel, « Maurice La Châtre (1814 - 1900) » in Musée virtuel des dictionnaires de l'Université de Cergy.