Massacre de Lisbonne de 1506

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Monument en hommage aux juifs morts durant le massacre de 1506 à Lisbonne

Le massacre de Lisbonne connu aussi sous les noms de pogrom de Lisbonne (pogrom de Lisboa) ou tuerie de la Pâques 1506 (Matança da Páscoa de 1506) est un massacre qui eut lieu dans les rues de Lisbonne, au Portugal, entre le 19 et le 21 avril 1506. Durant ces trois jours, des milliers de Juifs, récemment convertis de force au catholicisme, furent traqués, torturés, violés et massacrés par la foule. Le bilan de ce massacre est d'environ 2 000 morts.

Contexte[modifier | modifier le code]

La persécution des Juifs dans la péninsule Ibérique remonte au XIVe siècle avec les émeutes de 1391 contre la juiverie de Séville qui font de nombreux morts.

La même année, au Portugal, le roi Jean Ier, obligeait les juifs à porter sur leurs vêtements une étoile rouge à six branches, pour les distinguer du reste de la population. Auparavant, Pierre Ier de Portugal, appliquant les directives du quatrième concile du Latran, les avait obligés à résider dans les juiveries.

À la fin du XIVe siècle, en pleine crise de succession, la population de Lisbonne entre dans la juiverie pour la piller. Il semble que le soutien de certains membres de la communauté juive au parti de la reine Éléonore Teles de Menezes, proche de la Castille, ait déclenché cette réaction de colère populaire.

Après avoir été expulsés d'Espagne par les Rois catholiques, en 1492, de nombreux Juifs trouvent refuge au Portugal. En 1391, près de 93 000 Juifs viennent se joindre à la communauté juive déjà présente dans le pays. Manuel Ier qui se montre d'abord tolérant, change de politique en 1497, sous la pression des rois espagnols : les Juifs sont forcés de se convertir. Ils sont dès lors désignés sous le titre de nouveaux chrétiens.

Le massacre[modifier | modifier le code]

Massacre des juifs et nouveaux chrétiens par les chrétiens à Lisbonne, publication de Nuremberg, 1506.

Le massacre aurait commencé au couvent de São Domingos à Lisbonne le  : ce dimanche, alors que les fidèles prient pour la fin de la sécheresse, de la faim et de la peste qui règnent dans le pays, un fidèle jure avoir vu sur l'autel, la face du Christ s'illuminer. Pour l'assistance, il ne peut s'agir que d'un miracle, un message de miséricorde divine.

Un des nouveaux chrétiens qui participent à cette messe tente d'expliquer le phénomène par le simple reflet de la lumière. La foule le fait taire avant de le lyncher. Cela marque le début d'un massacre qui va durer trois jours. Les conversos, déjà considérés avec méfiance par la population, deviennent les boucs émissaires parfaits pour tous les malheurs du pays. La foule est encouragée par les frères dominicains qui promettent l'absolution de tous les péchés durant cent jours à ceux qui tueront des hérétiques. Des marins hollandais, de passage, se joignent à la population de Lisbonne.

Quand le massacre commence, la cour se trouve à Abrantes, où elle s'était installée pour fuir la peste. Manuel Ier était en route pour Béja, pour rendre visite à sa mère. Il aurait été prévenu du massacre à Avis. Il envoie aussitôt des magistrats tenter de mettre fin au bain de sang. De nombreux représentants de l'autorité, présents à Lisbonne, auraient été mis en cause et, dans certains cas, obligés de fuir.

Durant ces journées des hommes, des femmes et des enfants seront torturés, massacrés, jetés dans des bûchers improvisés dans le quartier du Rossio, près de la place São Domingos, à Lisbonne. Ces nouveaux chrétiens étaient accusés de déicide, en tant que juifs convertis, mais aussi d'être à l'origine de la sécheresse et de la peste.

Le massacre durera trois jours, du 19 au 21 avril, en pleine Semaine sainte de 1506. Il prendra fin avec la mort de João Rodrigues Mascarenhas, écuyer du roi, tué dans la confusion par une foule exaltée qui le prend pour un marrane avant que n'interviennent les troupes du roi pour restaurer l'ordre. Il y avait déjà eu près de 2 000 morts.

Conséquence[modifier | modifier le code]

Epistola de victoria contra infidèles habita (Lettre de son altesse le Roi du Portugal au pape Jules pour la deuxième victoire contre les infidèles), 1507.

Manuel Ier punit les responsables, confisquant leurs biens. Les dominicains ayant encouragé la foule furent condamnés à la pendaison. Il semble que le fameux couvent de São Domingos ait été fermé durant huit ans. Quant aux représentants de la ville de Lisbonne, ils furent exclus du Conseil de la Couronne (« Conselho da Coroa », équivalent actuel du Conseil d'État au Portugal) ; ils y siégeaient pourtant depuis 1385, date à laquelle le roi Jean Ier leur accorda ce privilège en remerciement de leur soutien durant la campagne menée pour s'emparer du trône portugais.

À la suite du massacre, face au climat d'antisémitisme croissant et à l'établissement de l'Inquisition en 1540 (il perdurera jusqu'en 1821), de nombreuses familles juives prirent la fuite ou furent expulsés du pays. La plupart se réfugia aux Pays-Bas, mais aussi en France, en Turquie et au Brésil.

Même expulsés, les juifs qui quittaient le Portugal ne pouvaient le faire qu'en échange d'une rançon à la Couronne. Les juifs qui émigraient, abandonnaient leurs propriétés ou les vendaient pour un prix dérisoire, n'emportant que ce qu'ils pouvaient transporter.

Hommage[modifier | modifier le code]

Le mur de "Lisbonne, cité de la tolérance", écrit en 34 langues, près de l'église Sao Domingo. Il fait partie du mémorial commémorant les victimes juives du massacre au centre de Lisbonne en 1506.

Le souvenir de ce massacre se perpétue aujourd'hui à travers l'existence d'un monument inauguré place São Domingos à Lisbonne, le 23 avril 2008. Sur cette place, traditionnel lieu de rencontre des populations étrangères de Lisbonne, on trouve également un mur avec les mots « Lisbonne, ville de la tolérance » inscrits dans 34 langues différentes.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yosef Kaplan, A Diáspora Judaico-Portuguesa: as Tribulações de um Exílio.
  • Jorge Martins, Portugal e os Judeus — Volume I, Dos primórdios da nacionalidade à Legislação Pombalina.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]