Inquisition portugaise

L’Inquisition portugaise, officiellement Conseil général du Saint-Office de l'Inquisition au Portugal (en portugais : Conselho Geral do Santo Ofício da Inquisição) est l'institution portugaise créée par l'Église catholique romaine, dans le but de combattre l'« hérésie ». Elle est comparable à son homologue espagnole.
Histoire
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Manuel Ier, roi du Portugal, épouse l'infante d'Espagne Isabelle le . Le , un décret royal accorde 10 mois aux Juifs et aux musulmans pour quitter le pays. Le roi se ravise et, le vendredi , il ordonne le baptême de tous les enfants du royaume pour le dimanche suivant, ce qui donne lieu à de terribles scènes, d'autant qu'une partie de ces Juifs viennent de se réfugier au Portugal en 1492, après avoir été expulsés d'Espagne. Puis en 1499, Manuel comprenant que son royaume risque de perdre plus que ses Juifs en les expulsant, publie un décret interdisant aux conversos de quitter le pays.
L'Inquisition devient officielle avec la nomination de Diogo da Silva (pt), confesseur de Manuel, comme Inquisiteur général, en . Mais des conversos influents réussissent à la faire temporairement suspendre.
Charles Quint pèse de tout son poids pour le rétablissement d'une Inquisition à l'espagnole. La décision est prise le sous le pontificat de Paul III. Mais les conversos réussissent encore par de multiples tractations avec le pape à restreindre les pouvoirs du Saint-Office et même à le suspendre en 1544.
Malgré tout, en 1547, l'Inquisition est formellement établie par Jean III. Les conversos se battent une dernière fois sur la question du pouvoir de confiscation des biens. Cette arme est finalement concédée aux tribunaux, et le Portugal se dote ainsi d'une Inquisition indépendante plus terrible encore que son modèle espagnol. En effet, la conversion au catholicisme y est imposée à tous les Juifs et n'est pas assortie, contrairement à l'Espagne, de la possibilité d'émigrer. Par conséquent, les « nouveaux chrétiens » sont les descendants de ces conversos issus d'une conversion forcée, et leurs tentatives de fuite vers l'extérieur y sont proportionnellement plus importantes qu'en Espagne. Une importante partie de ceux qui restent sur place continue à « judaïser » en secret : méprisés sous le nom de marranes (« porcs »), ils sont persécutés par l'Inquisition.
L'Inquisition est si dure au Portugal qu'un certain nombre de « nouveaux chrétiens » portugais vont jusqu'à tenter de se réfugier en Espagne qui pourtant les a vomis.
Le Saint-Office jouit de puissants pouvoirs et ses fourches poursuivent les Juifs ou les marranes jusque dans les pays éloignés où ils se réfugient tels que les Provinces Unies ou les îles des empires coloniaux (Amérique centrale, Caraïbes) de l'époque.
La dernière victime est un prêtre jésuite, Gabriel Malagrida, brûlé à Lisbonne en . En 1771, les autodafés publics sont interdits. En 1773, toute différence entre « anciens » et « nouveaux chrétiens » est abolie. L'Inquisition s'arrête définitivement en 1778. Elle est abolie formellement par la constitution libérale de 1822.
Bilan
[modifier | modifier le code]L'Inquisition au Portugal a instruit 40 000 procès depuis sa fondation. Pour donner un exemple de ce harcèlement, la famille de la mère du philosophe Baruch Spinoza en a connu une centaine[1]. Plus de 30 000 procès se sont conclus par des condamnations. Les sentences ont été exécutées au cours de près de 750 autodafés ; 1 808 jugés coupables ont été brûlés sur le bûcher (633 en effigie et 1 175 en personne) et 29 590 ont été « réconciliés »[réf. nécessaire].
Entre 1543 et 1684, l’Inquisition portugaise a prononcé au moins 19 247 condamnations, dont 1 379 au bûcher[2].
Chronologie
[modifier | modifier le code]- 1210 : fondation de l'ordre des Franciscains, qui va jouer un rôle primordial dans l'Inquisition.
- 1220 : fondation de l'ordre des Dominicains, qui va jouer un rôle primordial dans l'Inquisition.
- 1231 : Grégoire IX commence l'Inquisition médiévale.
- 1252 : Innocent IV approuve officiellement l’utilisation de la torture pour obtenir les aveux des suspects.
- 1453 : les Turcs s'emparent de Constantinople.
- 1494 : traité de Tordesillas qui divise le 'nouveau monde' entre l'Espagne (la plupart de l'Amérique) et le Portugal (Afrique, Asie et Brésil).
- 1496 : expulsion des Juifs et des Musulmans du Portugal
- 1497 : conversion forcée des juifs au Portugal.
- 1506 : environ 2 000 conversos sont lynchés par les foules à Lisbonne.
- 1510 : Afonso de Albuquerque conquiert Goa.
- 1517 : début de la Réforme.
- 1534 : fondation de l'ordre des Jésuites (reconnu par le pape en 1540). La Compagnie de Jésus est le seul ordre catholique à avoir refusé de participer à l'Inquisition.
- 1536 : Paul III Farnèse autorise la création de l'Inquisition portugaise avec des pouvoirs restreints.
- 1540 : premier autodafé à Lisbonne.
- 1542 : Paul III établit l'Inquisition romaine.
- 1543 : le converso Jeronimo Diaz, condamné par l'Inquisition, est brûlé à Goa.
- 1547 : l'Inquisition portugaise obtient les pleins-pouvoirs.
- 1551 : l'Inquisition portugaise est élargie et inclut les Açores, Madère, Angola, Brésil, Cap-Vert, Guinée et Sao Tomé.
- 1560 : premiers inquisiteurs nommés à l'Inquisition de Goa.
- 1580 : unification des couronnes d'Espagne et du Portugal sous Philippe II
- 1640 : le Portugal entame la guerre de Restauration contre l'Union Ibérique.
- 1664 : l'ordre d'arrestation de Crispina Peres pour sorcellerie est publié[3]
- 1743-44 : procès des francs-maçons au Portugal.
- 1759 : les jésuites sont expulsés du Portugal.
- 1761 : dernier « relaxé » (relaxado) brulé par l’Inquisition portugaise.
- 1772 : le marquis de Pombal met fin à la discrimination qui visait les « nouveaux chrétiens ».
- 1821 : abolition officielle de l'Inquisition au Portugal.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Les archives du St-Office inquisitorial du Portugal regorgent d'une centaine de procès inquisitoriaux contre la famille de la mère du philosophe Baruch Spinoza, Ana Debora Marques, au XVIe s. I. S. Revah, Des Marranes à Spinoza : Textes réunis par H. Méchoulan, P.-F. Moreau, C. L. Wilke, Paris, Vrin, coll. « Librairie philosophique », 1995, p. 136 vs 170.
- ↑ A.H. de Oliveira Marques et Joăo José Alves Dias, Histoire abrégée du Portugal, Lisbonne, Tinta-da-China, , 107-108 p. (ISBN 978-989-671-419-2)
- ↑ (en) Philip J. Havik, Silences and Soundbites: The Gendered Dynamics of Trade and Brokerage in the Pre-colonial Guinea Bissau Region, LIT Verlag Münster, (ISBN 978-3-8258-7709-5, lire en ligne
)
Annexes
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Inquisition
- Inquisition médiévale
- Inquisition espagnole
- Inquisition romaine
- Congrégation pour la doctrine de la foi
- Autodafé
- Conversion forcée
- Nouveau chrétien
- Crypto-judaïsme
- Marranisme
Bibliographie
[modifier | modifier le code]Liens externes
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- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :