Marie Delcourt
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Professeure d’université, militante pour les droits des femmes, traductrice, enseignante, historienne de l'Antiquité classique, historienne des religions, philologue classique, éditrice |
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Marie Delcourt, née à Ixelles le et morte à Liège le , est une philologue classique, helléniste et historienne de la littérature belge francophone. Elle est également une militante wallonne et fait partie de l'équipe dirigeante de l'Union des femmes de Wallonie avec Léonie de Waha.
Elle est la première femme chargée de cours à l'université de Liège, à partir de 1929, y créant le cours d'histoire de l'humanisme.
Biographie
[modifier | modifier le code]Jeunesse et formation
[modifier | modifier le code]Marie Delcourt est née à Ixelles le lieu d'affectation de son père, militaire de carrière. Elle passe son enfance à Arlon, en Belgique. À l'âge de trois ans, elle contracte la poliomyélite et en garde des séquelles[1].
Aucun lycée ne prépare les filles aux études supérieures à l'époque et Marie Delcourt prépare seule les examens du jury central[2]. Elle passe son diplôme d’humanités gréco-latines devant le jury central et, en 1911, elle entreprend des études de philologie classique à l’Université de Liège, qui vont être vite interrompues par la Première guerre mondiale[1].
Après la mort de son père, lieutenant-colonel sur le front de l'Yser en 1914, Marie Delcourt rejoint le réseau de renseignement belge résistant[3] "La Dame Blanche" qui collecte des informations sur les mouvements de troupes pour le compte du War Office britannique[4]. Pour cet engagement, elle est décorée de la Croix d’officier de l’Empire britannique. Elle évoque cet épisode de sa vie dans son ouvrage, Nos Grands cœurs[1].
À la fin de la guerre, elle reprend ses études à l'université de Liège et obtient en 1919 un diplôme de docteur en philosophie classique[5] avant de partir étudier deux ans à Paris grâce au Concours des bourses de voyage (1920) et au Concours universitaire (1921) dont elle est lauréate[1]. Elle y étudie à la Sorbonne et à l'Institut des Hautes Etudes[2].
Carrière
[modifier | modifier le code]À partir de 1922, elle enseigne à l'Institut supérieur des demoiselles ouvert par Léonie de Waha (et qui porte aujourd'hui son nom Athénée Léonie de Waha) à Liège. Elle occupera ce poste jusqu'en 1940 en s'efforçant de favoriser l'accès des filles aux études[1].
Parallèlement, elle poursuit ses recherches personnelles et publie de nombreux travaux dont la qualité est remarquée[2].
Elle est la première femme à être chargée de cours à l'université de Liège où elle crée, en 1929, un cours d'histoire de l'humanisme[5]. L’École liégeoise d'Histoire de l'Humanisme naîtra de cette initiative[3]. Seule femme dans un milieu d'hommes, elle n'est, au début, pas rémunérée et ne bénéficie pas des mêmes avantages qu'eux et n'a pas une très bonne opinion de cette université bourgeoise et conservatrice[1].
Limitée dans ses déplacements par son handicap, elle écrit et correspond énormément. En plus des livres scientifiques, elle écrit de la poésie, des nouvelles, des chroniques pour le journal Le Soir et même des recettes de cuisine[1].
En 1925, le prix Joseph Gantrelle lui est décerné par l'Académie royale de Belgique pour son livre Études sur les traductions des tragiques grecs et latins en France depuis la Renaissance[réf. nécessaire]. Après la publication de sa Vie d'Euripide, en 1930, elle traduit et commente son théâtre.
Elle se marie en 1932 avec Alexis Curvers un jeune poète peu conventionnel qui deviendra un romancier reconnu[6].
Elle entretient des relations avec de nombreuses personnalités du monde littéraire belge comme Norge et bien d’autres. Elle anime aussi un groupe d’intellectuels français et allemands qui se réunissent au château de Colpach au Luxembourg. On y retrouve Paul Claudel, André Gide, Jean Paulhan, Jean Schlumberger, Henri Michaux, Karl Jaspers, Walther Rathenau ou Bernard Groethuysen[1].
Son œuvre scientifique considérable et diversifiée lui vaut une réputation internationale. Elle écrit essentiellement des traductions (comme les tragédies d'Euripide et la correspondance d'Érasme), des biographies (Eschyle, Périclès, Euripide, Érasme, Thomas More), sur la religion et les mythes grecs (l'Oracle de Delphes, Héphaïstos, Œdipe, Hermaphrodite...)[2].
En 1961, elle est nommée Professeure émérite[6].
Engagement féministe et wallon
[modifier | modifier le code]Marie Delcourt est membre de l’équipe dirigeante de l’Union des Femmes de Wallonie, dont Léonie de Waha est la présidente. Elle prend position à diverses reprises en faveur du droit de vote des femmes et de leur droit au travail[2].
Elle s’intéresse aussi au régionalisme et à la situation de la Wallonie[2] et publie régulièrement des articles dans la revue Femmes wallonnes.
Une « Méthode de cuisine à l'usage des personnes intelligentes »
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Écrit « pour répondre au vœu de ma collègue Suzanne Leclercq, professeur de paléontologie à l’Université de Liège, que n’effraie rien de ce qui est préhistorique, mais que la cuisine décourage », en collaboration avec son amie Marie-Claire Hélin-Magnette, dédié à sa propre cuisinière, la Méthode de cuisine à l'usage des personnes intelligentes de Marie Delcourt interpelle par ses commentaires où, prévoyant (en un temps où ceux qui en ont les moyens mangent deux repas chauds par jour), qu'« « ne verra plus, à chaque étage, dans chaque appartement, une femme vouée aux fourneaux, qu’elle ait ou non le goût et la capacité des choses gastronomiques » car « les femmes mariées, semblables à celles d'Utopie, auront un métier à l’extérieur », et que les repas à défaut d'être élaborés dans des cuisines collectives, seront préparés par l’ensemble de la famille (et les « personnes intelligentes » du titre de l'ouvrage inclut les hommes).
S'attaquant au « parasitisme masculin » de son époque, elle exige une « proportion entre un plaisir gastronomique et l'ensemble de temps et de fatigue qu'il aura coûté », estimant que les journées ont pour avenir « l’heure de loisir, de lecture, de musique, qui, la besogne finie, clora la soirée ». Elle conseille aux « maris qui ne peuvent se passer de pieds de porc à la Sainte-Menehould » d'aller en manger au restaurant et de remercier « le ciel d’avoir épousé une femme raisonnable, qui sait se refuser à un esclavage abrutissant et garder ainsi quelque loisir. Un mets qui demande tant de temps ne vaut pas ce qu’il coûte. »
Elle prône de ne cuisiner qu'un jour sur deux pour s'offrir du temps et, par conséquent, de gérer et utiliser les restes « avec variété, avec esprit ». Elle donne des indications diététiques, conseille d'« acheter ce qui peut simplifier et accélérer la besogne, épargner des forces et du temps » ce qui inclut des outils modernes comme des conserves en boite tout en mettant en garde contre la facilité : « Pour une ménagère de 1946, le problème essentiel (dans l’ordre culinaire, veux-je dire) est de ne pas céder aux délices de la paresse. Après avoir, pendant cinq ans, fait des prodiges d’ingéniosité pour composer des mets mangeables avec des matériaux insuffisants, il est bien tentant de passer aux « menus express », toasts et petits pains, omelettes d’œufs en poudre (…) Nous avons mangé par vertu tant de soupe, de pommes de terre, de légumes, que les menus rapides nous ravissent, sans compter qu’ils nourrissent mieux que les ratatouilles du temps de guerre. Aussi faut-il un certain courage pour remonter le courant et consacrer encore aux légumes les soins qu’ils méritent ».
Rédité dès 1947, ce livre reparait en 2021 aux Belles Lettres avec la préface d'Alexis Curvers (l'époux de Marie Delcourt).
Fin de vie
[modifier | modifier le code]Vers la fin de sa vie, elle souffre de problèmes de vue et doit abandonner l'étude du sanskrit qu'elle a entreprise mais continue de correspondre intensément avec ses amis. Elle ne quitte plus sa chambre. Son mari, aidé de quelques amies, la soigne jusqu'au bout. Elle meurt le [6].
Après sa mort ses amis créent l'association Les amis de Marie Delcourt, que préside son mari jusqu'à son décès en 1992.
Une rue d'Arlon porte son nom ainsi qu'une salle de l'Université de Liège.
Décorations
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Officière du Mérite wallon (O.M.W.) à tistre posthume en 2012.
Publications
[modifier | modifier le code]Antiquité
[modifier | modifier le code]- La vie d’Euripide, Éd. Gallimard, Paris, 1930. Rééd. Labor, Bruxelles, 2004, coll. Espace Nord
- Eschyle, Éd. Rieder, Paris, 1934 (Maîtres de Littérature, 18)
- Stérilités mystérieuses et naissances maléfiques dans l'antiquité classique, Éd. Droz, Paris, 1938 (FacPhLLg, 82)
- Périclès, Éd. Gallimard, Paris, 1939 :: - Prix quinquennal de l'essai et prix Bordin de l’Académie française 1940
- Légendes et cultes de héros en Grèce, Éd. P.U.F., Paris, 1942
- Images de Grèce, Éd. Libris, Bruxelles, 1943. Rééd., Éd. Wesmael Charlier, Namur, 1959
- Œdipe ou la légende du conquérant, avec Conrad Stein, Éd. Fac.Phil.Lett., Liège, 1944, (FacPhLg, 104). Rééd., Éd. Gallimard, Paris, 1981
- Les grands sanctuaires de la Grèce, Éd. P.U.F., Paris, 1947 (Mythes et Religions, 21)
- L'oracle de Delphes, Éd. Payot, Paris, 1955. Rééd., ibid., 1981
- Héphaistos ou la légende du magicien, Éd. Belles-Lettres, Paris, 1957 (FacPhLLg 146)[7],[8].
- Hermaphrodite, mythes et rites de la bisexualité dans l'antiquité classique, Éd. P.U.F., Paris, 1958 (Mythes et Religions, 36). Rééd., 1992 Lire en ligne
- Oreste et Alcméon. Étude sur la projection légendaire du matricide en Grèce, Éd. Belles-Lettres, Paris, 1959 (FacPhLLg 151)
- Pyrrhus et Pyrrha. Recherches sur les valeurs du feu dans les légendes helléniques, Éd. Belles-Lettres, Paris 1965, (FacPhLLg 174)
Histoire de l’humanisme
[modifier | modifier le code]- Thomas More, œuvres choisies, Éd. La Renaissance du livre, Paris, 1936 (Les Cent Chefs-d'œuvre étrangers)
- Érasme, Éd. Libris, Bruxelles, 1944. Rééd., Éd. Labor, Bruxelles, 1986
Traductions
[modifier | modifier le code]- Tragiques Grecs. Euripide, Éd. Gallimard, Paris, 1962, (Bibliothèque de la Pléiade). Rééd., Éd. Gallimard, coll. Folio classique, Paris, 1988
- Thomas More. L'Utopie, Éd. La Renaissance du Livre, Bruxelles, 1966
- La correspondance d’Érasme, Collectif, tomes 1, 10, 11, Éd. Presses Académiques Européennes, Bruxelles, 1967-1982
Varia
[modifier | modifier le code]- Jean Schlumberger, essai critique, Éd. Gallimard, Paris, 1945
- Méthode de cuisine à l'usage des personnes intelligentes, Éd. Baude, Paris-Bruxelles, 1947, Rééd., Éd. Université de Liège, Fac. Phil. Lett., 1985
- Marie Delcourt. L'autre regard, Ed. Le Cri/Académie royale de langue et de littérature françaises, Bruxelles, 2004. Coll. Chroniques du Journal Le Soir
- Nouvelles, édité par Catherine Gravet, Mons, Université de Mons, 2015.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- « Marie Delcourt », sur www.uliege.be (consulté le )
- « Marie Delcourt | Connaître la Wallonie », sur connaitrelawallonie.wallonie.be (consulté le )
- Ninette Godefroid et Philippe Raxhon, Portraits de Petits et Grands Personnages du Pays de Liège, Grivegnée, Noir dessin production, , 171 p. (ISBN 9782873510527), p. 160-161
- ↑ Suzanne van Rokeghem, Jacqueline Aubenas, Jeanne Vercheval-Vervoort Des femmes dans l'histoire en Belgique, depuis 1830, 2006, Voix de l'histoire, Luc Pire éditions, 303 p. p. 128 [lire en ligne (page consultée le 2019-01-30)]
- Eliane Gubin, Dictionnaire des femmes belges : XIXe et XXe siècles, Lannoo Uitgeverij, , 637 p. (ISBN 978-2-87386-434-7, lire en ligne)
- « Marie Delcourt », sur Objectif plumes (consulté le )
- ↑ Henri Jeanmaire, M. Delcourt. Héphaistos ou la Légende du Magicien compte-rendu, Revue de l'histoire des religions, Année 1959, 155-1, p. 82-86
- ↑ Martin Persson Nilsson, Marie Delcourt, Héphaistos ou la légende du magicien (compte-rendu), L'Antiquité Classique, Année 1958, 27-2, p. 526-528
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Isabelle Schopp, « Delcourt Marie (1891-1979), épouse Curvers », dans Dictionnaire des femmes belges, Bruxelles, Racine, , p. 170-171
- Malika Bastin, « Marie Delcourt, la "dame blanche" et la philologue », dans Laure de Chantal (dir.), Femmes savantes. De Marguerite de Navarre à Jacqueline de Romilly, Paris, Les Belles Lettres, , 295-314 p.
- André Motte, Marie Delcourt, dix ans déjà, Paris, Centre international de la religion grecque antique, 1990, Lire en ligne
- Philippe Lecrenier, Franz Bierlaire et Vinciane Pirenne, « Marie Delcourt », analyse de son œuvre, sur Université de Liège, (consulté le ).
Liens externes
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- Ressource relative au spectacle :
- Ressource relative à la recherche :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Écrivain belge francophone
- Écrivaine belge
- Philologue belge
- Professeur à l'université de Liège
- Helléniste belge
- Militant wallon
- Érasmologue
- Féministe belge
- Étudiant de l'université de Liège
- Officier du Mérite wallon
- Naissance en novembre 1891
- Naissance à Ixelles
- Décès en février 1979
- Décès à Liège
- Décès à 87 ans
- Personnalité inhumée au cimetière de Robermont