Le Théâtre de la Mode

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Le Théâtre de la Mode est un spectacle itinérant à base de poupées, datant de 1945, et présentant le savoir français en matière de mode. À l'initiative de la Chambre syndicale de la couture parisienne, l'exposition parcourt le monde jusqu'en 1946 dans le but de promouvoir la haute couture et les métiers liés.

Historique[modifier | modifier le code]

Durant la Guerre, la haute couture vit des heures difficiles : certaines maisons de couture ferment, la presse spécialisée est malmenée arrêtant ou réduisant ses publications, journalistes, illustrateurs ou photographes fuyant parfois la capitale dès le début du conflit. La pénurie de tissus est importante[1].

Le Théâtre de la Mode au Maryhill Museum (État de Washington).

À la fin du conflit, la haute couture a été coupée du reste du monde durant cinq ans. De plus, elle subit des critiques de la part des pays anglo-saxons face aux libertés prises par les maisons de couture en matière de fournitures de tissus durant la période de rationnement[2] ; le nombre de clientes est en diminution. Il est souhaitable que cette haute couture renoue avec l'étranger afin de lui redonner le prestige qu'elle possédait[2] et démontre sa créativité[3]. L'Entraide française, qui souhaite récolter des fonds, sollicite La Chambre syndicale de la couture parisienne[4]. Robert Ricci[2] et Lucien Lelong organisent[n 1] une exposition, Le Théâtre de la Mode, destinée à rendre à Paris son rôle de capitale de la mode. « Élégance, Paris, inséparables ! C'est Paris tout entier ce théâtre de la mode ! Son sourire, son cran, son esprit, son charme et son âme éternelle, avec tous ses renouveaux. […] C'est Paris encore avec sa mesure, sa finesse, son style qui orne l'époque d'un bijou inattendu plein de grâce et de tact, et qui, dans l'histoire éphémère de la mode, marque l'esprit de constance et de durée qui caractérisent notre sens de construction[5]. »

Le Théâtre de la Mode, titre donné par Christian Bérard qui est également le directeur artistique[2] (avec Boris Kochno[4]), ainsi que l'illustrateur du programme et des affiches[6], est réalisé par des peintres, illustrateurs, chorégraphes, sculpteurs. L'exposition est composée de 180 poupées en fil de fer d'environ 70 à 80 cm de hauteur, dessinées par Eliane Bonabel[4] qualifiée de « cheville ouvrière du projet[3] ». Ces mannequins miniatures dont présentés dans quatorze décors de théâtre[6] conçus par le grands décorateurs de l’époque, dont Emilio Terry, Georges Wakhévitch, ou Jean Cocteau[3] et reproduisant des vues des symboles de Paris[4] ; la musique par Henri Sauguet[2]. Le but est de présenter robes, chapeaux, coiffures sous formes de perruques, chaussures, gants et sacs au monde entier.

Toutes les plus grandes maisons parisiennes alors en activité sont là : une cinquantaine de couturiers (40 pour la présentation à Paris[n 2]) dont Carven[2], Lucien Lelong ou Balenciaga[7], sept fourreurs dont Fourrures Max A. Leroy, Revillon Frères, Fourrures Weil ou Jungmann et Cie[8], 58 modistes (36 à Paris) dont Legroux[7],[n 3], 29 bottiers, huit paruriers, 33 bijoutiers dont Cartier ou Van Cleef & Arpels, vingt coiffeurs[1].

L'exposition débute au pavillon de Marsan (Musée des arts décoratifs de Paris) en mars 1945[1]. Puis elle quitte Paris pour la Foire d'exposition de Barcelone[8], Londres en septembre où elle reçoit la visite de la Reine[9], Leeds, Stockholm en présence du prince et de la princesse de Suède, Copenhague visitée par la Reine du Danemark, New York en mai de l'année suivante[10], Boston, Chicago, Los Angles, San Francisco, Montréal, Buenos Aires, Vienne[1],[6]. La presse du monde entier commente cette exposition[11] de « petits personnages parés de grandeur[12] ».

De nos jours[modifier | modifier le code]

Alors que les poupées semblaient disparues aux États-Unis, délaissées à la suite de l'arrivée du New Look et de Dior début 1947, elles sont retrouvées au milieu des années 1980 au Maryhill Museum (en)[4],[13]. De difficiles négociations avec les Américains, qui considéraient ce bien abandonné comme le leur, s'établissent ; la journaliste Susan Train et la Chambre syndicale de la couture mettent tout leur poids pour récupérer en France ces poupées d'archive[3]. Quelques années plus tard, la restauration des petits mannequins et reconstitution des décors[13] a lieu en France pour une nouvelle exposition[4], sur le lieu même de l'exposition d'origine au pavillon de Marsan[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Lors de la mise en place de l'exposition, Robert Ricci est vice-président de la Chambre syndicale et Lucien Lelong président ; peu de temps après Lucien Lelong est remplacé par Jean Gaumont Lanvin de la maison Lanvin et devient alors président d'honneur.
  2. Suivant l'année, la composition de l'exposition change en fonction des collections.
  3. Legroux Sœurs, modiste fondé à Roubaix en 1913 par Germaine et Héloïse Legroux. Installées à Paris rue Cambon quatre ans plus tard, elles connaissent le succès quelques années après. En 1930, c'est leur nièce qui reprend l'entreprise.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Madeleine Delpierre et Davray-Piékolek, Le costume : la haute couture 1945-1995, Paris, Flammarion, coll. « Tout l'art »,‎ mai 1997 (1re éd. 1991), 80 p. (ISBN 2-08-011236-8), « La haute couture de 1940 à 1960 », p. 11 à 13
  2. a, b, c, d, e et f Olivier Saillard (dir.), Anne Zazzo (dir.), Laurent Cotta et al. (préf. Bertrand Delanoë), Paris Haute Couture, Paris, Skira,‎ novembre 2012, 287 p. (ISBN 978-2-08128605-4), « La robe Extase et Le Théâtre de la Mode », p. 192
  3. a, b, c, d et e Jacques Mouclier, Haute couture, Jacques-Marie Laffont,‎ juin 2004, 270 p. (ISBN 2-84928-052-6), « Le Petit Théâtre de la Mode », p. 63 à 65
  4. a, b, c, d, e et f Dominique Veillon, Le Théâtre de la Mode ou le renouveau de la couture création à la Libération. In : Vingtième Siècle. Revue d'histoire. no 28, octobre-décembre 1990. pp. 118-120. doi : 10.2307/3769404 lire en ligne
  5. « Le Théâtre de la Mode », L'Officiel, Éditions Veuve E. Max Brunhes, no 277 - 278,‎ mars - avril 1945, p. 48 à 49
  6. a, b et c Didier Grumbach, Histoires de la mode, Paris, Éditions du Regard,‎ 2008 (1re éd. 1993 Éditions du Seuil), 452 p. (ISBN 978-2-84105-223-3), « La défense de la tradition - Le Théâtre de la Mode », p. 49 à 51
  7. a et b Valerie Mendes et Amy de la Haye (trad. Laurence Delage, et al.), La mode depuis 1900 [« 20th Century Fashion »], Paris, Thames & Hudson, coll. « L'univers de l'art »,‎ 2011, 2e éd. (1re éd. 2000), 312 p. (ISBN 978-2-87811-368-6), chap. 5 (« 1946-1956 Féminité et conformité »), p. 128 et 129
  8. a et b « L'ambassade de la mode », L'Officiel, Éditions Veuve E. Max Brunhes, no 279-280,‎ mai - juin 1945, p. 54 à 55

    « […]d'organiser une présentation d'ensemble à laquelle il a convié couturiers, modistes et fourreurs en renom de notre capitale. Il est bon de souligner ici l'effort prodigieux accompli par les fourreurs pour habiller les petits mannequins de 80 centimètres de haut. »

  9. « La leçon des poupées », L'Officiel, Éditions Veuve E. Max Brunhes, no 285 - 286,‎ décembre 1945, p. 87
  10. « Le Théâtre de la Mode à New York », L'Officiel, Éditions Veuve E. Max Brunhes, no 291 - 292,‎ juin 1946, p. 23
  11. « Politique de la présence », L'Officiel, Éditions Veuve E. Max Brunhes, no 297 - 298,‎ décembre 1946, p. 60
  12. Louise de Vilmorin citée in : Paris Haute Couture - Laurent Cotta
  13. a et b (en) Judy Chia Hui Hsu, « MOHAI exhibit spotlights tiny fashion treasures from war-torn Paris », sur seattletimes.com, Seattle Times,‎ 16 mars 2006 (consulté le 13 mars 2014)

Liens externes[modifier | modifier le code]