Le logo de la municipalité de L'Avenir représente le village avec sa rue Principale, ses maisons et son église. Il intègre des éléments clés: le bleu pour la cohésion, une route verte pour l'agriculture et la nature, la rivière St-François, et l'hémérocalle « La Laveniroise ».
L’Avenir[1] est une municipalité du Québec (Canada) située dans la municipalité régionale de comté (MRC) de Drummond, au sein de la région administrative du Centre-du-Québec. Traversé par l’autoroute Joseph-Armand-Bombardier, la 55, son territoire est délimité par la rivière Saint-François.
La municipalité doit son nom au journal L’Avenir, fondé à Montréal en 1847 par Jean-Baptiste-Éric Dorion (1826-1866). Journaliste combatif et homme politique de conviction, Dorion s'installe à dans la région en 1853. Il devient le premier maître de poste de la localité et baptisa d'abord le bureau de poste, puis le village en pleine croissance, du nom de L'Avenirville[2].
Dorion deviendra le premier député francophone du comté de Drummond, en 1854. Le journal éponyme, alors considéré comme l'« organe des esprits forts » en raison de ses positions libérales radicales et anticléricales, cessa sa parution en 1852, mais son héritage identitaire demeure ancré dans la désignation de la municipalité.
Bien avant l'arrivée des colons européens, le territoire est une zone de passage et d'établissement pour les Abénakis. La rivière Saint-François, qui scinde aujourd'hui la MRC de Drummond, constitue alors l'artère vitale et la principale voie de communication vers l'intérieur des terres. Les fouilles archéologiques menées à la Pointe-à-Allard ont confirmé cette présence ancestrale par la découverte d'artéfacts significatifs, tels que des outils de pierre et des armes de chasse.
Deux villages abénakis[3] ont existé sur le territoire au début du 19e siècle, l’un à L’Avenir et l’autre à la frontière des municipalités de L’Avenir et d’Ulverton qui appartenaient alors au township de Durham.
Au tournant du XIXe siècle, deux noyaux de peuplement abénakis subsistent: l'un au cœur de l'actuelle municipalité et l'autre à la limite d'Ulverton. En 1805, les autorités coloniales concèdent 10 000 arpents de terres dans le canton de Durham à 17 familles abénakises, avec l'obligation d'y pratiquer l'agriculture sédentaire. Toutefois, cette cohabitation forcée avec le modèle colonial s'avère précaire. Les recensements témoignent d'un déclin rapide de cette population, passant de 49 fermiers et chasseurs en 1831 à seulement 26 en 1851. L'héritage autochtone reste toutefois marqué par la présence de sites funéraires, notamment le cimetière abénakis du « Bec de Canard » et celui situé près du boulevard Allard.
Le territoire est officiellement arpenté en 1802 par l'arpenteur Joseph Bouchette, ouvrant la voie à l'arrivée des premiers colons. Ces pionniers sont initialement des Loyalistes américains fuyant les conséquences de la Révolution américaine, suivis d'immigrants irlandais, écossais et britanniques. Des figures comme William Cross, Webber Reed et la famille Husk s'établissent dès 1823, apportant avec elles des traditions agricoles et sociales anglo-saxonnes.
Le visage démographique de la région change radicalement à partir des années 1830. Des familles francophones, issues de paroisses établies comme Nicolet ou Yamachiche, migrent vers les cantons de Grantham et de Durham à la recherche de nouvelles terres. Cette transition est catalysée par l'arrivée en 1853 de Jean-Baptiste-Éric Dorion, surnommé « l'enfant terrible » pour ses harangues politiques post-dominicales. Sous son influence, L'Avenir devient un pôle d'attraction pour les Canadiens français. La bascule est nette: dès 1901, les francophones représentent 73% de la population et les catholiques 81%, affirmant le caractère canadien-français de la municipalité érigée civilement le 9 juin 1862.
Le 1er septembre 1847, la Municipalité de comté de Drummond était constituée. Quelques mois plus tard, à l’hôtel de M. Joseph Boisvert du village de Drummondville, s’est tenue la première session de cette nouvelle municipalité de comté[4].
C’est finalement en 1855 que la Corporation du comté de Drummond (Conseil de comté) a vu le jour et son existence a pris fin 126 ans plus tard, en 1981, avec la création de la Municipalité régionale de comté de Drummond.
Vue générale du couvent (à gauche), de l'église et du presbytère (à droite), vers 1920.
La structuration de la communauté passe par ses institutions. La première messe catholique est célébrée dans une modeste chapelle de bois à Noël 1831. La paroisse a d’abord porté le nom de St-Pierre Apôtre-de-Durham[5] ensuite celui de St-Pierre-de-Durham, nom de l’église actuelle.
La croissance de la population nécessite rapidement des infrastructures plus vastes, menant à la fondation de la mission Saint-Pierre-de-Durham et à l'achèvement d'une chapelle permanente en 1849, construite avec les briques d'une briqueterie locale. L'église actuelle, monumentale et élégante, est l'œuvre de l'architecte Alfred Giroux et fut érigée en 1904[6].
Parallèlement, la minorité anglicane s'organise autour de l'église St. Paul’s, bâtie en 1871 sur une terre offerte par William Montgomery. Ce biculturalisme religieux se reflète aussi dans l'éducation. Dès 1853, des écoles de rang mixtes ouvrent leurs portes. L'Institut des Artisans, fleuron culturel de Dorion, sert de foyer éducatif avant que le Couvent des Sœurs de l'Assomption ne devienne le pilier scolaire à partir de 1896. Leur couvent est construit en 1893 et détruit par un incendie en 1925. Il sera démoli définitivement en 1970.
L'enclavement du territoire est brisé dès 1823 par la King’s Highway (maintenant la route 143), mais la rivière Saint-François demeure un obstacle majeur. Pour la franchir, des traverses par bac sont instaurées. La traverse McLean (1864) et la traverse Husk (vers Saint-Félix-de-Kingsey) deviennent des points de passage névralgiques pour le commerce local.
1871 - train arrivant à L'Avenir sur chemin de lisse
L'histoire ferroviaire de L'Avenir est marquée par l'ambition déçue de la « Petite Ligne ». Lancé en 1871 par des députés locaux, ce projet visait à relier le centre du Québec aux marchés de la Nouvelle-Angleterre. Pour économiser, on utilisa initialement des rails en bois, une innovation technique qui s'avéra fragile. Les accidents, dont l'explosion d'un pont en 1873, et les faillites successives des compagnies ferroviaires (RDA, SER) condamnèrent le projet. Lorsque le Canadien Pacifique reprit les actifs, il jugea la ligne non rentable et retira définitivement les rails en 1894, laissant pour seuls vestiges les alignements de poteaux électriques encore visibles aujourd'hui.
Au XIXe siècle, L'Avenir connaît une période d'effervescence économique. L'exploitation forestière domine les premières décennies, alimentant de nombreux moulins à scie et à farine le long des cours d'eau. La fertilité exceptionnelle des terres permet également le développement de l'élevage de bœufs de race « Durham », dont la réputation dépasse les frontières régionales. Cependant, la fin du traité de réciprocité avec les États-Unis et l'échec de la liaison ferroviaire provoquent un choc économique, entraînant une chute démographique notable entre 1871 et 1911.
La diversification industrielle fut tentée par plusieurs entrepreneurs:
Mines: L'extraction du cuivre connut une brève ferveur dans les années 1860. Bien que des mines comme celle d'Édouard Charpentier aient perduré, les coûts prohibitifs du transport ont freiné l'essor de ce secteur.
Agroalimentaire: Vers 1890, l'industrie laitière s'organise avec cinq fromageries actives. Paradoxalement, la culture du foin, multipliée par quatre entre 1871 et 1921, s'avéra longtemps plus lucrative que la production laitière en raison de la forte demande américaine.
Vie commerciale: La municipalité de L’Avenir comprend de nombreux commerces et offre plusieurs services dès 1871. Le noyau villageois fonctionnait comme un centre de services autonome et prospère, abritant forgerons, menuisiers, architectes, médecins et notaires. .
Au cœur du village se trouvent une école, deux églises, deux magasins généraux, un hôtel, un bureau de poste, une scierie, quatre cordonniers, une tannerie, deux forgerons, deux selliers, un charron, un voiturier et un tonnelier.
Famille Proulx 5e rang vers 1850Dans le domaine de la construction on peut obtenir les services d’un architecte, d’un maçon, d’un fabricant de fenêtres et de quatre menuisiers. Plusieurs professionnels habitent aussi L’Avenir notamment, un huissier, un médecin et deux notaires. Il y a même eu deux modistes afin de fabriquer les chapeaux des dames.
Aujourd'hui, si une partie des résidents se déplace vers les pôles industriels de Drummondville ou de Richmond, la municipalité préserve sa vocation agricole, fière de ses exploitations laitières modernes.
L'Avenir s'est distinguée par une vie intellectuelle intense au XIXe siècle, portée par l'Institut des Artisans (1856) et l'Association bibliophile. Ces institutions visaient l'élévation culturelle des travailleurs et des agriculteurs. Ce dynamisme historique et cette volonté d'ouverture se perpétuent aujourd'hui avec, entre autres, le jumelage avec la commune de Saint-Florent-des-Bois, en France.
La municipalité est reconnue pour son dynamisme culturel et héberge plusieurs organismes socio-culturels comme le Cercle des Fermières, la Maison de la Culture de L'Avenir, la Société St-Jean-Baptiste. De nombreuses activités communautaires occupent le calendrier tout au long de l'année, tels que le Bal des Tuques en février, le P'tit marché tout au long de l'été, l'Oktoberfest en octobre[7].
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La municipalité est située dans le sud des monts Notre-Dame drainés par le bassin versant du lac Saint-Pierre. La rivière Saint-François, qui draine son territoire, en délimite l'est en coulant vers le nord-ouest.
La rivière Saint-Germain, un affluent de la rivière Saint-François, en traverse le sud-ouest en coulant vers le nord-ouest.
↑Kévin Lampron-Drolet, « L’arrivée des Abénakis à la rivière Saint-François », L'Express de Drummondville, (lire en ligne)
↑MRC Drummond, « Bref historique », sur MRC de Drummond (consulté le )
↑Hormisdas Magnan, Dictionnaire historique et géographique des paroisses, missions et municipalités de la province de Québec /, Arthabaska, L'Imprimerie d'Arthabaska, , 744 p. (lire en ligne), p. 636
Comité du livre, Marguerite Côté-Gagnon et autres, L'Avenir, volume 1 : L'Avenir, hier aujourd'hui [Autre titre : 125e, L'Avenir, St-Pierre-de-Durham, érection canonique et civile, 1862-1987], Saint-Stanislas, Éditions Souvenance, 1986
Gilles Raîche et autres, L'Avenir, volume 2 : L'Avenir, 1904-2004, centenaire de l'église actuelle [Autre titre : Centenaire de l'église actuelle, 1904-2004 : hier aujourd'hui], Saint-Stanislas, Éditions Souvenance, 2004
Jean-Marie Laliberté et Benoît Pontbriand, Mariages de la région de Drummondville, Québec, Éditions Benoît Pontbriand, 1970. Volume 1, 398 pages.
Joseph-Charles St-Amant, L'Avenir : townships de Durham et de Wickham; notes historiques des autres townships du comté de Drummond, Arthabaskaville, Imprimerie de L'Écho des Bois-Francs, 1896
L'Avenir, village pittoresque du Québec, s.l., s.n., 1975, 18 pages (Biographie de Jean-Baptiste-Éric Dorion)