L'Étoile (opéra bouffe)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
L'Étoile
Description de cette image, également commentée ci-après
Couverture de la partition piano-chant.
Genre Opéra bouffe
Nbre d'actes 3
Musique Emmanuel Chabrier
Livret Eugène Leterrier et Albert Vanloo
Langue
originale
Français
Création
Théâtre des Bouffes-Parisiens

L'Étoile est un opéra bouffe en trois actes d'Emmanuel Chabrier sur un livret d’Eugène Leterrier et Albert Vanloo[1], créé au Théâtre des Bouffes-Parisiens le [1].

Voici un résumé rapide : à chacun de ses anniversaires, le roi Ouf 1er a pour tradition d’offrir à son peuple le réjouissant spectacle de l’empalement d’un sujet rebelle. Il rencontre un colporteur, Lazuli, qui par déception amoureuse finit par donner une gifle au roi. On prépare l’exécution qui sera annulée, car selon l’astrologue la mort de l’un sera suivie par celle de l’autre, les deux étant liés par la même étoile.

Chabrier a rencontré ses librettistes chez un ami commun, le peintre Gaston Hirsch, en 1875. Chabrier leur a joué les premières versions de la romance O petite étoile, et la polyphonie Le pal, est de tous les supplices... (sur des mots de Verlaine que Leterrier et Vanloo ont finalement édulcorés car ils les trouvaient trop forts). Ils ont alors décidé de collaborer. L'histoire de cette rencontre entre les trois artistes trouve elle-mème un certain écho dans les personnages et l'histoire de Fisch-Ton-Kan, un autre opéra de Chabrier[2].

Les représentations[modifier | modifier le code]

La première eut lieu le dans le théâtre de Jacques Offenbach, le théâtre des bouffes Parisiens. Dans sa version initiale, le modeste orchestre fut effaré par la difficulté de la partition de Chabrier, qui était bien plus sophistiquée que tout ce qu'Offenbach écrivait pour les petits théâtres de boulevard[3].

L'œuvre fut ensuite jouée hors de France à Berlin le , puis à Budapest le [4]. À New York en 1890, le théâtre de Broadway (41e rue) l'accueille dans une adaptation anglaise de J. Cheever Goodwin intitulée The Merry Monarch, sur une musique de Woolson Morse. La musique de Chabrier ne fut pas mieux accueillie à Londres en 1899, où la partition fut réécrite par Ivan Caryll lors d'une adaptation au Savoy Theatre intitulée The Lucky Star[5]. À Bruxelles en 1909, la musique de Chabrier sera bien jouée, et il y eut une représentation à l'exposition des arts décoratifs de Paris en 1925, dirigé par Albert Wolff.

Le premier retour sur scène majeur fut le à l'opéra-comique de Paris sous l'occupation nazi, avec Fanély Revoil, René Hérent, Lillie Grandval et André Balbon, et des extraits choisis furent enregistrés, dirigé par Roger Désormière ; cette production sera de retour en avec Revoil et Payen[6]. De nouvelles créations sont ensuite montés à l'opéra-comique en avec Colette Alliot-Lugaz et Michel Sénéchal dans les rôles principaux, et en avec Jean-Luc Viala et Stéphanie d'Oustrac.

Le premier enregistrement intégral fut réalisée par EMI en 1985, sous la baguette de John Eliot Gardiner, après une production à l'Opéra National de Lyon l'année précédente avec Alliot-Lugaz, production filmée par FR3 en et diffusée en 1986.

L'étoile voit son retour sur scène de plus en plus souvent et un peu partout, avec des productions à Opera North en 1991, Glimmerglass et Maastricht en 2001, New York City Opera en 2003 (reprise en ), Toronto en 2005, Montréal et Cincinnati en 2006, Zürich en 2007 et Genève en 2009. En 2010 il fut présenté à Austin Lyric Opera dans le Texas, au Staatsoper Unter den Linden (dirigé par Simon Rattle) et au Theater Bielefeld. Une création avec David Alden fut monté au Frankfurt Opera en 2010-2011. New Sussex Opera le présenta en anglais à Londres et dans le Sussex sous l'appellation Lucky Star en 2013 dirigé par Nicholas Jenkins.

Il fut aussi en 2014/2015 au programme de l'Opéra national des Pays-Bas[7] The Royal Opera (Londres) en fit aussi une création en 2016.

Argument[modifier | modifier le code]

« L'Étoile aux Bouffes » en 1877 avec Daubray dans le rôle d'Ouf 1er et Étienne Scipion dans le rôle de Siroco.
Dessin de presse de Félix Régamey.

La scène se passe en Orient[8].

Acte I[modifier | modifier le code]

Le roi Ouf Ier a une étrange manie : chaque année, le jour de sa fête, il offre à son peuple en guise de divertissement l'exécution d'un criminel. Or, cette fois, les prisons sont vides, ce qui fait honneur à ses sujets, mais l'embarrasse beaucoup. Déguisé en simple bourgeois, il cherche à faire dire du mal de lui dans le but de mettre la main sur une victime. La fête serait ratée, sans le jeune Lazuli, colporteur de cold-cream, amoureux de la princesse Laoula et désolé parce qu'il la croyait libre et que l'ambassadeur Hérisson de Porc-Épic vient de la faire passer pour sa femme, au lieu et place de la gracieuse Aloës. La vérité est qu'à son insu, Laoula est fiancée d'Ouf Ier et sera l'appoint des traités de commerce. Au moment où Lazuli se désespère, le roi l'aborde et l'importune tellement qu'il se fait appliquer une paire de gifles. Voilà le criminel trouvé. Qu'on on amène l'instrument du supplice et qu’on l’empale !

« Arrêtez, s'écrie Siroco, l'astrologue de la cour, arrêtez ! je viens de découvrir que l'étoile de Votre Majesté et celle du coupable n'en font qu'une seule : quand Lazuli mourra, vous le suivrez à vingt-quatre heures d'intervalle.»

Acte II[modifier | modifier le code]

Changement de tableau : Lazuli est choyé, ses moindres désirs sont des ordres, sa santé surtout préoccupe le roi; agacé à la fin par tant d'attentions, le jeune homme essaye en vain de fuir et déclare qu'il est amoureux de la femme de l'ambassadeur Hérisson. « Qu'à cela ne tienne, répond Ouf, je vais faire boucler le mari ; enlève-la », et Lazuli enlève... la princesse Laoula, puisque c'est la femme qu'il aime. On découvre le quiproquo, et les fugitifs sont encore sur le lac devant le palais ; les gardes tirent sur le bateau : Laoula est saine et sauve, mais Lazuli a disparu; pas de doute possible, il est noyé. Ouf s'arrache les cheveux de désespoir: Lazuli n'est plus, son heure va donc sonner; elle va sonner aussi pour l'astrologue Siroco qui, de par la volonté de son souverain, ne doit lui survivre qu’un quart d'heure.

Acte III[modifier | modifier le code]

Lazuli, ayant échappé au pire, surprend une discussion entre Ouf, Sirocco et Hérisson, et finit par révéler sa présence à Laoula. Ils prévoient une seconde fuite. Le roi et Siroco tentent de se remonter le moral avec un verre de chartreuse. Ouf, prêt à tout pour obtenir un héritier, prévoit de se marier à Laoula, dans l'heure s'il le faut, mais découvre qu'il est trop tard pour y penser, la malédiction va bientôt s'abattre... Cependant, cinq heures sonnent et rien ne se passe. Ouf pense alors que les déclarations de l'astrologue doivent être fausses. Le chef de la police apparait avec Lazuli, qui fut pris alors qu'il tentait de fuir le pays. Le roi bénit alors le mariage entre Lazuli et Laoula. Dans chœur final, Lazuli et Laoula s'adresse aux spectateurs en reprenant le chœur du premier acte

Rôles[modifier | modifier le code]

Rôle Tessiture Première distribution,
(Chef d'orchestre : Léon Roques)
Ouf 1er, roi des 36 royaumes ténor Daubray
Siroco, atrologue basse Étienne Scipion
Prince Hérisson de Porc-Epic, Ambassadeur de la cour de Mataquin baryton Jolly
Tapioca, secrétaire de Hérisson tenor Jannin
Lazuli mezzo-soprano Paola Marié
La Princesse Laoula soprano Berthe Stuart
Aloès, la femme de Hérisson mezzo-soprano Luce
Oasis, servante d'honneur soprano Blot
Asphodèle, Youca, Adza, Zinnia, Koukouli, servantes d'honneur sopranos, mezzos
Chef de la police parlé Pescheux
Chœur: passants, gardes, courtisans

Source: Delage[2]

Commentaires[modifier | modifier le code]

Certaines chansons (la romance de l'étoile, le chœur du pal) ont été écrites par Paul Verlaine[9].

Discographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Piotr Kaminski, Mille et un opéras, Fayard, coll. « Les indispensables de la musique », , 1819 p. (ISBN 978-2-213-60017-8), p. 247
  2. a et b Roger Delage, Emmanuel Chabrier, Fayard, , 764 p. (ISBN 978-2-213-60508-1)
  3. Crichton R. Chabrier – high spirits and a soft heart. Opera, 42:9, September 1991, p. 1028.
  4. Loewenberg A. Annals of Opera. London, John Calder, 1978.
  5. Traubner R. Operetta, a theatrical history. Oxford University Press, Oxford, 1983.
  6. Wolff S. Un demi-siècle d'Opéra-Comique (1900-1950). André Bonne, Paris, 1953.
  7. Production details on Dutch National Opera's website
  8. Cette section est inspirée d'un article disponible sur lire en ligne sur Gallica
  9. L'Étoile - Chabrier - Grand Théâtre de Tours

Liens externes[modifier | modifier le code]