Jardin-forêt

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Un jardin-forêt non comestible à Paris.

Un jardin-forêt, appelé aussi jardin-verger, forêt-jardin, forêt fruitière, forêt nourricière, forêt comestible, est un jardin créé selon le modèle de la forêt naturelle et qui a la particularité d'être composé d'espèces utiles à l'homme. Il comporte différents étages de végétation tels des grands arbres (fruitiers ou à coques), des arbustes ou arbrisseaux (petits fruitiers), des buissons (à baies ou aromatiques) et des plantes herbacées (légumes vivaces, plantes aromatiques, médicinales et utiles).

La forêt nourricière est conçue pour fournir une production alimentaire variée ainsi que d'autres produits tels des épices, des plantes médicinales, des champignons, des matériaux de construction, des fibres, des matériaux pour la vannerie, du miel, du bois de chauffage, du fourrage pour nourrir les animaux, du paillis, du gibier, des produits de la sève, de la teinture et de l’huile tout en nécessitant peu de travail une fois que le système a atteint une certaine maturité.

Un jardin-forêt peut également permettre la production de feuilles comestibles, qui peuvent être consommés à la manière des salades ou des épinards. On peut citer les feuilles du Toona Sinensis[1], du tilleul[2], ou encore celles du bouleau[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les jardins-forêts sont probablement la plus ancienne forme d'utilisation des sols au monde, et le plus résistant des agroécosystèmes. Ils trouvent leur origine dans les temps préhistoriques, le long des rives couvertes de jungle des cours d'eau et dans les contreforts humides des régions à mousson.

Au fur et à mesure que les familles aménageaient leur environnement immédiat, des espèces utiles d'arbres et de vigne furent identifiées, protégées et améliorées, alors que les espèces indésirables étaient éliminées. Les meilleures espèces exogènes furent sélectionnées et incorporées à ces jardins[4].

Les jardins-forêts sont encore très présents en zone tropicale et connus sous divers noms tels que :

On les nomme aussi agroforêts et, là où les éléments constitutifs du bois sont de petite taille, on parle de jardin d'arbustes. Il a été démontré que l'agroforesterie pouvait être une importante source de revenus et de sécurité alimentaire pour les populations locales[7].

Le terme forêt nourricière[8] a été proposé en 2009 par Wen Rolland[9], permaculteur Québécois, afin de mieux décrire le potentiel de ce type d'aménagement, c'est-à-dire la création d'un espace nourricier non seulement pour l'humain, mais aussi pour l'ensemble des habitants de l'écosystème (animaux, insectes, champignons et micro-organismes en surface et sous terre) ainsi que pour le sol vivant tout en nourrissant l'inspiration de ceux qui y travaillent et s'y promènent par sa beauté naturelle.

Sous climat tropical[modifier | modifier le code]

Les jardins-forêts sont fréquents dans les régions tropicales où on cultive en polyculture sur les mêmes parcelles des arbres, des cultures vivrières et du bétail. Par exemple, on combine la noix de coco, le poivre noir, le cacao et l'ananas.

Amériques[modifier | modifier le code]

Selon certaines sources[10], la forêt amazonienne, plutôt que d'être une forêt vierge sauvage, aurait été façonnée par l'homme depuis au moins 11 000 ans par des pratiques telles que le jardin-forêt et la terra preta. Depuis les années 1970, de nombreux géoglyphes ont également été découverts sur des terres déboisées de la forêt amazonienne, étayant la thèse de l'existence de civilisations précolombiennes.

Sur la péninsule du Yucatán, la plupart de l'approvisionnement alimentaire des Mayas était cultivé en « jardin verger », connu sous le nom de pet kot (mur circulaire) car ces jardins avaient la caractéristique d'être entourés d'un muret de rocailles.

Selon une étude parue dans Science en 2017[11], ce sont près de 85 espèces d'arbres qui étaient domestiquées par les populations précolombiennes et qui étaient cultivées au sein de la forêt amazonienne.

Afrique[modifier | modifier le code]

Dans de nombreux pays africains, comme la Zambie, le Zimbabwe, la Tanzanie, les jardins sont très répandus dans les zones rurales, périurbaines et urbaines, et ils jouent un rôle essentiel dans l'établissement de la sécurité alimentaire. Plus connus sont les jardins Chaga ou Chagga, sur les pentes du mont Kilimandjaro en Tanzanie. Ceux-ci sont un excellent exemple d'un système d'agroforesterie. Dans de nombreux pays, les femmes sont les principaux acteurs dans le jardinage et la production de nourriture. En Afrique du Nord, les oasis où l'on trouve des palmiers, des arbres fruitiers et des légumes constituent un type traditionnel de jardin forestier.

Inde[modifier | modifier le code]

Les jardins familiaux dans le Kerala sont associés à Kavu, nom donné aux bois sacrés dans la région de Malabar. L'objectif principal de préserver un jardin-forêt est de préserver les croyances rituelles et l'identité culturelle des familles mixtes. Progressivement, ces jardins familiaux ont parfois été transformés en terrains de jeux. Mais, toujours dans le Kerala, des familles manifestent un grand intérêt à préserver ces potagers. Là aussi, la préservation des jardins familiaux est strictement associée à un usage familial. Dans le même temps, ils aident à maintenir le niveau des bassins et puits avoisinants. Sans le savoir, ces familles qui protègent leurs jardins familiaux protègent aussi la nature et un équilibre écologique.

Kannur est une ville du Kerala qui porte la plus grande attention à préserver les jardins-forêts. D'ailleurs, les jardins-forêts de Kannur sont conservés avec soin en raison de la tradition consistant à vénérer la nature comme incarnation de Dieu.

Népal[modifier | modifier le code]

Au Népal, le Bagaincha Ghar (littéralement jardin familial) se réfère au système d'utilisation des terres traditionnelles autour d'une ferme, où plusieurs espèces de plantes sont cultivées et entretenues par les membres de la famille, et leurs produits sont principalement destinés à la consommation familiale[12]. Le terme de « jardin-forêt » est souvent considéré comme synonyme de potager. Cependant, ils en diffèrent en termes de fonction, de taille, de diversité, de composition et de caractéristiques[13]. Au Népal, 72 % des ménages disposent d'un jardin à domicile pour une surface de 2 à 11 % des avoirs fonciers totaux[14]. En raison de leur petite taille, le gouvernement n'a jamais identifié les jardins familiaux comme une unité importante de la production alimentaire et ils restent la part pauvre de la recherche et du développement. Cependant, au niveau des ménages, le système est très important car il est source d'une importante quantité d'aliments de qualité, et de nourriture pour les ruraux pauvres, et, par conséquent, contribue de façon substantielle à la sécurité alimentaire des ménages et des moyens d'existence des communautés agricoles au Népal.

Les jardins familiaux sont généralement cultivés avec un mélange de plantes annuelles et vivaces qui peuvent être récoltées sur une base journalière ou saisonnière.

Ces jardins ne sont pas seulement des sources importantes de nourriture, de fourrage, combustible, médicaments, épices, herbes, fleurs, matériaux de construction et de revenus dans de nombreuses régions, ils sont également importants pour la conservation in situ d'un large éventail de ressources génétiques uniques pour la nourriture et l'agriculture[15]. De nombreuses espèces non cultivées, négligées ou sous-utilisées pourraient constituer un apport important pour la diversité alimentaire des communautés locales[14].

En plus de fournir un complément d'alimentation lors des périodes difficiles, les jardins familiaux promeuvent une participation de toute la famille et de l'ensemble de la communauté à l'acte de produire de la nourriture. Les enfants, les personnes âgées et ceux qui s'en occupent peuvent participer à cette agriculture domestique, l'intégrant à d'autres tâches ménagères et la planifiant. Cette tradition existe dans de nombreuses cultures à travers le monde depuis des milliers d'années.

Sous climats tempérés[modifier | modifier le code]

Robert Hart, pionnier du jardinage forestier[modifier | modifier le code]

Robert Hart pratique le jardin-forêt dans les zones tempérées depuis les années 1960. Hart a commencé à cultiver à Wenlock Edge dans le Shropshire avec l'intention de créer un environnement sain et thérapeutique pour lui et son frère Lacon.

À la suite de l'adoption par Hart d'un régime végétalien cru pour la santé et des raisons personnelles, il remplace ses animaux de la ferme par des plantes. Les trois principaux produits de la forêt sont les fruits, les noix et les légumes verts. Il crée un jardin-forêt modèle à partir d'un verger de 5 000 m2 sur sa ferme.

Un système à sept strates[modifier | modifier le code]

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Robert Hart inventa un système basé sur l'observation que la forêt naturelle peut être divisée en niveaux distincts :

  1. Couche canopée, constituée par les arbres fruitiers d'origine ;
  2. Strate arborée basse : noix et arbres fruitiers sur porte-greffe nain ;
  3. Strate arbustive : des arbustes fruitiers tels que le cassis et autres baies ;
  4. Couche herbacée de légumes et d'herbes vivaces ;
  5. Rhizosphère ou dimension souterraine des plantes cultivées pour leurs racines et tubercules ;
  6. Couche couvre-sol de plantes comestibles qui se propagent horizontalement ;
  7. Couche verticale de vignes et autres plantes grimpantes ;

Une composante-clé du système à sept couches sont les plantes qu'on sélectionne. La plupart des légumes traditionnels cultivés aujourd'hui, tels que les carottes, sont des plantes héliophiles peu adaptées au système de jardin forestier plus ombragé. Hart privilégia donc des végétaux vivaces tolérant l'ombre.

Permaculture[modifier | modifier le code]

Le jardin-forêt de Robert Hart dans le Shropshire

Bill Mollison, qui a inventé le terme permaculture, a rendu visite à Robert Hart dans son jardin-forêt de Wenlock Edge en . Les sept couches du système de Hart ont, depuis, été adoptées comme un élément de design en permaculture.

Nombreux sont les permaculteurs partisans de jardins-forêts, tels que Graham Bell, Patrick Whitefield, Dave Jacke, Eric Toensmeier et Geoff Lawton. Bell a commencé à construire son jardin-forêt en 1991 et a écrit le livre Le Jardin de permaculture en 1995, Whitefield a écrit le livre Comment faire un jardin-forêt en 2002, Jacke et Toensmeier coauteur de l'ouvrage en deux volumes Edible Forest Gardens en 2005, et Lawton a présenté le film Establishing a Food Forest the Permaculture Way en 2008.

Projets[modifier | modifier le code]

El Pilar, à la frontière entre Belize et Guatemala, dispose d'un jardin-forêt illustrant les pratiques agricoles traditionnelles des mayas. Un autre jardin de 5 000 m2, appelé Kanan K'aax (ce qui signifie jardin bien entretenu en maya), est financé par la National Geographic Society et développé à l'école primaire Santa Familia de Cayo.

Aux États-Unis, le plus grand jardin-forêt connu sur les terres publiques est la Beacon Food Forest à Seattle, WA (trois hectares). D'autres projets de jardins-forêts comprennent ceux qui sont au centre de permaculture Rocky Mountain Institute de Basalt, Colorado et la ferme de Montview à Northampton, dans le Massachusetts.

Forêt nourricière créée par Wen Rolland au Québec.

Au Canada, le forestier Richard Walker a créé des forêts alimentaires dans la province de Colombie-Britannique depuis plus de 30 ans. Il a développé une forêt alimentaire d'un hectare qui, une fois à maturité, fournit des produits frais pour une nurserie et de la matière première pour une herboristerie, ainsi que de la nourriture pour sa propre famille.

Au Québec, le permaculteur Wen Rolland a créé et implanté des forêts nourricières à différentes échelles sur de nombreux sites publics, privés et commerciaux. Sa première création a été mise en place dans un jardin collectif (jardin partage) en 2008 afin de soutenir les jardiniers dans leur sécurité alimentaire. De nombreux autres projets ont été lancés à travers le Québec grâce à ses formations sur le sujet.

A Mouscron en Belgique,Gilbert Cardon, dans le cadre d'un projet associatif d'éducation populaire au jardinage, a conçu depuis les années 1970 un jardin-forêt, ou plutôt un potager-forêt. Enclavé au cœur d’une cité ouvrière, c’est une jungle urbaine de plus de 2 000 arbres et arbustes fruitiers sur un espace de 1 800 mètres carrés[16].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Cédrèle de Chine : Toona sinensis », sur La Forêt Féconde (consulté le 27 février 2021)
  2. « Tout se mange dans le tilleul ! », sur Le Chemin de la Nature, (consulté le 27 février 2021)
  3. Le Chemin de la Nature, « Quelles feuilles d’arbres manger? Chêne, tilleul, bouleau »,
  4. (en) Douglas John McConnell, The Forest-Garden Farms of Kandy, Sri Lanka, (présentation en ligne)
  5. (en)springerlink.com
  6. (en)timeshighereducation.co.uk
  7. (en) Douglas John McConnell, The economic structure of Kandyan forest-garden farms,
  8. (fr)Wen Rolland, La Forêt Nourricière: s'inspirer de la forêt!
  9. (fr)Wen Rolland, La Forêt Nourricière: La création d'écosystèmes nourriciers! (vidéo)
  10. "Unnatural Histories - Amazon". BBC Four.
  11. (en) C. Levis, F. R. C. Costa, F. Bongers et M. Peña-Claros, « Persistent effects of pre-Columbian plant domestication on Amazonian forest composition », Science, vol. 355, no 6328,‎ , p. 925–931 (ISSN 0036-8075 et 1095-9203, PMID 28254935, DOI 10.1126/science.aal0157, lire en ligne, consulté le 28 février 2021)
  12. familialeShrestha et al., 2002
  13. Sthapit et al., 2006
  14. a et b Gautam et al., 2004
  15. Subedi et al., 2004
  16. Ghislain Nicaise, « Permaculture en Belgique », La Gazette des Jardins,‎ (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]