Jack Ruby

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Jack Leon Ruby
Jack Ruby-1.jpg
Biographie
Naissance
Décès
(à 55 ans)
Dallas
Sépulture
Période d'activité
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Nom de naissance
Jacob Leon Rubenstein
Surnom
Jack Ruby
Nationalité
Activité
Père
Joseph Rubenstein
Mère
Fannie Turek Rutkowski
Autres informations
Domaine
Boîte de nuit (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conflit
Condamné pour

Jacob Leon Rubenstein, qui changea son nom en Jack Leon Ruby, né le à Chicago et mort le à Dallas, était le propriétaire d'une boîte de nuit à Dallas. Il assassina Lee Harvey Oswald le , deux jours après que ce dernier eut été arrêté pour suspicion d'assassinats du président Kennedy et du policier Tippit.

Biographie[modifier | modifier le code]

En 1903, Joseph Rubenstein et Fannie Turek Rutkowski, d'origine juive polonaise, futurs parents de Jack Ruby, émigrent aux États-Unis. Le , à Chicago, naît leur fils Jacob Leon Rubenstein (futur Jack Ruby), cinquième enfant d'une fratrie qui en comptera huit.

Jacob Leon Rubenstein a une enfance troublée notamment à la suite du décès de sa mère dans un hôpital psychiatrique. En parallèle, son père alterne sorties et séjours en milieu carcéral. En 1922 il est envoyé dans un centre pour enfants difficiles et quitte le système scolaire à l'âge de 16 ans. Dans les années 1930 il est employé comme « garçon de course » dans le gang de Daniel Miller à Chicago. En 1937 il est l'homme de main du président du syndicat des ferrailleurs et est impliqué en 1939 dans l'assassinat d'un syndicaliste. Il s'occupe dès cette époque de boîtes de strip-tease. En 1943 il sert dans l'US Air Force durant la Seconde Guerre mondiale mais reste cantonné sur une base sur le sol américain.

En 1946, démobilisé, Jacob Leon Rubenstein s'établit à Dallas, où il rejoint sa sœur Eva Grant, tenancière de bar, et où ses frères et lui changent leur nom en Ruby.

Après diverses activités, Jack Ruby devient le patron de diverses boîtes de nuit et de strip-tease fréquentées aussi bien par la police, y compris des magistrats, que par la pègre locale. Son établissement le plus connu le « Carousel Club » accueillait à l'occasion des notables de la ville. Il a des contacts suivis avec Joseph Civello, le chef de la pègre locale et lieutenant du parrain de la Nouvelle-Orléans, Carlos Marcello[1].

Il pratique à l'occasion un numéro de claquettes sur scène.

Assassinat de Lee Harvey Oswald, assassin présumé de John F. Kennedy[modifier | modifier le code]

Dans les mois qui précèdent l'attentat[modifier | modifier le code]

Durant les six mois qui ont précédé l'attentat contre Kennedy, Jack Ruby a multiplié les appels téléphoniques avec les lieutenants de Carlos Marcello et également les hommes de main de Jimmy Hoffa, le tout puissant patron du dirigeant du syndicat des camionneurs en guerre ouverte avec Robert F. Kennedy, Santos Trafficante, l'ancien parrain de Cuba emprisonné puis expulsé par le régime de Fidel Castro, et également Sam Giacana, le tout puissant parrain de l'Outfit de Chicago[2]. Il eu également des contacts avec Robert Maheu, qui dirigeait comme l'activiste anti communiste Guy Banister, une agence de détective privé qui camouflait les activités illégales de la C.I.A sur le sol américain. Crée en 1947, la CIA avait en effet l'interdiction formelle d'agir à l'intérieur des frontières des États-Unis, rôle dévolu exclusivement au F.B.I de J. Edgar Hoover.

Il les a justifiés par les difficultés de ses affaires et ses démêlés avec l'American Guild of Variety Artists, mais ces explications ont été rejetées par les conseillers du HSCA qui insistèrent au contraire sur le manque de recherches effectives de la part des autorités fédérales à ce sujet et notamment de la part du F.B. en 1963[2].

Ruby aurait rencontré deux fois John Roselli , représentant de l'Outfit de Chicago dirigé alors par Sam Giancana, dans un motel de Miami à l'automne 1963, selon une révélation du New York Times en 1977[3].

Le 22 novembre 1963[modifier | modifier le code]

Selon ses dires, Jack Ruby se trouvait à Dallas le jour de la visite du président Kennedy, dans les locaux du Dallas Morning News, non loin de Dealey Plaza[4]. Le matin même, il avait demandé à un informateur du FBI s'il voulait « regarder les feux d'artifice », selon des documents du FBI datés de 1977, et divulgués en 2017[5].

Après l'assassinat du président Kennedy, Jack Ruby téléphone à plusieurs proches[6]. Il se rend ensuite au à l'hôpital Parkland ou John Fitzgerald Kennedy avait été admis après les tirs sur Dealey Plaza. Il y rencontra le journaliste Seth Kantor dont le témoignage ne fut pas retenu par la Commission Warren.

Le soir, vers 19h00, il fut vu au commissariat de police ou était interrogé Lee Harvey Oswald tentant même de rentrer dans la pièce ou était interrogé le suspect. Ayant assisté à un office religieux, il revint à partir de minuit distribuant des sandwichs avec les nombreux policiers présents et qui le fréquentent depuis de nombreuses années grâce à son club le Carousel.

Jack Ruby tirant sur Lee Harvey Oswald.

A minuit, il participe à la conférence de presse donnée par le procureur Henry Wade. Ruby intervint alors pour corriger les propos tenus par ce dernier sur les activités politiques de Lee Harvey Oswald : celui-ci ayant affirmé aux journalistes qu'Oswald faisait partie du Free Cuba Committee (organisation anti-castriste), Ruby rectifia : le suspect appartenait au Fair Play for Cuba Committee (organisation pro-castriste)[7].

Dans la nuit du 22 au 23 novembre, Jack Ruby se rendit dans les locaux d'une radio, puis d'un journal.

Le 23 novembre 1963[modifier | modifier le code]

Le transfert de Lee Harvey Oswald est fixé le dimanche 23 Novembre 1963 à 16h00. Il est cependant annulé et repoussé au lendemain.

L'emploi du temps de Jack Ruby révèle qu'il fut présent au City Hall à 12h00 puis ensuite à nouveau à 17h00 recherchant des informations pour connaitre l'horaire de transfert de Lee Harvey Oswald. À cette occasion, il distribua ses cartes de visite aux journalistes présents sur place dont Philippe Labro qui travaillait alors pour France Soir. Il passa alors plusieurs coups de fil vers un hôtel de Galverston, ville où se situait alors David Ferrie, puis à l'Hôtel Cabana situé à Dallas.

Le 24 novembre 1963 assassinat de Lee Harvey Oswald[modifier | modifier le code]

Le matin du dimanche , le transfert de Lee Harvey Oswald vers la prison doit se faire à 10 heures. Le transfert est cependant retardé tout d'abord par un interrogatoire d'une heure mené par l'inspecteur en chef de la poste (qui a décidé de ne pas aller à l'église ce jour-là afin de tenter d'aider la police), ensuite par Oswald lui-même qui demande à la dernière minute de pouvoir passer son pull noir pour passer à la télé.

Pendant ce temps, une des danseuses de Ruby, Karen Carlin[8], l'appelle afin de lui demander de lui verser 25 dollars pour de la nourriture et son loyer. Avec son chien favori, Sheba, dans la voiture, Jack Ruby quitte son domicile une heure après l'heure à laquelle Lee Harvey Oswald aurait dû être transféré. Jack Ruby se rend d'abord à son club le Carousel, puis au centre-ville pour virer l'argent. Il effectue son versement à 11h17 au bureau de la Western Union et retourne au poste de police à l'extérieur duquel il a remarqué une petite foule.

À son arrivée, un camion monte la rampe vers le garage en distrayant le garde ; Jack Ruby en profite pour entrer dans le sous-sol. C'est la version de la Commission Warren, mais le comité d'enquête de la Chambre des Représentants (HSCA) conclura que Ruby est probablement entré par une porte latérale, avec la complicité d'un membre de la police[9].

Lorsque Lee Harvey Oswald apparaît devant les caméras de télévision, à 11 heures 21, Jack Ruby se porte en avant et l'abat d'une seule balle tiré au niveau de l'abdomen. Transféré à l'hôpital Parkland, Oswald meurt à 13 heures 07 sans avoir repris connaissance [10].

Le tireur est alors arrêté et maîtrisé par les forces de l'ordre présentes qui révèlent son identité à la presse présente en grand nombre.

Mobiles de Jack Ruby[modifier | modifier le code]

Jack Ruby affirme plus tard qu'il a tué Lee Harvey Oswald sur un coup de folie survenu au moment même, alors qu'après son arrestation, il affirme à plusieurs policiers que sa mort épargne à l'épouse du Président, Jacqueline Kennedy, la souffrance de devoir paraître au procès de l'assassin de son mari. En fait, cette version du meurtre d'Oswald par sympathie pour la veuve de Kennedy serait le fruit d'une concertation entre Ruby et son avocat Tom Howard, selon un billet publié en 1967 par Newsweek[11].

En outre, cet argumentaire est contrebalancé par le fait, non connu à l'époque, que le crime organisé dont faisait partie Jack Ruby souffrait des attaques répétées menées par le frère de de John Fitzgerald Kennedy, Robert Francis Kennedy nommé au poste d'attorney général. Du fait de la surveillance accrue du F.B.I, le nombre d'accusations fédérales contre le crime organisé passa de 19 actes en 1960, à 96 en 1961, à 101 en 1962 et plus de 2 000 poursuites, principalement sous forme de procédures fiscales, furent menées par l'IRS.

L'historien Lamar Waldron estime qu'il y a eu conspiration, et croit que Jack Ruby a tué Lee Harvey Oswald sur ordre de l'Outfit de Chicago pour empêcher Oswald de se défendre[12]. Cette thèse est exprimée par Chuck et Samuel Giancana, respectivement frère et neveu de Sam Giancana, ancien patron de l'Outfit de Chicago : « Un type dans la situation de Ruby devait tout faire pour tuer Oswald, qui détenait des informations susceptibles d'exposer toute l'opération au grand jour »[13].

William Kunstler, avocat de Ruby, a attesté que celui-ci lui déclara avoir agi « pour le peuple juif[14] ». Selon le rabbin Hillel Silverman, cité dans un article publié de son vivant, Ruby lui fit la même déclaration[15].

Procès de Jack Ruby[modifier | modifier le code]

Tom Howard, l'avocat initialement retenu par Jack Ruby, croit que ce dernier a de bonnes chances de s'en tirer avec une condamnation de meurtre sans préméditation, ce qui lui vaudrait au maximum 5 ans de détention. Jusqu'en 1974, le droit texan est plutôt clément à l'égard des meurtres commis sous l'effet de la passion.

La famille de Jack Ruby retient plutôt les services de Melvin Belli, un avocat flamboyant de San Francisco spécialiste des causes civiles, qu'on surnomme « King of the torts », mais les subtilités du code criminel texan ne lui sont pas particulièrement familières. Le procès se tient du au .

Melvin Belli tente d'abord de faire déplacer sans succès le procès hors des limites du comté de Dallas parce que, selon lui, Jack Ruby ne peut y être jugé équitablement ; les sondages d'opinion indiquent pourtant le contraire et la population locale lui est plutôt favorable. Melvin Belli organise la défense de Jack Ruby autour d'une maladie mentale rare dont aurait souffert son client : l'épilepsie psychomotrice. En effet, au moment des faits, il aurait souffert d'une crise et aurait agi par automatisme et ne se souvient plus des faits après coup. Bill Alexander, le district attorney-adjoint taille en pièces cette défense et prouve hors de tout doute l'intention criminelle, déniée par le défendeur : non seulement Jack Ruby savait ce qu'il faisait mais, en plus, il en était fier.

Le , le jury reconnaît Jack Ruby criminellement responsable du meurtre de Lee Harvey Oswald et le juge Joe B. Brown le condamne à la peine de mort pour meurtre avec préméditation. La sentence par électrocution doit être exécutée à la prison d'État de Huntsville.

Enquête de la commission Warren[modifier | modifier le code]

Le , Jack Ruby est interrogé par Earl Warren, le commissaire Gerald Ford et le conseiller Arlen Specter à la prison du comté. Il affirme que sa vie est en danger à Dallas et demande à aller à Washington pour « dire la vérité », mais le président de la Commission Warren n'accède pas à cette demande[16],[17]. En , le mafieux Joe Valachi avait ainsi témoigné contre la mafia à visage découvert, devant les caméras.

Jack Ruby eut cet échange avec Earl Warren à cette occasion :

Jack Ruby : "Vous dites que vous avez le pouvoir de faire ce que vous voulez, n'est ce pas?"

Earl Warren :"Exactement"

Jack Ruby : "Sans limite ?"

Earl Warren : "Dans la limite du décret qui établit la commission. Nous avons le droit de prendre la disposition que nous voulons dans ce cadre (...)"

Jack Ruby : "Mais vous n'avez pas le droit de ramener un prisonnier avec vous si vous le voulez ?"

Earl Warren :"Non. Nous avons le pouvoir de convoquer des témoins à Washington si nous le voulons, mais nous avons déjà entendu deux cents ou trois cents personnes à Dallas sans avoir eu besoin d'aller à Washington".

Jack Ruby :"Oui, mais tous ces gens ne sont pas Jack Ruby"[18].

En 1978, Gerald Ford ex-membre de la commission, témoigna dans devant le House of Representatives Select Committee on Assassinations ou HSCA déclarant : "les autres membres adhérèrent à l'idée [d'Earl Warren] qu'il n'était pas nécessaire d'amener Ruby de Dallas à Washington et de poursuivre son interrogatoire dans la capitale fédérale". Ce qui ne permit pas d'explorer en profondeur les véritables motivations de son geste.

Emprisonnement[modifier | modifier le code]

Sa condition mentale s'étant détériorée depuis sa condamnation, Jack Ruby prend à part Warren et Specter et leur confie un secret[réf. souhaitée] : il entend des voix venir des soubassements de la prison, selon lui celles des 25 millions d'âmes juives qui y ont été éliminées par les partisans de la John Birch Society, une organisation radicale de droite.

Le , la cour d'appel du Texas reconnaît que le premier procès a été mal mené du fait de sa tenue à Dallas. La sentence de Jack Ruby est cassée dans l'attente d'un nouveau procès qui doit se tenir à Wichita Falls au Texas.

Décès[modifier | modifier le code]

Le , Jack Ruby meurt, avant la tenue d'un nouveau procès au Parkland Memorial, d'une embolie pulmonaire consécutive à un cancer avancé qui s'est étendu au foie, aux poumons et au cerveau. Il est enterré au cimetière de Westlawn à Chicago.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Thierry Lentz, L'Assassinat de John F. Kennedy : histoire d'un mystère d'État, nouveau monde éditions, 2013, p. 265-269.
  2. a et b House Select Committee on Assassinations, HSCA Report, Volume IX Satff and consultants reports on organized crime : Possibles association between Jack Ruby and Organized Crime, Washington, US government printing office, , 1178 p. (lire en ligne), p. 125-205
  3. Thierry Lentz, L'Assassinat de John F. Kennedy, nouveau monde éditions, , p. 356-357.
  4. Thierry Lentz, L'assassinat de John F. Kennedy, nouveau monde éditions, , p. 280.
  5. (en-GB) « JFK files reveal Jack Ruby's mysterious comment to FBI man before the President's assassination », The Independent,‎ (lire en ligne, consulté le 8 septembre 2018)
  6. Thierry Lentz, L'assassinat de John F. Kennedy, nouveau monde éditions, , p. 281.
  7. Thierry Lentz, L'Assassinat de John F. Kennedy, nouveau monde éditions, , p. 282.
  8. Agée de 20 ans, elle fut interrogée le 24 Novembre 1963 par le FBI et parut effrayée que Lee Harvey Oswald et Jack Ruby soient impliqués dans l'assassinat de John F. Kennedy. Elle décéda au cours du mois d'août de l'année 1964 sous les balles d'un tireur resté inconnu à ce jour.
  9. Thierry Lentz, L'assassinat de John F. Kennedy, nouveau monde éditions, , p. 285-288.
  10. Thierry Lentz, L'assassinat du président Kennedy, nouveau monde éditions, , p. 52-54.
  11. Thierry Lentz, L'assassinat de John F. Kennedy : Histoire d'un mystère d'Etat, nouveau monde éditions, , 443 p., p. 272.
  12. L'Assassinat de JFK, affaire classée, éd. de l'Homme, 2014.
  13. Samuel et Chuck Giancana, Notre homme à la Maison-Blanche, Robert Laffont, , 364 p.
  14. William Kunstler, My Life as a Radical Lawyer, Carol Publishing, 1994, p. 158.
  15. Steve North, « Lee Harvey Oswald's Killer 'Jack Ruby' Came From Strong Jewish Background », Forward, 17 novembre 2013, en ligne.
  16. David Scheim, 22 novembre 1963. Les assassins du président John F. Kennedy, Acropole, 1990.
  17. Thierry Lentz, L'assassinat de John F. Kennedy, nouveau monde éditions, , p. 289-291.
  18. Commission Warren, Warren Commission Hearings, Volume V : Testimony of Jack Ruby 7 Juin 1964, Washington, United States Government Printing Office, , 630 p. (lire en ligne), p. 181-213

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]