Giselle, ou les Wilis

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Giselle
Image illustrative de l’article Giselle, ou les Wilis
Carlotta Grisi dans Giselle

Genre Ballet
Nb. d'actes 2 actes
Musique Adolphe Adam
Chorégraphie Jean Coralli et Jules Perrot
Durée approximative env. 105 min.
Création
Académie royale de musique (Actuellement l'Opéra de Paris)
Représentations notables

Giselle, ou les Wilis est un ballet romantique en deux actes composé par Adolphe Adam sur un livret de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges et Théophile Gautier. La chorégraphie originale est de Jean Coralli et Jules Perrot.

Historique[modifier | modifier le code]

Archétype du ballet romantique, Giselle semble bien être la plus ancienne chorégraphie du répertoire née de la convergence de multiples sources créatrices : Espagne, Allemagne, Italie et France. Quant à la Russie, sans avoir pris part à cette genèse, elle a fourni un travail d'archéologue pour débarrasser le ballet de toutes ses scories et le réintroduire, à l'aube du XXe siècle, dans sa version originale.

Fantômes[1], poème de Victor Hugo publié dans Les Orientales en 1829, rapporte qu'une jeune Espagnole, par excès d'amour, danse jusqu'à en mourir.

On trouve la première évocation des wilis (ces spectres de jeunes fiancées défuntes, mi-nymphes, mi-vampires, qui poursuivent leurs fiancés pour les précipiter dans la mort) dans le recueil d'Heinrich Heine intitulé De l'Allemagne et paru en 1835.

Grisi et Petipa dans le pas de deux de Giselle.

Heine inspire à son tour le Français Théophile Gautier qui en suggère l'argument à Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges, lequel écrira le livret que son compatriote, Adolphe Adam, mettra en musique. Jean Coralli et Jules Perrot en établiront la chorégraphie[2]. Perrot arrange les danses destinées à la créatrice du rôle, Carlotta Grisi, étoile italienne, qui a pour partenaire Lucien Petipa, frère de Marius, lequel règne sans conteste sur la scène chorégraphique de Saint-Pétersbourg.

C'est le 28 juin 1841[3], le jour de ses 22 ans que Carlotta Grisi fait sensation dans le rôle-titre à la première de Giselle. Adèle Dumilâtre tient le rôle de Myrtha, la reine des Wilis, Lucien Petipa celui d’Albrecht, le chorégraphe Jean Coralli joue Hilarion, et Grisi transcende le sien. Les critiques sont dithyrambiques ; des laudateurs vantent la légèreté de sa grâce : elle semble voler. Plus prosaïquement, le critique Edwin Denby signale que Carlotta Grisi utilise des fils dans le deuxième acte de Giselle pour « amplifier » ses sauts[4].

Avec son succès dans Giselle, le salaire à l'Opéra de Carlotta Grisi passe de 5 000 à 12 000 francs en 1842 et augmentera encore ; ces prétentions pécuniaires agaceront l'Opéra qui traînera la ballerine en justice où elle perdra en 1845[5].

Le maître de ballet Marius Petipas montera Giselle en 1887 au Théâtre impérial Mariinski, marquant ainsi le début de l'approche moderne de ce ballet, approche qui perdure depuis lors.

Adam doit sa notoriété à cet archétype du ballet romantique, d'une grande richesse mélodique :

« Pas des vendanges » d'A. Adam dans Giselle, dansé par C. Grisi et L. Petipa.

« La musique de Monsieur Adam est supérieure à la musique ordinaire des ballets ; elle abonde en motifs, en effets d'orchestre ; elle contient même, attention touchante pour les amateurs de musique difficile, une fugue très bien conduite. Le second acte résout heureusement ce problème musical du fantastique gracieux et plein de mélodie. »

— Théophile Gautier.

« Qu'a donc fait Adolphe Adam dans "Giselle" ? Non seulement il a fait la musique la plus symphonique qu'il a pu, mais il a donné dans ce qu'on est convenu d'appeler la musique savante ; il a fait danser les Wilis sur une fugue, une vraie fugue classique, assez étonnée, à vrai dire, de se trouver là. Il a fait aussi, dans "Giselle", de vrais airs de danse (...). Y avait-il donc, dans cet ennemi de la musique sérieuse et de la symphonie (Adolphe Adam), un symphoniste qui s'ignorait ? Le plus célèbre de ses ballets, "Giselle", est un pur chef-d'œuvre. (...) L'instrumentation en est originale, colorée, merveilleuse. »

— Camille Saint-Saëns : Écrits sur la musique et les musiciens 1870-1921 / éditions Vrin.

« "Giselle" est un bijou, poétique, musical et chorégraphique", déclarait Tchaïkovski, qui relisait toujours la partition d'Adam avant d'écrire un nouveau ballet. cité par René Sirvin dans son article "Giselle, fille du romantisme", figurant dans vinyle de "Giselle" par l'orchestre du Bolchoï dirigé par Algis Juraïtis / éditions Le Chant du Monde. »

En apprenant qu'Albrecht, qu'elle aime, est le noble fiancé d'une princesse, Giselle, une paysanne naïve, décède. La reine des Willis, esprit de jeunes filles mortes vierges, décide qu'Albrecht doit suivre Giselle dans la tombe. Il est condamné à danser jusqu'à la mort par épuisement. Mais l'esprit de Giselle, en dansant avec lui, arrive à le sauver.

Créé à Paris le à l'Académie royale de musique devenue l'Opéra de Paris, Giselle reprend le thème traditionnel de l'amour plus fort que la mort qui remonte au mythe d'Orphée et d'Eurydice pour atteindre son apogée au milieu du XIXe siècle et tout au long des décennies suivantes dans les drames wagnériens.

En 1841, un an avant la première prestation de Carlotta Grisi à Londres, une version fantastique et mélodramatique de Giselle avait été présentée sur une scène londonienne sous le titre : Giselle or the Phantom Night Dancers[6].

Personnages[modifier | modifier le code]

Affiche de la première, 28 juin 1841.
Personnages Rôles Première,
Giselle Une paysanne Carlotta Grisi
Albrecht Duc de Silésie et paysan du nom de Loys Lucien Petipa
Hilarion Un garde-chasse épris de Giselle Jean Coralli
Myrtha La reine des Wilis Adèle Dumilâtre
Le duc de Courlande
La princesse Bathilde Fille du précédent et fiancée au duc Albrecht
Berthe Mère de Giselle
Wilfried Écuyer d'Albrecht
Un chasseur
Deux wilis

Argument[modifier | modifier le code]

Giselle, jeune paysanne, aime Albrecht, qui lui a juré fidélité. Elle danse en son honneur, oubliant les remontrances de sa mère, qui lui rappelle l’histoire des wilis, ces jeunes filles transformées en fantômes pour avoir trop dansé. Amoureux de Giselle, le garde-chasse Hilarion découvre qu’Albrecht n’est autre que le duc de Silésie, fiancé à la fille du duc de Courlande. Devant tous, il révèle l’identité de son rival. Giselle en perd la raison et s’effondre sans vie.

Venus tour à tour se recueillir le soir sur la tombe de Giselle, Hilarion et Albrecht sont la proie des wilis et de leur reine, l’implacable Myrtha, qui les condamne à danser jusqu’à la mort. Sortant de sa tombe, Giselle, nouvelle wili, tente en vain d’intervenir. Albrecht ne sera sauvé que par les premières lueurs de l’aube qui font rentrer les willis dans leurs tombes.

Principales versions[modifier | modifier le code]

Tamara Rojo dans Giselle chorégraphié par Akram Khan.

Ballet[modifier | modifier le code]

Riccardo Drigo y ajoutera une variation pour Emma Bessone (1886) et une autre variation pour Elena Cornalba, appelée aussi Pas seul (1887). Ludwig Minkus y ajoutera un Pas de deux.

La ballerine russe Oxana Kuzmenko et d'autres danseurs dans Giselle en 2008.
  • 1982 : Stockholm (chorégraphie de Mats Ek)
  • 1984 : New York (chorégraphie de Frederick Franklin d'après Jean Coralli et Jules Perrot)
  • 1989 : Stuttgart (chorégraphie de Marcia Haydée)
  • 1991 : Paris (chorégraphie de Patrice Bart et d'Eugène Polyakov à l'occasion du 150e anniversaire de la création du ballet)
  • 2009 : Opéra de Lyon (chorégraphie de Mats Ek musique Adolphe Adam Directeur du ballet de l'Opéra de Lyon Yorgos Loukos)
  • 2011 : Muscat (chorégraphie de Jean Coralli et Jules Perrot, repris par Yvette Chauvire)
  • 2013 : Saint-Pétersbourg (chorégraphie de Jean Coralli, Jules Perrot et Marius Petipa réinterprétée par Nikita Dolgushin)

Film[modifier | modifier le code]

Discographie sélective des versions intégrales[modifier | modifier le code]

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1959 : Orchestre symphonique de Londres, dirigé par Anatole Fistoulari, 2 CD Mercury, compléments : Offenbach/Rosenthal : Gaîté Parisienne et Strauss J.: Le Bal des cadets (dirigés par Antal Dorati) ; l'une des versions les plus fidèles de ce que l'on peut entendre aujourd'hui de "Giselle" lors d'une représentation.

1967 : Orchestre national de l'Opéra de Monte-Carlo, dirigé par Richard Bonynge, 2 CD Decca = Par deux fois, Richard Bonynge dirige la partition "sur-complète" d'Adolphe Adam, rétablissant toutes les coupures traditionnelles, telle la "Fugue" des Wilis ou le retour de Bathilde et de la chasse en final de l'Acte II (scène abandonnée de nos jours car jugée trop prosaïque scéniquement). Cet enregistrement de 1967 est plus nerveux que celui de 1986.

1972 : London Festival Ballet Orchestra, dirigé par Terence Kurn, 2 CD EMI, compléments : Drigo : Pas-de-deux supplémentaire pour "Le Corsaire" d'Adam ; Minkus : Scène du Royaume des Ombres de "La Bayadère" (par l'Orchestre symphonique de Sydney, dirigé par John Lanchbery). C'est une version dynamique de ce pilier du répertoire, non dénuée de poésie.

1975 : Orchestre du Bolchoï de Moscou, dirigé par Alghis Jouraïtis, 2 CD Empire Musicwerks. Précision : l'orchestration est de Boris Assafiev, avec ajout de quelques pages de Ludwig Minkus insérées, tels une valse et un grand pas-de-deux = au-delà de la curiosité musicale, cette orchestration semble assez lourde et s'intègre de manière bancale à la partition d'Adam.

1986 : Orchestre du Royal Opera House, Covent Garden, dirigé par Richard Bonynge, 2 CD Decca = seconde direction discographique de cette œuvre par Richard Bonynge, elle aussi "sur-complète" au niveau de la partition d'origine, rétablissant toutes les coupures traditionnelles, telle la "Fugue" des Wilis ou le retour de Bathilde et de la chasse en final de l'Acte II. Cet enregistrement de 1986 est moins nerveux que celui de 1967, mais l'orchestre du Covent Garden séduit par son opulence.

1987 : Orchestre du Bolchoï de Moscou, dirigé par Alexandre Kopylov. = Attention : présentée comme intégrale, cette version éditée en CD en 2010, comporte de nombreuses coupures...

1994 : Orchestre symphonique de la Radio Slovaque, dirigé par Andrew Mogrelia, 2 CD Naxos Parmi les versions intégrales, voici l'une des plus réussies parmi les plus récentes.

Pour information, Richard Bonynge et Andrew Mogrelia se sont faits les "champions" des ballets d'Adam : Bonynge a réalisé pour Decca les premiers enregistrements mondiaux du "Diable à quatre" et du "Corsaire". Mogrelia a fait de même chez Marco Polo avec "La Jolie fille de Gand" et "La Filleule des fées".

Giselle dans la danse contemporaine[modifier | modifier le code]

Version décalée : Creole Giselle (1984)[modifier | modifier le code]

Le scénario d'origine a été modifié mais la musique et la chorégraphie suivent de très près l'original. L'action se situe en Louisiane en 1841. C'est la période d'avant la guerre de Sécession. Les Noirs se divisent en deux castes : les « nobles » sont ceux qui sont affranchis de l'esclavage depuis plusieurs générations. Ils s'opposent aux affranchis ou enfants d'affranchis. Ainsi l'opposition de deux classes sociales se retrouve comme dans le scénario d'origine. La troupe du Dance Theatre of Harlem se compose exclusivement de Noirs américains.

Cette version existe en DVD :

  • Troupe de ballet : Dance Theatre of Harlem
  • Scénario : Arthur Mitchell et Carl Michel d'après Théophile Gautier
  • Chorégraphie : Frederick Franklin d'après Jean Coralli et Jules Perrot
  • Orchestre de la radio danoise
  • Direction musicale : Tadeusz Wojciechowsk
  • Danseurs :
    • Virginia Johnson : Giselle Lanaux
    • Eddie J. Shellman : Albert Monet-Cloutier
    • Lowell Smith : Hilarion Guidry
    • Lorraine Graves : Myrtha
  • Ballet créé le 13 juillet 1984, enregistré dans les studios de la radio danoise à Århus (Danemark) en 1988.
  • Distribution KULTUR, 2005.

G de Garry Stewart[modifier | modifier le code]

G au théâtre de la Ville à Paris en 2008.
  • Troupe de ballet : Australian Dance Theatre (ADT)
  • Conception et direction : Garry Stewart
  • Chorégraphie : Garry Stewart et les danseurs de l’ADT
  • Musique : Luke Smiles
  • Conception des décors : Garry Stewart
  • Coproduction : The Joyce Theater’s Stephen and Cathy Weinroth Fund for New-York (New York) / Southbank Centre (London) / Merrigong Theatre Co. (Wollongong) / Théâtre de la Ville / Arts Projects Australia
  • Ballet créé en 2008 lors du Adelaide Bank Festival of Arts ; tournée européenne à l'automne 2008.

Ballet contemporain, les danseurs se déplacent du côté jardin vers le côté cour. Mots, phrases et expressions relatifs à Giselle ou à la lettre G apparaissent sur l'écran au fond de la scène. Couleur verte omniprésente dans l'œuvre.

Giselle de Mats Ek[modifier | modifier le code]

Giselle dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

  • Dans l'épisode d'Angel Les coulisses de l’éternité, une troupe de ballet fantôme est condamnée à rejouer Giselle tous les soirs, de la même manière, pour l'éternité.
  • Dans le film d'animation Barbie : Rêve de danseuse étoile, Giselle est l'un des ballets qu'interprète Barbie/Krystin.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fantômes
  2. le livret original du ballet s'intitule Giselle ou les Wilis, ballet-fantastique en deux actes, par MM. de Saint-Georges, Théophile Gautier, et Coraly, p. 19. Paris, 1841.
  3. Jane Patrie, « GRISI CARLOTTA  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 septembre 2018.
  4. Julie van Camp, L'Identité des œuvres d'art dans la danse, chap. IV, p. 201, note 21.
  5. « Carlotta Grisi », sur theophilegautier.fr
  6. (en) « Carlotta Grisi - Prominent Istrians », sur Istrianet.org
  7. (en)« Dancers », sur Internet Movie Database

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Arthur Pougin, Adolphe Adam, sa vie, sa carrière, ses mémoires artistiques (G.Charpentier, Paris 1877 / rééd. Minkoff, Genève, 1973)
  • Serge Lifar, Giselle, apothéose du ballet romantique (Albin-Michel, Paris 1942)
  • Edwin Binney, 3rd, Les ballets de Théophile Gautier (Librairie Nizet, Paris 1965)
  • Cyril W.Beaumont, The Ballet Called Giselle (1994)

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Liens externes[modifier | modifier le code]