Baptiste Morizot

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Baptiste Morizot
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Baptiste Morizot, né en 1983, est un enseignant-chercheur en philosophie français, maître de conférences à l'Université d'Aix-Marseille. Ses recherches portent principalement sur les relations entre l'humain et le reste du vivant.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en 1983 à Draguignan, il entreprend des études de philosophie en classe préparatoire littéraire, et étudie en tant qu'auditeur à l'École normale supérieure de Lyon, où il obtient l'agrégation de philosophie puis soutient en 2011 une thèse de doctorat sur le rôle du hasard dans le processus d'individuation, à la lumière de l’œuvre de Gilbert Simondon[1]. Après un an comme ATER à l'université de Nice, il est nommé maître de conférences dans le département de philosophie de l'université d'Aix-Marseille (CEPERC/ UMR 7304)[2].

Ses recherches en philosophie se tournent alors vers la place des humains dans le vivant. Il se fait notamment connaître pour son ouvrage Les diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant qui reçoit le prix du livre de la Fondation de l'écologie politique en 2016[3] et le Prix de la Fondation François Sommer en 2017[4]. Il y défend la possibilité d'établir des relations entre les humains et les autres vivants, qui échappent aux modèles traditionnels (gestion, régulation quantitative, sanctuarisation), sous la forme de ce qu'il appelle une diplomatie. La diplomatie avec le vivant constitue à la fois une forme d'attention et un mode de résolution des conflits entre humains et vivants, fondé sur la possibilité de communiquer, allant ainsi contre l'idée que le seul rapport possible avec le monde vivant est le rapport de force.

Ce livre a été salué par des chercheurs et des critiques. Le philosophe Hicham-Stéphane Afeissa écrit ainsi : « Sous ce rapport (i.e. celui de la méthode), il faut saluer le livre de Baptiste Morizot comme une contribution majeure à la philosophie animale française, comme l’un de ces grands livres susceptibles d’impulser un véritable changement paradigmatique dans la façon même d’aborder les problèmes – un livre sans précédent dans le contexte de la production française et, plus largement, européenne, appelé en tant que tel à faire date »[5]. Robert Maggiori, critique de philosophie à Libération, décrit Les Diplomates comme « un grand livre de philosophie animale, et de philosophie tout court, sur le monde partagé »[6]. Le livre a nourri des controverses théoriques portant sur la domestication et sur l'ancienneté d'une conception belliqueuse de notre rapport à la nature[7].

Son ouvrage Sur la piste animale (2018), qui aborde également le pistage à travers différents récits, reçoit le prix Jacques-Lacroix de l'Académie française en 2019[8]. Son livre Esthétique de la rencontre. L'énigme de l'art contemporain (2018), écrit en collaboration avec Estelle Zhong Mengual, reçoit le prix des Rencontres philosophiques d'Uriage en 2019.

Il défend la pertinence d'une nouvelle grammaire environnementale pour qualifier nos relations avec les autres vivants dans l'article « Nouvelles alliances avec la terre. Une cohabitation diplomatique avec le vivant »[9]. La formulation de cette approche est précisée dans un dialogue qui réunit Bruno Latour, Pierre Charbonnier et Baptiste Morizot, intitulé « Redécouvrir la terre »[10].

En 2019, il publie une tribune dans le journal Le Monde défendant des initiatives qui proposent d'acquérir des forêts pour les laisser en libre évolution[11].

Ses articles sont parus dans les revues Tracés, Terrain, Philosophie magazine[12], Billebaude, généralement accessibles sur la plateforme Academia.edu[2].

L'art du pistage[modifier | modifier le code]

Théoricien et praticien du pistage, Baptiste Morizot évoque dans Sur la piste animale (2018) ses expériences de pistage de l'ours brun et du grizzly dans le parc de Yellowstone, de la panthère des neiges au Kirghizistan, ou encore du loup près du Camp de Canjuers, dans le Var. Le pistage est une tentative pour comprendre le comportement d'animaux à partir de signes qu'ils ont laissés. Le philosophe reprend l'hypothèse du rôle essentiel qu'aurait joué le pistage dans le développement de l'intelligence humaine, hypothèse issue des travaux de l'ethnologue sud-africain Louis Liebenberg[13], spécialiste des techniques de chasse des Bochimans dans le désert du Kalahari.

« L'hypothèse est la suivante : l'humain s'est développé intellectuellement du point de vue des aptitudes à décrypter, interpréter, deviner, parce qu'il s'est déplacé il y a près de trois millions d'années dans une niche écologique où trouver sa nourriture exige d'enquêter. Les animaux chasseurs natifs sont souvent doués d'un odorat puissant. Tout le problème revient au fait que nous sommes à l'origine des corps de primates frugivores, c'est-à-dire des animaux visuels sans odorat, devenus dans un second temps chasseurs et pisteurs, c'est-à-dire voués à trouver des choses absentes. Pour cela, dépourvus de nez, il fallut éveiller l'oeil qui voit l'invisible, l'oeil de l'esprit[14]. »

Le pistage apparaît ainsi comme un art de penser conçu comme forme d'attention aux autres espèces animales, avant d'être une technique de chasse ou de prédation. C'est une manière de se préparer à « cohabiter »[15] avec d'autres espèces en repérant leurs manières d'habiter un territoire. Le pistage peut révéler la présence d'animaux qui habitent des espaces que nous avons cru nous arroger complètement. Il permet au philosophe de s'interroger sur l'évolution de l'homme comme chasseur-cueilleur durant deux millions d'années.

Une nouvelle sensibilité au vivant[modifier | modifier le code]

Prenant acte de la crise écologique systémique, l'auteur cherche à remédier à une « crise de la sensibilité »[16], c'est-à-dire à un appauvrissement de ce que l'homme peut voir, sentir et comprendre de son environnement, notamment dans les relations qu'il entretient à l'égard des autres espèces animales. La capacité de l'homme moderne à entendre et à comprendre les signes qu'émettent les autres espèces s'est considérablement amoindrie sous l'effet d'une pensée dualiste qui sépare l'homme de la nature. « Il faut une nouvelle culture du vivant, comme on parle de culture du jazz. C’est cela que nous avons perdu à l’égard du vivant, et qu’il s’agit de reconstituer »[17]. Son travail se focalise principalement sur le retour du loup en France.

Afin de restaurer notre sensibilité au vivant, Baptiste Morizot propose de revoir la manière dont nous considérons nos relations avec les autres espèces. L'homme doit apprendre à se détacher de la pensée narcissique de sa propre supériorité spirituelle et technique, qui le conduit à être complètement aveugle et sourd à l'égard du vivant. D'autre part, les animaux ne devraient pas être considérés comme inférieurs ou supérieurs : « ils incarnent avant tout d'autres manières d'être vivant »[18]. Comme projet philosophique, la restauration de la sensibilité humaine au vivant pousse l'auteur à explorer des concepts comme celui de « diplomate »[19], « d'interdépendance » entre espèces, de « communauté d'importance » ou encore de « diplomatie des interdépendances »[20]. Le diplomate se tient entre les espèces et entre les positions. Il chercher à « résoudre sans violence les problèmes de cohabitation entre communautés »[21]. Il peut intercéder pour rappeler le moment où l'on oublie le fait que l'homme est inséparable des autres espèces, qu'elles soient domestiques (les brebis) ou sauvages (les loups). Ce travail d'intermédiaire a pour effet de brouiller les positions arrêtées, de telle sorte qu'il est impossible de défendre un camp contre un autre. Le diplomate se met en définitive au service de la relation elle-même, au service de la manière dont les usages humains d'un territoire peuvent être combinés, tissés avec des usages non-humains :

Il s'agit d'apprendre à habiter autrement : « habiter, c'est toujours cohabiter, parmi d'autres formes de vie »[22]. L'auteur souligne combien la dimension politique de ce projet est ambiguë et complexe lorsqu'il s'agit du loup. « On voit ici à quel point l'alternative habituelle, à savoir stigmatiser le pastoralisme en bloc comme s'il était l'ennemi malhonnête de la biodiversité, ou l'adouber en bloc comme s'il était le maillon essentiel de la préservation des paysages, ne tient pas : tout dépend des pratiques, et il faut penser une transformation de l'usage pastoral des territoires, qui aille dans le sens d'une protection accrue des prairies, des loups et du métier lui-même ; ce sont ces axes de communauté d'importance qui sont à faire émerger »[23].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pour une théorie de la rencontre : hasard et individuation chez Gilbert Simondon, Paris, Vrin, 2016.
  • Les diplomates : cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant, Marseille, Wildproject, 2016. (Prix du livre de la Fondation d’Écologie Politique en 2016 et Prix de la Fondation François Sommer en 2017)
  • Sur la piste animale, Arles, Actes Sud, 2018.
- Prix Jacques-Lacroix 2019 de l’Académie française

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Hasard et individuation. Penser la rencontre comme invention à la lumière de l’œuvre de Gilbert Simondon », sur ens-lyon.fr
  2. a et b « Baptiste Morizot | Aix-Marseille Université - Academia.edu », sur otmed.academia.edu (consulté le 26 janvier 2020)
  3. « Le Prix du livre d'écologie politique 2016 remis à Baptiste Morizot pour Les Diplomates », sur fondationecolo.org
  4. « Prix Littéraire François Sommer 2017 », sur fondationfrancoissommer.org
  5. « Les loups sont-ils les seuls à manger les moutons ? - Nonfiction.fr le portail des livres et des idées », sur www.nonfiction.fr (consulté le 26 janvier 2020)
  6. « Vient de paraitre », sur Libération.fr, (consulté le 26 janvier 2020)
  7. Charles Stépanoff, « Les hommes préhistoriques n’ont jamais été modernes », L’Homme. Revue française d’anthropologie, nos 227-228,‎ , p. 123–152 (ISSN 0439-4216, lire en ligne, consulté le 26 janvier 2020)
  8. « Baptiste MORIZOT | Académie française », sur www.academie-francaise.fr (consulté le 16 novembre 2019)
  9. Baptiste Morizot, « Nouvelles alliances avec la terre. Une cohabitation diplomatique avec le vivant », Tracés, no 33,‎ , p. 73–96 (ISSN 1763-0061 et 1963-1812, DOI 10.4000/traces.7001, lire en ligne, consulté le 26 janvier 2020)
  10. Pierre Charbonnier, Bruno Latour et Baptiste Morizot, « Redécouvir la terre », Tracés, no 33,‎ , p. 227–252 (ISSN 1763-0061 et 1963-1812, DOI 10.4000/traces.7071, lire en ligne, consulté le 26 janvier 2020)
  11. « Baptiste Morizot : « Si la propriété privée permet d’exploiter, pourquoi ne permettrait-elle pas de protéger ? » », sur lemonde.fr, (consulté le 16 novembre 2019)
  12. « Articles de Baptiste Morizot », sur www.philomag.com, Philosophie magazine (consulté le 16 novembre 2019)
  13. (en) Louis Liebenberg, The Art of Tracking: The Origin of Science, David Philip Publishers, (ISBN 978-0864861313)
  14. Baptiste Morizot, Sur la piste animale, Arles, Actes Sud, (ISBN 978-2-330-09251-1), p. 119
  15. Baptiste Morizot, Les Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant., Marseille, Wildproject Editions, (ISBN 978-2918490555)
  16. Baptiste Morizot, Manières d'être vivant, Arles, Actes Sud, , pp. 17-18
  17. « Comment vivre parmi les autres ? », sur France Culture, La Grande Table Idées, (consulté le 1er mai 2020)
  18. B. Morizot, Manières d'être vivant, op.cit., p. 24
  19. Baptiste Morizot, Les diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant,, , en particulier "le modèle diplomatique", pp. 30 et sq.
  20. B. Morizot, Manières d'être vivant, op.cit.,, p. 244
  21. B. Morizot, Les Diplomates, p. 30
  22. Baptiste Morizot, Manières d'être vivant, op.cit., p. 28
  23. Baptiste Morizot, Manières d'être vivant, op.cit., pp. 246-247

Liens externes[modifier | modifier le code]