Evergreen State College

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Evergreen State College
Evergreen clocktower.jpg
Histoire et statut
Fondation
Type
Régime linguistique
Fondateur
Daniel J. Evans (en), Charles J. McCann (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Président
George Sumner Bridges
Localisation
Localisation
Pays
Localisation sur la carte de l’État de Washington
voir sur la carte de l’État de Washington
Red pog.svg
Localisation sur la carte des États-Unis
voir sur la carte des États-Unis
Red pog.svg
Chiffres-clés
Enseignants
229
Divers
Devise
« Omnia Extares »
(« Let it all hang out »)
Membre de
Council of Public Liberal Arts Colleges (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Site web

The Evergreen State College est une université d'arts libéraux située à Olympia dans l'État de Washington.

Elle est en particulier connue pour avoir été le théâtre d'affrontements au printemps 2017. Un professeur de la faculté, Bret Weinstein, s'oppose aux politiques de discrimination positive mises en place par l'université et au Day of Absence, une journée dédiée à l'anti-racisme chaque année. Cette année-là, plutôt que de proposer aux étudiants non blancs de quitter le campus comme chaque année, l'administration demande une inversion de la structure et propose aux étudiants blancs d'assister aux événements en dehors du campus à la place.

Deux mois plus tard, des étudiants manifestent contre l'arrestation de deux de leurs camarades de classe. Cela mène à une altercation avec Weinstein accusé d'être raciste, ainsi que d'autres enseignants. Il dénonce alors sur Twitter et sur Fox News le racisme antiblanc et la censure dont il estime être victime. Par la suite, 90 professeurs demandent une enquête formelle sur Weinstein à l'administration après son interview, tandis que d'autres enseignants s'expriment en sa faveur dans la presse. Une menace d'attaque terroriste, reçue par téléphone, fait fermer le campus pendant plusieurs jours.

Les manifestations se soldent par la démission de Bret Weinstein, de sa femme, de deux autres enseignants et de la dirigeante des forces de police du campus. Elles causent une importante baisse des inscriptions au sein de l'établissement et une large couverture médiatique, généralement très négative.

Histoire et particularités[modifier | modifier le code]

Fondée en 1967[2], cette université a la particularité d'avoir recours à une évaluation narrative, les élèves étant dispensés de notes. L'apprentissage est organisé sous forme interdisciplinaire.

En 1999, Mumia Abu-Jamal, journaliste, écrivain et militant afro-américain qui avait été condamné pour le meurtre d'un policier de Philadelphie, est invité à prononcer un discours à l'intention des étudiants. L'événement avait suscité « l'indignation et les protestations de policiers, de procureurs et de la famille de Faulkner », le policier décédé[3].

Le campus de l'université mesure 4,047 km2 et accueille environ 3 000 étudiants[2].

Manifestations de 2017[modifier | modifier le code]

Day of Absence[modifier | modifier le code]

Dès les années 1970 se développe le Day of Absence, inspiré de la pièce éponyme de Douglas Turner Ward : jusqu'en 2017, durant toute une journée du mois d'avril, les membres du corps professoral et les étudiants issus de minorités ethniques restent volontairement à l'extérieur du campus pour sensibiliser le public aux contributions des minorités et pour discuter de questions raciales[4]. Ils se rendent généralement à une conférence organisée en dehors du campus, tandis que les élèves blancs passent la journée sur le campus pour participer à des conférences et ateliers sur le thème des discriminations raciales[5].

En 2017, environ 25 % des étudiants d'Evergreen appartiennent à une minorité raciale. Depuis 1992, le jour d'absence est suivi du jour de présence, qui voit la communauté universitaire se réunir[4], avec un spectacle, une conférence et une soirée festive[5].

Changement de direction en 2015[modifier | modifier le code]

En mai 2015, non loin du campus d'Olympia, deux policiers tirent sur « deux jeunes frères afro-américains » qui ont volé de la bière dans une épicerie et agressé un policier avec une planche à roulettes. L'un est paralysé à vie et tous deux sont condamnés à une peine d'emprisonnement. Le policier est exonéré des poursuites. Après ces événements, quelques manifestations de Black Lives Matter ont lieu sur le campus[5].

Le nouveau président de l'université, George Sumner Bridges (en), prend ses fonctions en 2015. Les actions mises en place à la rentrée 2016 incluent une formation obligatoire à la diversité pour les enseignants, un rapport annuel sur les inégalités au sein de l'établissement, et la création d'un poste à plein temps d'equity officer (« préposé à l'équité »)[6]. D'après la Tribune de Genève, le système dégénère lorsqu'il prend ses fonctions en 2015 et décide « d'attribuer un nouveau comité d'éthique chargé de veiller à ce que l'équité soit respectée dans le campus, notamment en matière de discrimination raciale, de genre ou d'identité sexuelle » : « ayant reçu les pleins pouvoir [sic] de la direction, ce nouvel ordre moral a dicté une idéologie autoproclamée antiraciste, dérivant de la théorie de l'intersectionnalité, faisant régner la terreur pour toute personne cherchant à contredire la manière de veiller à l'équité »[7]. Le plan suggère que les enseignants doivent être capables de diffuser des valeurs inclusives dans leur classe, et que cela peut devenir un critère d'embauche[8].

Dans le cadre de ce nouveau plan, les organisateurs du Day of Absence annoncent que l'événement pour les élèves « racisés » sera tenu sur le campus, tandis que celui pour les élèves blancs sera organisé en dehors du campus, inversant la structure habituelle de la journée. L'annonce dans le journal des étudiants affirme que toute personne peut choisir d'où elle souhaite se rendre et des événements auxquels elle souhaite participer, comme chaque année, répétant que la séparation des élèves est sur une base volontaire. La volonté derrière cette inversion est d'insister sur le fait que les étudiants étrangers ou enfants d'immigrés ont leur place sur le campus : la décision est prise après l'élection de Donald Trump[9]. Cependant, le départ volontaire est remis en cause : dans des notes de réunion, il est écrit que quinze à dix-sept professeurs se sont engagés à faire participer leurs étudiants à l'événement[8].

Peu après la publication du plan, Bret Weinstein (en), professeur juif de biologie dans l'établissement, envoie de nombreux emails dans une liste de diffusion réservée à la faculté et aux étudiants employés par la faculté, affirmant que la stratégie va handicaper la « majorité silencieuse » des professeurs. Il se concentre en particulier sur un événement, le Day of Absence[6]. Bret Weinstein déclare dans une lettre du 15 mars 2017 que ce changement est discriminatoire pour les personnes blanches et qu'il s'agit d'un acte de racisme antiblanc. Selon trois professeurs d'Evergreen ayant pris position dans le débat, Bret Weinstein aurait été invité par le directeur des services de conseil multiculturel des Premières Nations d’Evergreen à discuter du but du Day of Absence et à préciser son objectif, mais aurait refusé de s'y rendre[9].

Day of Absence de 2017[modifier | modifier le code]

Le 14 mai 2017, un étudiant appelle la police d'Evergreen après une confrontation avec deux étudiants noirs qui l'ont accusé de racisme sur Internet puis avec qui il a eu une altercation en personne : il affirme se sentir en danger. Les deux étudiants, Timeko Williams Jr et un autre dont on ne connaît que le prénom, Jamil, sont arrêtés par la police à 23 heures et détenus en garde à vue jusqu'à deux heures du matin le lendemain[9],[5],[6].

Après cette garde à vue, une cinquantaine d'étudiants et quelques professeurs manifestent le 24 mai 2017 dans les couloirs du campus, estimant l'arrestation abusive et le traitement des deux étudiants inacceptable - ils ont été interdits d'aller aux toilettes ou de boire un verre d'eau[6]. Weinstein sort de sa salle de classe pour confronter les manifestants lorsqu'ils arrivent devant sa porte[9], et est pris à partie par les étudiants qui lui rappellent ses emails de mars[4],[6]. La situation commence à dégénérer à l'arrivée de la police, car les étudiants croient que les policiers ont été appelés par Weinstein lui-même[9]. Les étudiants l'accusent d'être raciste[4]. Plusieurs autres enseignants racontent avoir été humiliés « par des étudiants les encerclant et les insultant en les empêchant de se défendre de l'accusation de racisme proférée à leur encontre »[7].

En parallèle, les syndicats étudiants traitent avec la direction : les décisions prises visent à calmer le début d'émeute[5]. La première liste de leurs revendications inclut le renvoi de Weinstein[6], mais la demande est supprimée par les organisateurs au deuxième jour des manifestations[9]. Le 26 mai, l'administration affirme qu'elle ne renverra pas Weinstein, mais qu'elle mettra en place les initiatives anti-racistes plus rapidement que prévu au sein de l'université, à commencer par les formations obligatoires des professeurs aux enjeux de diversité[6]. Les étudiants obtiennent cependant le désarmement de la police du campus[10].

Le soir même, Bret Weinstein est interviewé par Tucker Carlson sur Fox News Channel, où il ne corrige pas le présentateur quand ce dernier affirme que les étudiants blancs ont tous été interdits d'entrée sur le campus[5]. Pendant l'émission, il laisse entendre, selon Noah Berlatsky, que les manifestations ont été organisées uniquement en réponse à son email envoyé deux mois plus tôt et ne corrige pas Carlson lorsqu'il affirme que les manifestants exigent le renvoi temporaire de tous les élèves blancs[9]. 90 collègues de Weinstein écrivent une lettre à l'administration demandant une enquête formelle contre lui, estimant qu'il met le campus en danger avec son intervention télévisée[8].

Le 31 mai 2017, le dirigeant de Patriot Prayer, un groupe militant de l'alt-right, promet de défendre Bret Weinstein contre l'université Evergreen qu'il qualifie d'anti liberté d'expression[5]. Le lendemain, l'école reçoit un appel anonyme annonçant une tuerie en milieu scolaire et le FBI évacue le campus pendant deux jours[11]. Le troisième jour, l'administration reçoit des nouvelles menaces et choisit d'arrêter tous les cours. Les étudiants vivant dans les dortoirs du campus se regroupent et s'arment de battes de baseball pour répondre à une potentielle agression alors que des conducteurs crient des insultes racistes derrière leurs fenêtres[5]. Ils prennent une photo de groupe, souriants, leurs battes à la main, qui est rapidement reprise par les médias d'extrême-droite ; Weinstein tweete la photo en ajoutant que plusieurs personnes conservatrices ont été agressées, ce qui n'est corroboré par aucune autre source[6]. Un groupe nazi Atomwaffen Division avait placé des affiches autour d'Evergreen la semaine précédente.[5]. Il s'avère plus tard que l'appel anonyme vient d'un homme du New Jersey, qui n'avait aucune intention de passer à l'action : il est accusé de menaces terroristes et de fausses alarmes publiques[8],[12].

Le 15 juin, Patriot Prayer organise sa manifestation : le campus ferme à nouveau, les bâtiments sont verrouillés et le personnel est libéré plus tôt. La manifestation attire « un groupe de 60 ou 70 personnes de droite »[13], dont quelques anciens étudiants de l'université qui soutiennent Weinstein[14], tandis que 200 membres du campus et des sympathisants de la communauté Olympia qui portaient des banderoles contre le fascisme et soutenaient « Community Love », un slogan des récentes protestations des étudiants en couleurs, leur font face[5]. Les policiers de l'État de Washington séparent les deux camps avec des barrières en métal. À la fin de la journée, les manifestations se sont déroulées sans heurts, avec une personne arrêtée seulement[14],[13].

Le 22 juin, le journaliste conservateur Milo Yiannopoulos publie une vidéo dans laquelle il divulgue « des informations de contact » d'une enseignante noire de l'université[5].

Les manifestations étudiantes de fin mai et de juin 2017 ont perturbé le campus et ont appelé à un certain nombre de modifications de l'université. Weinstein ayant été informé que la police du campus ne pouvait pas le protéger et ayant été encouragé à ne pas être sur le campus, poursuit son cours de biologie dans un parc public[réf. souhaitée].

Weinstein et son épouse, la professeure Heather Heying, exigent 3,8 millions de dollars de dédommagement de la part de l'université pour ne pas avoir « protégé [ses] employés contre l'hostilité répétée et corrosive, verbale et écrite, fondée sur la race, ainsi que sur des menaces de violence physique »[15]. Ils obtiennent 500 000 dollars en tout[5], soit deux ans de salaire chacun[8]. Deux mois plus tard, Naima Lowe, l'enseignante s'étant le plus publiquement exprimée en faveur des élèves et la plus harcelée en retour, démissionne à son tour et reçoit 240 000 dollars de la part de l'université[6]. La dirigeante des forces de police du campus démissionne également de son poste[16], ainsi qu'au moins quatre autres enseignants[8].

Deux sénateurs proposent une loi qui retirerait les subventions de l'université en juin 2017. La proposition est rejetée[5].

Couverture médiatique[modifier | modifier le code]

Après que ces manifestations ont secoué le campus, les critiques de droite comme de gauche ont qualifié l'Evergreen State College de lieu où une forme extrême de politiquement correct s'était installée[17].

Evergreen State College après les émeutes[modifier | modifier le code]

Les manifestations ont aggravé le déclin des inscriptions que connaît l'institution depuis une dizaine d'années[17]. La baisse des inscriptions force l'université à ôter 6 millions de dollars de son budget annuel et à augmenter ses frais d'inscription. Les inscriptions baissent de 5 % pour la rentrée 2017 et les prévisions indiquent une baisse de 20 % dans les quelques années qui suivent[18]. Alors que l'université en comptait 3 881 en 2017, le nombre d'étudiants chute à 3 327 en 2018[19] puis à 2 854 en 2019[20].

En juin 2018, Bret Weinstein est invité à témoigner au sujet de la liberté d'expression devant le Congrès[21].

En 2018, Evergreen State College supprime le Day of Absence, mais des étudiants non blancs choisissent d'organiser leur propre événement du même type à la même période de l'année. Ils reçoivent à nouveau des messages haineux et des menaces dans leur formulaire d'inscription à l'événement. L'événement se déroule finalement sans violence[5].

Image panoramique
The Evergreen State College (août 2009).
Voir le fichier

Étudiants célèbres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. The Evergreen State College Foundation audited financials for fiscal 2013-2014
  2. a et b (en) « Evergreen State College », sur US News
  3. (en-US) Emily Babay PHILLY.COM, « Mumia Abu-Jamal to give college commencement speech », sur https://www.inquirer.com (consulté le 9 juillet 2019).
  4. a b c et d (en) Bari Weiss, « When the Left Turns on Its Own », nytimes.com, 1er juin 2017
  5. a b c d e f g h i j k l m et n (en) Anne Fischel, Faculty, The Evergreen State College. Zoltán Grossman, Faculty, The Evergreen State College, Lin Nelson, Emeritus faculty, The Evergreen State College, « Another Side Of The Evergreen State College Story », sur HuffPost, (consulté le 22 novembre 2019)
  6. a b c d e f g h et i (en) Peter Moskowitz, « Racism and the battle of free speech at Evergreen State College », sur The Outline (consulté le 23 novembre 2019)
  7. a et b Marianne Grosjean, « Une vidéo raconte les dérives idéologiques d'une université américaine », TDG,‎ (ISSN 1010-2248, lire en ligne, consulté le 13 juillet 2019)
  8. a b c d e et f (en) « Evergreen Ranks as One of the Worst Colleges in the U.S. for Free Speech », sur The Stranger, (consulté le 23 novembre 2019)
  9. a b c d e f et g (en) Noah Berlatsky, « How Right-Wing Media Has Tried to Stifle Student Speech at Evergreen State College », sur Pacific Standard (consulté le 22 novembre 2019)
  10. (en) « Bonfire of the academies: Two professors on how leftist intolerance is killing higher education », sur Washington Examiner, (consulté le 23 novembre 2019)
  11. (en) « Evergreen threat: ‘I am gonna execute as many people on that campus as I can get a hold of’ », sur The Olympian (consulté le 22 novembre 2019)
  12. (en-US) « New Jersey man accused of threats that closed Evergreen State College last month », sur The Seattle Times, (consulté le 22 novembre 2019)
  13. a et b (en-US) Anemona Hartocollis, « A Campus Argument Goes Viral. Now the College Is Under Siege. », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 22 novembre 2019)
  14. a et b (en) « Demonstrators, Patriot Prayer and troopers in riot gear face off at Evergreen », sur The Olympian, (consulté le 23 novembre 2019)
  15. (en) Evergreen settles with Weinstein, professor at the center of campus protests, theolympian.com, 16 septembre 2017
  16. (en) « Evergreen State College students host ‘No Whites Allowed’ event for second year in a row, but at what cost? », sur Washington Examiner, (consulté le 23 novembre 2019)
  17. a et b (en) Evergreen State College is updating after protests, decline in enrollment, seattletimes.com, 17 juin 2018
  18. (en) « Evergreen looks to cut $6 million from its budget, raise fees due to enrollment drop », sur The Olympian, (consulté le 23 novembre 2019)
  19. https://www.seattletimes.com/seattle-news/education/heres-what-evergreen-state-college-is-doing-to-boost-its-reputation-and-enrollment/
  20. « Student Body Fall 2019 », The Evergreen State College (consulté le 22 novembre 2019)
  21. (en) Congressional hearing explores freedom of speech crisis on college campuses, washingtonexaminer.com, 23 mai 2018.
  22. (en-US) Rick Anderson, « FBIJustin SolondzBack in 2001, Justin Solondz and Briana Waters were classmates and », sur Seattle Weekly, (consulté le 12 juillet 2019)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]