Robin DiAngelo

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Robin J. DiAngelo
Naissance (63 ans)
Nationalité Américaine
Domaines Antiracisme, Sociologie
Institutions Westfield State University

Robin J. DiAngelo, née le [1], est une sociologue et militante antiraciste américaine, travaillant essentiellement sur le concept de « blanchité », qu’elle a contribué à forger[2],[3]. Auparavant, elle a été professeure permanente d'éducation multiculturelle à la Westfield State University. Elle est connue pour son travail sur les privilèges blancs et, en particulier, sur le concept de « white fragility » (« fragilité blanche »), terme qu’elle a inventé en 2011.

Biographie[modifier | modifier le code]

Robin DiAngelo est la plus jeune de trois filles. Elle a grandi dans la pauvreté. Sa mère est morte d'un cancer alors qu'elle était encore jeune, une expérience qui a profondément façonné son travail et sa vision du monde selon elle[4].

Éducation et carrière[modifier | modifier le code]

DiAngelo a reçu son doctorat en éducation multiculturelle de l'Université de Washington en 2004, avec une thèse intitulée La blancheur dans le dialogue racial : une analyse du discours[5]. Le comité de thèse était présidé par James A. Banks[3]. En 2007, elle a rejoint la faculté de la Westfield State University[6] où elle a été nommée professeure titulaire d'éducation multiculturelle en 2014. Elle a par la suite démissionné de son poste à Westfield[3]. Depuis, elle a enseigné à temps partiel à la School of Social Work de l'Université de Washington[7]. En plus d'enseigner des cours, elle donne fréquemment des séminaires sur le racisme, qui selon elle est ancré dans les systèmes politiques et la culture des États-Unis (racisme systémique)[2]. En février 2017, elle était également « directrice d'équité » pour l'organisation progressiste Sound Generations à Seattle, dans l'État de Washington[8].

Travaux[modifier | modifier le code]

Fragilité blanche[modifier | modifier le code]

DiAngelo est connue pour ses travaux sur la « fragilité blanche », terme qu'elle a inventé dans un article revu en 2011 par des pairs[9],[10],[11].

En 2018, DiAngelo a publié le livre White Fragility : Why It's So Hard for White People to Talk About Racism (« Pourquoi il est si difficile pour les Blancs de parler du racisme »)[12]. Le livre développe ce que l'auteur appelle « la fragilité blanche ». Le livre est dans la liste des Best-seller du New York Times[13]. À partir de 2016, elle anime régulièrement des ateliers sur le sujet[14],[15].

La définition de DiAngelo de la fragilité blanche est : « Un état dans lequel même un minimum de stress racial devient intolérable, déclenchant une série de mouvements défensifs. Ces mouvements comprennent l'extériorisation d'émotions comme la colère, la peur et la culpabilité, et de comportements comme l'argumentation, le silence et l'abandon de la situation induite par le stress. Ces comportements, à leur tour, servent à rétablir l'équilibre racial des Blancs[13]. » Pour certains critiques, cette définition est un piège parce qu'elle rejette dans sa définition, dans une forme d'autoréférence, toute critique du concept[13].

Selon DiAngelo, les écoles et les médias aux États-Unis ne cessent de véhiculer des « images de suprématie et de supériorité blanche »[4]. La vision du racisme blanc de DiAngelo est presque épidémiologique[16]. Dans un entretien au Gardian, elle déclare : « Le racisme est un problème blanc. Il a été construit et créé par des Blancs et la responsabilité ultime incombe aux Blancs[4]. » Le concept de « fragilité blanche » a gagné beaucoup d'importance dans les milieux universitaires et progressistes au cours des dernières années[17].

Pour Katy Waldman, la valeur du livre de DiAngelo, la « fragilité blanche », réside dans son exposition méthodique et irréfutable du racisme dans la pensée et l'action, et dans son appel à l'humilité et à la vigilance[16].

La fragilité blanche fait l'objet de critiques, qui qualifient le concept « d'anti-intellectuel, hypocrite, non scientifique et raciste ». Le concept est un autre point de conflit dans une guerre culturelle plus large entre la gauche et la droite, les progressistes contre les conservateurs[18].

Paul Maxwell, un blogueur chrétien évangélique américain titulaire d'un doctorat en théologie, assimile la fragilité blanche à Mein Kampf : « La politique identitaire nous a conduit à l'Holocauste [et mis] dans une position éthique qui rend coupable une seule ethnie pour les maux d'une autre », écrit-il[18].

Selon le Professeur Eddy Ng, qui est titulaire de la Chaire F.C. Manning en économie et en administration des affaires à l'Université Dalhousie du Canada, la « fragilité blanche » n'est pas un phénomène spécifique aux blancs. Le « refus d'un privilège » existe également dans d'autres sociétés et peut être généralisé à d'autres groupes ethniques possédant des privilèges[18].

Racisme inversé[modifier | modifier le code]

Selon Robin DiAngelo, la définition de racisme est celle d'un système de pouvoir institutionnel inégal[19]. En cela, elle invente sa propre définition du racisme[18]. Selon DIAngelo, tout le monde a des préjugés raciaux[17] et ceci est tout aussi condamnable, mais cette forme de discrimination n'est pas assortie d'un privilège systémique[4].

Suprémacisme blanc[modifier | modifier le code]

La définition du suprémacisme blanc par DiAngelo diffère également de la définition communément admise. Selon DIAngelo, le terme de suprématie blanche désigne le « système politique, économique et social global de domination »[18].

Critiques[modifier | modifier le code]

L'économiste et journaliste Jonathan Church a publié de nombreux articles dans lesquels il estime que la thèse de DiAngelo sur la « fragilité blanche » est une erreur de réification (le fait de considérer une idée abstraite comme une chose concrète) justifiée par des travaux scientifiques, voire pseudoscientifiques erronés[17],[20],[21],[22],[23]. Church écrit :

« Non seulement son postulat fondamental de partialité implicite est-il douteux, mais la méthodologie de recherche qui sous-tend ses nombreuses affirmations concernant les implications de l'analphabétisme racial et de la fragilité blanche est également douteuse. La thèse de Di Angelo confond objectivité et neutralité ; elle rejete l'objectivité comme un obstacle idéologique à la connaissance ("il n'y a pas de réalité objective et neutre") ; elle s'appuie sur des observations anecdotiques ; son travail souffre d'une absence complète de tests rigoureux de ses hypothèses et de mesures quantitatives ; et elle ignore allègrement le principe de la réfutabilité, qui distingue la science de la pseudoscience[20]. »

Selon Church, « la « fragilité blanche » devient un dispositif orwellien pour rejeter les objections des Blancs de la même manière que « bourgeois » était une arme sémantique pour rejeter les objections des « capitalistes » à la doctrine communiste[17] ». Il écrit que le type de pensée développée par DiAngelo « a tendance à transformer l'éducation en endoctrinement » et « l'activisme progressiste n'est pas du tout une question de justice sociale, mais d'intolérance idéologique et de conformité, guidé par des programmes qui rappellent la pensée et l'activisme marxistes[17] ».

Pour Jesse Lile, le concept de fragilité blanche est intrinsèquement raciste car il est basé uniquement sur la couleur de la peau. Selon lui, le concept de fragilité blanche utilise un mécanisme de manipulation psychologique appelé double contrainte. Il est ainsi composé d'une première injonction négative (« tous les blancs sont racistes »), d'une injonction secondaire qui annule la première à un niveau plus abstrait (« si vous vous en défendez c'est de la fragilité blanche ») et d'une injonction négative tertiaire qui empêche la victime d'échapper à la situation (« si vous ne vous en défendez pas c'est donc que vous êtes bien racistes »)[13].

Jonathan Haidt, professeur de leadership éthique à la Stern School of Business de l'Université de New York, décrit les travaux de DIAngelo comme une « vision du monde paranoïaque qui sépare les gens les uns des autres et les envoie vers l'aliénation, l'anxiété et l'impuissance intellectuelle ». Selon lui, la nature même de la fragilité blanche, sa nature réductrice, est un argument anti-intellectuel et anti-libre discours, qui remplace la dialectique par une idéologie « si vous dites que vous n'en souffrez pas, cela prouve que vous en souffrez »[18].

Publications[modifier | modifier le code]

  • R. DiAngelo, What Does it Mean to be White?: Developing White Racial Literacy, New York, Peter Lang, coll. « Counterpoints », (ISBN 978-1-4331-1116-7).
  • R. DiAngelo, White Fragility: Why It's So Hard for White People to Talk about Racism, Beacon Press, (ISBN 978-0-8070-4741-5, présentation en ligne).
  • O. Sensoy et R. DiAngelo, Is Everyone Really Equal?: An Introduction to Key Concepts in Social Justice Education, Second Edition, Teachers College Press, coll. « Multicultural Education Series », (ISBN 978-0-8077-5861-8, présentation en ligne).

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Robin J. DiAngelo », Library of Congress.
  2. a et b Demby, « Is It Racist To Call Someone 'Racist'? », NPR.
  3. a b et c « About Me », sur Robindiangelo.com.
  4. a b c et d (en-GB) Nosheen Iqbal, « Academic Robin DiAngelo: 'We have to stop thinking about racism as someone who says the N-word' », The Observer,‎ (ISSN 0029-7712, lire en ligne, consulté le 9 juillet 2019).
  5. (en) Robin DiAngelo, « Whiteness in racial dialogue: a discourse analysis », University of Washington, .
  6. « Education Faculty & Staff » [archive du ], Westfield State University.
  7. Alissa Greenberg, « What the Woman Who Invented the Term "White Fragility" Thinks About Trump », The Stranger.
  8. Powers, « The People's Gathering: A Revolution of Consciousness », Tacoma Weekly.
  9. Robin DiAngelo, « White Fragility », The International Journal of Critical Pedagogy, University of North Carolina at Greensboro, vol. 3, no 3,‎ (lire en ligne).
  10. Sam Adler-Bell, « Why White People Freak Out When They're Called Out About Race », AlterNet (en).
  11. Bouie, « How Trump Happened », Slate.
  12. Waldman, Katy, « A Sociologist Examines the "White Fragility" That Prevents White Americans from Confronting Racism », The New Yorker, .
  13. a b c et d (en) Jesse Lile, « 'White Fragility' Is A Racist Idea That Should Be Retired Immediately », sur The Federalist, (consulté le 9 juillet 2019).
  14. Dan Springer, « Seattle offers classes on 'white fragility,' to explain roots of guilt », Fox News Channel.
  15. Jenna Hanchard, « Local workshop explores 'white fragility' », King5.
  16. a et b (en) Katy Waldman, « A Sociologist Examines the “White Fragility” That Prevents White Americans from Confronting Racism », The New Yorker,‎ (ISSN 0028-792X, lire en ligne, consulté le 9 juillet 2019).
  17. a b c d et e (en) « The Problem with 'White Fragility' Theory », sur Quillette, (consulté le 9 juillet 2019).
  18. a b c d e et f (en) « White fragility: are white people inherently racist? », sur Australian Financial Review, (consulté le 12 septembre 2019)
  19. (en) Mary Jo Madda, « White Fragility in Teaching and Education: An Interview With Dr. Robin DiAngelo », EdSurge (en),‎ (lire en ligne)
  20. a et b (en) Church, « The Epistemological Problem of White Fragility Theory », areomagazine.com, (consulté le 25 juin 2019).
  21. (en) Church, « Whiteness Studies and the Theory of White Fragility Are Based on a Logical Fallacy », areomagazine.com, (consulté le 25 juin 2019).
  22. (en) Church, « White Fragility Theory Mistakes Correlation for Causation », areomagazine.com, (consulté le 25 juin 2019).
  23. (en) Jonathan Church, « The Theory of White Fragility: Scholarship or Proselytization? », sur Areo, (consulté le 9 juillet 2019).

Crédit d'auteurs[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]