Culture (éthologie)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Culture animale)
Aller à : navigation, rechercher

La culture, dans une définition large et applicable à l'ensemble des animaux sociaux, se conçoit comme étant un ensemble de savoirs et de pratiques qui se partagent et se transmettent socialement au sein d'un groupe donné et non par héritage génétique. Cette définition large de la culture a longtemps été ce qui permettait de définir spécifiquement « l'Humanité ». Mais l'éthologie, la primatologie, la zoologie et plusieurs autres sous-domaines des sciences naturelles font aussi l'étude du comportement des animaux ; ces disciplines étudient la « culture animale » et la culture n'est donc plus aujourd'hui considérée comme étant propre à l'Homme : F. Joulian et D. Lestel ont popularisé l'idée en France dans les années 1990. Le fait d'étudier les cultures animales in situ et non en laboratoire a considérablement renouvelé les connaissances[1][2].

La culture ainsi considérée, peut être observée chez plusieurs espèces animales et notamment chez les insectes. Par exemple, des études sont actuellement menées sur la variété des dialectes utilisés chez les épaulards. L'étude du chant des baleines nous apprend que celles-ci ont des chants annuels ; on sait que les chimpanzés de certaines régions développent et se transmettent des savoir-faire que d'autres ne connaissent pas : usage d'outils, la fabrication de « tongs » en feuilles, etc., font supposer des facultés cognitives analogues à celles de l'humain. Il existe aussi, chez certains animaux, des comportements d'entraide ressemblant à la morale humaine - voir le Bon Singe de F. de Waal - des choix esthétiques ressemblant aux choix en esthétique effectués par les humains[3][4] et un sens mathématique synthétisé par S. Dehaene. Toutefois, la culture humaine est définie de façon plus stricte que la culture chez les animaux non humains. D'une part, parce que la première crée du social en termes de reconnaissance et de hiérarchie (M. Godelier) et d'autre part à cause des liens ambigus entre l'environnement et la culture en primatologie (C. Boesch, C. Knott).

Culture commune chez les espèces sociales[modifier | modifier le code]

La connaissance de soi et l'identité[modifier | modifier le code]

  • L'animal de certaines espèces peut se reconnaître dans un miroir, et donc il a une certaine conscience de lui-même (dauphin, chimpanzé, pie, corbeau), et, ainsi, il peut prendre conscience d'apparition de taches artificielles sur sa peau, taches qui lui sont visibles seulement sur son image dans le miroir (éléphant)[5].
  • Les animaux peuvent aussi s'identifier par un nom, le reconnaître et s'appeler(Dauphin) (coauteur Vincent Janik de St Andrews University à Londres) [6].
  • Le scanner et la spectrométrie RMN laissent aussi supposer que l'animal pense. Ceci est d'autant plus vraisemblable que des zones semblables peuvent être excitées de façon semblable chez l'homme et ses cousins primates et que les phases cérébrales sont identifiées et reconnues des mêmes façons.[réf. souhaitée]
  • L'animal souffre.
  • Les chimpanzés patrouillent en lisière de leur territoire.
  • Plusieurs espèces identifient les individus et leur rang de leur espèce, mais aussi d'une autre, et adaptent leur comportement.

L'apprentissage[modifier | modifier le code]

  • L'animal apprend surtout par imitation ; surtout mais pas seulement, des comportements de transmission intentionnelle ont été observés chez les chimpanzés de la forêt de Taï - ces techniques pédagogiques restent cependant un épiphénomène. La pieuvre trouve rapidement la façon de retirer un bouchon de liège d'un bocal enfermant un crabe[7].
  • L'animal peut mémoriser un chemin dans un labyrinthe (rat).
  • L'animal peut apprendre des centaines de mots et probablement les comprendre. Il peut apprendre le nom et retrouver un objet non connu dans une collection d'objets appris. Le bonobo Kanzi en est un bon exemple.
  • L'animal peut faire preuve d'un savoir-faire et d'une intention d'enseignement au travers de véritables comportements culturels et collectifs (Frédéric Joulian).
  • On repère des variantes régionales dans l'usage d'un même objet, des techniques différentes pour une même opération, ou encore des présences / absences de techniques selon les groupes, comme chez les chimpanzés (Christophe Boesch).
  • Des listes asez complètes e techniques outillées et corporelles ont été publiées : van Schaik (orang-outan, Science  vol. 299, n°5603, p.102-105.), Boesch (chimpanzés, http://www.liberation.fr/sciences/1999/06/22/la-decouverte-de-la-culture-singe-des-chercheurs-viennent-de-prouver-que-les-chimpanzes-aussi-ont-le_275598), Joulian (chimpanzés http://terrain.revues.org/951).
  • Plusieurs espèces, dont les grands primates se représentent mentalement leur territoire, et optimisent leurs déplacements : ils n'errent pas.
  • Le temps de veille consacré à la transmission mère / petit approche les 2% pour les grands primates (humains compris).
  • L'environnement humain modifie considérablement la nature des apprentissages chez les primates (en laboratoire : M. Tomasello, dans le cadre de la réintroduction : F. Louchart [8].

La sexualité[modifier | modifier le code]

  • L'animal peut avoir des mœurs homosexuelles (dauphins, baleines, girafes, etc) [9].
  • L'animal peut participer à des jeux sexuels (bonobos).
  • L'animal peut être monogame (tel le gibbon) ou polygame (comme le sont les autres singes)[10].
  • L'accès à la sexualité, et ses modalités marquent les hiérarchies sociales (chimpanzés, orangs-outans, loups).

La société et ses problèmes[modifier | modifier le code]

  • L'animal peut vivre en sociétés (fourmis, abeilles, termites) ou en communauté union-fusion (Chimpanzé).
  • L'animal peut faire une distinction entre des baisers d'amitié et de sexualité (chimpanzés).
  • L'animal peut, semble-t-il, se suicider, que ce soit pour le bien collectif ou non (insectes, bovidés, rats)[réf. nécessaire].
  • Le rire semble exister chez d'autres espèces que l'homme[réf. nécessaire].
  • L'animal peut faire preuve de compassion (éléphant ?).
  • L'animal peut être fidèle ou infidèle.
  • Plusieurs espèces possèdent des codes sociaux élaborés, comme dans le cas des grands primates

Techniques - Logique et lois physiques[modifier | modifier le code]

  • L'animal peut utiliser des outils (singes, oiseaux). Que cela soit au sol ou dans les arbres, les singes utilisent en Afrique des pierres pour casser les noix et des bâtons pour soutirer le miel des ruches naturelles. Et créer des outils ; certaines corneilles savent sculpter et découper des feuilles qui leur servent de cannes à pêche dans la chasse aux vers.
  • L'animal comme l'enfant à partir de 3 ans sait reconnaître des actions impossibles logiquement ou physiquement (macaque)[11].
  • Les comportements outillés requièrent des séquences de routines très variées et efficaces[12], mais on ne comprend pas très bien l'avantage de chaque variante[13].

Langages[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Zoosémiotique.
  • Les animaux sociaux communiquent entre eux de façon intelligente et intentionnelle, comme pour prévenir le groupe de la provenance d'un prédateur, par exemple.
  • Les animaux peuvent, à l'instar des fourmis ou des abeilles, avoir un langage extrêmement évolué à base d'expressions corporelles ou d'odeurs (phéromones), et de sons modulés pour les dauphins.
  • Certains animaux comme le bonobo[14] arrivent à communiquer avec les chercheurs en maîtrisant des centaines de mots humains.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Frédéric Louchart, « La Quête de l'âme », Le Journal des anthropologues,‎ (lire en ligne)
  2. Frédéric Louchart, « Comportement humain et pongidé dans un centre de réintroduction de Bornéo », Primatologie,‎ , p. 29 (lire en ligne)
  3. Georges Chapouthier, Kant et le chimpanzé, Editions Belin, 2009
  4. Frédéric Louchart, Essai post-animal, L'art et la spiritualité sont-ils solubles dans l'évolution ?, Paris, Harmattan, , 106 p. (ISBN 978-2-343-07977-6, lire en ligne)
  5. Dépêche de l'AFP du 2006-10-31 14:53:37 WASHINGTON
  6. Dépêche de l'AFP du 2006-05-09 11:25:38 WASHINGTON
  7. Exposition au palais de la découverte, Paris
  8. Frédéric Louchart, Que Faire de l'orang-outan, Reconstruire la nature à Nyaru Menteng, Bornéo (Indonésie), Paris, Harmattan, , 212 p. (ISBN 978-2-343-11723-2)
  9. Dépêche de l'AFP du 2006-10-26 10:59:12 OSLO
  10. LE MONDE.fr du 8 août 2006
  11. La Recherche du 6 juin 19xx, Le Macaque, logique et physique.
  12. (en) Anne Russon, « The nature and evolution of orangutan intelligence. », Primates,‎ (lire en ligne)
  13. (en) Christophe Boesch, Wild Cultures, Cambridge, Cambridge University Press, , 296 p. (ISBN 9781139575263)
  14. Lexigramme du bonobo

Articles connexes[modifier | modifier le code]