Couvade

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

La couvade est une pratique humaine, observée dans plusieurs sociétés depuis au moins l'Antiquité. Elle désigne un ensemble de rites accomplis par un homme — généralement le père et mari — pendant la grossesse d'une femme, son accouchement et la période post-natale.

La signification de la couvade est variable et débattue.

Origine du terme[modifier | modifier le code]

D'après l'écrivain et médiéviste belge Raoul Vaneigem[1] ou encore Roberte Laporal[2], c'est Charles de Rochefort, observateur français des indigènes caraïbes des Antilles, au XVIIe siècle, qui nomme « couvade » l'ensemble de ces rites.

D'après l'anthropologue britannique Peter Rivière (en), le terme « couvade » (utilisé tel quel en anglais) est d'abord introduit par Edward Burnett Tylor en 1865 dans Researches into the Early History of Mankind and the Development of Civilization, bien que de telles pratiques soient rapportées par le sociologue allemand Johann Jakob Bachofen pour son schéma évolutionniste dès 1861[3].

Observations[modifier | modifier le code]

L'anthropologue écossais James George Frazer distingue deux formes de couvade[1] :

  • la première, dite « pré-natale ou pseudo-maternelle », consiste en « une simulation de la naissance par un homme, peut-être en général par le mari, pratiquée au bénéfice de la vraie mère, de manière à la soulager de ses douleurs en les transférant sur la mère fictive » ;
  • la seconde, dite « post-natale ou diététique », consiste en « un régime de diète stricte observé par un père au bénéfice de son enfant, parce que l'on croit que le père est uni à l'enfant par un lien de sympathie physique tellement intime que tous ses actes affectent et peuvent blesser ou tuer l'enfant ».

De ses observations, Rochefort écrit ainsi[1] :

« Au même temps que la femme est délivrée, le mari se met au lit, pour s'y plaindre et faire l'accouchée […]. On lui fait faire diète dix ou douze jours de suite […]. Et même il s'abstient après cela, quelquefois dix mois, ou un an entier, de plusieurs viandes comme de lamantin, de tortue, de pourceau, de poule, de poisson et de choses délicates : craignant par une pitoyable folie que cela ne nuise à l'enfant. »

Dans une publication de la Société d'anthropologie de Paris de 1884[4], le docteur Maurel, anthropologue et médecin de la Marine nationale, rappelle :

« [La couvade] est surtout caractérisée par ce fait qu'à la naissance d'un enfant c'est le mari qui reçoit les soins que réclame la mère, tandis que celle-ci, sans tenir compte de son état, reprend dès le lendemain et peut-être dès le premier jour, ses occupations ordinaires encore accrues par les fêtes données à l'occasion de la naissance de son enfant. »

Il ajoute :

« La durée, que les anciens portaient à quarante jours, me semble d'après les récits plus récents très réduite et ne pas dépasser huit jours. Aucun auteur ne signale de différence pour le sexe de l'enfant. »

Des cas de couvade ont été rapportés ou observés[1],[4] :

Interprétations[modifier | modifier le code]

Vaneigem exclut « l'idée d'un matriarcat survivant dans les structures patriarcales », cependant que Maurel refuse une explication strictement patriarcale.

Selon Patrick Menget (1979), la couvade implique nécessairement une théorie de la paternité physiologique, c'est-à-dire que le père a un rôle primordial dans la fabrication de l'embryon et du fœtus.

Selon Edward B. Tylor, la couvade appartient aux rituels qui accompagnent les crises pour maintenir un état d'équilibre : « la vulnérabilité occasionnelle d'un individu à des forces nocives peut être soulagée ou aggravée par l'état non seulement des humeurs corporelles de cet individu, mais aussi par celui de ses associé(e)s »[1].

Le médecin et sociologue Armand Corre se demande si la couvade « aurait pour but de faire oublier ses douleurs à la femme, de lui donner une innocente revanche de la peine qu'elle a seule supportée dans l'œuvre de reproduction »[5].

Maurel y voit une « affirmation de la paternité ».

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage sur la couvade, Roberte Laporal fait la liste de « récits fondateurs » évoquant cette pratique. Elle cite entre autres :

Raoul Veneigem donne également l'exemple d'Aucassin et Nicolette, fable française de la fin du XIIe siècle ou du début du XIIIe siècle, où le personnage féminin conduit la guerre pendant que son amant accouche au lit.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Jean-Baptiste Brissaud, « La couvade en Béarn et chez les Basques », Revue des Pyrénées, Toulouse, Bureaux de la Revue des Pyrénées, vol. 12,‎ , p. 226-239 (SUDOC 012076430)
  • Gustave Cohen, « Une curieuse et vieille coutume folklorique : 'La couvade', la femme accouche et l'homme se couche », Bulletin de la Classe des lettres et des sciences morales et politiques et de la Classe des beaux-arts, Bruxelles, Palais des Académies, 5e série, vol. 35,‎ , p. 203-221 (SUDOC 079773656)
  • Maurel, « De la couvade », Bulletins et Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, 3e série, vol. 7,‎ , p. 542-551 (lire en ligne, consulté le 29 novembre 2018)
  • Patrick Menget, « Temps de naître, temps d'être : la couvade », in Michel Izard (dir.) et Pierre Smith (dir.), La Fonction symbolique : essais d'anthropologie, Paris, Gallimard, , 346 p. (ISBN 2-07-028621-5, SUDOC 000285846)

Mémoires, thèses[modifier | modifier le code]

  • Maria Beatrice Di Brizio, Françoise Héritier (dir.) et Wiktor Stoczkowski (dir.), Contextualisation des usages théoriques et heuristiques de la notion de couvade : Edward Burnett Tylor et l'ethnologie évolutionniste des "Researches into the Early History of Mankind and the Development of Civilization" 1865, Paris, EHESS, , 724 p. (SUDOC 190026073)
  • Bernadette Pignot, Sur les chemins de la paternité, le syndrome de couvade : mythe ou réalité, Rennes, Université de Rennes 1, , 24 p. (SUDOC 153398949)

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Raoul Vaneigem, « Couvade », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 29 novembre 2018)
  2. Roberte Laporal, La couvade ou Le père bouleversé, Toulouse, Éditions érès, coll. « 1001 BB » (no 146), , 301 p. (ISBN 978-2-7492-4872-1, SUDOC 188864105)
  3. (en) Peter Rivère, « The Couvade: A Problem Reborn », Man, vol. 9, no 3,‎ , p. 423-435 (DOI 0.2307/2800693, JSTOR 2800693)
  4. a et b Maurel, « De la couvade », Bulletins et Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, 3e série, vol. 7,‎ , p. 542-551 (lire en ligne, consulté le 29 novembre 2018)
  5. Armand Corre, La mère et l'enfant dans les races humaines, Paris, O. Doin, , 274 p. (SUDOC 01677499X) ; cité par Maurel.

Voir aussi[modifier | modifier le code]