Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire

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Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire

Cadre
Zone d’influence Histoire
Fondation
Fondation
Fondateur Gérard Noiriel
Nicolas Offenstadt
Michèle Riot-Sarcey
Identité
Président Natacha Coquery
Site web cvuh.blogspot.fr

Le Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire (CVUH) est une association regroupant des historiens, fondée en France en 2005 par les universitaires Gérard Noiriel, Michèle Riot-Sarcey et Nicolas Offenstadt afin de veiller sur les usages publics de l'histoire à des fins mémorielles, notamment par les hommes politiques.

Son action consiste en la publication de tribunes ou la participation à des émissions audiovisuelles lorsque surviennent des polémiques mémorielles, l'organisation également de journées d'études et ateliers, la coordination d'une collection des Éditions Agone et la maintenance d'un site Internet proposant une veille sur les questions d'histoire et de mémoire.

Créée en opposition à la loi du 23 février 2005 reconnaissant le « rôle positif de la présence française outre-mer, en particulier en Afrique du Nord », l’association apparaît publiquement le avec la publication de son manifeste. Contrairement au mouvement Liberté pour l'histoire, le CVUH ne s'oppose cependant pas aux lois mémorielles. Une grande partie des membres actuels et passés de son bureau ont milité ou militent à gauche ou à l’extrême-gauche, ce qui lui a valu des accusations de partialité.

Présentation[modifier | modifier le code]

Une association fondée dans le cadre des débats entre histoire et mémoire[modifier | modifier le code]

Selon les initiateurs de ce comité (pensé à la manière du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes de l’entre deux guerres), les historiens ont aussi leur rôle de citoyens à assumer. Il ne s’agit pas pour les historiens de s’arroger un droit exclusif sur le passé mais de comprendre les logiques et légitimités des questionnements des groupes mémoriels, et de l'articulation de l'histoire au politique[1].

Se pensant donc comme un intellectuel collectif, le comité ne dénie pas la légitimité en soi aux « lois mémorielles » qui peuvent apparaître comme des déclarations d’une société sur elle-même, et qui, en ce sens, s’inscrivent dans la logique du fonctionnement démocratique[2], ce qui l'oppose à Liberté pour l'histoire, autre mouvement d'historien né en 2005 dans le même contexte et qui rejette en bloc les lois mémorielles[3]. Que l'État, à travers sa représentation légitime, se prononce sur la mémoire collective n’a donc rien de choquant pour le CVUH puisque l’intention peut aussi se lire comme une définition éthique du « vivre ensemble ». Seule la loi du 23 février 2005, dont l'article 4 appelle les enseignants à transmettre le rôle positif de la présence française outre-mer, par sa « propension à donner une version orientée de l’histoire et surtout à contraindre les enseignants à la relayer » est déclarée « antidémocratique » par le comité.

En revanche, le CVUH dénonce explicitement la spectacularisation et l’instrumentalisation de l’histoire, ainsi que sa confiscation à des fins partisanes par des groupes entrepreneurs de mémoire.

Une association loi de 1901 ouverte à tous[modifier | modifier le code]

Rappelant que le métier d’historien consiste à analyser les enjeux du passé selon les méthodes propres à la discipline, et à donner en partage le fruit de ces analyses, les initiateurs du manifeste appellent à l’action collective, notamment en œuvrant à décloisonner les mondes universitaires et scolaires afin de travailler à la pénétration des avancées de la recherche universitaire dans les contenus des programmes scolaires. Dès sa fondation, le CVUH est ainsi ouvert aussi bien aux universitaires et aux enseignants du secondaire qu'à toute personne intéressée par l'histoire[4].

Il comptait 75 adhérents à sa fondation, 41 adhérents à jour de cotisation fin 2011, 55 fin 2012[5] et 17 en 2014[6].

Une sensibilité de gauche[modifier | modifier le code]

Les trois membres fondateurs du CVUH historiens s'inscrivent dans une réflexion située à gauche du champ politique marquée par leur engagement militant : Gérard Noiriel ancien membre du Parti communiste français (PCF)[7] s'engage en 2012 pour l'élection de François Hollande[8], Michèle Riot-Sarcey, militante et historienne du féminisme, a milité à La Voie communiste, avant d'adhérer brièvement au Parti socialiste unifié (PSU) (en 1971-1972) puis de rejoindre la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) de 1975 à 1985 et en 2011 d'appeller à voter Front de gauche à l'élection présidentielle[9]. Nicolas Offenstadt a pris position à plusieurs reprises dans les débats qui traversent la société française. Marquées à gauche, ces positions lui confèrent la stature d'un intellectuel engagé[10].

Selon l'historien Sébastien Ledoux, « marqué politiquement à gauche », le CVUH regroupe surtout, outre des enseignants du secondaires, des « historiens travaillant sur des objets de recherche marginalisés dans le champ académique (genre, immigration, esclavage, colonisation) »[11].

Le 2 mai 2017, dans l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle de 2017 qui oppose Emmanuel Macron à Marine Le Pen, le CVUH appelle à voter pour Emmanuel Macron contre le Front national car certains dirigeants de ce parti « célèbrent la mémoire de Pétain, nient l’extermination des Juifs par les chambres à gaz, remettent en question le droit de pratiquer librement ses croyances ». Pour le CVUH, la prétention du Front national d'arrêter toute immigration est une proposition « absurde et régressive, inapplicable »[12].

Présidents[modifier | modifier le code]

Prises de positions[modifier | modifier le code]

Lois mémorielles[modifier | modifier le code]

Le refus de condamner les lois mémorielles ne visant pas directement à régenter le travail de l'historien a conduit le CVUH à s'opposer régulièrement à Liberté pour l'histoire, autre mouvement d'historien présidé par René Rémond puis Pierre Nora, né fin 2005 à la suite d'une plainte déposée par un collectif d'outremer contre Olivier Pétré-Grenouilleau[16] et qui réclame la suppression de toutes les lois mémorielles[17]. Le CVUH a notamment critiqué en 2008 l'ouvrage publié par CNRS Éditions Liberté pour l'histoire (dirigé par Pierre Nora et Françoise Chandernagor) et l'« Appel de Blois » diffusé par ce mouvement à l'occasion des Rendez-vous de l'Histoire[18].

Usages par les hommes politiques de l'histoire[modifier | modifier le code]

Sur son site[19], le CVUH présente des dossiers de réflexion sur différents usages publics de l'histoire, et prend position dans l'actualité, comme en critiquant en mai 2007 l'utilisation par le nouveau président Nicolas Sarkozy de la dernière lettre de Guy Môquet[20] et en février 2008 le projet présidentiel sur la mémoire de la Shoah à l'école[21].

En 2008, est publié sous la direction de Laurence De Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt & Sophie Wahnich Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France visant à démonter les raccourcis utilisés par Nicolas Sarkozy pour évoquer l'histoire de France.

Laurence De Cock, professeur d’histoire-géographie à Paris et Mathilde Larrère, historienne et ancienne militante du Parti de gauche[22], critiquent à nouveau les propos de l’ancien président de la République en 2016 quand celui-ci parle de « nos ancêtres les Gaulois » lors de la campagne des primaires de droite. Les deux enseignantes « engagée à gauche » et se disant « proche du mouvement Ensemble ! » (membre du Front de gauche) procèdent au « détricotage méthodique » des propos de Nicolas Sarkozy témoignant « d’une vision fantasmée de l’Histoire »[23].

Critiques[modifier | modifier le code]

Selon le politologue Johann Michel, le CVUH, en ne s'opposant pas en bloc aux lois mémorielles, fait montre d'« une préférence pour le régime mémoriel victimaire et anticolonialiste (et donc une volonté de déconstruction du mythe ou du roman national), une antipathie pour les lois mémorielles de « droite » et, réciproquement, une sympathie pour les lois mémorielles de « gauche »[17] ».

Activités[modifier | modifier le code]

Journées d'études et ateliers[modifier | modifier le code]

Édition[modifier | modifier le code]

La CVUH participe à l'élaboration des ouvrages de la collection « Passé & présent » des Éditions Agone[24]. Ces ouvrages reprennent l'objectif affiché du CVUH : « alerter les citoyens à propos des détournements éventuels de la recherche historique et de réfléchir à la place et à la fonction de celle-ci dans notre société[24] ». Les droits d'auteurs de la collection étant pour moitié dévolus au CVUH, « Passé et présent » joue un rôle important dans le financement de l'association[5]. En avril 2017, six titres étaient parus[25] et un septième était prévu pour le mois d'août[24] :

  1. À quoi sert « l’identité nationale », par Gérard Noiriel, octobre 2007 (ISBN 9782748900804).
  2. Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, dirigé par Laurence De Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt et Sophie Wahnich, avril 2008 (ISBN 9782748900934).
  3. Enjeux politiques de l’histoire coloniale, par Catherine Coquery-Vidrovitch, mai 2009 (ISBN 9782748901054).
  4. La Fabrique scolaire de l’histoire : Illusions et désillusions du roman national, dirigé par Laurence De Cock et Emmanuelle Picard, septembre 2009 (ISBN 9782748901061).
  5. Pour quoi faire la Révolution, par Jean-Luc Chappey, Bernard Gainot, Guillaume Mazeau, Frédéric Régent et Pierre Serna, mars 2012 (ISBN 9782748901610).
  6. Conversation sur la naissance des inégalités, par Christophe Darmangeat, février 2013 (ISBN 9782748901818).
  7. La Fabrique scolaire de l’histoire II, dirigé par Laurence De Cock, août 2017 (ISBN 9782748903355).
    Deuxième édition, entièrement revue, de La Fabrique scolaire de l'histoire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. CVUH, « Manifeste du Comité de Vigilance face aux usages publics de l’histoire », sur cvuh.blogspot.fr, .
  2. Nicolas Offenstadt, « La position du CVUH sur les relations entre Histoire et Mémoire »
  3. Luigi Cajani, « L’histoire, les lois, les mémoires. Sur quelques conflits récents en Europe », Revue française de pédagogie, no 165,‎ , p. 70 (lire en ligne).
  4. D'après les statuts de l'association cités lors de l'assemblée générale 2009.
  5. a et b Fanny Madeline, « Compte-rendu de l'assemblée générale annuelle du 9 février 2013 : Rapport financier », sur cvuh.blogsport.fr, .
  6. Laurent Colantonio, « Compte-Rendu de l'assemblée générale annuelle du CVUH du 14 mars 2015 : Rapport financier », sur cvuh.blogspot.fr,
  7. Gérard Noiriel, Les fils maudits de la République. L’avenir des intellectuels en France, Solange De Jésus, Questions de communication, 9, 2006, mis en ligne le 30 juin 2006, consulté le 13 novembre 2016
  8. Pour les savoirs et la culture, nous voterons François Hollande, lesinrocks.com, 3/05/2012
  9. Ils et elles votent Front de gauche - l'Humanité
  10. « Nicolas Offenstadt, la mémoire dans la peau », sur Libération.fr (consulté le 13 juin 2016)
  11. Ledoux 2017, p. 115.
  12. Au nom de l'histoire, faisons «front» face à l'extrême droite, tribune, liberation.fr, 2 mai 2017
  13. Compte rendu de l'AG du 17 janvier 2009 [1].
  14. AG de 2011 et élection comme président [2]
  15. CVUH, « Qui sommes nous ? », sur cvuh.blogspot.fr, .
  16. Ledoux 2017, p. 113.
  17. a et b Michel 2010, p. 171.
  18. Michel 2010, p. 173, n. 2.
  19. Site de l'association
  20. Des usages étatiques de la lettre de Guy Môquet, article de Laurence De Cock publié sur le site de l'association
  21. Les bataillons scolaires de la mémoire (suite)
  22. http://www.rue89.nouvelobs.com/cretin-mathilde-larrere-historienne-snipeuse-twitter-265283
  23. Deux profs d’histoire détricotent les propos de Nicolas Sarkozy sur les « Gaulois », lemonde.fr, 20 septembre 2016
  24. a b et c « Passé & présent », sur agone.org (consulté le 24 avril 2017).
  25. notice BnF no FRBNF41178797.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Autres sources utilisées

Liens externes[modifier | modifier le code]