Claude Perier

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Claude Périer
Fonctions
Député de l'Isère
Législature Corps législatif (Consulat et Premier Empire)
Régent de la Banque de France
Biographie
Nom de naissance Claude Nicolas Périer
Date de naissance
Lieu de naissance Grenoble
Date de décès (à 58 ans)
Lieu de décès Paris
Nationalité Français
Père Jacques II Périer
Enfant(s) Augustin Perier, Alexandre Périer, Camille Joseph Perier, Casimir Périer, Alphonse Périer, Joseph Périer
Profession Négociant. Banquier.
Religion catholique
Résidence Grenoble, Paris


Claude II Perier dit milord[1] est un banquier et industriel français né à Grenoble le 28 mai 1742 et mort à Paris le 6 février 1801. Il est le fils de Jacques II Périer et de Marie-Elizabeth Dupuy[2].

Origines et famille[modifier | modifier le code]

Claude II Perier est l'héritier d'une famille de notables dauphinois, son père Jacques II et son grand-père maternel Claude Dupuy ayant tous deux exercé les fonctions de consul à Grenoble[2]. Il épouse le 28 avril 1767, à Grenoble, Marie-Charlotte Pascal, elle-même fille de Charles Pascal, syndic général des marchands de Grenoble et conseiller référendaire en la Chancellerie près le Parlement du Dauphiné. De leur union naissent douze enfants dont dix survivent à leur père[3]. L'une des nièces de Claude Perier est Philippine Duchesne (canonisée en 1988) qui alliera sentiment religieux et mission éducative en développant aux États-Unis de manière considérable les Dames du Sacré-Cœur[4].

Parallèlement à cette vie familiale, Claude entreprend un véritable cursus honorum dans le monde de la finance : il crée sa propre banque, est nommé conseiller et secrétaire du Roi à la Chambre des comptes du Dauphiné en 1778 alors âgé de 36 ans[5]. Deux ans plus tard, il achète le château de Vizille avec les droits féodaux afférents[3]. Ses armes sont alors d'azur à une bande d'or accompagné en chef d'une tête de lion arrachée et couronnée d'argent, lampassée de gueules[6]. Il installe dans l'aile droite du château des manufactures de papiers et cotonnades et d'impression sur étoffes[7].

Un acteur de la finance et de l'industrie[modifier | modifier le code]

Acteur de grandes aventures industrielles (mines d'Anzin, textile, commandites dans le commerce maritime) puis de la Révolution française de 1789, rédacteur en 1800 des statuts de la Banque de France[3][8][9][10], il est principalement connu pour la réunion des États généraux en Dauphiné qu'il accueille en son château de Vizille le 21 juillet 1788[11]. Cette réunion, conséquence directe de la journée des Tuiles du 7 juin, est la première à accorder au Tiers état, ici majoritaire, le vote par tête, et non par ordre comme dans les autres états généraux, notamment ceux de Pau ou Rennes[12].

Les députés de Vizille votent que « les trois ordres de la province n'octroieront les impôts, par dons gratuits ou autrement, que lorsque leurs représentants en auront délibéré dans les états généraux du royaume. »[13]

Si la motivation de Perier demeure avant tout de soutenir les parlementaires du Dauphiné, de Paris et de nombreuses autres provinces contre les mesures fiscales de Loménie de Brienne, les discours prononcés lors des États généraux de Vizille démontrent une volonté de voir un nouvel ordre social s'établir dans le royaume de France, partagée avec une grande partie de la bourgeoise de même que certains membres de la noblesse et du bas-clergé, qui le pousse à demander avec l'assemblée de Vizille la convocation par le Roi des États généraux du royaume, engageant ainsi le processus révolutionnaire.

L'influence politique et économique après la Révolution[modifier | modifier le code]

Après la réunion illégale des États généraux du Dauphiné qui fait suite à la « journée des Tuiles » à Grenoble, les parlementaires dauphinois savent qu'ils disposent dans leur fronde d'un soutien dans le peuple et la bourgeoisie. De plus, Perier jouit de la reconnaissance de ses pairs : il dispose d'une nouvelle charge, celle de directeur de l'hôpital général de Grenoble[14].

Mais la Révolution allait prendre à Paris un tournant inattendu et les périodes de trouble qu'elle inaugure vont nuire aux affaires de Perier. Une fois sa banque liquidée, il ne demeure pourtant pas à l'écart de la vie tant économique que politique de sa région[2]. Il achète des biens nationaux dont les mines d'Anzin[15] et devient officier municipal de Grenoble en octobre 1792[16].

Cependant, les Montagnards bientôt maîtres de la ville lui reprochent vite son amitié avec les Girondins et l'accusent de fédéralisme. Grâce au soutien de plusieurs notables dont Camille Teisseire, l'agent de la Convention à Grenoble proche de la Montagne, il ne sera pas inquiété[5].

Les affaires de Perier reprennent et ses qualités de gestionnaire sont reconnues par le Premier Consul Bonaparte, certainement reconnaissant par ailleurs d'avoir reçu son aide financière lors de son accession au pouvoir par le coup d'État du 9 novembre 1799[17],[18].

Perier rédige les statuts de la toute nouvelle Banque de France et devient l'un des premiers régents avec d'autres banquiers dont Jean-Frédéric Perrégaux, qui avait également financé le coup d'État[19]. L'institution a été créée le 18 janvier 1800 à la demande de Bonaparte afin d'émettre des billets payables à vue et au porteur. Elle est organisée sous la forme d'une société par actions dont l'Assemblée générale des actionnaires élit 15 régents chargés d'administrer la Banque. De cette charge il ne verra pas le terme, pas plus que de celle de député de l'Isère, élu le 25 décembre 1800 par le Sénat[20].

Il décède dans son hôtel particulier à Paris où il était contraint de loger de par son contrat avec la Banque de France, rue Saint-Honoré, le 6 février 1801. D'après Stendhal, il mourut de froid dans la nuit, ayant refusé de se chauffer car il trouvait le bois trop cher.

Postérité[modifier | modifier le code]

Plusieurs auteurs dont Stendhal insistent sur les habitudes économes de Perier. Surnommé Milord en référence à sa richesse, il aurait gardé des habitudes de vie simples, revêtant toujours le même habit bleu, et aurait appris à ses enfants à dépenser peu[21].

L'unité de sa famille était telle que l'on désignait toujours l'un de ses membres par l'expression « les Perier ». Claude II fut en somme le fondateur d'un modèle de dynastie bourgeoise qui développa son influence dans les milieux de la politique et des affaires au XIXe siècle.

Les enfants de Claude II Perier sont :

  • Henri de Pazzis, Origines, histoire et descendance de la famille Périer, tome III, Éditions Régionales de l'Ouest, Mayenne, 1995
  • Lucas-Dubreton, La manière forte, Grasset, Paris, 1929
  • Pierre Barral, Les Perier dans l'Isère, PUF Paris, 1964
  • Michel Sementry, Les Présidents de la République française et leur famille, Christian, Paris, 1982
  • François Furet, La Révolution Française, Gallimard, Paris, 2007
  • Stendhal, Vie de Henry Brulard : écrite par lui-même, éd. diplomatique présentée et annotée par Gérald Rannaud, Paris, Klincksieck, 1996

Références[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopédie Larousse, édition 1971-1976, Paris, Larousse,‎
  2. a, b et c Pierre Barral, Les Périer dans l'Isère au XIX° siècle, Paris, PUF,‎ , 245 pages p.
  3. a, b et c Madeleine Bourset, Casimir Périer : un prince financier au temps du romantisme, Paris, Publications de la Sorbonne,‎
  4. (en) Catherine M. Mooney, Philippine Duchesne, a woman with the poor, Eugene, Oregon, Paulist Press,‎
  5. a et b Université de Grenoble, Annales: Section lettres-droit, Volumes 10 à 12, Grenoble, Allier,‎
  6. Académe delphinale, Bulletin mensuel de l'Académie delphinale n°1, Grenoble,‎
  7. Brigitte Blanc, Vital Chomel, Inventaire des archives du château de Vizille et de la famille Périer, Grenoble, Archives départementales de l'Isère,‎ , 147 p.
  8. Alain Plessis, Régents et gouverneurs de la Banque de France sous le Second Empire, Genève, Librairie Droz,‎
  9. Romuald Szramkiewicz, Les régents et censeurs de la Banque de France nommés sous le Consulat et l'Empire, Genève, Librairie Droz,‎
  10. J.F et L.G. Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, Paris, A.T. Desplaces,‎
  11. Octave Chenavaz, La révolution de 1788 en Dauphineé: Journée des Tuiles, assemblée de Vizille, Grenoble, Gratier,‎
  12. François Furet, La Révolution française, Paris, Gallimard,‎
  13. Assemblée des trois ordres de la province de Dauphiné,‎
  14. Henry de Pazzis, Origines, histoire et descendance de la famille Perier, Mayenne, Editions régionales de l'Ouest
  15. Jean-Paul Bertaud, La France de Napoleón, 1799-1815, Messidor/éditions sociales,‎ , 248 p.
  16. Jean-Joseph-Antoine Pilot de Thorey, Statistique du département de l'Isère, Grenoble, Allier père et fils,‎
  17. (en) Youssef Cassis,Jacqueline Collier, Capitals of Capital: The Rise and Fall of International Financial Centres 1780-2009, Cambridge, Cambridge University Press,‎
  18. Jean Gabriel Maurice Rocques, Histoire de France: depuis l'année 1825 jusqu'à l'avènement de Louis-Philippe, volume 4, Paris, Moutardier,‎
  19. Paul Robert, Alain Rey, Le Petit Robert, Paris, Société d'éditions, publications et reproductions économiques et techniques,‎
  20. J.J.A.A.D. Pilot, Statistique du département de l'Isère, Grenoble, F. Allier père et fils,‎
  21. Stendhal, Vie de Henry Brulard, Paris, Librairie ancienne Honoré et Edouard Champion,‎

Bibliographie[modifier | modifier le code]