Chiffonnier (métier)

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Chiffonnier
Lumpensammler.jpg
Un chiffonnier parisien, avenue des Gobelins, en 1899 (photo Eugène Atget).

Un chiffonnier est une personne dont le métier consiste à passer dans les villes et villages pour racheter des choses usagées et les revendre à des entreprises de transformation.

Historique[modifier | modifier le code]

Avec la réglementation de plus en plus serrée du système de ramassage des ordures entreposées dans des poubelles hermétiques, enlevées par des sociétés spécialisées, ce métier a progressivement disparu dans les sociétés occidentales. Il a été exercé en France jusque dans les années 1960 mais continue à l'être dans de nombreuses régions du monde.

Félix Rat présente en 1846, une tragédie populaire, Le Chiffonnier de Paris, dans laquelle les biffins sont dénommés « les chevaliers de la hotte et du crochet[1] ».

Le chiffonnier collecte :

En Europe[modifier | modifier le code]

Statue d'un chiffonnier au centre de Gambettola, Italie
Enseigne d'un chiffonnier à Montreux, Suisse
"Coupeuse mécanique des chiffons".
"Atelier de triage et de découpage des chiffons".

En Europe et particulièrement en France et en Italie, les chiffonniers restent dans la mémoire des anciens. De coutume, ce « chiffonnier » que l'on appelait le « Peau de lapin » ou « biffin »[3], passait le dimanche matin pour ramasser la peau du lapin que la ménagère avait tué et dépouillé pour le repas dominical. Dans la semaine, c'était au tour des chiffons et ferraille que le chiffonnier transportait dans une carriole ou une vieille auto. Bien souvent les jeunes enfants se chargeaient de faire la transaction, ce qui constituait leur argent de poche.

En Bretagne, on les appelait pilhaouers et ils étaient particulièrement nombreux dans les communes de Botmeur, La Feuillée, Brennilis et Loqueffret, situés en plein cœur des Monts d'Arrée. Un musée, la Maison du Recteur, leur est consacré à Loqueffret[4].

Article détaillé : Pilhaouer.

À Paris, on dénombre vers 1850 25 000 personnes, hommes, femmes et enfants, qui se livrent alors au chiffonnage. Ils passent à 35 000 en 1884, période de l'apogée du chiffonnage, le besoin exponentiel de papier résultant du développement de la presse et de l'invention en 1798, de la machine à fabriquer le papier en continu par Louis-Nicolas Robert[5]. Avec le développement de la cellulose de bois, la mécanisation et la rationalisation de la filière de la récupération, et avec l'introduction des poubelles et du broyage des déchets au début du XXe siècle, leurs effectifs déclinent[6].
Dans la capitale française, l'île aux Singes et la cité des Mousquetaires au 228 de la rue la cité des Mousquetaires (15e arrondissement) abritaient les chiffonniers, qui fonctionnaient selon un code très hiérarchisé : le piqueur remuait les ordure avec son crochet, le placier vidait les boîtes à ordures et le maître-chiffonnier se chargeait de la revente des déchets. En 1884, le préfet Eugène Poubelle modifie considérablement leur outil de travail en rendant obligatoire les boîtes à ordures vidées par une administration. Les chiffonniers peuvent cependant toujours vider ce qu'on appelle désormais des « poubelles » avant le passage des autorités. Des coopératives sont aussi créées pour combattre le pouvoir des maîtres-chiffoniers, mais sans succès : la Société des Mousquetaires en 1890 ou L'Avenir du 15e arrondissement en 1900. Un syndicat, le Tombeau des lapins, est même créé, mais il est concurrencé par celui de Montmartre, mieux organisé. L'urbanisation et les progrès en matière d'hygiène mettent finalement un terme au métier au métier de chiffonnier[7].

Le chiffonnage amorce son déclin à la fin du XIXe siècle lorsque la plupart des papetiers choisissent d'utiliser de la cellulose de bois. La crise s'aggrave au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec l'apparition des fibres synthétiques et la fermeture des moulins à papier qui ne résistent plus à la concurrence des groupes industriels[8].

La disparition de ce métier tient essentiellement aux habitudes de consommation qui ont considérablement évolué à partir des années 1970, avec l'apparition de la grande distribution et le ramassage des ordures généralisé dans tous les pays d'Europe. Cependant, la récupération de déchets valorisables représente un complément de revenu, voire une activité, pour une partie paupérisée de la population et les personnes sans-abri. Ceci est favorisé par la montée des prix des matières premières, notamment les métaux, et le nombre d'objets jetables qui est en perpétuelle augmentation.

En France, les biffins peuvent être considérés comme des néos-chiffonniers. À Paris par exemple, dans l'est de la capitale, ils se regroupent pour vendre leurs trouvailles à la porte de la ville[9].

Pays en voie de développement[modifier | modifier le code]

Si ce métier a presque disparu de France et de nombreux autres pays développés, cependant il existe toujours massivement dans les pays en développement où les « récupérateurs informels » jouent un rôle considérable dans les systèmes de gestion des déchets.

Langage populaire[modifier | modifier le code]

Bien souvent le terme « chiffonnier » a un sens péjoratif et est associé à une personne mal habillée ou se tenant mal, aussi bien dans sa tenue que dans son parler. En revanche le chiffonnier de métier, dont l'habillement était sali de par sa profession, exerçait un métier relativement lucratif et net d'impôt. Certains artistes et écrivains considéraient le chiffonnier comme un philosophe qui méprise la civilisation et recèle une personnalité libre, ce qui fait écrire Pierre Larousse dans son Grand dictionnaire universel du XIXe siècle publié en 1869 « tout chiffonnier porte en lui l'étoffe d'un Diogène[10] »

En France, la profession de chiffonnier est associée à la violence. Souvent fruit de la misère et de l'alcoolisme, la rixe entre chiffonniers est une sorte de jeu rituel et codifié[11] et est devenue si proverbiale qu'elle est à l'origine de l'expression courante « se battre comme des chiffonniers ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Catherine de Silguy, Histoire des hommes et de leurs ordures, Le Cherche Midi, , p. 107.
  2. Sabine Barles, L'invention des déchets urbains : France, 1790-1970, Éditions Champ Vallon, 2005.
  3. n. m. XIXe siècle. Dérivé de « biffe », au sens de « chiffon, objet sans valeur » (XVe siècle) in Base de données Mérimée ministère de la Culture et de la Communication - direction de l'Architecture et du Patrimoine, ainsi dénommé par le peuple à cause de son crochet qui sert à deux fins, se défendre et ramasser les biffes.
  4. Maison du Recteur - Parc naturel régional d'Armorique
  5. Roger Dédame, Les artisans de l'écrit, Indes savantes, , p. 343.
  6. Hervé Sciardet, Les marchands de l'aube, Economica, , p. 13.
  7. Panneau Histoire de Paris, n°108 rue Saint-Charles.
  8. Catherine de Silguy, Histoire des hommes et de leurs ordures. Du Moyen Âge à nos jours, Le Cherche Midi, , p. 118.
  9. [1]
  10. Sylvia Ostrowetsky, Lucrécia D'Aléssio Ferrara, Pour une sociologie de la forme, L'Harmattan, , p. 220.
  11. Barrie M. Ratcliffe, Christine Piette, Vivre la ville, Boutique de l'histoire, , p. 294.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacqueline Favreau et Jean-Louis Aguila, Pilhaouer et Bonnet-rouge, (Poche) Letavia jeunesse - Liv'ditions
  • Yann Ber Kemener, Pilhaouer et Pillotou : Chiffonniers de Bretagne, Skol Vreizh, no 8 - juillet 1987
  • Antoine Compagnon, Les chiffonniers de Paris, Gallimard, 2017

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]