Château d'Itter

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château d'Itter vu du sud-est
Itter vu du nord-ouest

Le château d'Itter (en allemand Schloss Itter) est un petit château dominant le village d'Itter dans le Tyrol autrichien, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Kietzbuehl. Il est connu pour avoir servi de lieu de détention pour un certain nombre de personnalités et officiers généraux français pendant la Seconde Guerre mondiale.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le château fort[modifier | modifier le code]

On ignore la date de construction du premier château : c'était un fort du haut-diocèse de Ratisbonne protégeant l'entrée dans la vallée de Bressanone contre l'évêché de Salzbourg ; sa construction pourrait remonter à l'an 900 (c'est en 902 que Ratisbonne obtint la terre de Bressanone). En 1380, le chapitre cathédral vendit Itter à Salzbourg ; la première mention écrite du château date de 1241 : il est alors dit que le village d'Itter appartient au comte palatin Rapoton II d'Ortenburg[1].

Au XIVe siècle, le château servait de tribunal et de centre de pouvoir ce qui, pour la population locale, signifiait qu'il fallait l'approvisionner en bois et en nourriture, mais aussi supporter la présence militaire. En 1526, au plus fort de la Révolte de paysans, le château fut détruit par des hommes du Pinzgau, mais il était restauré dès 1532[1]. Lorsqu'au XVIIe siècle le tribunal fut transféré à Hopfgarten, ce château fut, comme tant d'autres, laissé à l'abandon.

En 1806, au cours des Guerres napoléoniennes, le gouvernement bavarois vendit les ruines de la commune d’Itter pour la somme symbolique de 15 florins[2] : les paysans de l'endroit s'en firent une carrière de pierres.

Le château[modifier | modifier le code]

En 1878, un entrepreneur de Munich, Paul Spieß, acheta les terrains. Il fit édifier le château actuel sur les fondations existantes. Il tenta d'y aménager (sans succès) une pension de famille avec 50 chambres. En 1884, cette propriété fut rachetée par la pianiste Sophie Menter, et elle y reçut notamment Liszt et Tchaïkovski. En 1902, le nouveau propriétaire, Eugen Meyer, transforma le château dans le style néo-gothique avec quelques éléments de style Tudor. Ces propriétaires avaient ainsi fait du château (non sans soulever de protestations) une résidence typique de la Belle Époque.

La prison[modifier | modifier le code]

Administrativement, le château-prison dépendait du camp de concentration de Dachau, situé non loin de là en Bavière mais les conditions de détention n'avaient rien de comparables[3]. Sa garde était assurée par un petit détachement SS, garde facilitée par la configuration du château sur un petit promontoire rocheux à flanc de colline. Le service était assuré par un Kommando de femmes déportées détachées du camp principal de Dachau[4] et quelques hommes, également déportés de Dachau.

Furent internés au château d'Itter : Édouard Daladier et Paul Reynaud, anciens présidents du conseil, Léon Jouhaux, leader syndicaliste (rejoint par son épouse à la demande de cette dernière), Jean Borotra champion de tennis et ancien ministre de Vichy, André François-Poncet, ambassadeur à Berlin de 1931 à 1938, Michel Clemenceau, homme politique et fils de Georges Clemenceau. Les généraux Gamelin et Weygand (et son épouse), le colonel de La Rocque ancien chef des Croix de Feu et le capitaine Granger, frère du Colonel Granger, le gendre du général Giraud. Le président Albert Lebrun y séjournera seulement de fin août à décembre 1943 et sera renvoyé en France, dans sa maison de Vizille, pour raisons de santé. Marie-Agnès de Gaulle, sœur aînée du général de Gaulle et résistante, y sera internée seulement à partir d'avril 1945, arrivant de Bad Godesberg, un des camps annexes de Buchenwald.

Léon Blum et Georges Mandel, qui étaient juifs, ne furent pas internés au château d'Itter mais dans une maison située juste à côté du camp de Buchenwald[5] et où étaient passés auparavant certains des prisonniers d'Itter.

Francesco Saverio Nitti, ancien président du Conseil italien, fut également emprisonné à Itter[6].

Alors que les troupes américaines commençaient à pénétrer en Haute Bavière et dans le Tyrol autrichien, Eduard Weiter, le dernier commandant officiel de Dachau, fuit le camp principal. Ayant trouvé refuge au château d'Itter, il s'y donna la mort le 2 mai 1945[7].

Les prisonniers seront libérés le , de manière un peu rocambolesque, par des éléments de la 103e division américaine du général Mac Auliffe [8] aidés des quelques gardes allemands qui s'étaient rendus et de certaines des personnalités prisonnières[9],[10] défendirent le château contre ces assaillants SS jusqu’au-boutistes, avant l'arrivée de renforts américains.

Les personnalités françaises furent par la suite conduites devant le général de la division, Anthony McAuliffe, puis au quartier-général du général de Lattre à Lindau, en Bavière, où ce dernier, à la suite d'ordres reçus de Paris, arrêta Borotra et Weygand[3].

René Lévesque (1922-1987), futur Premier ministre du Québec, alors jeune correspondant de guerre de l'armée américaine, entrera dans le château dans le sillage des troupes américaines[11].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages évoquant le château d'Itter par des personnes y ayant été retenues :

  • Édouard Daladier - Journal de captivité (1940-1945), ed. Calmann-Levy
  • Augusta Léon-Jouhaux - Prison pour hommes d'État, éd. Denöel-Gonthier, 1973.
  • Maurice Gamelin - Servir
  • André François-Poncet - Carnet d'un captif, éd. Fayard, 1952.

Un militant antifascite yougoslave, Cuckovic, déporté à Dachau puis affecté au château d'Itter comme électricien a également fait un court récit de cette période[12].

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Cf. Stephen Harding, The Last Battle. When U.S. and German Soldiers Joined Forces in the Waning Hours of World War II in Europe, Philadelphie, Da Capo Press, (ISBN 978-0-306-82209-4), p. 11-12)
  2. Cf. « Burg Itter im Brixental », sur burgen-adi.at.
  3. a et b Raymond Ruffin, La vie des Français au jour le jour, Albin Michel, (ISBN 9782844782885).
  4. « Les KOMMANDOS / LISTE DES KOMMANDOS DU CAMP DE DACHAU », sur http://dachau.fr, AMICALE du CAMP de CONCENTRATION de DACHAU (consulté le 13 août 2009)
  5. Pierre Assouline, « Quand Léon Blum était un otage de marque », sur La république des livres, blog de Pierre Assouline, Le Monde,‎ (consulté le 12 août 2009)
  6. Augusta Léon-Jouhaux, Prison pour hommes d'État, Denoël/Gonthier, , 176 p.
  7. Meyer Levin, « Article from the Saturday Evening Post », sur http://www.itter.org/,‎ (consulté le 13 août 2009)
  8. (en) Stephen Harding, The Last Battle: When U.S. and German Soldiers Joined Forces in the Waning Hours of World War II in Europe, Da Capo Press, (ISBN 978-0-306-82208-7)
  9. « 36th Division in Worl War II - "FRENCH LEADERS FREED" », sur http://www.texasmilitaryforcesmuseum.org, Texas Military Forces Museum (consulté le 13 août 2009)
  10. « De Gaulle, mon frère », sur http://www.lefigaro.fr, Le Figaro (consulté le 1er septembre 2011)
  11. Michel Lemieux, Voyage au Levant, De Lawrence d'Arabie à René Lévesque, Septentrion, , 384 p. (ISBN 2921114690), page 110.
  12. Pierre Durand, « Pas d’autocritique pour les accords de Munich », L'Humanité,‎ (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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