Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis CREDOC)
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Ne pas confondre le sigle (CRÉDOC) de ce centre d'Études et de Recherche avec le terme crédoc qui signifie Crédit Documentaire

Centre de recherche pour l'étude
et l'observation des conditions
de vie (CRÉDOC)
Création 1953
Siège 142 rue du Chevaleret
75013 Paris
Pays Drapeau de la France France
Rattachement DGCCRF et DGE
Directeur Régis Bigot
Disciplines économie, sociologie, statistique, sciences politiques, démographie

Le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (plus connu sous son acronyme de CRÉDOC) est un organisme d'études et de recherche au service des acteurs de la vie économique et sociale. Fondé en 1953, le CRÉDOC mène de nombreux travaux d'études et de recherches interdisciplinaires (économiques, sociologiques, statistiques, démographiques voire linguistiques).

A sa fondation son acronyme signifiait Centre de Recherches et de Documentation sur la Consommation. Depuis 1976, sans changer de sigle, le centre a élargi son périmètre et est devenu le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie, sa dénomination actuelle officielle[1].

Depuis 2015, l’activité du CRÉDOC est assurée par deux pôles : le pôle Evaluation et Société et le pôle Consommation et entreprises . Le CRÉDOC est notamment sollicité par des organismes et établissements publics mais aussi par des commanditaires du secteur privé. En 2016, le CRÉDOC a élargi ses activités au « big-data » en constituant une équipe de spécialistes en données volumineuses.

L'organisme a été dirigé de 1987 à 2009 par Robert Rochefort, fonction qu’il quitte en 2009 pour se consacrer à son mandat européen. Son directeur actuel est Régis Bigot qui occupe ce poste depuis 2015. L'actuel président du CRÉDOC est Christian Tardivon, Contrôleur d'État, lequel est membre de droit du Conseil national de la consommation.

Le CRÉDOC, aujourd’hui association à but non lucratif (loi 1901), est placé sous la tutelle de la Direction générale de la concurrence, de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF) et de la Direction générale des entreprises (DGE). Ses activités sont surveillées et suivies par un conseil d’administration composé de représentants de l'administration publique et par un conseil scientifique.

Le CRÉDOC emploie actuellement une trentaine de personnes.

Organisation[modifier | modifier le code]

Le CRÉDOC est dirigé par un directeur général qui est épaulé par deux directrices de pôle et une Secrétaire générale. Les décisions d’orientations en matière scientifique sont discutées et validées par un Conseil scientifique. La direction générale du CRÉDOC est actuellement assurée par Régis Bigot (économiste). Le CRÉDOC dispose d’un service de communication, de documentation et d’information. La présidence du CRÉDOC est actuellement assurée par Christian Tardivon[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Création du CRÉDOC en 1953 à l'instigation du Comité Général à la Productivité qui souhaitait disposer d’un organisme capable de produire des informations fiables sur la consommation en France dans le but d’alimenter les Comptes nationaux. Placé sous tutelle du Commissariat au plan le CRÉDOC constitue à son origine une entité administrative aux contours flous. Au départ, le CRÉDOC est une équipe de recherche fonctionnant dans le cadre de l’Association française pour l’accroissement de la productivité[3]. Le centre n’acquiert son statut juridique actuel, celui d’une association à but non lucratif de loi 1901, qu’en 1961. Qu’il s’agisse de son statut initial ou de son statut actuel, l’organisation et le statut juridique du CRÉDOC lui confère une position hybride dans le paysage administratif français. Ses missions relèvent du service de l’Etat, mais de par son statut juridique le centre reste extérieur à l’administration. L’équipe fondatrice du CRÉDOC se constitue notamment autour d’anciens membres de l’Institut de science économique appliquée (ISEA) comme Edmond Lisle ou Georges Rottier, qui est le premier directeur[4]. Les instances directrices (conseil d’administration, conseil scientifique et le comité directeur de la revue Consommation) sont co-animées par la nouvelle équipe, de personnalités proches du Plan comme François Perroux, de chercheurs de l’INED ainsi que de membres de l’INSEE.[5]

  • Au départ, sa mission est essentiellement d’étudier les diverses formes et fonctions de la consommation. Son sigle d'origine signifie « Centre de recherche pour l'étude et l'observation de la consommation ». Pour ce faire, il rassemble des économistes, des statisticiens et des sociologues dont une bonne partie est directement payée par le CNRS.
  • En 1955, sous l'impulsion du Commissariat au plan, le CRÉDOC se dote d'une « Division d’économie médicale », dite « la DEM », afin de créer un système statistique permettant de saisir l’étendue et la complexité du système de santé en France. Après avoir mis en place les premières enquêtes sur les consommations médicales, ce petit groupe de médecins hospitaliers et de statisticiens contribue à établir les premiers « comptes de la santé » pour la préparation du budget et du plan. Les productions scientifiques du CRÉDOC constituent de manière significative l’édifice fondateur de l’économie médicale en France. Discipline qui sera connue plus tard sous le nom d’économie de la santé[6].
  • Pour alimenter les comptes de la consommation, l’équipe du CRÉDOC s’appuie sur différents types de données produits parfois grâce à des approches méthodologiques novatrices. Jusqu’alors les données sur la consommation ont été extraits de sources fournies par l’administration publique. Or, les équipes du CRÉDOC proposent d’adjoindre à ces informations des données issues d’une interrogation d’un échantillon représentatif de ménages françaises. En 1955, une enquête sur le budget des ménages – connue plus tard sous le nom BDF – est envisagée conjointement par le CRÉDOC et l’INSEE. Le projet fut mis en œuvre sous forme d’une enquête pilote en 1956 qui sera suivie par quatre vagues consécutives[7].
  • En 1959, débute une seconde enquête auprès des ménages, conduite également en partenariat avec l’INSEE. Cette enquête porte sur la consommation médicale des ménages français[8].
  • Dans les années 1960, la DEM et d'autres équipes du CRÉDOC apportent leurs compétences pour aider au développement des « missions RCB » ( Missions de « Rationalisation des choix budgétaires » sur le modèle du PPBS (Planning Programming Budgeting System) développé aux États-Unis par l'administration du Pentagone[9].
  • Puis la Division d’économie médicale s’est autonomisée au sein du CRÉDOC grâce à des financements propres qui lui ont permis de développer les grandes enquêtes sur les besoins de santé et sur l’offre du système de soins dont la gestion publique avait besoin pour maîtriser l’économie de la santé en France. Mais la persistance d’un département autonome est devenue contradictoire avec la volonté de réorganisation du CRÉDOC exprimée en 1984 par sa nouvelle directrice venant de l'Insee, Catherine Blum. Cette dernière a alors exigé que la DEM soit séparée du CRÉDOC, opération qui a abouti en 1985 à une nouvelle association loi de 1901, laquelle a pris le nom de CREDES.
  • De 1978 à 1994 le CRÉDOC met en place sous l’impulsion du statisticien Ludovic Lebart un dispositif permanent d'enquêtes sur les modes de vie, opinions et aspirations des Français, lequel fournit toujours une base de données précieuse sur l’évolution des comportements de consommation en France ainsi que sur leurs déterminants. Dans la période qui a suivi, le départ d'une bonne partie de l'équipe ayant fondé l'enquête Aspirations, la diminution de la part des financements publics dans le budget et, enfin, l'essor de la concurrence des instituts privés ont conduit son directeur, Robert Rochefort, à diversifier de plus en plus les débouchés du CRÉDOC : par le développement de nombreuses enquêtes et études de marché, mais aussi par la construction de systèmes d'information et la mise en place de multiples formes de construction et d'analyse des données telles les enquêtes qualitatives par entretien, les réunions de groupe de données ou l'analyse lexicale.
  • Depuis 2005, le CRÉDOC est membre du ENSR.

Missions[modifier | modifier le code]

Le CRÉDOC mène des missions de conseil et de recherche sur la société française et le comportement des individus en tant que consommateurs ou encore comme membres de la société civile. Certaines de ses analyses sur la société française sont rendues publiques et participent au débat national.

Le CRÉDOC accompagne également des acteurs publics, para-publics ou privés dans leurs réflexions et leurs prises de décision, de la préconisation de l'étude à sa réalisation, des conclusions aux pistes d'action qui en découlent.

Activités de recherche et contributions au débat public[modifier | modifier le code]

Les travaux de recherche du CRÉDOC aliment régulièrement le débat public. Elles portent entre autres sur la fiscalité et les conditions de vie des classes moyennes[10],[11], les comportements alimentaires[12], les représentations et pratiques culturelles des Français[13], le budget de référence des ménages[14], les loisirs et le bien-être[15], les comportements numériques et les nouvelles technologies[16] ou encore les politiques du logement[17].

Le CRÉDOC mène par ailleurs plusieurs enquêtes barométriques d'opinion dont les résultats alimentent régulièrement le débat public: L'enquête "Conditions de vie et aspirations" (depuis 1978), l'enquête "Comportements et consommations alimentaires en France" (depuis 1988), le baromètre DJEPVA sur la jeunesse, Le baromètre UCPA sur les pratiques sportives des 16-25 ans, le baromètre DGPAT sur les pratiques patrimoniales des Français, l'enquête de référence de Pôle emploi sur les besoins en main d'oeuvre (BMO - depuis 2001), le baromètre du numérique (ARCEP/CGE/Agence du numérique) ou encore l'enquête "Tendances de consommation" (1992).

Le CRÉDOC participe en tant que partenaire au programme de recherche transdisciplinaire 13-11 portant sur les conséquences sociétales des attentats du 13 novembre 2015[18],[19]. Ce programme est porté par le CNRS et l'INSERM et financé par l'ANR (Agence nationale de la recherche) dans le cadre du Programme Investissement d'Avenir (PIA)[20].

Les chercheurs du CRÉDOC sont régulièrement auditionnés en tant qu'expert par le Conseil Economique Social et Environnemental (CESE) ou par des commissions parlementaires sur des sujets sociétaux comme la grande pauvreté, l'invisibilité sociale ou encore l'inégalité des sexes[21].

Les équipes du CRÉDOC accueillent également des étudiants et jeunes chercheurs. Par exemple, Thomas Piketty et Dominique Strauss-Kahn y ont séjourné pour rédiger une partie de leurs travaux de recherche en économie.

En 2018, le CRÉDOC a organisé son premier Hackathon en partenariat avec l'Ecole Télécom ParisTech, l'Ecole d'Economie de Paris, le CEPREMAP, l'ENSAI et SciencesPo Paris sur la thématique du "bien-être"[22].

Financement et controverses[modifier | modifier le code]

Le CRÉDOC est subventionné par l'État à hauteur de 10 % de ses revenus et dépend du ministre chargé de la consommation et du commerce. Cette subvention lui permet d'élaborer des travaux de recherche plus théoriques et de participer ainsi au débat public sur des enjeux et question sociétaux. Pour les 90 % restants, il répond à des appels d'offres formulés par le secteur public, para-public et à des demandes de clients privés. Son modèle économique repose, depuis 20 ans, sur un financement qui fait appel essentiellement au marché concurrentiel avec toutes les difficultés et risques que cela représente[23]. L'émission Cash investigation présentée par Élise Lucet a mis en doute une étude du CRÉDOC, en partie financée par Coca-Cola, qui avait affirmé qu'il n'y avait pas de corrélation entre la consommation de sodas et l'obésité[24],[25]. L'étude en question affirmait qu'il n'y avait pas de corrélation statistique entre les quantités de sodas consommés et l'IMC. Les conclusions de cette étude avaient été relayées par les médias, ainsi que par la communication de Coca-Cola, co-financeur de cette étude[26]. En plus de cette étude financée en partie par une société produisant des boissons et qui tendait vers une incitation à une plus grande consommation de boissons, il a été indiqué qu'une étude financée en partie par des sociétés produisant des compotes tendait vers une incitation à une plus grande consommation de compotes, reproduisant ce schéma directeur[27].

En juin 2012, des journalistes d'Arrêt sur images mettent en doute les études du CRÉDOC qui seraient orientées dans le sens des entreprises qui les financent[28].

Cash investigation, en septembre 2015, souligne "la méthodologie pour le moins douteuse et très éloignée de celle de la police"[29] utilisée par l'organisme dans un rapport largement diffusé dans les médias pour quantifier le nombre d'usurpations d'identité en France. L'étude était subventionnée par un fabricant américain de destructeurs de documents.

A la suite de ces critiques le CRÉDOC s'est doté d'une charte déontologique fixant à ses personnels les lignes de conduite en matière de rigueur et de transparence méthodologique. La charte clarifie également les procédures à suivre en cas d'instrumentalisation ou de dénaturation des résultats d'études ou de recherches[30].

Parmi les clients du CRÉDOC, on compte des entreprises de tous secteurs (Danone, Orangina, Panzani, Bongrain, ENGIE, RATP, Henkel...), des distributeurs (Carrefour, Auchan, Monoprix...), des organismes publics ou parapublics (Ademe, la Caisse Nationale des Allocations Familiales, Pôle emploi, l'Agence Nationale pour la Cohésion Sociale et l’Égalité des Chances, le Ministère de l'économie et des finances, le Ministère des sports et de la jeunesse, le Ministère des Outre-Mer, le Ministère de l'éducation nationale, le Ministère de la Santé, le Ministère de la culture et de la communication...)[31],[32].

Bibliographie sélective[modifier | modifier le code]

Le CRÉDOC publie une lettre mensuelle, Consommation & Modes de Vie. Chaque numéro est consacré à un thème unique, éclairant les grands débats contemporains. Il publie également des rapports et études thématiques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Simon Langlois, Consommer en France, Cinquante ans de travaux scientifiques au Crédoc, Paris, Editions de l'Aube, 2005, p.7
  2. Voir le site du CREDOC www.credoc.fr
  3. Daniel Benamouzig, L'Etat au chevet de l'"économie médicale", la contribution du Crédoc, in Philippe BEZES et al. (dir), L'Etat à l'épreuve des sciences sociales, La Découverte, Paris, Novembre 2015., p4 sq.
  4. Daniel Benamouzig, La Santé au miroir de l'économie, une histoire de l'économie de la santé en France, Paris, PUF, 2005
  5. V. Spenlehauer, L'évaluation des politiques publiques, avatar de la planification, Thèse pour l'obtention du doctorat de sciences politiques, Grenoble, 1998,, 585p.
  6. Daniel Benamouzig, Essor et développement de l'économie de la santé en France, une étude empirique de sociologie cognitive, Paris, Université Paris IV, 2000, 891p.
  7. Daniel Benamouzig, op. cit. 2015.
  8. Le Centre de Recherches et de Documentation sur la Consommation, In Revue française de sociologie, 1967, 8-1, p. 90-93
  9. Voir à ce sujet la thèse de sociologie de Magali Robelet Les figures de la qualité des soins – Rationalisations et normalisation dans une économie de la qualité, LEST, 2003.
  10. Bigot R., Daudey E., Müller J., Osier G., Les classes moyennes sont-elles perdantes ou gagnantes dans la redistribution socio-fiscale, Paris, Crédoc, décembre 2012.
  11. Bigot Régis, Fins de mois difficiles pour les classes moyennes, Paris, Editions de l'Aube, 2009.
  12. Hébel P., Francou A., Van Egroo L.-D., Rougé C., Mares P., Consommation alimentaire et apports nutritionnels chez les femmes allaitantes, en France, OCL, 2018, https://doi.org/10.1051/ocl/2018014
  13. Millot Ch., Müller J., Lallement E., Renzi C., Dezellus J., Les visites patrimoniales progressent encore chez les Français, signe d'un attachement fort et durable, Note de synthèse, avril 2017, http://www.credoc.fr/pdf/Sou/Note_de_synthese_N23_Visites_Patrimoniales_Avril_%202017.pdf
  14. Alberola E., Aldeghi I., Concialdi P., Math A., Budget de référence ONPES, Paris 2014. http://www.credoc.fr/publications/abstract.php?ref=Sou2014-4210
  15. Bigot R., Croutte P., Daudey E., Hoibian S., Müller J., Le vien-être progresse-t-il moins vite que le produit intérieur brut?, juillet 2013, http://www.credoc.fr/pdf/4p/262.pdf
  16. Baromètre du numérique, https://www.arcep.fr/uploads/tx_gspublication/barometre_du_numerique-2017-271117.pdf
  17. Bigot R., Hoibian S., Daudey E., Le logement social est-il un atout ou un handicap pour la croissance, Paris, 2014, http://www.credoc.fr/pdf/Rapp/R316.pdf
  18. Brice L., Hoibian S., Millot Ch., Peschanski D., Une forte empreinte des attentats du 13 novembre 2015, notamment chez les jeunes, novembre 2016, http://www.credoc.fr/pdf/Sou/Note-Credoc-07-11-2016.pdf
  19. https://www.youtube.com/watch?v=uBAkX9uwa_g&t=6720s
  20. http://www.memoire13novembre.fr/
  21. Questions à Sandra Hoibian - Combattre l'isolement social, 2017, www.lecese.fr/content/questions-sandra-hoibian-credoc-combattre-l-isolement-social
  22. https://www.youtube.com/watch?v=gyL-FNHSroY
  23. Présentation du CRÉDOC.
  24. France 2, Cash investigation par Élise Lucet
  25. Comportements et consommations alimentaires en France, publication du Credoc, 2010.
  26. Site officiel de Coca-Cola page intitulée "Coca-Cola répond à vos questions", La consommation de boissons sucrées est-elle responsable de l’obésité ?
  27. Cash Investigation. Sucre : comment l’industrie nous rend accros, Cash Investigations
  28. Le chiffrage bidon des victimes était signé Crédoc, Coca, aspartame : un additif nommé CRÉDOC.
  29. Le Monde.fr, Les dessous du business de la peur, 21/09/2015[1]
  30. http://www.credoc.fr/charte.php
  31. Note de Conjoncture Sociétale
  32. L'enquête "Conditions de vie et aspirations des Français".

Liens externes[modifier | modifier le code]