Pina Bausch

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Pina Bausch
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Pina Bausch (à droite) et Dominique Mercy (à gauche) à la fin d'une représentation de Wiesenland en 2009.
Nom de naissance Philippina Bausch
Naissance
Solingen, Allemagne
Décès (à 68 ans)
Wuppertal, Allemagne
Activité principale Chorégraphe et danseuse
Style Danse contemporaine
Lieux d'activité Wuppertal
Années d'activité De 1961 à 2009
Collaborations Dominique Mercy
Formation Folkwang-Hochschule, Juilliard School
Maîtres Kurt Jooss
Enseignement Paul Taylor et Antony Tudor
Récompenses Bessie Award en 1984
American Dance Festival Award 1999
Lion d'or
Prix Nijinski
Prix Goethe

Œuvres principales

Philippina Bausch, alias Pina Bausch[1], née le à Solingen (Allemagne) et morte le [2] à Wuppertal, est une danseuse et chorégraphe allemande. Fondatrice de la compagnie Tanztheater Wuppertal, en résidence à Wuppertal en Allemagne, elle est considérée comme l'une des principales figures de la danse contemporaine et du style danse-théâtre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

Le bar-hôtel (devenu une pharmacie) de Solingen où Pina Bausch a grandi.

Pina Bausch est la troisième enfant d'August et Anita Bausch, gérants d'hôtel à Solingen où elle est née[1]. Elle décrit son enfance en soulignant qu'elle a « grandi dans un bistrot », où elle passait son temps sous les tables à observer les gens[1],[3], une activité qu'elle qualifie de « belle et captivante ». Déjà enfant elle prend des cours de danse et participe à de petits spectacles pour enfants et des opérettes.

Elle commence sa formation de danse à quinze ans à la Folkwang-Hochschule d'Essen[1], berceau de la danse-théâtre, dirigée par Kurt Jooss et influencée par Jean Cébron. En 1958, elle obtient son diplôme de danse de scène et pédagogie de la danse avec mention, ce qui lui vaut d'obtenir une bourse du DAAD (Office allemand d'échanges universitaires) pour partir étudier à la prestigieuse Juilliard School à New York[4]. À 19 ans, elle part pour les États-Unis où elle poursuit ses études avec plusieurs chorégraphes, dont José Limón et Antony Tudor et travaille comme soliste pour plusieurs chorégraphes américains, notamment Paul Taylor et Antony Tudor[4]. Elle finit sa formation au sein de la Dance Company de Paul Sanasardo et Donya Feuer et en 1961, elle est embauchée par le Metropolitan Opera de New York et rejoint le New American Ballet.

Début de carrière[modifier | modifier le code]

En 1962, Pina Bausch repart en Allemagne, rappelée par Kurt Jooss. Elle devient soliste du Folkwang-Ballett et assiste de plus en plus souvent Jooss dans ses chorégraphies. Au sein de cette formation, elle participe à de nombreuses tournées. En 1967, elle travaille avec le danseur et chorégraphe Jean Cébron et se produit en 1968 au Festival de Salzbourg. À partir de 1968, elle se met à la chorégraphie et prend la suite de Jooss en 1969. Elle est directrice artistique de la section danse de la Folkwang-Hochschule à Essen jusqu'en 1973 et à nouveau de 1983 à 1989.

Pina Bausch avec Andrés Neumann et Matthias Schmiegelt en 1985.

Dès 1972, elle donne aussi des cours de danse moderne. Arno Wüstenhöfer, directeur du centre artistique Wuppertaler Bühnen, la convainc en 1973 de rejoindre la troupe et d'en assurer la direction en lui laissant une grande marge de manœuvre et en lui permettant d'engager des danseurs de la Folkwang-Hochschule. En 1972, elle rencontre Dominique Mercy aux États-Unis, et l'invite à rejoindre sa compagnie à Wuppertal en 1974, lui confiant alors les rôles principaux. Depuis, le centre artistique de la danse de Wuppertal porte son nom (Tanztheater Pina Bausch).

Aux origines de la danse-théâtre[modifier | modifier le code]

En 1976, lors d'une soirée consacrée à Bertolt Brecht et Kurt Weill (Sept péchés capitaux), Pina Bausch rompt définitivement avec les formes de danse conventionnelles en expérimentant de nouvelles formes de cet art. Elle introduit le concept de danse-théâtre ou Tanztheater sur la scène allemande et internationale, provoquant à ses débuts de nombreuses critiques[5]. Marquée par le modèle musical et littéraire que proposent les textes de Brecht, elle développe alors une technique de collage de scène de danse et de chant dans un ordre vague. L'année suivante, Pina Bausch chorégraphie dans cet esprit Barbe Bleue à partir d'un enregistrement du Château de Barbe-Bleue (1977) de Béla Bartók, puis Komm tanz mit mir (1977) et Renate quitte le pays (1977).

Mais c'est la création de la pièce emblématique Café Müller en 1978 qui sera à l'origine du succès et de la renommée de la chorégraphe de Wuppertal. En 1979, elle est invitée par Gérard Violette à la produire au Théâtre de la Ville à Paris qui dès lors sera une de ses scènes de prédilection, où elle a présenté plus de trente spectacles, dont de nombreuses créations mondiales[3],[4],[5].

Ce n'est qu'au début des années 1980, que les critiques parfois acerbes des œuvres de Bausch[réf. nécessaire] ont laissé place aux premiers signes de reconnaissance. La scène allemande du théâtre et de l'opéra est alors encore dominée par la danse classique et une méthode de travail strictement hiérarchique. C'est au début des années 1970 que des chorégraphes tels que Gerhard Bohner (1936-1992), Johann Kresnik (né en 1939) et Pina Bausch rompent avec les conventions et établissent progressivement la danse-théâtre comme un nouveau genre chorégraphique. L’une des caractéristiques centrale étant de se concentrer sur des sujets quotidiens en les incluant dans un contexte social.

En 1980, Pina Bausch est invitée pour la première fois au Berliner Theatertreffen pour son œuvre Arien. Elle connait également un succès croissant à l'étranger avec sa compagnie, le Tanztheater Wuppertal – qui devient le fleuron du ballet allemand, et une des compagnies allemandes les plus demandées au niveau international[4] –, notamment au Festival d'Avignon avec Nelken (1982). Un an plus tard en 1984, elle reçoit le prix de la critique allemande pour « le développement de nouvelles normes esthétiques allant bien au-delà de la scène de la danse allemande »[réf. nécessaire]. Vers 1985, lorsque Pina Bausch occupe le poste de directeur artistique du département de danse du Folkwang Hochschule, sa compagnie est considérée comme « la représentante et la plus importante du ballet ouest-allemand à l'étranger »[réf. nécessaire].

Reconnaissance internationale[modifier | modifier le code]

Pina Bausch et son ensemble se sont dès lors produits à l'étranger, le Tanztheater Wuppertal étant en tournée deux à trois mois par an, notamment avec l'aide des Instituts Goethe. Lors des fréquents séjours longs à l'étranger qu'elle fait, Pina Bausch s'inspire de son environnement – et de ses danseurs venant tous de pays différents – et développe de nouvelles créations en collaboration avec des danseurs et chorégraphes locaux. Durant une quinzaine d'années, elle crée ainsi des œuvres inspirées des grandes villes ou des pays du monde où elle séjourne, invitée avec sa compagnie en résidence afin de s'imprégner de l'atmosphère des lieux : Budapest et la Hongrie (Wiesenland), Palerme et la Sicile (Palermo, Palermo), Istanbul et la Turquie (Néfes), Tokyo et le Japon (Ten Chi), Lisbonne (Masurca Fogo), Hong Kong (Le Laveur de vitres), Madrid (Tanzabend II), Rome (Viktor en 1986 puis O Dido en 1999), Los Angeles, et le Texas (Austin) (Nur du), Séoul et la Corée du Sud (Rough).

En , la créatrice a célébré le 25e anniversaire de son ensemble avec une rétrospective de ses pièces à succès au cours d'un grand festival de danse durant plusieurs semaines, réunissant 428 artistes de 31 pays. À l'occasion du 30e anniversaire du Tanztheater Wuppertal à l'automne 2004, des chorégraphies de Sasha Waltz, Akram Khan, Sidi Larbi Cherkaoui et Anne Teresa De Keersmaeker ont été montrées.

Pina Bausch meurt le à l'âge de 68 ans, cinq jours après avoir appris qu'elle souffrait d'un cancer généralisé[3].

Langage chorégraphique de Pina Bausch[modifier | modifier le code]

Théorie et style[modifier | modifier le code]

Nelken - Les Œillets (1982) de Pina Bausch en 2005.

Contrairement à ses contemporains, Pina Bausch travaille non pas par rapport à des formes à reproduire, des pas bien définis, mais par rapport à l'anatomie du corps de chacun, aux possibilités qui sont données ou non aux corps. Elle interroge ses danseurs pendant tout le processus de création et creuse la vie de chacun, leur passé, pour les faire danser. Elle dénonce les codes de la séduction, la solitude dans le couple et travaille sur la communication dans les rapports hommes-femmes : comme l'indique Alain Mons « avec Pina Bausch, le corps est traité essentiellement comme apparition, surgissement inattendu et sauvage[6]. »

C'est une vision très pessimiste qui s'exprime par des petits gestes anodins répétés, ou par l'accumulation des danseurs sur scène. Souvent, dans ses spectacles, une femme reste impassible et engage une rupture ou une transition vers une autre scène. Les « rondes à la Pina Bausch » désignent ces petits gestes repris par les hommes ou les femmes ou les deux, une sorte de signature, même si elle les utilise moins en fin de carrière. Une autre marque est la fluidité qu'elle développe sur le haut du corps, induisant de grands mouvements de bras, la souplesse du buste, et des jeux récurrents avec les cheveux souvent très longs de ses danseuses. C'est un des exemples de langage ou de style par lesquels les chorégraphes ou les danseurs ont fait exister une autre danse.

Ses spectacles mêlent la parole et le jeu d'acteur à la danse, c'est pourquoi Pina Bausch a été très appréciée des gens de théâtre, peut-être avant ceux de la danse[3]. Les critiques ont tout d'abord comparé son approche chorégraphique et scénique à l'opéra, au ballet, puis vers 1975-1976, le terme de « Tanztheater » (théâtre de danse) s'est imposé pour qualifier son travail. Dans Café Müller, elle a travaillé sur son passé de jeune fille dans le café de ses parents en Allemagne. La fluidité du haut du corps balloté entre en collision avec des changements de tonus. La danseuse reste imperturbable par rapport à ce qui se passe autour d'elle, elle suit sa ligne tracée. Les personnages se croisent, nos souvenirs personnels interfèrent, et de la scène se dégage l'émotion intense de la solitude.

Scénographie[modifier | modifier le code]

Nelken - Les Œillets (1982) de Pina Bausch en 2005.

Dans l’attention aux détails, ses chorégraphies organisées le plus généralement sous forme de petites scènes décrivent les émotions, notamment dans les rapports entre les hommes et les femmes, souvent teints d'érotisme léger. Un autre aspect central du travail de Pina Bausch réside dans une recherche scénographique très élaborée et généralement particulièrement spectaculaire (montagne de fleurs, champs d'œillets, parois végétales, bateau, rochers massifs, rivières et cataractes d'eau…) pour une salle de spectacles, composée depuis 1980 par Peter Pabst. À cela s'associent les longues robes soyeuses et colorées des danseuses et les stricts costumes deux-pièces ou chemises flottantes des hommes, pour les costumes créés par Marion Cito qui participent de la signature de la chorégraphe. Ses pièces sont également marquées par les musiques du monde[1].

Elle travailla souvent en coordination avec son maître de ballet Alfredo Corvino, élève de quelques grands maîtres de l'expressionnisme, et son danseur historique et ami Dominique Mercy.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Des danseurs du Sacre du Printemps(2009)

Distinctions et récompenses[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Pina Bausch fut également l'héroïne de Federico Fellini dans son film E la nave va de 1982, où elle interprétait le rôle d'une princesse aveugle, rappelant son rôle d'aveugle dans Café Müller[3]. La cinéaste Chantal Akerman a réalisé en 1983 le documentaire Un jour Pina a demandé... sur le travail de Pina Bausch. Pina Bausch a également été choisie par son ami le metteur en scène espagnol Pedro Almodóvar pour danser son célèbre Café Müller en introduction de son film Parle avec elle en 2001; on y voit également, à la fin, une scène du spectacle Masurca Fogo.

La cinéaste Lee Yanor a réalisé un « documentaire portrait » de Pina Bausch, Coffee with Pina, où l'on voit Pina reprendre son solo de Danzon par amitié pour Lee Yanor ; on la voit également dans des vidéos personnelles dansant avec un cheval que lui avait offert son ami Bartabas.

Pina Bausch réalisa également un film La Plainte de l'impératrice en 1989[3].

La chorégraphe, qui avait toute sa vie refusé la captation vidéo de ses spectacles, ne laisse que deux témoignages visuels de son travail. L'un à travers le film produit par François Duplat pour Bel Air Media, à savoir la reprise à l'Opéra de Paris en 2008 de l'opéra dansé Orphée et Eurydice de Gluck. L'autre à travers la reprise de Kontakthof d'une part dans une version avec des sexagénaires qui n'ont jamais été des danseurs, et d'autre part dans une seconde version avec le film documentaire Les Rêves dansants (2010) d'Anne Linsel et Rainer Hoffmann, tourné en 2008, qui présente le processus de création de cette chorégraphe « avec des adolescents de plus de 14 ans ».

Le sort en France le film tourné en 3D Pina de Wim Wenders en hommage à la chorégraphe, tourné après son décès, et présentant un grand nombre de reprises de ses chorégraphies filmées dans des lieux originaux.

Hommages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Dominique Frétard, « Pina Bausch, exercices d'admiration », Le Monde, 13 juin 2008.
  2. « Mort de la chorégraphe Pina Bausch », AFP-Le Figaro, 30 juin 2009.
  3. a b c d e et f Rosita Boisseau, « Pina Bausch, danseuse et chorégraphe allemande », Le Monde, 1er juillet 2009.
  4. a b c et d (en) « Pina Bausch, German Choreographer, Dies at 68 », The New York Times, 30 juin 2009.
  5. a et b « Pina Bausch n'est plus », Libération du 1er juillet 2009.
  6. Alain Mons, « Le corps dérobé », Terrain, no 35,‎ , p. 109–124 (ISSN 0760-5668 et 1777-5450, lire en ligne)
  7. « Danse : Pina Bausch revisite la sauvagerie de Lady MacBeth », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 30 mai 2019)
  8. Arts plastiques Paris 8, Rencontre avec Dominique de Beir, 13 décembre 2000
  9. Orphée et Eurydice: Pina for ever par Anne Bavelier dans Le Figaro du 31 janvier 2012.
  10. « patios de paris », sur Wiki Gen Web
  11. « Relevé de délibérations du conseil d'administration », sur Université Bordeaux Montaigne, (consulté le 18 mars 2019)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Leonetta Bentivoglio (textes) et Francesco Carbone (photos), Pina Bausch vous appelle, traduction française de Leonor Baldaque, L'Arche, Paris, 2007, 182 p. (ISBN 978-2-85181-650-4)
  • Brigitte Gauthier (textes) et Guy Delahaye (photos), Le langage chorégraphique de Pina Bausch, L'Arche, Paris, 2009, 213 p. (ISBN 978-2-85181-689-4)
  • Raphaël de Gubernatis, Leonetta Bentivoglio (textes) et Guy Delahaye (photos), Pina Bausch, Solin, Malakoff, 1986, 199 p. (ISBN 2-85376-057-5) édité erroné (notice BnF no FRBNF34878413)
  • Norbert Servos (textes) et Maarten Vanden Abeele, Francesco Carbone, Gert Weigelt (photos), Pina Bausch ou L'art de dresser un poisson rouge, traduit de l'allemand par Dominique Le Parc, L'Arche, Paris, 2001, 353 p. (ISBN 2-85181-501-6)
  • Pina Bausch : Delahaye par Pina Bausch et Jean-Marc Adolphe, Actes Sud, 2007, (ISBN 978-2742764112).
  • Pina Bausch, Kontakthof, with Ladies and Gentlemen over "65", DVD et livret en français, anglais, italien et allemand, L'Arche, Paris, 2007, 144 p. (ISBN 2-85181-649-7)
  • Pina Bausch, Café Müller, DVD et livret en français, anglais et allemand, L'Arche, Paris, 2010, 96 p. (ISBN 2-85181-727-2)
  • Pina Bausch, La Plainte de l'Impératrice, DVD et livret en français, anglais et allemand, L'Arche, Paris, 2011, 96 p. (ISBN 2-85181-756-6)
  • Pina Bausch, Igor Stravinsky, Le Sacre du printemps, DVD et livret en français, anglais et allemand, L'Arche, Paris, 2012, 96 p. (ISBN 978-2-85181-774-7) (notice BnF no FRBNF42656089)
  • Comme une épine dans l’œil - La Plainte de l'impératrice de Pina Bausch, sous la direction de Dominique Frétard, L'Arche, Paris, 2012, 192 p. (ISBN 9782851817624)
  • Marges et territoires chorégraphiques de Pina Bausch, sous la direction de Hélène Camarade et Marie-Lise Paoli, L'Arche, Paris, 2013, 353 p. (ISBN 978-2-85181-804-1)

Liens externes[modifier | modifier le code]