Atlas international des nuages

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Cloud Atlas (homonymie).
Photo de cirrus similaire à celle qui ornait la première édition de l'Atlas.

L’Atlas international des nuages (ou plus simplement Atlas des nuages) est un ouvrage consacré aux nuages, publié pour la première fois en 1896[1]. Ses objectifs initiaux étaient d'aider à la formation des météorologistes et de promouvoir un vocabulaire plus cohérent pour la description des nuages. La première édition comprenait des planches de photographies en couleurs, ce qui était alors une technologie nouvelle. De nombreuses éditions ont été publiées par la suite.

Genèse[modifier | modifier le code]

En 1802 (an X de la République), Jean-Baptiste Lamarck proposa une classification des nuages suivant leurs formes, qui étaient au nombre de quatre[2].

En 1803, Luke Howard fut le premier à proposer une classification simplifiée des nuages construite sur leur apparence selon deux « genres » de nuages, cumulus et stratus, et en les divisant en quatre groupes selon la hauteur de leur base, non l'altitude de la cime[3]. À cela s'ajoutèrent des «espèces », qualificatifs pour des variations particulières. Le météorologue anglais Ralph Abercromby influença le suédois Hildebrandsson qui publia en 1890, avec Wladimir Köppen et Georg von Neumayer, l’Atlas des nuages[4].

Durant le XIXe siècle, le monde de la météorologie s'organisait et, en 1873, l’Organisation météorologique internationale vit le jour. Son Comité météorologique international forma la commission sur d'étude les nuages comprenant des météorologues de renom dont Hugo Hildebrand Hildebrandsson (en), Albert Riggenbach (en), Léon Teisserenc de Bort, Julius von Hann, Henrik Mohn et Abbott Lawrence Rotch (en)[5]. À la suite de ses délibérations, la commission commandita la première édition de l’Atlas international des nuages sous la direction des trois premiers. Elle était trilingue (français, anglais et allemand) et décrivait pour la première fois la nomenclature unifiée des nuages à l'aide de photos, telle que proposée par la commission. Qui plus est, les images représentant les nuages étaient pour la plupart des photographies en couleur, au lieu de photos colorées à la main, un procédé compliqué et dispendieux à l'époque. Seulement quelques-unes étaient des peintures, lorsque des photographies n'étaient pas disponibles. La couverture de l'ouvrage comportait la photo d'un cirrus[1].

Les commentaires à cette première édition furent élogieux. Un commentateur nota « Les illustrations sont brillamment colorées et en plus de sa grande valeur pour la météorologie, l'Altas est en lui-même vaut le prix demandé juste pour ces illustrations »[6].

Rééditions[modifier | modifier le code]

Différentes versions[modifier | modifier le code]

Atlas en traduction russe de 1898 (cliquer pour atteindre le document [PDF].)

L’Atlas international des nuages fut de nombreuses fois réédité depuis 1896[7], soit en 1911, 1932 et 1939[8] par l’Organisation météorologique internationale ; puis en 1956, 1975 et 1995 (réimpression) par son successeur l’Organisation météorologique mondiale. Son nom changea quelques fois : la version de 1932 fut publiée sous le nom d’Atlas international des nuages et de l'état du ciel, celle de 1939 sous le titre d’Atlas international des nuages et des types de ciels. L'édition de 1956 est la première à être publiée en deux volumes, séparant le texte des photos, ce qui abaissa son coût et facilita sa traduction dans plus de langues. Ainsi, une édition norvégienne vit le jour en 1958 (Internasjonalt skyatlas 1956), polonaise en 1959 (Międzynarodowy atlas chmur; atlas skrócony) et néerlandaise en 1967 (Wolkenatlas. Bewerkt naar de Internationale verkorte wolkenatlas van de Meteorologische Wereldorganisatie).

La version de 1896 de l'Atlas fut retranscrite et modifiée en 1897 par la US Navy et a pour titre Illustrative cloud forms for the guidance of observers in the classification of clouds, qui était composée de seize planches[9].

L'édition de 1975 fut publiée en deux volumes : le premier en 1975 (texte)[10] et le second en 1987 (photos)[11]. Elle contenait plusieurs innovations, dont un nouveau chapitre de description des nuages en vue plongeante comme d'un avion. La classification des hydrométéores fut remplacée par une plus générale des météores : hydrométéores (eau sous forme liquide ou solide dans l'atmosphère), lithométéores (particules solides comme les aérosols et poussières), photométéores (phénomènes lumineux dans l'atmosphère comme l'arc-en-ciel) et électrométéores (phénomènes électriques comme la foudre).

Une nouvelle édition était en préparation en 2016[12] et fut publiée le à l'occasion de la journée météorologique mondiale[13]. Cette nouvelle édition est toujours construite sur l'observation visuelle des nuages et non sur les paramètres physiques de l'atmosphère. De nouvelles propriétés sont ajoutées. Par exemple, le nuage-mur s'appelle maintenant cumulonimbus murus. De la même manière l’asperatus a été rejeté en tant que genre de nuage et a été accepté comme une caractéristique supplémentaire appelée asperitas. L'usage de célomètres ou de radars est à peine mentionné. L'édition de 2017 ajoute douze formations nuageuses. Elle est consultable en ligne[14],[13].

Évolution de la définition des nuages[modifier | modifier le code]

Dans l'édition originelle de l'Atlas, les nuages étaient définis de manière purement observationnelle, étant donné que les seuls aéronefs existants étaient les ballons captifs et que les exercices de triangulation pouvaient être délicats. Dans l'édition de 1939 de l'Atlas, une discussion importante portait sur la physique des nuages et les altocumulus castellanus étaient appelés altocumulus cumuliformis[15]. Il était clairement indiqué que la définition des cumulus et cumulonimbus ne s'appliquait que lorsque les ascendances partaient du sol et sinon, l'on avait affaire à ce que l'on appelle de nos jours des altocumulus castellanus ou des altocumulonimbus (nom non officiel).

Cependant, un mouvement de marche arrière fut effectué dès la version de 1956 de l'Atlas, où toute discussion physique fut gommée. Ainsi, un cumulus de Namibie ayant sa base à 4 km de hauteur serait d'après la nomenclature officielle un altocumulus floccus et en aucun cas un cumulus humilis, car sa base est dans l'étage moyen. Cette définition du cumulus est de peu d'utilité pour un pilote de planeur et celui-ci préférera la définition du cumulus de 1939.

Concurrents[modifier | modifier le code]

L’atlas ne correspondant pas toujours aux besoins de certains usagers, des ouvrage similaires furent publiés par la suite. Dès 1897, une version simplifiée américaine, dérivée de l'Atlas, fut publiée par le gouvernement des États-Unis sous le titre Illustrative cloud forms for the guidance of observers in the classification of clouds. Elle utilisait des lithographies au lieu de photographies[16]. Un commentateur mentionna que la publication de cet atlas concurrent n'était probablement pas une bonne idée en général mais que du point de vue pratique cet ouvrage simplifié était peut-être la seule façon d'obtenir une diffusion plus large de la classification unifiée des nuages[17].

En 1901, un livre allemand très populaire sur la météorologie utilisa nombre de photos de l'Atlas international des nuages qu'un critique jugea la meilleure partie du livre[18]. L’Atlas photographique des nuages de 1912 utilisait des photographies en tons de gris mais fut critiqué pour ne pas avoir suivi la classification des nuages de l’Atlas international des nuages[19],[20].

En 1907, Jean Vincent, du service météorologique de Belgique, publia un atlas intitulé Atlas des nuages. Les définitions diffèrent profondément des définitions habituellement utilisées. Ainsi un cumulonimbus couvrant entièrement le ciel est appelé Tonitro-nimbus[21]. Un cumulus compositus était soit un cumulus congestus soit un cumulonimbus calvus. Un cumulo-nimbus était un cumulonimbus capillatus et l'enclume était appelée Fasciculus. Pour ajouter à la confusion, un cumulus congestus au sens de Vincent était un cumulus mediocris. Le Pallio-nimbus était un nimbostratus[22] et le nimbus n'était qu'un groupe de nuages donnant des précipitations[22].

En 1923, A Cloud Atlas, du météorologue américain Alexander George McAdie, porta sur un autre type de classification des nuages. Au lieu d'utiliser la description de leur forme et altitude, McAdie préconisait un classement selon leurs propriétés et le temps qui leur est associé[23].

Robert A. Houze publia en 2014 une version en ligne simplifiée de son atlas des nuages dans la référence [24]. Il y distingue le cumulus du cumulonimbus, suivant que le nuage donne des précipitations ou non et donc sa définition se rattache à l'ancien cumulo-nimbus. Il suppose aussi que la base de ces nuages est toujours inférieure à 2 km et, si la base des nuages convectifs est comprise entre 2 et 7 km, il nomme alors ces nuages altocumulus castellanus (ou cumulus à base élevée), que ces nuages donnent des précipitations sous forme de virga ou aucunes[24],[25]. Il considère aussi que le nuage lenticulaire est un genre de nuage à part entière[25].

Limites de la classification[modifier | modifier le code]

Mode de formation[modifier | modifier le code]

Le classement en genres et espèces est fondé sur l'observation visuelle des nuages dans un environnement moyen. Il n'est qu'indirectement relié à la physique des nuages que parce que leur apparence dépend de celle-ci. Cependant, dans certains environnements les nuages peuvent être confondus entre eux. Par exemple, dans les régions relativement sèches comme les Grandes Plaines des États-Unis, les cumulus dus au réchauffement diurne, qui sont en principe de l'étage inférieur, peuvent avoir une base très élevée qui se retrouve dans l'étage moyen, là où se forme d'une toute autre façon les altocumulus. De forts courants ascendants partant du sol sont associés aux premiers, mais non aux seconds, pouvant engendrer des problèmes pratiques de vol pour les avions et les planeurs s'ils sont mal reconnus.

Certains auteurs, comme Richard S. Scorer et Stefen F. Corfidi, suggèrent des modifications à la classification basées sur la thermodynamique que l'on peut analyser grâce aux radiosondages et aux observations des satellites météorologiques[26],[27]. Par exemple, ils suggèrent d'ajouter à la liste des genres comme l'altocumulonimbus (nom non officiel, connu en anglais comme elevated cumulonimbus), un nuage de grande extension verticale provoquant des orages mais dont les ascendances ne partent pas du sol.

Formes spéciales[modifier | modifier le code]

Un mur de foehn a la forme d'une barre nuageuse figée au sommet d'une chaîne de montagnes. Un tel nuage est mentionné explicitement dans le volume 1 de l'Atlas[28] et est représenté photographiquement dans le volume 2 de l'Atlas[29] mais il est difficile d'associer ce nuage à un des dix genres pré-définis. De même, les nuages lenticulaires diffèrent en apparence des altocumulus et pourraient eux aussi être un genre à part entière. Enfin, les asperatus n'ont aucune ressemblance avec les nuages reconnus.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (fr + en + de) Hugo Hildebrand Hildebrandsson (en), A. Riggenbach et Léon Teisserenc de Bort, Comité météorologique international, Atlas international des nuages, Paris, Gauthier-Villars (réimpr. 1911, 1932, 1939, 1956, 1975 et 1995) (1re éd. 1896), 14 planches en couleurs et 31 p. (OCLC 28309835, lire en ligne).
  2. Annuaire météorologique pour l'an X De l'ère de la République française, , 172 p. (lire en ligne [PDF]), p. 149-164.
  3. (en) Luke Howard, Essay on the modification of clouds, John Churchill & Sons, , 77 p. (lire en ligne [PDF]).
  4. (fr + de + en + sv) H. H. Hildebrandsson, W. Köppen et G. Neumayer, Atlas des nuages [« Atlas des nuages, Wolken-Atlas, Cloud Atlas, Mohr Atlas. »], Hambourg, (lire en ligne [PDF]).
    Édition multilingue en allemand, anglais, français et suédois.
  5. (en) R. DeC. Ward, « Current notes on meteorology », Science, vol. N. S. IV, no 83,‎ , p. 136–137 (ISSN 1095-9203, PMID 17743505, DOI 10.1126/science.4.83.136, Bibcode 1896Sci.....4..136D, lire en ligne [PDF]).
  6. (en) R. DeC. Ward, « Current notes on meteorology », Science, vol. N. S. XX, no 501,‎ , p. 182–184 (DOI 10.1126/science.20.501.182-a, lire en ligne).
  7. (en) Hildebrandsson et al., « International Cloud Atlas », Comité météorologique international, .
  8. Version de 1939.
  9. (en) United States Navy, Illustrative cloud forms for the guidance of observers in the classification of clouds, (lire en ligne [PDF]).
  10. Volume 1.
  11. Volume 2.
  12. (en) « Draft text for the new edition of the International Cloud Atlas (available in English only) », Organisation météorologique mondiale (consulté le 9 juillet 2016).
  13. a et b Version web.
  14. (en) Stephen A. Cohn, « A New Edition of the International Cloud Atlas », WMO Bulletin, Genève, vol. 66, no 1,‎ , p. 2-7 (ISSN 0042-9767, lire en ligne).
  15. Atlas International des Nuages et des Types de Ciel, Comité météorologique international, , 494 p. (lire en ligne [PDF]), p. 72.
  16. (en) Illustrative cloud forms for the guidance of observers in the classification of clouds, Washington, É-U, Hydrographic Office, , 16 p..
  17. Meteorological Office, « Illustrative cloud forms for the guidance of observers in the classification of clouds (review) », Symons's monthly meteorological magazine, no 379,‎ , p. 110–111 (lire en ligne).
  18. (de) H. H. Clayton, « Leitfaden der Wetterkunde », Science, vol. N. S. XIV, no 356,‎ , p. 651 (DOI 10.1126/science.14.356.651, Bibcode 1901Sci....14..651C).
  19. Julien Loisel et L. van de Vyver, Atlas photographique des Nuages, Paris, G. Thomas, coll. « Ciel et Terre », (Bibcode 1912C&T....33..259L).
  20. (en) R. DeC. Ward, « Bulletin of the American Geographical Society », Bulletin of the American Geographical Society,‎ , p. 457 (lire en ligne [PDF]) :

    « We have here some very beautiful reproductions showing even the minute details of cloud structure. When such remarkable photographs are available, we are almost reconciled to the absence of color in the pictures. [...] The author, unfortunately, has not followed the International Cloud Classification, and this fact will militate against the general use of this otherwise most acceptable atlas. It is a pity, when international agreement has accepted a certain cloud classification, to have authors adopting and advocating an independent scheme. »

  21. Atlas de Vincent, p. 13.
  22. a et b Atlas de Vincent, p. 9.
  23. (en) Alexander McAdie, A cloud atlas, Rand, McNally & company, , 57 p., PDF (lire en ligne).
  24. a et b (en) « Houze's Cloud Atlas » (consulté le 18 mai 2017).
  25. a et b (en) Robert Houze, Cloud Dynamics Second Edition, vol. 104, Academic Press, coll. « International geophysics series », , 432 p. (ISBN 978-0-12-374266-7), p. 6-12.
  26. (en) Richard S. Scorer, Clouds of the world;a complete color encyclopedia, Stackpole books, , 176 p. (ISBN 0-8117-1961-8), p. 31-33.
  27. (en) Stefen F. Corfidi, « Elevated Convection and Castellanus: Ambiguities, Significance, and Questions », NOAA, vol. 23,‎ , p. 1282-1283 (DOI 10.1175/2008WAF2222118.1, lire en ligne [PDF]).
  28. Volume 1, p. 55.
  29. Volume 2, p. 125-127,128.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [Version de 1939] Atlas International des Nuages et des Types de Ciel, Comité météorologique international, (disponible sur Gallica).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]