Armorial général de France

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Une page de l'Armorial général de France par d'Hozier
Copie de brevet d'armoiries délivré par d'Hozier

L'Armorial général de France est un recensement héraldique voulu par le roi Louis XIV en 1696, afin d'établir un registre général de toutes les armoiries en usage par les particuliers et les communautés publiques dans l'ensemble du royaume, et d'en assurer la propriété exclusive à ceux qui les auraient déposées.

Il s'agissait accessoirement de produire une recette fiscale complémentaire.

La collection de ces soixante-neuf registres in-folio est sans équivalent dans le monde. Elle comprend les blasons en couleur et les noms des quelque 120 000 personnes les plus notables de France à la fin du XVIIe siècle, soit six fois plus de personnes que l'actuel Who's Who in France.

Histoire[modifier | modifier le code]

Cet armorial général fut dressé de 1696 à 1700, en vertu de l'édit royal de novembre 1696, sous la supervision de Charles René d'Hozier (1640-1732), juge d'armes de France et généalogiste du roi.

Des émissaires partent dans tout le royaume et des bureaux sont mis en place où les possesseurs d’armoiries viendront faire leurs déclarations, et où ceux qui désirent en recevoir viendront présenter leurs demandes. Après examen, des brevets portant le dessin sur parchemin du blason leur seront remis, et leurs armes seront décrites et dessinées dans le recueil général conservé à Paris.

Les armoiries sont un nom de personne figuré, elles furent très en usage pour signer (sceau) ou pour marquer sa propriété (animaux, bâtiments, livrées, etc) aux époques où peu de gens savaient lire et écrire, il est donc naturel d'attribuer des armes parlantes qui sont le nom de la personne traduit in rebus.

Il y eut un certain nombre d'attributions d'armoiries d'office, soit pour pallier l'absence d'armoiries ou le refus d'en communiquer, soit pour éviter des cas d'homonymie, soit pour d'autres raisons de parenté ou d'héraldique[1].

Objectif de l'enregistrement[modifier | modifier le code]

Il existait avant cette ordonnance une législation et un contentieux concernant l'usurpation d'armoiries et de couleurs des livrées.

Cette enquête générale sur le port des armoiries est due à la volonté de dresser et de tenir un registre public de toutes les armoiries afin d'en constater la propriété et de la rendre exclusive. Cet enregistrement, qui est en quelque sorte un état-civil ou un registre des sociétés dans sa forme figurée, est l'ancêtre de la législation sur le dépôt des marques et des modèles.

Le coût du dessin, de la production du document et de l'enregistrement était taxé au même montant de 20 livres pour tous les particuliers, plus une taxe de 2 sols par livre, plus 30 sols pour les frais de brevet, soit en tout 23 livres et dix sols, les provinces devaient payer 300 livres, les villes avec évêchés ou cour supérieure 100 livres, les autres villes 50 livres, etc...

Il a été souvent écrit que le but était de produire une recette fiscale significative, à une époque où le Trésor royal était largement impécunieux en raison de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, commencée en 1689, et qu'il s'agissait d'une taxe sur les armoiries.

Population concernée[modifier | modifier le code]

L'enregistrement des armoiries concernait à la fois les personnes physiques et les communautés (personnes morales), mais seulement une assez petite proportion d'entre elles.

S'agissant des communautés, il s'agissait de communautés instituées par des ordonnances royales ou ayant un statut par lettres patentes, uniquement des personnes morales de droit public. Ainsi, les sociétés ou les compagnies de commerce n'étaient pas concernées, ni les sociétés savantes, ni les confréries.

Étaient par contre concernées les villes et les communautés d'habitants, les communautés religieuses (monastères, couvents, hospices, universités) et les communautés (corporations) de métiers.

S'agissant des personnes, il s'agissait d'individus majeurs vivants, hommes ou femmes, mais pas de familles.

En principe, tout individu pouvait demander l'enregistrement de ses armoiries, mais d'une part la grande majorité de la population n'avait pas l'usage d'un sceau, ou de marques d'un nom figuré, d'autre part le coût était important pour des gens du peuple.

En réalité, la cible recouvre assez exactement la catégorie qu'on nommera par la suite les notables, « les bourgeois de nos villes franches et autres qui jouissent, à cause de leurs charges, états et emplois, de quelques exemptions, privilèges et droits publics, jouiront aussi du droit d'avoir et de porter des armes, à la charge de les présenter dans le temps ci-dessus aux bureaux des maîtrises particulières, autrement, ledit temps passé, nous les en avons déclarés déchus ». « Et pour ne pas priver de cette marque d'honneur nos autres sujets » qui n'en possèdent pas, mais « qui possèdent des fiefs et terres nobles », « les personnes de lettres », et toutes les « autres personnes qui par la noblesse de leur profession et de leur art ou par leur mérite professionnel tiennent un rang d'honneur et de distinction dans nos États, ou dans leurs corps et compagnie », « et généralement tous ceux qui se sont signalés à notre service dans nos armées, négociations et autres emplois remarquables ».

Les oppositions[modifier | modifier le code]

Les agents de l'Armorial général ont eu à lutter contre une inertie, voire même une certaine opposition, de la part de plusieurs catégories. Il y a eu plusieurs arrêts du Conseil pour en assurer l'exécution, soit en modérant le trop grand zèle des agents, soit en contraignant les récalcitrants.

Beaucoup de communautés n'en voyaient pas l'utilité. En dehors des communautés de métiers et des chapitres, elles n'avaient parfois pas d'armoiries particulières, et les agents royaux ont souvent dû leur attribuer des armoiries avec une partition et des couleurs aléatoires.

Parmi les individus, une grande proportion des nobles, notamment de cour, estimaient que leurs armoiries étaient déjà connues et enregistrées, et qu'ils étaient au-dessus de ces formalités. La famille royale et les princes de sang ont montré l'exemple.

Les membres du Clergé ne s'estimaient pas concernés, en particulier les religieux qui sont considérés comme morts civilement.

Quant aux bourgeois notables des villes, beaucoup refusaient par avarice ou par esprit de fronde.

Procédure[modifier | modifier le code]

Afin d'imposer l'enregistrement par tous ceux qui utilisaient des armoiries, il fut décidé que deux mois après la clôture de l'enquête, ils serait fait défense d'utiliser des armoiries non enregistrées, à peine de 300 livres d'amende, dont un tiers pour le dénonciateur.

De nombreux individus, institutions, ou communautés, ayant fait défaut de déclaration d'armoiries par refus de payer la taxe imposée, se virent attribuer par la maitrise générale des armoiries qui ne furent jamais portées.

L'enregistrement de ces armes les classe en trois séries: 1°) armes présentées par les intéressés et admises comme valables; 2°) armes acceptées après vérification; 3°) armes attribuées d'office. La proportion d'armes attribuées est importante : dans la Généralité de Rouen, sur 6 052 blasons décrits, 65 ont été acceptés après vérification, et 3 618 paraissent avoir été attribués d'office, ce qui ne veut pas dire qu'il s'agit de créations arbitraires. En effet, des recherches étaient faites, et les érudits retrouvent dans cette série beaucoup d'armes qui étaient déjà bien attestées pour la famille de l'intéressé.

L'édit royal de Louis XIV de novembre 1696 porta création d'une «  maitrise générale des armoiries » chargée d'envoyer des commis dans les généralités du royaume, et de faire parvenir aux bénéficiaires du droit d'armoiries un récépissé sous la forme d'un feuillet imprimé portant le blason peint, avec sa description ou blasonnement, ainsi que le nom du titulaire (individu ou institution). Il charge les officiers de la grande maitrise d'en « accorder à ceux qui le demanderont eu égard à leurs états, qualités et professions ». Cette maitrise fut cependant supprimée par un nouvel édit d'août 1700.

Charles René d'Hozier fut nommé garde de l'Armorial par un arrêt du Conseil du roi du et il délivra des brevets à raison d'1 livre 10 sous pièce. Ces brevets valaient lettres d'armoiries « sans cependant que les brevets ou lettres puissent en aucun cas tirer à conséquence pour preuves de noblesse. » Elles étaient héréditaires à condition de les faire recevoir dans l'année du décès du chef de famille.

Dépenses et recettes[modifier | modifier le code]

Chaque enregistrement d'armoiries était soumis à une redevance de 20 livres, soit un vingtième de la portion congrue d'un curé[2], dépense très modique pour les personnes de condition et les bourgeois aisés, mais trop élevée pour les gens du peuple.

Les recettes générales ont été attribuées par avance au traitant Adrien Vanier pour un montant prévu de 5 833 000 livres. Pour l'Auvergne, le montant des recettes s'est élevé à 55 020 livres.

Résultat de l'enquête[modifier | modifier le code]

On peut dire que, grâce aux contraintes imposées, le recensement est parvenu à être assez complet, car avec 125 807 entrées l'Armorial général a recensé et représenté la grande majorité des individus nobles ou notables, pour un territoire qui comprenait à l'époque environ 20 millions d'habitants, pour la plupart ruraux. À titre de comparaison, le Who's Who in France contient aujourd'hui 20 000 entrées pour 65 millions d'habitants.

Composition de l'Armorial général[modifier | modifier le code]

Il fut rédigé une collection de volumes regroupant les résultats de l'enquête.

Comme le précise l'édition de 1903, placée sous la direction de M. de La Roche-Lambert-Mions, l'Armorial Général « ... se compose de 34 registres in-folio de texte et de 35 volumes contenant les armoiries coloriées. »[3]

Il contient 125 807 blasons peints[4], de nobles, bourgeois, clercs, villes, corporations, et communautés, formant 34 registres in-folio de texte et de 35 volumes contenant les armoiries coloriées.

Les registres de texte contiennent le blasonnement des armoiries des personnes, villes, communautés et corporations, chacun référencé sous un numéro d'enregistrement.

Les volumes de l'Armorial général furent confiés à la garde personnelle du juge d'armes de France, Charles René d'Hozier, par un arrêt du Conseil du roi du , ce que confirma l'édit de 1700. Ces volumes, dont la composition est détaillée ci-dessous, forme une collection actuellement conservée à la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, Département des Manuscrits, collection : "Cabinet des Titres". Publiés partiellement par des érudits ou héraldistes depuis le XIXe siècle, ces volumes sont maintenant numérisés et consultables sur le site web Gallica.

Le nombre d'entrées par volume manuscrit oscille entre 638 (vol. 3 : Béarn) et 6117 (vol. 14 : Languedoc, première partie). Le résultat du Béarn s'explique par la petite taille de son ressort (équivalant à un département français d'aujourd'hui). Toutefois, la généralité de Paris, avec ses quatre volumes (Paris : 23, 24, 25 et Versailles : 35) totalise un total de 18049 blasons. Viennent ensuite la Normandie avec 15890 dessins (vol. 19, 20, 21, en trois généralités) et le Languedoc (12217 blasons, 2 vol.).

Accès en ligne[modifier | modifier le code]

Volumes de textes (originaux des XVIIe et XVIIIe siècles)[modifier | modifier le code]

Les registres indiquant les blasonnements (c'est à dire décrivant les armoiries) sont consultables sur le site de la BNF : liste des volumes de texte.

Volumes d'armoiries dessinées (originaux des XVIIe et XVIIIe siècles)[modifier | modifier le code]

Ces 35 volumes concernent 25 des anciennes provinces de France, l'enquête ayant été formée le plus souvent dans le cadre des généralités (ressort des intendants des Finances), regroupant administrativement plusieurs provinces. C'est pourquoi l'intitulé des volumes désigne tant des provinces du royaume que des généralités.

Tous ces volumes sont désormais accessibles sur Gallica : Armorial général de France.

Pour repérer un nom il faut utiliser la Table des blasons coloriés de l’Armorial général de France, ouvrage manuscrit en deux volumes conservé à la Bibliothèque nationale de France, qui n'est pas encore numérisé. Un accès payant à un index existe sur le site privé France armorial. Cependant, la table des matières proposée sur chacun des volumes numérisés par la bibliothèque nationale recense chaque entrée et blason et permet donc d'accéder directement au blason recherché.

Volumes de textes (réalisés en 1903)[modifier | modifier le code]

En 1903, des copies des registres de blasonnements (c'est à dire décrivant les armoiries) ont été publiés par La Roche-Lambert-Mions. Il a fait paraitre l'ensemble des registres sous forme de fascicules publiés mensuellement dans lesquels le foliotage d'origine est indiqué. Dans une lettre à ses souscripteurs, il précise que « L'ARMORIAL GÉNÉRAL DE FRANCE comportant 32 Volumes manuscrits (au lieu de 34) de Ch. d'Hozier, est publié en 49 volumes. Chacun de ces Volumes est publié par fascicules mensuels » [3].

La BNF a compilé ces recueils de 1903 en 4 volumes (sans lien logique entre eux, la Lorraine se trouvant par exemple dans le même tome que la Provence). Ces 4 tomes de compilation sont consultables en ligne sur le site Gallica. Ils se composent ainsi :

Tome 1 Tome 2 Tome 3 Tome 4

À noter que les exemplaires numérisés par la BNF comportent de nombreuses pages blanches et que plusieurs fascicules sont absents. Un Tome 5 contient quelques chroniques héraldiques et notices historiques.

L'édition de 1903 ne comportant pas d'index, il convient, pour repérer un nom, d'utiliser l'Indicateur du grand armorial de France publié par Louis Paris en 1865-1866 :

À noter que cet indicateur donne pour chaque nom le titre du volume et le numéro de folio du volume manuscrit et non la page de l'édition de 1903. Toutefois, l'édition de 1903 respectant l'ordre des volumes manuscrits, il n'est pas très difficile de se repérer.

Publications partielles[modifier | modifier le code]

L'Armorial général a donné lieu à de nombreuses publications partielles, thématiques ou géographiques. En voici quelques-unes accessibles sur Gallica :

Par région ou département[modifier | modifier le code]

Par thème[modifier | modifier le code]

Études sur l'armorial général[modifier | modifier le code]

  • L’Armorial général de 1696 : une source méconnue de l’histoire sociale et institutionnelle de la France d’Ancien Régime : actes / de la Table ronde organisée par la Société française d’héraldique et de sigillographie, Paris, 23 novembre 1996. Paris : S.F.H.S., 1998. In-4°, 84 p., ill. (Constitue le t. 67-68 de la Revue française d’héraldique et de sigillographie) :
    • Michel Pastoureau. Présentation, p. 7-9.
    • Jean-Luc Chassel. De l’Armorial général aux marchands de merlettes, p. 11-20.
    • Pierre-Jean Ciaudo. L’histoire de la capacité héraldique ou l’inadéquation du logos et de la praxis, p. 21-38.
    • Yvan Loskoutoff. Entre la gloire et la bassesse : les armes parlantes dans l’Armorial général de Louis XIV, p. 39-62, ill.
    • Marie-Josèphe Gut. Les armoiries des communautés laïques de la généralité de Châlons en Champagne, p. 63-65.
    • Pierre-Jean Ciaudo. L’application de l’Edit dans la sénéchaussée de Grasse et une partie de l’ancien comté de Nice, p. 67-78.(lire en ligne)
    • Jean-Claude Loutsh. L’Armorial général de 1696 et le duché de Luxembourg, p. 79-80.
    • Christiane Van Den Bergen-Pantens. L’héraldique dans les albums de Croy et l’Armorial général, p. 81-84.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Un exemple dans l'ouvrage de Gustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, tome 19, page 70 : [1]
  2. Portion minimale du revenu des dîmes que l'abbé ou l'évêque devaient laisser au prêtre desservant, elle était fixée à 400 livres par an pour le curé, 200 pour le vicaire, et considérée comme à peine suffisante pour vivre.
  3. a et b Charles René d'Hozier, Armorial Général de France - Recueil Officiel - sous la direction de M. de La Roche-Lambert-Mions,
  4. Source : Euraldic

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]