Affaire des viols collectifs de Rochdale

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Affaire des viols collectifs de Rochdale
Nature du crime viol, proxénétisme
Pays de lieu du crime Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Ville Rochdale
Date du crime 2008-2009
Jugement
Statut
Date du jugement 8 mai 2012

L'affaire des viols de Rochdale désigne un ensemble de crimes sexuels commis à la fin des années 2000 à Rochdale dans le Grand Manchester en Angleterre. Quarante-sept jeunes filles, principalement des Britanniques blanches, ont été identifiées comme victimes au cours de l'enquête de la police. Neuf hommes, pour la plupart britanniques d'origine pakistanaise, ont été reconnus coupables le 8 mai 2012 de traite à des fins sexuelles et d'autres infractions, y compris de viol, de traite et de complot en vue de s'engager dans une activité sexuelle avec un enfant. L'origine des coupables a conduit à un débat sur la protection dont ils auraient pu bénéficier, les autorités ayant pu avoir peur d'être accusées de racisme.

En mars 2015, la police de Manchester a exprimé ses regrets de n'avoir pas enquêté sur ces viols malgré les soupçons et les indices dont elle avait eu connaissance durant la période 2008 à 2010[1].

Contexte[modifier | modifier le code]

Depuis le début des années 1980 au début des années 2010, dans des villes d'Angleterre, plus de 4 000 enfants ont été abusés sexuellement, parfois torturés, parfois prostitués, par des bandes criminelles organisées ou des groupes informels d'hommes[2],[3]. En 2011, une première série d'agressions sexuelles est rendue publique par la presse[4]. Des enquêtes, conduites par des associations caritatives, puis le gouvernement britannique, ont permis d'éclaircir les faits, soulignant notamment l'incurie des services sociaux et de la police locale, et de prendre des mesures appropriées pour assurer la protection des enfants[2],[5]. Dans certains cas, l'exploitation de mineurs durait depuis plus de 15 ans[6]. L'appartenance ethnique et les origines culturelles des victimes, et, surtout, celles des criminels, ont focalisé l'attention des médias et de l'opinion publique dans tout le pays[7],[3],[8].

Les violeurs[modifier | modifier le code]

Douze hommes ont été accusés d'esclavagisme sexuel et d'autres infractions, y compris le viol, la traite et le complot en vue de s'engager dans une activité pédophile.

Neuf hommes ont été condamnés, huit étaient d'origine pakistanaise, le neuvième était un demandeur d'asile afghan.

Trois des accusés sont reconnus non coupables, l'un a été acquitté de toutes les charges, le jury n'a pas pu parvenir à un verdict dans le cas du deuxième, et le troisième n'était pas présent au procès, ayant fui au Pakistan.

La plupart des hommes étaient mariés et respectés au sein de leur communauté. Un membre du cercle pédophile est un professeur d'études religieuses dans une mosquée, marié et père de cinq enfants[9]. Les hommes étaient âgés de 24 à 59 ans et tous se connaissaient. Deux travaillaient pour la même entreprise de taxi, deux autres dans un restaurant ; certains venaient du même village au Pakistan ; d'autres partageaient un appartement. Le but du gang étaient de violer des filles mineures.

Abus[modifier | modifier le code]

Les viols de jeunes filles mineures qui ont eu lieu en 2008 et 2009 s'articulaient autour de deux restaurants à emporter dans Heywood près de Rochdale.

Bien qu'une victime se soit rendue à la police en 2008 pour signaler l'agression, le Crown Prosecution Service a décidé de ne pas poursuivre les deux hommes, en invoquant l'absence de crédibilité du témoin. À la suite de cette décision, la police a arrêté son enquête, qui a été reprise lorsqu'une seconde victime a déposé plainte pour des faits de nature similaire en décembre 2009.

Le plus âgé des condamnés, Shabir Ahmed, a été pendant un temps le leader du gang. À une occasion, il a ordonné à une fille de 15 ans d'avoir des relations sexuelles avec Kabeer Hassan, comme une « gâterie » pour son anniversaire. Hassan a violé la fille lui-même. Abdul Aziz, marié et père de trois enfants, a pris la relève de Shabir Ahmed comme le principal trafiquant et a été payé par différents hommes pour prostituer des jeunes filles mineures.

Procès et peines[modifier | modifier le code]

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Certains membres du gang ont dit à la cour que les filles étaient consentantes et heureuses d'avoir des rapports sexuels avec eux. Le meneur, âgé de 59 ans, Shabir Ahmed, a affirmé que les filles étaient des prostituées et qu'il s’agissait de « mensonges de blancs ». Shabir Ahmed avait un comportement menaçant, et traita le Juge Gerald Clifton de « bâtard raciste », ce qui lui a valu d'être banni de la cour.

Le procès s'est terminé en mai 2012 avec neuf condamnations. Shabir Ahmed a reçu la peine la plus longue, 19 ans, pour viol et complicité de viol, agression sexuelle, traite à des fins d'exploitation sexuelle et complot en vue de s'engager dans une activité pédophile. Mohammed Sajid a été condamné à 12 ans pour viol, activité sexuelle avec une fille de moins de 16 ans, traite à des fins d'exploitation sexuelle et complot en vue de s'engager dans une activité sexuelle avec des enfants. Kabeer Hassan a été condamné à neuf ans de prison pour viol et complot en vue de s'engager dans une activité sexuelle avec des enfants. Abdul Aziz a reçu une sentence similaire de neuf ans (simultanément) pour traite d'êtres humains aux fins d'exploitation sexuelle et complot en vue de s'engager dans une activité sexuelle avec des enfants. Abdul Rauf a été condamné à six ans de prison pour traite à des fins d'exploitation sexuelle et de complot en vue de s'engager dans une activité sexuelle avec des enfants. Adil Khan, a été condamné à huit ans pour les mêmes infractions. Mohammed Amin a reçu une peine de cinq ans d'emprisonnement pour agression sexuelle et complot en vue de s'engager dans une activité sexuelle avec des enfants. Une autre peine de cinq ans d'emprisonnement a été infligée à Abdul Qayyum pour complot en vue de s'engager dans une activité sexuelle avec des enfants. Hamid Safi a reçu quatre ans pour la traite aux fins d'exploitation sexuelle et complot en vue de s'engager dans une activité sexuelle avec des enfants.[réf. nécessaire].

Réaction et débat public[modifier | modifier le code]

L'affaire a suscité un débat sérieux au sujet de savoir si les crimes ont une motivation raciale plus que sociale. Il est apparu que la police et les services d'action sociale ont fermé les yeux par crainte de paraître racistes et désir de rester politiquement corrects[10]. Les victimes blanches et pauvres ont été ignorées. Une douzaine d'autres cas similaires impliquent des musulmans dans le Nord de l'Angleterre[11].

Ann Cryer, député Travailliste de Keighley, a rappelé que, dans un documentaire de la BBC en 2012, elle avait travaillé avec les familles des victimes et s'était rendue au « poste de police pratiquement chaque semaine » et a « supplié » aussi bien la police et les services sociaux de faire quelque chose, mais que « ni la police ni les services sociaux ne voulaient s'impliquer dans l'affaire. Ils avaient peur d'être qualifiés de racistes[12] ». Cryer avait tenté de rejoindre la communauté musulmane et de l'inciter à passer à l'action: « je suis allée voir un de mes amis, qui était un conseiller municipal et qui est musulman et, par conséquent, capable de me représenter auprès des anciens, parce que je pensais que c'était une bonne chose d'obtenir l'implication de ces aînés. Mais ces derniers ne souhaitent pas faire quoi que ce soit[13] ».

Objections des hindous et des Sikhs[modifier | modifier le code]

Des groupes d'hindous et de Sikhs se sont opposés à l'utilisation par les médias du terme « asiatique » pour décrire les coupables, vu que ceux-ci sont « presque toujours d'origine Pakistanaise » et musulmans. Les protestataires allèguent qu'en désignant les coupables comme « Asiatiques », on opacificie la question d'une façon injuste et préjudiciable à l'égard d'autres groupes[14],[15].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Police 'sorry' over Rochdale child sex abuse failures », BBC News,‎ (lire en ligne).
  2. a et b (en) bureau du Commissaire à l'enfance (en), « If only someone had listened », rapport final de novembre 2013 [PDF], (consulté le 14 octobre 2017).
  3. a et b (en) Patrick Butler, « Thousands of children sexually exploited each year, inquiry says » [« Une enquête affirme que, chaque année, des milliers d'enfants sont exploités sexuellement »], The Guardian, (consulté le 14 octobre 2017).
  4. (en) Tony Harcup, Journalism : principles and pratice, Londres, SAGE Publications, , 3e éd. (1re éd. 2004), 271 p. (ISBN 9781446274088, OCLC 950906628), p. 100-102.
  5. (en) Centre contre l'exploitation et pour la protection en ligne des enfants (en), « Threat assessment of child sexual exploitation and abuse » [« Évaluation de la menace d'exploitation et d'abus sexuel sur mineur »] [PDF], (consulté le 14 octobre 2017).
  6. (en) Paul Peachey, « Rotherham child abuse report: 1,400 children subjected to 'appalling' sexual exploitation over 16-years », The Independant, (consulté le 15 octobre 2017).
  7. (en) bureau du Commissaire à l'enfance (en), « I thought I was the only one. The only one in the world », rapport provisoire de novembre 2012 [PDF], (consulté le 14 octobre 2017).
  8. Philippe Bernard, « L'Angleterre découvre le scandale d'abus sexuels dans le Yorkshire », Le Monde, (consulté le 15 octobre 2017).
  9. (en) « Senior judge slams lawyers for obstructing Rochdale child sex grooming gang deportation case », The Telegraph,‎ (lire en ligne).
  10. (en) « Rochdale grooming trial: Police accused of failing to investigate paedophile gang for fear of appearing racist », Telegraph.co.uk,‎ (lire en ligne).
  11. http://www.dailyherald.com/article/20120628/news/706289541/.
  12. "Quitting the English Defence League: When Tommy Met Mo" BBC One, Producer/Director: Amanda McGlynn: video from 18:14. .
  13. "Quitting the English Defence League: When Tommy Met Mo" BBC One: video from 19:13.
  14. (en) « Complaints over use of 'Asian' label in grooming cases », BBC News,‎ (lire en ligne).
  15. (en) « It's time to stop using the word 'Asians' », Telegraph.co.uk,‎ (lire en ligne).