École Rinpa

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis École Rimpa)
Aller à : navigation, rechercher
Iris à Yatsuhashi (les huit ponts). Ogata Kōrin. Paire de paravents sur six. Après 1709. Encre et couleurs sur feuille d'or sur papier, 163.7 x 352.4 cm ch. Metropolitan Museum of Art

L'école Rinpa (琳派), parfois transcrit « Rimpa », est une des écoles historiques majeures de la peinture japonaise décorative. Elle fut créée au XVIIe siècle par les artistes Hon'ami Kōetsu (1558-1637) et Tawaraya Sōtatsu (mort aux alentours de 1643). Une cinquantaine d'années plus tard, ce style fut encore affirmé par les frères Ogata Kōrin et Ogata Kenzan.

Fondateurs de l'école Rinpa[modifier | modifier le code]

Les artistes qui ont fondé l'école venaient tous deux de familles bien connues sur le plan artistique.

Hon.ami Kōetsu appartient à une famille de polisseurs de sabres, qui avait servi la cour impériale ainsi que les deux plus grands chefs militaires de l'époque, Oda Nobunaga et Toyotomi Hideyoshi ; ils entretenaient par ailleurs des relations avec les shoguns Ashikaga. Le père de Kōetsu expertisait des sabres pour la noble famille des Maeda, et Kōetsu lui-même poursuivit, avec la famille Maeda, ces expertises et la réparation des lames, des laques et de la nacres [1]- matières employées pour les poignées et les gardes d'épées - en plus d'autres activités similaires qu'il avait dans le domaine de l'art, activités qui le mirent en contact avec des personnalités artistiques. Ceci l'amena, à côté de son talent dans l'expertise des sabres, à s'investir plus dans le domaine de la peinture, de la calligraphie, du travail de la laque, et enfin à en faire un collectionneur de calligraphies anciennes et un amateur de la cérémonie du thé auprès du maître de thé Furuta Oribe (1543-1615). Il fut, dans ce domaine de la céramique japonaise, un créateur de bols à thé selon la technique du Raku. Son propre style, en peinture, s'inspire de sa connaissance de l'art aristocratique de la période Heian.

Kōetsu connaissait Tawaraya Sōtatsu, un artiste qui peignait des éventails à Kyoto et était introduit à la cour comme créateur de calligraphies décoratives. Il se fit connaître par son habileté à appliquer des motifs littéraires propres aux rouleaux horizontaux sur ses éventails, puis sur les roulaux verticaux et sur les paravents[2]. Au contraire du style dur de l'école Tosa, il privilégia des contours doux et des formes expansives. Par ailleurs le succès d'un motif comme celui de l'île de Matsushima tenait dans la charge poétique et picturale de ce lieu, un meisho, bien que très peu vu par des artistes, inaccessible au pouvoir des mots selon le poète Matsuo Basho qui la visita en 1689. Dans son évocation de l'île, Koetsu ne reprend pas la description contenue dans le Dit du Gengi. Il ne conserve que des îlots et les vagues. celles-ci sont tracées en lavis d'or et d'argent, l'écume étant rehaussée de gofun. Des aplats bleus, verts et bruns et leur modulation légère rehaussée d'un puissant aplat noir permettent de poser les masses de pins et des rochers, isolés au milieu des flots[3].

Les deux maîtres collaborèrent à de nombreuses occasions, et Sōtatsu fournissait Kōetsu en papier doré. Sōtatsu lui-même fit revivre le genre classique du Yamato-e[4] (époque de Heian, VIIIe – IXe siècle) qui inspirait Kōetsu, en y apportant des lignes audacieuses et des motifs colorés frappants, ainsi que d'autres apports techniques. Ensemble, les deux artistes firent revivre le Yamato-e en lui apportant des innovations contemporaines. Leurs œuvres n'étaient pas sans rappeler les productions d'alors de l'école Kano, bien que celle-ci vise un art nettement plus aristocratique et orné, là où Kōetsu et Tawaraya Sōtatsu se préoccupaient de belles peintures décrivant la nature de façon intimiste.

Tawaraya Sōtatsu. Vagues à Matsushima. Paire de paravents à 6 feuilles. Couleurs, feuilles d'or sur papier, 152 x 355 cm. Washington, Freer Gallery of Art.

Le style typique de l'école Rinpa dépeignait des sujets simples tirés de la nature, tels que des oiseaux, des plantes et des fleurs, avec un arrière-plan réalisé à la feuille d'or. Beaucoup de ces peintures étaient utilisées pour orner les portes coulissantes et les panneaux muraux (fusuma) des demeures des nobles. Koetsu et Sotatsu traversèrent la tumultueuse époque Momoyama « sans que leur esthétique fut influencé par les exigences des bâtisseurs de châteaux. Ils restèrent, au contraire, fidèles aux fortunes déclinantes de la cour impériale et aux traditions raffinées de l'ancien Japon »[5].

Évolution ultérieure[modifier | modifier le code]

Au XVIIe siècle, l'école Rinpa continua de voir apparaître des personnalités innovantes. Ogata Kōrin, fils d'un marchand de Kyoto prospère, dont on dit que c'est son père lui-même, homme d'une grande culture, qui le forma à la peinture de style Kano, reçut également une formation dans le style Rinpa. Les innovations apportées par Korin consistent à rendre la nature de manière plus abstraite, moins conventionnelle, en faisant appel à des gradations de couleurs et à des mélanges de couleurs pour parvenir à des effets et des variations de coloris éclatants[6] ; Korin fit aussi largement appel à des matières précieuses telles que l'or ou les perles, restant en cela fidèle à la « signature » habituelle de l'école Rinpa. Son frère Ogata Kenzan, fit des études plus approfondies et dans son vif intérêt pour la cérémonie du thé, s'orienta vers l'art de la céramique de son pays[7]. Admirateur de Ninsei, au décor somptueux, il devint potier professionnel et se mit à travailler avec Korin qui réalisait les peintures. Lui même calligraphiait les poèmes[8]. Leur collaboration se poursuit jusqu'en 1701. Leurs motifs reprennent ceux de la poésie japonaise, et qui sont aussi ceux privilégiés par l'École Rinpa : « feuilles d'érables flottant sur la rivière Tatsuta, grues en vol, fleurs de pavot...» .

C'est à cette période, la fameuse ère Genroku (1688-1704), une ère d'épanouissement culturel, que l'école Rinpa parvint au sommet de son art. Sakai Hōitsu (1761-1829) continuera de faire connaître l'art de ses prédécesseurs tout en en renouvelant l'esprit dans ses propres peintures[9].

Principaux artistes Rinpa[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christine Guth, L'art japonais de la période Edo, Flammarion, coll. « Tout l'art », , 175 p., 21 cm. (ISBN 2-08-012280-0)
  • Miyeko Murase, L'Art du Japon, Éditions LGF - Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », , 414 p., 19 cm. (ISBN 2-253-13054-0), p. 248-275
  • Christine Schimizu, L'Art japonais, Flammarion, coll. « Vieux Fonds Art », , 495 p., 28 x 24 x 3 cm env. (ISBN 2-08-012251-7), et Christine Schimizu, L'Art japonais, Flammarion, coll. « Tout l'art, Histoire », , 448 p., 21 x 18 x 2 cm env. (ISBN 2-08-013701-8)
  • Christine Shimizu, Le grès japonais, Paris, Massin, , 172 p. (ISBN 2707204269).
  • Joan Stanley-Baker, Japanese Art, Londres, Thames and Hudson Ltd, 1984
  • H. B., « Activités du musée national des Arts asiatiques - Guimet  : Japon », Arts Asiatiques, no 57,‎ 2002, p. 168-170 (lire en ligne).


Articles connexes[modifier | modifier le code]