Raku

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Bol noir raku pour le thé, type Kuroraku. Connu sous le nom d' "Amadera", atelier de Chojiro. Époque Azuchi Momoyama, XVIe siècle. Musée national de Tokyo

Le raku, abréviation française du terme japonais raku-yaki 楽焼 (raku-yaki?, lit. « cuisson confortable ») est le résultat d'une technique d'émaillage développée dans le Japon du XVIe siècle. Il est lié essentiellement à la fabrication de bols pour la cérémonie du thé. On utilise un grès chamotté plus solide car les pièces doivent résister à de forts écarts de température.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Chōjirō.

Selon la tradition, cette technique de fabrication en cuisson rapide, fut développée au Japon dans la seconde moitié du XVIe siècle. Le mot raku viendrait d'un idéogramme gravé sur un sceau d'or, offert en 1598 par Taiko - moine bouddhiste et maître servant de la cérémonie du thé dans un temple bouddhiste relevant de l'école zen Rinzai - au potier Jōkei (1597-1672) qui avait pris la suite du potier Chōjiro. Dans l'ouvrage Sonyu Bunsho (1688)[1], Chōjiro, vivant à Kyoto, serait né d'un père chinois. Or les premières céramiques de Kyoto apparaissent à la fin du XVIe siècle, suscitées par la mode de la cérémonie du thé, dans deux ateliers. Cuites à basses températures elles reçoivent une glaçure qui est celle des céramiques chinoises aux trois couleurs ( en chinois sāncǎi, appelées au Japon « céramiques Kōchi ») en glaçures plombifères, ancienne technique encore en usage à l'époque des Ming[2]. À côté de celui de Chōjiro, le deuxième atelier, celui d'Oshikōji, était implanté dans le quartier chinois[3]. Dans ce quartier des terres cuites à glaçure plombifère verte évoquant les grès d'Oribe[N 1] à couverte verte ont confirmé l'existence de ce four. Les bols réalisés à la main et cuits dans un petit four par Chōjiro seraient des bols à thé à glaçure noire ou rouge[2].

Bol à thé raku blanc, par Hon'ami Kōetsu. Époque d'Edo , XVIIe siècle, H.: 8,6 cm, D.: 11,5 cm. L'un des deux bols à thé Trésor National. Musée d'Art Sunritz Hattori[4], Suwa, Japon
Base. Document avant 1937
Document, avant 1937

Le contexte[modifier | modifier le code]

Initialement, ces céramiques sont réalisées à la demande de maîtres de thé — le premier étant Sen no Rikyū (1522-1591) — et ce sont des bols à thé, désignés dans les textes anciens « dans le goût de Rikyū »[2]. La consommation du thé était devenue une pratique sociale répandue hors des monastères zen, bien qu'introduite au Japon par le moine Eisai (1141-1215), fondateur de l'école zen Rinzai, et auteur d'un traité sur le thé, le Kissa Yōjōki. Le contexte qui voit apparaître ce goût correspond, tout d'abord, au XVe siècle, à une révolution esthétique[5] : ce sont — dans les temples zen et à la cour du shōgun Ashikaga Yoshimasa (1435-1490) — les personnes chargées des collections et de l'étiquette, puis les maîtres de thé qui modifient les usages dans l'appréciation des œuvres et dans les règles qui régissent les réunions mondaines. L'appréciation des œuvres n'est plus régit de manière incontestée par la hiérarchie traditionnelle, qui plaçait les arts et la littérature de la Chine au-dessus de ceux du Japon. Elle puise dorénavant ses critères dans la théorie littéraire, notamment de la poésie et du théâtre. Ceci conduit à l'émergence du wabicha, un nouveau style de préparation du thé, imprégné d'idéaux d'humilité et de frugalité. Cette mode conduit à utiliser de plus en plus des ustensiles et des bâtiments quotidiens comme modèles pour la pratique du wabicha. Et les céramiques coréennes et japonaises sont particulièrement appréciées dans ce contexte. Ainsi, la céramique japonaise, de la fin du XVe siècle au milieu du XVIe siècle, est reconnue comme un art dont les principes peuvent être analysés et dont on peut débattre au sein des plus hautes instances artistiques.

Cette période est aussi traversée par les guerres, soumise à l'arbitraire et à la violence des puissants. Ainsi Toyotomi Hideyoshi s'approprie par la force les plus célèbres instruments de thé et en vient à interdire l'importation de ceux dont il veut maintenir la rareté[6]. Comme tant d'autres qui ne peuvent se payer des objets de luxe, Sen no Rikyū à ses débuts choisit le wabicha. C'est autant pour afficher une humilité qui plait au pouvoir que pour se protéger contre sa rapacité. Mais cette première période de créativité est interrompue par les nouveaux maîtres du Japon, qui jugent ces pratiques extravagantes et arrogantes : Sen no Rikyū (1522-1591) et Futura Oribe (1543-1613/1615) sont exécutés.

Au XVIIe siècle le petit-fils de Rikyū, Sen (Genpaku) Sōtan (1578-1658) favorise la mode du wabicha au sein de l'aristocratie militaire[6] au moment où celle-ci amorce son déclin. Dans ce contexte l'encouragement à la frugalité, de la part du gouvernement qui s'appuie sur une idéologie néo-confucéenne, est en accord avec le thé wabi. Celui-ci permet de maintenir un code de bonnes manières tout en favorisant des relations sociales à ces nobles qui s'appauvrissent en même temps que les paysans. Cette frugalité, cette humilité ne correspondaient pas aux goûts de luxe de la nouvelle société de Kyoto : les grès de Nonomura Ninsei (actif 1647- vers 1681/1688), aux riches décors élégants parfois tempérés par une recherche de la sobriété ancienne, correspondent à ce nouveau public.

La « marque de fabrique » raku[modifier | modifier le code]

Les céramiques raku n'étaient que l'une des possibilités disponibles pour ceux qui pratiquaient la cérémonie du thé à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle. Et l'on ne sait toujours pas clairement quand le style a acquis sa dénomination[7]. Le terme « raku » n'apparait pas dans le vocabulaire de la céramique en usage à la fin du XVIe siècle. Il est employé pour la première fois au début du XVIIe siècle. Selon Christine Shimizu[2], l'atelier de Chōjiro comprenait quelques personnes, et le potier Jōkei (1597-1672) en a pris la suite en se spécialisant dans les bols à thé et les boîtes à encens. Il est autorisé à apposer sur ses pièces un cachet ayant la forme de l'idéogramme « raku » (plaisir), pour le remercier de la qualité de sa production. Selon Morgan Pitelka[7], « raku » dérive du nom de « Juraku », une banlieue de Kyoto. Cet endroit pourrait avoir donné la terre sableuse utilisée pour les premiers raku. D'après cet auteur, au milieu du XVIIe siècle un atelier de potier s'est approprié ce nom. Les potiers de cet atelier ont commencé à imprimer le sceau au caractère « raku » sur leurs poteries. C'était la première fois, au Japon, que des potiers authentifiaient ainsi leur production. La maison Raku est devenu rapidement connue en tant que productrice légitime des céramiques raku. Au XVIIIe siècle cette technique s'est répandue dans tout l'archipel, bien que l'association avec la maison Raku soit restée forte. À la fin du XIXe et au XXe siècle le terme a été employé sous différentes formes. Ceux qui pratiquent le thé ont pris l'habitude de parler de « raku » en se référant, de manière très stricte, aux céramiques de la maison Raku. Quant aux potiers qui n'étaient pas en relation avec la culture propre à la consommation organisée du thé, en particulier les potiers étrangers, ils ont utilisé ce terme en se référant à la technique, ou au procédé, pour obtenir cette céramique : entièrement à la main (sans tour de potier), avec une couverte à base de plomb, la cuisson étant à basse température dans un petit four (souvent intérieur). Ce procédé, à petite échelle, ne produisant guère de pollution et pouvant s'inscrire dans le contexte urbain permet une réelle proximité entre le potier et ses clients, dans la ville[8].

Technique du raku yaki[modifier | modifier le code]

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Sortie des pièces incandescentes du four
Réduction sur un lit de matière végétale

La technique du raku yaki est un procédé de cuisson. Les pièces incandescentes peuvent être enfumées, trempées dans l'eau, brûlées ou laissées à l'air libre. Elles subissent un choc thermique important.

La multitude des paramètres mis en jeu permet d'obtenir des résultats variant à l'infini, ce qui confère à la pièce, entièrement réalisée manuellement, la qualité d'objet unique.

Le raku yaki est synonyme de cuisson basse température, les pièces émaillées sorties d'un four à environ 1 000 °C sont rapidement recouvertes de matières inflammables naturelles comme de la sciure de bois compactée afin d'en empêcher la combustion en limitant l'apport d'oxygène au contact de l'émail en fusion. Cette phase est la réaction d'oxydoréduction au cours de laquelle apparaissent les couleurs plus ou moins métallisées, les craquelures ainsi que l'effet d'enfumage de la terre laissée brute qui forment les principales caractéristiques de ce type de céramique.

Après refroidissement, les pièces sont nettoyées avec un produit abrasif pour enlever tous les résidus de suie et de cendre.

En raku yaki, les pièces peuvent être enfournées à froid mais le plus souvent le four est préchauffé et l'enfournement est fait à chaud. La cuisson est menée à un rythme rapide avec atteinte de la température finale dans un cycle court de 15 à 20 minutes (certaines cuissons raku yaki peuvent durer plusieurs heures selon les types de pièces et leurs exigences de cuisson)[9].

Les fours à raku yaki sont généralement petits et surpuissants. Ils ont, pour la plupart, une simple ouverture sur le haut de l'enceinte de cuisson couverte par un morceau de plaque réfractaire.

Les pièces raku yaki sont le plus souvent cuites dans un type de four plus ou moins conventionnel, connu et exploité pour la cuisson des glaçures. Les autres sont des formes de cuisson primitive (simple trou ou fosse dans le sol) où les températures atteintes sont généralement plus basses et où les glaçures ne sont pas couramment utilisées.

Raku et art contemporain[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Raku contemporain.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les grès d'Oribe tiennent ce nom du maître de thé Furuta Oribe (1543-1613/1615) , de la génération qui suit Rikyū.

Références[modifier | modifier le code]

  1. M. Maucuer, 2009, p. 109
  2. a, b, c et d Christine Shimizu, Le grès japonais. 2001, p. 135
  3. Sanjō Yanaginobanba : Christine Shimizu, Le grès japonais. 2001, p. 136
  4. (ja) Site officiel
  5. M. Maucuer, 2009, p. 29
  6. a et b M. Maucuer, 2009, p. 30
  7. a et b Morgan Pitelka, 2005, p. 7
  8. Morgan Pitelka, 2005, p. 8
  9. La plupart des autres types de poteries sont enfournés à froid et cuits à une allure modérée jusqu'à la température finale. Ce genre de cuisson peut aller de 8 à 24 heures ou plus. Le cycle de refroidissement peut durer entre 12 et 24 heures ou plus. Les pièces sont considérées comme achevées lorsqu'elles sont défournées.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • (en)(ja) Raku Ware, site du musée du raku à Kyoto

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Maucuer, Céramiques japonaises : Un choix dans les collections du musée Cernuschi, Paris, Paris musées, , 183 p. (ISBN 978-2-7596-0038-0).
  • Christine Shimizu, Le grès japonais, Paris, Massin, , 172 p. (ISBN 2707204269).
  • (en) Morgan Pitelka, Handmade culture : Raku Potters, Patrons and Tea Practicioners in Japan, Honolulu, University of Hawai'i Press, (ISBN 0-8248-2970-0).
  • Frank and Janet Hamer, The Potter's Dictionary of Materials and Techniques, A & C Black Publishers, London, Third Edition 1991 (ISBN 0-8122-3112-0)
  • Susan Peterson, The Craft and Art of Clay, The Overlook Press, Woodstock, NY, second edition 1996 (ISBN 0-87951-634-8)