Vlado Tchernozemski

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Vlado Černozemski
Image illustrative de l'article Vlado Tchernozemski

Biographie
Naissance 19 octobre 1897
Kamenica (aujourd’hui Velingrad, Bulgarie)
Décès 10 octobre 1934
Marseille

Velitchko Dimitrov Kerin (translittération internationale Veličko Dimitrov Kerin, en bulgare : Величко Димитров Керин), plus connu sous le nom de Vlado Gueorguiev Tchernozemski (translittération internationale Vlado Georgiev Černozemski, en bulgare : Владо Георгиев Черноземски) ou Vlado le chauffeur (Vlado Šofjora, en bulgare : Владо Шофьора) était un révolutionnaire et terroriste bulgare, membre de l’Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (VMRO)[1]. Il est surtout connu pour l’assassinat du roi Alexandre Ier de Yougoslavie à Marseille en 1934.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Dimităr Kerin et Risa Baltadžieva, Vlado Černozemski (du bulgare černa zemja « terre noire ») est né en 1897 dans le village de Kamenica, dans la vallée de Čepino, située dans les Rhodopes occidentales (aujourd’hui quartier de Velingrad, Bulgarie), où il fréquente les trois classes de l’école primaire.

Débuts dans la VMRO[modifier | modifier le code]

Il devient membre de la Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (VMRO) en 1922 alors qu’il séjourne dans la ville de Kjustendil dans l’ouest de la Bulgarie. À l’époque, la VMRO revendique notamment le rattachement à la Bulgarie des territoires macédoniens rattachés à la Yougoslavie. Černozemski fait partie du détachement (četa) du voïvode (commandant) Ivan Bărljo. Il entre en Macédoine yougoslave et participe à plus de 15 attaques armées contre la police et la gendarmerie.

Vlado Černozemski en uniforme d'oustachi (1932)

Carrière terroriste avant 1934[modifier | modifier le code]

Il se fait connaître comme l’un des meilleurs tireurs de la VMRO et comme un militant discipliné et peu scrupuleux, l’un des mieux entraînés de l’organisation. Il commence alors une carrière de terroriste, commettant des attentats sous divers pseudonymes (Georgiev, Stopyanov, Dimitrov)[2]. En 1927, il propose au comité central de la VMRO de s’introduire dans la Grande salle de la Société des Nations afin d’y commettre un attentat-suicide destiné à attirer l’attention de l’organisation internationale sur le sort des Bulgares de Macédoine du Vardar, attentat qui ne sera jamais réalisé[3]. Le direction de la VMRO, conduite par Ivan Mihajlov, lui confie un grand nombre d’attentats, dont, en 1924, l’assassinat du représentant national du Parti communiste bulgare, Dimo Hadžidimov en 1924, après lequel il est arrêté, mais parvient à s’enfuir, vraisemblablement grâce à des complicités dans la police. Il est condamné à mort par contumace par le tribunal de Sofia en 1928 (cette sentence sera annulée le 14 janvier 1932 par la cour d’appel de Sofia en vertu de la loi du 5 janvier de la même année, cf. infra). En 1930, il assassine à Sofia Naum Tomalevski, nationaliste bulgaro-macédonien concurrent. Il est arrêté et emprisonné suite à l’attentat. En 1931, il est condamné à la prison à vie mais bénéficie de la loi d’amnistie du 5 janvier 1932 décidée par le gouvernement de Nikola Mušanov et est libéré peu après. Ses traces se perdent ensuite. La VMRO fait croire qu’il a été assassiné par ordre de sa direction. Selon les informations rassemblées par la police bulgare, il aurait en fait été envoyé comme instructeur auprès d’Ante Pavelić, chef du mouvement croate des Oustachis, alors en fuite. En effet, la VMRO entretenait depuis quelques années des relations étroites avec ce mouvement. Il est de nouveau recherché par la police bulgare (ainsi qu’Ivan Mihajlov) après l’adoption en 1934 par le parlement d’une loi sur la sécurité de l’État[4].

L’attentat de Marseille[modifier | modifier le code]

Le 9 octobre 1934 à Marseille, Černozemski, sous le nom d'emprunt de Petrus Kelemen, abat le roi Alexandre Ier de Yougoslavie de plusieurs balles de pistolet, et il blesse aussi le général Georges. Dans la confusion qui s'en suit, Louis Barthou fut accidentellement touché au bras par un tir de la police, dont il devait décéder peu après faute de soins appropriés. Černozemski lui est aussi blessé par plusieurs tirs de la police et à coups de sabre par un officier cavalier de l'escorte (Emporté par la police, il meurt 20 heures après l’attentat et est enterré dans un endroit secret).

Polémiques historiographiques[modifier | modifier le code]

Les commanditaires véritables de l’attentat, qui a donné lieu à de nombreux mythes historiques, restent dans l’ombre. On ne sait pas, en effet, si Černozemski a agi sur ordre de la VMRO ou des Oustachis. D’aucuns supposent également une manipulation des services secrets allemands. La République démocratique allemande a ainsi mené en 1957-1958 une campagne contre Hans Speidel, alors commandant en chef des troupes terrestres de l’OTAN et attaché militaire à Paris au moment des faits, en 1934, l’accusant d’avoir été le commanditaire de l’attentat. Ainsi, un documentaire d’Andrew et Annelie Thorndike produit par la DEFA, Operation Teutonenschwert (1957)[5] accrédite cette thèse non prouvée, qui a été contestée dès les années 1950[6] en Europe de l’Ouest, mais est restée populaire dans les pays de l’ancien bloc de l'Est, en particulier en Bulgarie[7]. Le chef de la VMRO, Ivan Mihajlov, a nié jusqu’à la fin de sa vie (il est mort en 1990) toute implication des services secrets allemands ou soviétiques dans l’attentat, qu’il considérait comme une juste punition de la politique d’Alexandre Ier : « L’opération conduite par lui (Vlado Černozemski) à Marseille ne peut pas être qualifiée d’assassinat. Cela est parfaitement clair pour tous ceux qui connaissent le régime du roi Alexandre et les projets de Belgrade. En fait, l’assassin, c’était Alexandre et la politique de Belgrade. Vlado a seulement joué le rôle d’exécutant de la peine qui, à travers des milliers de malédictions, des fleuves de larmes et de sang, avait été prononcée contre lui par toutes les nations – les Bulgares de Macédoine, les Croates, les Albanais comme des millions d’autres habitants mécontents des villes et des campagnes parmi les autres nationalités de cet État, dont bon nombre de Serbes[8]. »

En Macédoine comme en Bulgarie, l'assassin du 9 octobre 1934 semble être l'objet d'un étrange culte dans certains milieux nationalistes : en octobre 2000, les députés de la VMRO-DPMNE du parlement de Skopje ont participé à une cérémonie religieuse à la mémoire de Černozemski[9].

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La plupart des informations contenues dans cet article proviennent des pages du site promacedonia consacrées à l’attentat de Marseille de 1934 : (bg) АТЕНТАТЪТ В МАРСИЛИЯ par Mitre Stamenov, chapitre ВЛАДО ЧЕРНОЗЕМСКИ. ЖИВОТ, ОТДАДЕН НА МАКЕДОНИЯ (Vlado Černozemski, une vie dédiée à la Macédoine, site consulté le 25 février 2009).
  2. Thierry Vareilles Histoire d'attentats politiques l'Harmattan 2005 p.109 (ISBN 2-7475-9685-0)
  3. (mk) Кој е Владо Чернозамеки? (site de la VMRO macédonienne, consulté le 25 février 2009).
  4. Cf. (bg) site promacedonia, note 38 (consulté le 25 février 2009).
  5. Cf. (de) fiche sur le site Cinematographie des Holocaust (consulté le 25 février 2009).
  6. Cf. (de) article d’Erika Müller dans l’hebdomadaire Die Zeit du 13 février 1959 DEFA fälschte Dokumente (site consulté le 25 février 2009).
  7. Cf. (de) le livre de Themistokles Papasissis, Der König muss sterben, Berlin, Heinrich Bär, 1959, 81 p. – traduction française chez le même éditeur : Meurtre à Marseille, 1960, 84 p. Version allemande disponible en ligne sur le site promacedonia – cf. en particulier la postface : Nachwort (site consulté le 25 février 2009).
  8. (bg) Interview donnée par Mihajlov au journaliste macédonien Boris Višinski le 1er octobre 1989, publiée par la revue Demokracija le 8 janvier 2001, disponible en ligne : Иван Михайлов - Радко: Аз съм българин от Македония (site consulté le 25 février 2009).
  9. (en) Stefan Troebst, « Historical Politics and Historical “Masterpieces” in Macedonia before and after 1991 », in : New Balkan Politics, Issue 6, 2003: « In October 2000, the Members of Parliament from VMRO-DPMNE participated in a religious ceremony organised in memory of the suicide-assassin from VMRO, Vlado Cernozemski, who, on orders from Mihajlov and his ethno-national VMRO, which was defined as Bulgarian, killed the Yugoslav king Alexander I Karadzordzevic and the French Minister of Foreign Affairs Louis Bareau [sic !] in Marseilles in 1934. »