Touche pas à la femme blanche !

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Touche pas à la femme blanche !

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Marcello Mastroianni et Catherine Deneuve dans une scène du film

Titre original Non toccare la donna bianca
Réalisation Marco Ferreri
Scénario Marco Ferreri
Rafael Azcona
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de la France France
Drapeau de l'Italie Italie
Sortie 1974
Durée 108 min

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Touche pas à la femme blanche ! (Non toccare la donna bianca) est un film franco-italien réalisé par Marco Ferreri, sorti en 1974.

Montrant de manière parodique aussi bien la bataille de Little Big Horn que la destruction des pavillons Baltard du cœur de Paris, aussi bien le génocide des indiens d'Amérique que l'éviction des classes populaires suite aux rénovations urbaines des centres-ville modernes, aussi bien des stars — parmi les plus célèbres de leur temps — que des rôles à contremploi, à travers humour et anachronismes, ce western est tout autant une satire cinématographique que politique.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Une parodie de western représentant la bataille de Little Big Horn (1876) menée par le général Custer, le film est tourné sur le chantier du futur Forum des Halles dans le centre de Paris des années soixante-dix en lieu et place de la destruction des pavillons Baltard. Dans cette farce anachronique, le général Custer veut parquer et exterminer les Indiens devenus résistants aux persécutions. Marie-Hélène de Boismonfrais, tout de blanc vêtue, est séduite par Custer. Elle symbolise « la femme blanche » que Mitch, l'éclaireur indien de Custer, ne doit pas toucher. Buffalo Bill y joue les trublions.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]


Analyse[modifier | modifier le code]

Production ambitieuse et exploitation ratée : la vengeance d'un cinéaste[modifier | modifier le code]

Le film précédent de Marco Ferreri, La grande bouffe, sorti en salles en 1973, un an avant Touche pas à la femme blanche !, avait entraîné des réactions scandalisées au festival de Cannes[1] allant jusqu'à des insultes, des bousculades et des huées[2] mais le film avait été un succès en salles, totalisant plus de 2 800 000 entrées[3], pour treize semaines d'exploitation à Paris[4]. Il avait été coproduit, entre autres, par le célèbre et controversé producteur Jean-Pierre Rassam et par Ferreri lui-même. Mais Alain Sarde rapporte qu'au lieu de reverser à Ferreri la part qui devait lui revenir, Rassam avait réinvesti l'argent dans d'autres projets cinématographiques, et Ferreri aurait, dès lors, juré de se venger[2]. Ainsi, à l'occasion de l'idée de son nouveau film qu'il eut en se promenant du côté du chantier des Halles, alors un énorme « trou » à la place de ce que furent les pavillons Baltard, il aurait affirmé : « je vais ruiner Rassam »[2]. Il se tourna donc à nouveau vers lui, pour produire Touche pas à la femme blanche ! conjointement avec Jean Yanne et Michel Piccoli.

Dès sa sortie en salles, en 1974, le film fut un échec et Ferreri aurait alors prononcé ces mots : « Pour moi c'est un succès ! »[2]. Le film totalisa pourtant dix fois moins de spectateurs que La Grande Bouffe, aux alentours de 230 000 entrées en France[5]. Ferreri aurait ainsi réussi à se "venger" en faisant perdre de l'argent à Rassam car la production était ambitieuse et coûteuse avec la réunion du quatuor d'acteurs masculins qui avait fait le succès de La Grande Bouffe : Marcello Mastroianni, Michel Piccoli, Philippe Noiret et Ugo Tognazzi, quatuor auquel viennent s'adjoindre d'autres célébrités telles Catherine Deneuve, Serge Reggiani ou Darry Cowl. La reconstitution de la bataille de Little Big Horn demandait également un certain nombre de moyens, du fait de la présence de nombreux figurants et chevaux, ainsi que que l'exige le tournage d'un western.

Une distribution exceptionnelle...[modifier | modifier le code]

La distribution de ce film regroupe des acteurs parmi les plus populaires de leur époque :

  • Marcello Mastroianni y joue l'un de premiers rôles en incarnant le « colonel Custer ». Méconnaissable avec les cheveux longs (ce qui est conforme à la vérité historique), il incarne un Custer aussi ridicule, histrion, que colérique et cruel : dès la première scène du film, il pique une crise de nerfs pour avoir perdu son peigne ; on le voit plus tard punir l'un de ses soldats en lui faisant lécher des déjections humaines. Il déteste, viscéralement, les indiens.
  • Philippe Noiret campe un général timoré mais ambitieux et vénal. Bien qu'enchaînant diverses maladies tout au long du film — souvent alité à l'écran et dans un pyjama d'une pièce d'un effet comique assuré —, il incarne le cynisme militaire et politique.
  • Ugo Tognazzi a un rôle de traître : il est Mitch, l'éclaireur indien du colonel Custer. C'est à lui que Custer adresse la réplique « ne touche pas à la femme blanche » qui donne son titre au film. Subissant les humiliations de Custer et les anathèmes des indiens, on peut le voir jouer une imitation de Custer/Mastroianni saisissante[Note 1].
  • Michel Piccoli campe un Buffalo Bill burlesque, extravagant et grotesque. Vantant ses nombreux exploits, notamment contre les troupeaux de bisons, il est censé rendre la guerre contre les indiens populaire, par médias interposés, éclipsant Custer et le faisant enrager de se faire voler la vedette.
  • Catherine Deneuve alias Marie-Hélène de Boismonfrais, une dame patronnesse infirmière, incarne une beauté ingénue et sensuelle, amoureuse de Custer, sans cesse apeurée par les indiens dont elle ne voit que les stéréotypes.
  • Serge Reggiani fait une prestation spectaculaire en indien, aussi sage que fou. Crâne rasé, vêtu d'un léger pagne tout au long de ses apparitions, il prodigue, sous couvert de tenir des propos incohérents, des conseils finement avisés : il annonce la traîtrise de l'homme blanc et la disparition des indiens[6]. Il est comme le bouffon du théâtre classique par qui la vérité est dite.
  • Darry Cowl joue un vétérinaire qui a trouvé une méthode révolutionnaire pour empailler les indiens afin de pourvoir les exposer morts auprès du public. Il procède à cette tâche avec l'aide d'enfants indiens.

...pour des rôles inhabituels : une critique du star system[modifier | modifier le code]

S'il est inhabituel de voir Mastroianni dans une interprétation — aussi pitoyable que violente —, d'un rôle de perdant[7], il est encore plus rare de voir Catherine Deneuve s'aventurer dans de telles expériences cinématographiques. Alors au faîte de sa gloire, elle tente à travers ce film de prendre un virage dans sa carrière, loin des rôles qu'elle avait joués jusque là dans les années 60[7]. Si elle y incarne la dualité classique de la femme blanche dans les westerns américains, à la fois « putain » et femme pure et dévouée[7], son jeu est une caricature de son personnage dans Belle de Jour[7]. La critique le lui reprochera d'ailleurs, disant qu'elle « se roule [...] dans le moche, voire l'innommable »[8]. Aussi Ferreri, en lui faisant jouer un rôle de femme amoureuse de l’homme qui était son compagnon à la ville — Marcello Mastroianni, alias Custer —, met-il Deneuve en abîme de son image en tant que star en dehors des écrans et opère une critique du star système et des rôles établis à l'avance pour les acteurs[7].

Anachronisme et pastiche : le « piège » contemporain du western[modifier | modifier le code]

Là où La Grande Bouffe bien que provoquant le spectateur, se déroulait à l'époque contemporaine avec une trame narrative somme toute classique, Touche Pas à la femme blanche ! est un pastiche de western, une farce burlesque et satirique[9] dont le foisonnement avait de quoi déconcerter le spectateur. Le film multiplie ainsi les gags et les anachronismes[10] : tourné en plein chantier de la rénovation du quartier des Halles, dont on aperçoit parfois les travaux sur les immeubles alentours et les engins de terrassement, l'histoire se déroule pourtant au temps de la conquête de l'Ouest américain. Les acteurs eux-mêmes sont pour certains en costumes du XIXe siècle tandis que d'autres sont habillés selon la mode contemporaine[10]. Dès l'une des premières scènes, le ton est posé : on voit le général Custer, en costume d'époque, arriver par un train électrique dans une grande gare parisienne où les figurants sont habillés selon la mode contemporaine.

À travers la mise en scène du personnage du général Custer, le film devient une parodie des classiques du western, tel La Charge fantastique de Raoul Walsh[11]. Mais là où chez Walsh, il s'agit encore d'un héros, bien qu'en prise avec ses propres contradictions, il est question ici d'un personnage à l'opposé : en porte-à-faux avec son univers, dépeint comme un fou avide de sang ; tout autant hystérique et raciste que manipulé par sa hiérarchie[12]. Par là même Ferreri compte « dissoudre le mythe du western »[13] et rendre aussi bien hommage au cinéma que critiquer les valeurs politiques qu'il véhicule :

« Pourquoi un western ? Parce que selon moi nous vivons dans un climat de western. Parce que le western a toujours été l’énorme piège dans lequel nous sommes tombés depuis l'enfance. Le western exprime de manière simple et élémentaire les concepts de Dieu, Patrie et Famille. Moi, je reprends ces concepts et je les fais éclater par le rire. Les Halles sont le western, elles sont un décor de western. Ce n'est pas l'Arizona qui fait le western, le western ce sont aussi les idées. Ne trouve-t-on pas dans la ville les mêmes éléments que l'on trouve dans un western ?[14] »

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Urbanisme et politique : des Indiens au « trou » des Halles[modifier | modifier le code]

Perçu comme politique par la critique de l'époque, dans le prolongement de mai 68, certains affirmant que « les soldats bleus vous ont parfois d'évidentes ressemblances avec les CRS à l'uniforme à peine plus foncé »[15], le film met en rapport l'histoire et la politique urbaine contemporaine.

C'est que le lieu de tournage du film est central dans sa construction et son propos : le « trou » des Halles, creusé en plein cœur de Paris à la suite de la destruction des pavillons Baltard, remplacés par un grand centre commercial et une gare RER (référencée dans le film sous la forme de la construction du chemin de fer). Ce projet, qui s'inscrit dans la rénovation du quartier des Halles et du quartier de l'Horloge « demeure dans la mémoire collective comme un des plus grands fiascos de l'urbanisme moderne. »[16].

Tourner un western ayant pour décor le destruction d'un admirable ensemble architectural, historique, populaire est ainsi l'occasion pour Marco Ferreri de dresser un parallèle entre le génocide des indiens aux États-Unis et une rénovation urbaine qui aboutit à chasser du centre de Paris les pauvres et les étrangers[7].

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Le film fait ouvertement allusion à des évènements de l'époque, comme le scandale du Watergate : l'on peut voir le portrait de Nixon à de nombreuses reprises dans le film.
  • L'affiche du film est l’œuvre de Moebius, le célèbre dessinateur de bandes dessinées[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ferreri avait également mis en avant le talent d'imitateur de Tognazzi dans La grande bouffe lorsqu'il pastiche Marlon Brando dans le rôle du Parrain.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Paolo Mereghetti, Il Mereghetti. Dizionario dei film 2002, 2 vol., Baldini & Castoldi, 2001, p. 942
  2. a, b, c et d La cinémathèque française « Dossier de presse : hommage à Alain Sarde », 2009, [1]
  3. http://boxofficestar2.eklablog.com/france-1973-c23765817
  4. http://www.boxofficestars.com/article-36602613.html
  5. http://boxofficestar2.eklablog.com/france-1974-c23814641/2
  6. « Interview de Serge Reggiani sur son rôle dans Touche pas à la femme blanche », INA
  7. a, b, c, d, e et f Geneviève Sellier, « La fiction éclatée », Études socioculturelles — Volume 1, L'Harmattan, 2007, p. 306
  8. Geneviève Sellier, « La fiction éclatée », Études socioculturelles — Volume 1, L'Harmattan, 2007, p. 311
  9. Laurence Schifano, Le cinéma italien de 1945 à nos jours, Armand Colin, 2011
  10. a et b Cécile Sorin, Pratiques de la parodie et du pastiche au cinéma, Éditions L'Harmattan, 2010, p. 143
  11. Cécile Sorin, Pratiques de la parodie et du pastiche au cinéma, Éditions L'Harmattan, 2010, p. 141
  12. Cécile Sorin, Pratiques de la parodie et du pastiche au cinéma, Éditions L'Harmattan, 2010, p. 147
  13. C. Depuyer, « Ferreri : un cinéma de mœurs-fiction » in Cinéma 74, no 190-191, 1974, p. 190
  14. F. Borin (dir.) « Marco Ferreri » in Circuito Cinema, n°31, Venise, mars 1988
  15. J.-R. Huleu « Touche pas à la femme blanche ! de Marco Ferreri » in Libération, 24/01/74
  16. Réaménagement des Halles sur accomplir.asso.fr [PDF]
  17. Jean Giraud-Moebius, de la bande dessinée au cinéma, sur le site de Paris Match

Liens externes[modifier | modifier le code]