Thubten Chökyi Nyima

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Thubten Chökyi Nyima

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Thubten Chökyi Nyima

Réincarnation du panchen-lama
Nom de réincarnation Thubten Chökyi Nyima
Date de naissance 12 janvier 1883
Lieu de naissance Dagpo, Drapeau du Tibet Tibet
Date de décès 1er décembre 1937 (à 54 ans)
Lieu de décès Jyekundo, Drapeau du Tibet Tibet

Thubten Chökyi Nyima (tibétain : ཐུབ་བསྟན་ཆོས་ཀྱི་ཉི་མ་, Wylie : Thub-bstan Chos-kyi Nyi-ma , 12 janvier 1883 à Dagpo1er décembre 1937 à Jyekundo), est le 9e panchen-lama du Tibet.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le panchen-lama et son entourage à Calcutta en 1906
Ugyen Wangchuck, Thutob Namgyal (en) rencontré par le panchen-lama à Calcutta, 1906

Thubten Chökyi Nyima est né en 1883, sa mère était une simple servante, qui gardait des troupeaux dans la montagne, elle ne dévoila pas le nom du père[1]. Il eut pour tuteur Khunu Lama Tenzin Gyaltsen[2].

Âgé seulement de 12 ans, le 13e dalaï-lama a intronisé le 9e panchen-lama[1] en 1888.

En 1901, Choekyi Nyima a reçu la visite du lama mongol Agvan Dorjiev. Bien qu'il ne soit resté que deux jours au Tashilhunpo, Dorjiev a reçu du panchen lama certains enseignements secrets, de même que la lecture de la Prière de Shambhala, écrit par Lobsang Palden Yeshe, le 6e (ou 3e selon la nomenclature) panchen-lama, à propos du royaume bouddhiste de Shambhala, qui fut d'une grande importance pour le développement de la compréhension par Dorjiev des enseignements tantriques du Kalachakra (la Roue de Temps). Choekyi Nyima a aussi donné des cadeaux à Dorjiev dont des statues en or[3].

William Frederick Travers O'Connor, le premier agent commercial britannique en poste à Gyantsé, se lia d'amitié avec le panchen-lama et l’amena à Calcutta en 1905 où ce dernier rencontra début 1906 le vice-roi des Indes Gilbert Elliot-Murray-Kynynmound, le Chogyal du Sikkim Thutob Namgyal, et le futur roi du Bhoutan Ugyen Wangchuk[4]. Le panchen-lama y rencontra également le prince de Galles et futur roi George et la reine Mary. Le capitaine O'Connor possédait une Peugeot Bébé, une des deux premières automobiles à avoir été acheminée à travers l'Himalaya au Tibet en 1907[5]. En raison de nombreux problèmes avec les agents chinois, O'Connor fut contraint à partir en 1908[6]. Lors de son départ du Tibet, il a donné sa voiture en cadeau au panchen-lama et il est rapporté que celui-ci pleura quand O'Connor quitta le pays[5].

Vers le début du XXe siècle, les relations sino-tibétaines sont conflictuelles, et mèneront à la fuite du 13e dalaï-lama en Inde en 1908. La Chine prendra pretexte d'une suzeraineté pour demander à deux reprises au 9e panchen-lama de prendre la place du 13e dalaï-lama, ce qu'il refusera. En 1911, la dynastie mandchoue des Qing s'effondre, et le 13e dalaï-lama déclare l'indépendance du Tibet en 1912.

Au début du XXe siècle, les rapports entre le panchen-lama et le dalaï-lama ne sont pas très bonnes. Selon le tibétologue Melvyn Goldstein, lorsque le 13e dalaï-lama, après son retour d'Inde en 1913, veut appliquer de nouvelles impositions aux domaines féodaux, le 9e panchen-lama refuse net, faisant valoir que les clauses des octrois de terres de l'empereur Mandchou excluent toute impôt supplémentaire[7]. Selon John Powers, le 13e dalaï-lama cherchait non seulement à prélever des revenus des domaines du panchen-lama pour couvrir un quart des dépenses militaires du Tibet, mais aussi à réduire les pouvoirs de ce dernier, lequel, à l'époque, régnait sur une région de fait autonome autour de Shigatsé[8]. Le 22 décembre 1923, le 9e panchen-lama s'enfuit en Mongolie, se sentant menacé après que les moines de son monastère se voient interdire toute fonction dans le gouvernement tibétain, et que ses représentants sont enfermés à Lhassa, selon Gray Tuttle[9].

Apprenant le départ 9e panchen-lama, Agvan Dorjiev tente de le rencontrer sur sa route jusqu'à Pékin, en vain, il laisse cependant une lettre à son attention lui suggèrant de se rabibocher avec le 13e dalaï-lama. Alexander Andreyev, le 9e panchen-lama répondit à Agvan Dorjiev qu'il n'avait pas de différend avec le 13e dalaï-lama, et que sa fuite avait pour cause une lutte entre ses disciples et ceux du dalaï-lama[10].

Selon la thèse de Fabienne Jagou, malgré sa richesse apparente, le monastère de Tashilhunpo était devenu insolvable, et ne pouvait plus payer sa contribution au gouvernement tibétain[11]. Le 9e panchen-lama ne se serait pas enfui, mais serait parti à la recherche de donateurs mongols pour régler cet impôt. Après diverses péripéties, il atteint la province du Gansu. Il est conduit jusqu'à Pékin. En Chine, il s’intéresse aux « Trois principes du peuple » de Sun Yat-sen, et joue le rôle de médiateur pour la paix pour la Mongolie septentrionale. C’est encore en Chine qu’il élabore un projet de modernisation du Tibet[12].

Les républicains chinois ont tenté de jouer le parti du 9e panchen-lama contre le 13e dalaï-lama afin de tenter de récupérer un Tibet qui s'émancipait. Le 9e panchen-lama ne tardera pas à se trouver mêlé aux actions du gouvernement républicain nationaliste et au monde politique international, dont l'empire britannique des Indes qui envoie une expédition au Tibet. Le 13e dalaï-lama écrit au 9e panchen-lama pour lui demander de rentrer au Tibet, il prédit aussi un avenir sombre pour le Tibet si la désunion se développe, et suggère de mettre en place un gouvernement démocratique. Avec la retraite des troupes britanniques et la mort du 13e dalaï-lama en 1933, le Tibet est alors devenu une cible de prédilection dans l'orbite chinoise. Le gouvernement républicain nationaliste chinois tente d'utiliser le panchen lama-pour contrôler le Tibet. Le 9e panchen-lama demeura quatorze ans en exil et mourra prématurément en 1937, à Jyekundo dans la région tibétaine du Kham, alors qu'il était en chemin vers son monastère du Tashilhunpo.[réf. nécessaire]

Interaction avec la diplomatie britannique[modifier | modifier le code]

Dans les années 1930, le 9e panchen-lama affirma à un diplomate britannique alors en poste à Pékin qu'il l'avait rencontré dans son monastère. Le diplomate qui n'était jamais allé au Tibet apprit plus tard qu'il avait une ressemblance avec George Bogle[13].

Le panchen-lama rencontra Edward Maurice Berkeley Ingram.

Indications pour la réincarnation du 13e dalaï-lama[modifier | modifier le code]

Peu avant sa mort, il donne des indications qui s'avèreront exactes à une délégation de lamas recherchant la réincarnation du 13e dalaï-lama. Il s'agissait d'informations sur la localisation de la maison où rechercher l'enfant, dans le village de Taktser dans l'Amdo [14]

Partit le Lhassa, la délégation de Ketsang Rinpoché et de ses trois auxiliaires arriva dans le Kham après un voyage de deux mois. Atteignant le village de Riwoché, Ketsang Rinpoché écrivit au panchen lama alors à Jyekundo, lui demandant si les escarmouches à la frontière sino-tibétaine pouvaient gêner la mission. Un mois plus tard, il reçut la réponse du panchen lama qui l’assurait qu’aucun obstacle ne surviendrait. Le deuxième jour du Losar, ils rendirent visite au panchen lama lui remettant des présents et des documents scellés du gouvernement tibétain. Le panchen lama leur indiqua trois noms d’enfants comme des candidats prometteurs. Il fournit au groupe deux aides, des chevaux et ânes, un guide et les dirigea vers le nord, en Amdo. Des trois enfants mentionnés par le panchen lama, l'un était décédé avant la visite de la délégation et le second ne montra pas de signes permettant sa reconnaissance. Le troisième enfant reçu la visite de Ketsang Rinpoché et de Tsédroung Lobsang, accompagnés d'un moine et d'un interprète du monastère de Kumbum connaissant le tibétain de Lhassa, et qui se présentèrent comme des pèlerins. L'enfant reconnu Ketsang Rinpoché comme un lama de Séra et il mentionna le nom de Tsédroung Lobsang. Il s'agissait de Lhamo Teundroup qui allait être reconnu comme le 14e dalaï-lama[15].

L'entourage du panchen lama reste divisé par l'influence chinoise, éclairant la mise en garde du 13e dalaï-lama.

Destruction de sa sépulture et reconstruction[modifier | modifier le code]

Tous les tombeaux du 5e au 9e panchen-lama ont été détruits pendant la révolution culturelle, et furent reconstruits par le 10e panchen-lama dans un mausolée situé au monastère de Tashilhunpo à Shigatsé, et connu sous le nom de Tashi Langyar[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Roland Barraux, Histoire des Dalaï-lamas, Albin Michel, Paris, 2002 (ISBN 2226133178), p. 254.
  2. David Paul Jackson, A saint in Seattle: the life of the Tibetan mystic Dezhung Rinpoche, p. 64.
  3. Snelling, 1993, p. 77.
  4. Fabienne Jagou, Le 9e Panchen Lama (1883-1937) : enjeu des relations sino-tibétaines, Publications de l'École Française d'Extrême-Orient : Monographies, no 191, 2004 (ISBN 2855396328), p. 92.
  5. a et b (en) Images of First Cars to Cross the Himalayas into Tibet 102 Years Ago and Secret Photos of Japan from 1898 for Sale, Artdaily.org, 6 octobre 2009.
  6. (en) Tibetan Bulletin, no 2, 1988, p. 11 : « BTA Gyantse was O'Connor(1904- 1908) who had many problems with the Chinese Agents which forced him to leave in 1908. »
  7. (en) Melvyn Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, p. 103 : « Relations between the Panchen and Dalai Lamas in the early twentieth century were poor, so when the thirteenth Dalai Lama levied new taxes on feudal estate holders after his return to Lhasa from India in 1913, the ninth Panchen Lama refused, arguing that the terms of his land grants (from the Manchu emperor) precluded such additional taxation.[9] The thirteenth Dalai Lama's insistence on payment precipitated the flight of the ninth Panchen Lama into exile in China together with his top officials in 1924. He died there in 1937. »
  8. John Powers, History as Propaganda: Tibetan Exiles versus the People's Republic of China, Oxford University Press, 2004 (ISBN 978-0195174267), p. 99.
  9. Gray Tuttle, Review of Fabienne Jagou's Le 9e Panchen Lama (1883-1937) : Enjeu des relations sino-tibétaines, JIATS, no 2, août 2006, Columbia University, THDL #T2726.
  10. Alexander Andreyev, Soviet Russia and Tibet: the debacle of secret diplomacy, 1918-1930s, p. 200.
  11. Isabelle Charleux, Fabienne Jagou, Le 9e Panchen Lama (1883-1937). Enjeu des relations sino-tibétaines.
  12. Jagou, p. 156-159, 206-208.
  13. Patrick French, Diplomatic baggage.
  14. Gilles Van Grasdorff, Panchen Lama, Otage de Pékin, Ramsay, 1999 (ISBN 2841142833) p. 139.
  15. Michael Harris Goodman, Le Dernier Dalaï-lama ? Biographie et témoignages, éditions Claire Lumière, 1993 (ISBN 2905998261), p. 16-20.
  16. Mayhew, 2005, p. 175.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fabienne Jagou, Le 9e Panchen Lama (1883-1937) : enjeu des relations sino-tibétaines, publications de l'École Française d'Extrême-Orient : Monographies, no 191, 2004 (ISBN 2855396328).
  • (en) Spencer Chapman, Lhasa: The Holy City, 1940, Readers Union Ltd., London.
  • (en) Bradley Mayhew et Michael Kohn, Tibet 6th Edition, 2005, Lonely Planet Publications (ISBN 1-74059-523-8).
  • (en) John Powers, History as Propaganda: Tibetan Exiles versus the People's Republic of China, 2004, Oxford University Press (ISBN 978-0195174267).
  • (en) John Snelling, Buddhism in Russia: The Story of Agvan Dorzhiev : Lhasa's Emissary to the Tsar, 1993, Element Books (ISBN 1-85230-332-8).

Autres lectures[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]