Expédition militaire britannique au Tibet (1903-1904)

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Expédition militaire britannique au Tibet (1903–1904)
Meeting with tibetans.jpg
Informations générales
Date Décembre 1903 – Septembre 1904
Lieu Tibet
Issue Victoire militaire britannique et signature du traité de Lhassa,
retour au statu quo.
Belligérants
Flag of Tibet.svg Tibet Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande
Commandants
Drapeau du Royaume-Uni Brigadier-General James R. L. Macdonald CB
Drapeau du Royaume-Uni Major Francis Younghusband
Forces en présence
Flag of Tibet.svg Armée Tibétaine :
Plusieurs milliers
3 000 soldats combattants
7 000 troupes de soutien
Coordonnées 26° 05′ 20″ N 89° 16′ 37″ E / 26.08888889, 89.2769444426° 05′ 20″ Nord 89° 16′ 37″ Est / 26.08888889, 89.27694444  

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 Différences entre dessin et blasonnement : Expédition militaire britannique au Tibet (1903-1904).

L'expédition militaire britannique au Tibet entre 1903 et 1904 est une invasion du Tibet par l'Armée des Indes britanniques, dont la mission était d'établir des relations diplomatiques et commerciales entre le Raj britannique et le Tibet. Au XIXe siècle, les Britanniques vainquent la Birmanie, le Bhoutan, et le Sikkim, occupant tout le flanc sud du Tibet, qui demeure le seul royaume de l'Himalaya libre de l'influence britannique. En outre, le gouvernement britannique tentait de traiter directement avec le Tibet malgré l'invasion chinoise du Tibet; bien que les efforts répétés visant à établir des relations et des liens commerciaux avec le Tibet aient échoué. Le motif de l'expédition britannique au Tibet découle des ordres de Lord George Curzon, gouverneur général des Indes.

L'expédition devait étouffer une possible influence russe au Tibet. En avril 1903, les Britanniques reçoivent l'assurance claire du gouvernement russe qu'il n'avait pas d'intérêt au Tibet. « En dépit cependant des assurances russes, Lord Curzon continue de faire pression pour l'envoi d'une mission au Tibet », fait remarquer un haut responsable politique britannique[1]. À partir du Kampa Dzong, l'expédition combattit jusqu'à Gyantsé et finalement prit Lhassa, au cœur du Tibet. Le dalaï-lama fuit pour sa sécurité, d'abord en Mongolie et plus tard en Chine; mais des centaines de tibétains armés de vieillottes armes à chargement par la gueule et d'épées, fauchés par des fusils modernes et des mitrailleuses Maxim. L'expédition contraignit les officiels tibétains locaux restant à signer la convention entre la Grande-Bretagne et le Tibet (1904).)[2]. La mission fut reconnue en tant qu'expédition militaire par le gouvernement de l'Inde britannique, « qui émet une médaille de guerre pour elle. »[3]

Le cheminement vers la guerre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grand Jeu (géostratégie).

Les causes de la guerre demeurent obscures, et elles semblent avoir été provoquées essentiellement par des rumeurs qui circulaient parmi l'administration britannique se trouvant à Calcutta (Delhi n'étant pas la capitale avant 1911) indiquant que gouvernement chinois (qui gouvernait nominalement le Tibet) planifiait de la donner aux Russes, fournissant ainsi à la Russie un accès direct aux Indes britanniques, brisant la chaîne des États tampon montagneux semi-indépendants qui séparent l'Inde de l'Empire russe au nord. Ces rumeurs ont été confortées par des faits, en l’occurrence l'exploration russe du Tibet. L'explorateur russe Gombojab Tsybikov était le premier photographe de Lhassa, y résidant de 1900 à 1901 avec l'aide du courtisan russe du treizième dalaï-lama, Agvan Dorjiev.[réf. nécessaire]

Compte tenu des rumeurs, le vice-roi, Lord Curzon, en 1903 envoie une demande aux gouvernements de Chine et du Tibet pour des négociations qui se tiendraient à Khampa Dzong, un petit village tibétain au nord du Sikkim pour établir des accords commerciaux. Les Chinois y sont disposés et ordonnent au treizième dalaï-lama d'y assister. Cependant le dalaï-lama refuse, tout comme le fait de fournir le moyen de transport permettant à l'amban (l'officiel chinois se trouvant à Lhassa), You Tai, d'y aller. Curzon en conclut que la la Chine n'a aucun pouvoir ni aucune autorité pour obliger le gouvernement tibétain, et obtînt l'approbation de Londres pour envoyer une expédition militaire, commandée par le Colonel Francis Younghusband, à Khampa Dzong[4]

Le 19 juillet 1903, Younghusband arrive à Gangtok, capitale de l'État indien du Sikkim, pour préparer sa mission. Une lettre du sous-secrétaire du gouvernement indien à Younghusband le 26 juillet 1903 déclare que « en cas de rencontre avec le dalaï-lama, le gouvernement indien vous autorise à lui donner l'assurance dont vous faîtes part dans votre lettre »[5]. Les Britanniques prirent quelques mois pour préparer l'expédition qui la pressait dans les territoires tibétains début décembre 1903. La force britannique comptait en totalité plus de 3 000 combattants et était accompagnée de 7 000 sherpas, porteurs et sympathisants. Les autorités britanniques avaient également pensé à la difficulté des combats en montagne et envoya alors une force avec plusieurs soldats Gurkhas et Pachtounes issues des régions montagneuses[6]. L'autorisation pour l'opération fut reçue de Londres, mais on ne sait si le gouvernement Balfour était complètement conscient de la difficulté de l'opération, ou de l'intention des Tibétains de résister.[réf. nécessaire]

Les Tibétains étaient au courant de l'expédition. Pour éviter un carnage, le général tibétain de Yadong s'engage à ne pas attaquer les Britanniques si ceux-ci ne mènent aucune attaque contre les Tibétains. Le colonel Younghusband répond le 6 décembre 1903 que « nous ne sommes pas en guerre avec le Tibet et qu'à moins d'être nous-mêmes attaqué, nous n'attaquerons pas les Tibétains ».[réf. nécessaire]

Alors qu'aucun officiel tibétain ou chinois ne rencontra les Britanniques à Khapma Dzong, Younghusband avance, avec quelque 1 150 soldats, 10 000 porteurs et manœuvres, et des centaines de bêtes de somme, à Tuna, à 50 miles au-delà de la frontière. Après une attente de plusieurs mois, souhaitant en vain y rencontrer les négociateurs, l'expédition reçut l'ordre (en 1904) de continuer vers Lhassa[7].

Le gouvernement du Tibet, guidé par le treizième dalaï-lama fut alarmé de la présence d'une grande puissance étrangère âpre au gain envoyé en mission militaire vers sa capitale et commença le rassemblement de ses forces armées.

L'avancée[modifier | modifier le code]

L'armée britannique qui quitte Gnatong au Sikkim le 11 décembre 1903 est bien préparée pour le conflit à venir en raison de la longue expérience qu'elle a acquise dans les guerres aux frontières de l'Inde. Le commandant, le général de brigade James Macdonald, prend ses quartiers d'hiver à la frontière du pays, mettant ce temps à profit pour entraîner ses troupes à proximité de sources régulières d'approvisionnement en nourriture et en logement, avant d'avancer en ordre en mars, et de faire plus de 80 km jusqu'à ce que se présente le premier obstacle majeur le 31 mars au col de Guru, près du lac Bhan Tso.

Le massacre de Chumik Shenko[modifier | modifier le code]

Le 12 décembre 1903, a lieu la confrontation militaire qui est connue sous le nom de massacre de Chumik Shenko. Les Tibétains ne font pas le poids, leur armée étant essentiellement moyenâgeuse face à des Britanniques armés de mitrailleuses Maxim et de fusils à verrou[8].

Faisant face à l'avant-garde de l'armée de Macdonald et bloquant la route se dresse l'armée tibétaine armée de 3000 mousquets à platine à mèche rudimentaires et tapie derrière un mur de roches de 1,5 mètre, prête à tirer sur les forces britanniques empiétant sur leur territoire. Sur la dénivellation au-dessus, ils ont disposé sept ou huit sangars (emplacements rocailleux constituant une fortification temporaire)[9]. Leur général va à la rencontre de Younghusband et Macdonald, mais affiche son inexpérience en ne fortifiant pas le côté occidental du col, laissant ses soldats y être à la vue de ses adversaires. Il espère éviter l'effusion de sang, alors que la confrontation n'est pas encore une guerre et, peut-être en signe de bonne volonté, il ordonne, semble-t-il, à ses hommes d'éteindre la mèche de leurs mousquets, bien que le rallumage soit une opération longue et difficile. Macdonald refuse de se ranger aux mises en garde du général tibétain et envoie les soldats Sikhs et Gurkhas désarmer les forces tibétaines, lesquelles, bien que ne pouvant pas résister à leur avance à cause de l'extinction de leurs mèches, refusent de rendre les armes, il en résulte une rixe au milieu des sangars qui, bien que violente, n'est pas encore mortelle.

C'est à ce stade que la guerre éclate de façon irrémédiable, et ce bien que sa cause n'ait jamais été établie et ne le sera probablement jamais. Les explications britanniques insistent sur le fait que le général tibétain se mit en colère à la vue de l'évolution de la rixe et tira sur un soldat Sikh au visage au lieu d'abandonner son pistolet moderne, provoquant de la part des camarades du soldat une violente riposte qui agrava rapidement la situation. Les explications des Tibétains diffèrent, affirmant que les Britanniques persuadèrent le général d'éteindre les mèches de ses troupes et qu'une fois que cela fut fait, les Britanniques commencèrent à tirer les premiers de toute façon, le tir fatal du pistolet du général ne se produisantt que lorsque la bataille s'engagea. Quelle que soit la vérité sur la bataille, le combat proprement dit ne dure pas longtemps. Une fois désarmées, les forces tibétaines tentent de battre en retraite, mais se retrouvent empêtrées et gênées par le paysage escarpé, ce qui les met à la portée des tirs des régiments Sikh et Gurkha ainsi qu'à ceux, mortels, des mitrailleuses Maxim britanniques. En dépit de cette attaque foudroyante, les forces tibétaines refluent en bon ordre, refusant de tourner le dos ou de courir et ripostant à la baïonnette à la cavalerie qui les poursuit. À un demi mile du champ de bataille, les forces tibétaines atteignent un abri et sont autorisées à se retirer par le général de brigade Macdonald. Derrière elles, elles laissent entre 200 et 700 victimes et 168 blessés, dont 148 survivront, soignés en tant que prisonniers par les antennes chirurgicales britanniques. Parmi les morts, il y a le général qui prit la décision impétueuse et inexpérimentée d'éteindre les mousquets, contribuant au désatre. Du côté britannique, il y eut douze victimes[10].

Les soldats britanniques fauchèrent les Tibétains avec des mitrailleuses alors qu'ils fuyaient. "Je fus si malade de ce massacre que j'ai cessé le feu alors que l'ordre du général était de faire une aussi grande tuerie que possible," écrivit le Lieutenant Arthur Hadow, commandant du détachement de mitrailleuses Maxim. "Je souhaite ne plus avoir à abattre des hommes qui fuient."[11]

Au cours de cette bataille et des suivantes, les Tibétains portaient des amulettes, leurs lamas leur ayant promis qu'ils seraient protégés de tout préjudice comme par magie. Après une bataille, les Tibétains survivants montraient une confusion profonde sur l'inefficacité de ces amulettes[10].

Dans un télégraphe à son supérieur en Inde, le jour suivant le massacre, Younghusband déclara : "J'espère que la terrible punition qu'on leur a infligée empêche la poursuite des combats, et les amène enfin à négocier."

L'avancée continue[modifier | modifier le code]

Passé le premier obstacle et avec une impulsion accrue, la force de Macdonald traversa les défenses abandonnées de Kangma une semaine plus tard, et le 9 avril essaya de franchir le Red Idol Gorge qui avait été fortifié pour empêcher le passage. Macdonald ordonna à ses troupes Gurkha d'escalader les versants escarpés de la gorge et se débarrasser des forces tibétaines nichées en haut des falaises. Aussi, ils commencèrent, mais bientôt se perdirent dans un fort blizzard, stoppant toute communication avec les forces Gurkha. Des heures plus tard, les forces en bas du col rencontrèrent des tirs et un échange désordonné continua jusqu'à ce que l'assaut cesse, aux environs de midi, les Gurkhas ayant par chance trouvé une voie vers une position au-dessus des troupes tibétaines. Ainsi, confrontés aux tirs des deux côtés, les soldats Sikh grimpèrent sur la montagne, les Tibétains reculèrent et vinrent de nouveau sous les tirs nourris de l'artillerie britannique puis battirent en retraite en bon ordre, laissant derrière eux 200 morts. Les pertes britanniques furent de nouveau négligeables.

Il était évident que la mission allait être contestée quasiment à chaque col et village traversé, un problème pour Macdonald qu'il essayait de résoudre en dispersant ses forces, en unités de plusieurs centaines dispersées en différents endroits sur sa route menant aux plus petits postes de défenses tibétaines afin d'accélérer le passage de la force principale. Deux combats mineurs se produisirent vers cette date, une le 5 mai dans une ferme fortifiée nommée Chang Lo où près de 800 Tibétains furent impliqués dans l'assaut d'une la garnison britannique du fort, alertée par les cris de guerre tibétains le temps de former les rangs et repousser les assaillants avec 160 morts. L'autre accrochage, le 9 mai fut certainement l'action la plus violente: une position tibétaine au col de Garo (19000 pieds au-dessus du niveau de la mer) fut prise d'assaut par les Gurkha qui escaladaient une falaise verticale sous les tirs pour déjouer les manœuvres des Tibétains qui repoussaient la charge des soldats Gurkhas, Sikhs et Britanniques. Pour une fois, les victimes furent plus uniformément réparties, bien que les Tibétains aient encore beaucoup souffert.

Au cours des deux mois suivants, Macdonald rassembla ses forces près de Chang Lo et franchit les obstacles mineurs avec l'intention d'attaquer le principal bastion tibétain du Dzong de Gyantsé. Une fois cet obstacle franchit, la route de Lhassa serait alors ouverte, en raison du déplacement de faibles forces tibétaines occupées à disperser la force britannique. Le Dzong Gyantsé était toutefois trop solide pour qu'une petit unité en prenne possession car il donnait sur les routes d'approvisionnement britanniques, ce qui en fit la principale cible de l'armée de Macdonald. Le 28 juin, l'obstacle final empêchant l'assaut fut franchi quand un monastère fortifié qui en couvrait l'approche fut pris bâtiment par bâtiment par les soldats Pachtounes.

Les réponses tibétaines à l'invasion s'étaient jusqu'alors totalement appuyées sur des défenses statiques et des tirs isolés venant des montagnes au passage des forces britanniques mais aucune ne s'était révélée efficace, et mis à part l'assaut raté de Chang Lo deux mois auparavant qui n'avait débouché sur aucune attaque contre les positions britanniques ni à des mouvements agressifs contre l'armée assiégeante. Cette attitude était un mélange de crainte justifiée face aux mitrailleuses Maxim et en partie dans la foi en la solidité de la roche pour défense, mais à chaque bataille ils ont été déçus principalement par leur faible armement et l'inexpérience des officiers.

La prise du dzong de Gyantse[modifier | modifier le code]

La forteresse de Gyantsé aujourd'hui

Le dzong de Gyantsé était une imposante forteresse bien protégée, ayant les meilleures troupes tibétaines et la seule artillerie du pays, commandé à partir d'une position défensive élevée au-dessus de la vallée. Les Britanniques n'avaient pas le temps pour un long siège soutenu, aussi Macdonald proposa que des feintes pourraient éloigner les soldats tibétains des murs plusieurs jours avant qu'un bombardement d'artillerie avec des armes spécifiques ne crée une brèche, qui pourrait être prise d'assaut immédiatement par sa force principale. Ce plan fut exécuté le 4 juillet, quand les Gurkha capturèrent plusieurs batteries d'artilleries à proximité de la forteresse en escaladant les parois verticales sous les tirs, un exploit réalisé avec une impressionnante fréquence.

L'assaut final, le 6 juillet, ne se déroula pas comme prévu, les murs tibétains étaient plus solides que ce que l'on croyait auparavant. Il a fallu onze heures pour le franchir. La brèche n'était pas terminée à 16 heures, heure à laquelle l'assaut avait une petite chance de réussir avant la tombée de la nuit. Comme les Gurkhas et les Royal Fusiliers étaient chargés de briser le mur, ils se trouvaient sous les tirs lourds et eurent quelques victimes. Après plusieurs tentatives infructueuses pour franchir les murs, deux soldats réussirent à se faufiler par une étroite brèche sous les tirs des défenseurs. Quoique blessés tous les deux, ils tinrent leur position, permettant aux troupes qui les suivaient de passer à leur tour et d'emporter les défenses tibétaines.

Connaissant à présent le pouvoir des armes britanniques sur une force vaincue, les Tibétains battirent en retraite en bon ordre du fort, permettant aux Britanniques de contrôler la route menant à Lhassa, mais Macdonald refusa cette déroute, qui aurait pu être une menace constante (bien que ce n'eut jamais été un grave problème) pour l'arrière britannique pour le reste de la guerre.

Les deux soldats qui cassèrent le mur du Dzong de Gyantsé furent récompensés. Le Lieutenant John Duncan Grant reçut la seule Croix de Victoria décernée pour cette expédition, pendant que Havildar Pun reçut l'Ordre du Mérite indien de première classe (équivalent à la Croix de Victoria pour les militaires indiens qui ne furent pas éligibles à la Croix de Victoria avant la Première Guerre mondiale).

Entrée à Lhassa[modifier | modifier le code]

Les Britanniques sont entrés en triomphe au Potala
Francis Younghusband menant les forces britanniques à Lhassa en 1904

Younghusband prit alors le commandement de la mission, les routes ayant été sécurisées avec succès. Il prit pour sa procession vers Lhassa près de 2 000 soldats, tous ceux qui ne sont pas utiles à la protection de la route du retour vers le Sikkim. Traversant visiblement plusieurs endroits fortifiés servant de guet-apens, sans incident et retraversant le col de Garo, l'armée arriva à Lhassa le 3 août 1904 découvrant que le treizième dalaï-lama avait fui à Oulan-Bator, capitale de la Mongolie du Nord. Pour cela, le gouvernement chinois le déchut de ses titres et donnèrent son poste à leur amban en le signifiant via des avis autour de Lhassa que le dalaï-lama avait été destitué et que l'amban était maintenant le responsable. Bien que les Tibétains détruisirent les avis, les officiels tibétains ignorèrent l'amban.

L'amban escorta les Britanniques dans la ville avec sa garde personnelle mais les informa qu'il n'avait aucune autorité pour négocier avec eux. Les Tibétains lui dirent que seul le dalaï-lama absent avait l'autorité pour signer un quelconque accord. Mais Younghusband intimida le régent, Ganden Tri Rinpoche, et d'autres responsables locaux qu'ils pourraient se réunirent comme un gouvernement ad hoc, pour signer unilatéralement une ébauche de traité, appelé par la suite accord Anglo-Tibétain de 1904. Il fut signé avec des responsables laïques et religieux du gouvernement tibétain, dont des représentants de trois monastères (Séra, Drepung, et Ganden). Il permet aux Britanniques de commercer à Yadong, Gyantsé, et Gartok; exigeant du Tibet le paiement d'une importante indemnité (500 000 livres, par la suite cette somme fut réduite), cédant la vallée de Chumbi au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande jusqu'à ce qu'ils soient payés ; reconnaître officiellement la frontière entre le Sikkim et le Tibet; et déclarer que le Tibet ne devrait avoir aucune autre relation avec une autre puissance étrangère (transformant le Tibet en un protectorat britannique)[12]. Le régent fit remarquer que « Quand on a connu le scorpion (signifiant la Chine), la grenouille (signifiant le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande) est divine ».

L'amban rejette publiquement le traité, et plus tard le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande annonce qu'il a toujours accepté les revendications chinoises de l'autorité sur le Tibet. Le vice-roi par intérim, Lord Ampthill, réduisit les indemnités des deux tiers et assoupli considérablement les termes par d'autres moyens ainsi. Les dispositions du présent traité de 1904 furent révisées dans la convention anglo-chinoise de 1906, signée entre le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande et la Chine[13]. Les Britanniques, moyennant une rémunération de la part de la cour de l'Empereur Qing, s'accordent aussi à « ne pas annexer le territoire tibétain ou d'interférer dans l'administration du Tibet » tandis que la Chine s'engageait « à ne permettre à aucun autre pays étranger d'interférer avec le territoire ou l'administration interne du Tibet »[14],[15],[16].

Conclusion de la campagne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Traité de Lhassa.

La mission britannique part fin septembre 1904, après une présentation cérémoniale de cadeaux. En fait, aucun des deux camps ne pouvait être mécontent de l'issue de la guerre. Le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande avait « gagné » et reçu les accords désirés, mais sans réellement recevoir de résultats tangibles. Les Tibétains avaient perdu la guerre mais avaient vu la Chine humiliée dans son inefficacité à défendre son État frère d'une incursion étrangère, et a pacifié l'envahisseur en signant un traité inapplicable et en grande partie hors de propos. Les troupes tibétaines capturées furent toutes libérées, sans condition à l'issue de la guerre, beaucoup après avoir reçu un traitement médical.

En fait, ce fut la réaction à Londres qui fut la plus féroce dans la condamnation de la guerre. En période édouardienne, les guerres coloniales étaient devenues de plus en plus impopulaires et les opinions politiques et publiques étaient mécontentes d'une entrée en guerre pour de si faibles raisons comme celles avancées par Curzon, et avec le début des combats, qui fut décrit au le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande comme étant le massacre délibéré d'hommes sans arme. Seul le soutien que leur a donné le roi Édouard VII a fourni à Younghusband, Macdonald, Grant et les autres la reconnaissance qu'ils ont fini par recevoir pour ce qui était un exploit tout à fait remarquable des armes, prendre une armée sur une telle distance, en haute altitude, menée par de courageux défenseurs en temps de gel dans des situations difficiles et qui atteint tous ses objectifs en seulement six mois, perdant seulement 202 hommes au combat et 411 d'autres causes. Les victimes tibétaines n'ont jamais été dénombrées.

Composition des forces[modifier | modifier le code]

La composition des forces en présence explique beaucoup sur l'issue du conflit à venir. Les soldats tibétains étaient presque tous des paysans rapidement impressionnés, qui manquaient d'organisation, de discipline, d'entrainement et de motivation. Seule une poignée de leurs plus dévouées unités, composées de moines armés généralement d'épées et de jingals s'avère être efficace et ils étaient en si petit nombre qu'ils ont été incapables d'inverser le cours de la bataille. Ce problème fut accentué par les généraux qui commandaient les forces tibétaines, qui semblaient en admiration devant les Britanniques et qui ont refusé de faire toute manœuvre offensive contre le petit convoi souvent dispersé. Ils ont manifestement échoué à défendre correctement leurs obstacles naturels face à la progression britannique, offrant souvent bataille en terrain relativement découvert, là où les mitrailleuses Maxim et les salves des armes causèrent un grand nombre de victimes.

Par contre, les troupes indiennes et britanniques étaient expérimentées, comprenant des vétérans de guerre en montagne sur la frontière du nord-ouest, leur commandant en fait d'ailleurs partie. Parmi les unités à sa disposition dans les 3 000 éléments composant la force, se trouvent le 8e régiment d'infanterie Gurkha, le 40e régiment d'infanterie Pachtoune, 23e et 32e régiments d'infanterie Sikh, 19e régiment d'infanterie Punjab et les Royal Fusiliers, de même l'artillerie de montagne, des ingénieurs, des détachements des mitrailleuses Maxim provenant de quatre régiments et des milliers de porteurs recrutés au Népal et au Sikkim. Officiers expérimentés et équipements modernes et bien entretenus ainsi qu'un moral à toute épreuve, leur permirent de vaincre les troupes tibétaines à chaque confrontation.

Butin de l'expédition[modifier | modifier le code]

David Macdonald, qui, dans le cadre de l'Expédition, fut l'assistant doublé d'un interprète du lieutenant-colonel Laurence Waddell, rapporte, dans son livre intitulé Twenty Years in Tibet, qu'il fut chargé de collecter, classer et cataloguer, pour le compte du Musée britannique et de la Bibliothèque Bodléienne, les livres et les objets d'art pris dans les monastères et les dzongs et transportés en Inde sur le dos de 400 mules : « En janvier 1905, j’ai été envoyé à Calcutta pour classer des livres et des trésors que d’autres et moi-même avions rapportés du Tibet à l'aide de plus de 400 mules. Ce butin comprenait des classiques bouddhiques, des statues de Bouddha, des œuvres religieuses, des casques, des armes, des livres et des céramiques. Le gros des céramiques furent envoyées à des spécialistes pour examen. Tous ces trésors furent conservés au Musée de l’Inde, où je travaille, et plus tard, au Musée britannique, au musée de l’Inde, à la Bibliothèque bodléïenne et la Bibliothèque administrative indienne »[17],[18],[19].

Les conséquences[modifier | modifier le code]

Les Tibétains en fait ne sont pas juste indisposés à satisfaire le traité ; ils sont également incapables d'exécuter plusieurs de ces dispositions. Le Tibet n'a aucune substantielle marchandise pour le commerce international et a déjà accepté les frontières de ses voisins. Néanmoins, les dispositions du traité de 1904 ont été confirmées par un traité en 1906 (la convention anglo-chinoise de 1906) signé par le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande et la Chine. Les Britanniques, moyennant une rémunération de la part de la cour de l'Empereur Qing, s'accordent aussi à « ne pas annexer le territoire tibétain ou d'interférer dans l'administration du Tibet », alors que la Chine s'engageait « à ne permettre à aucun autre pays étranger d'interférer avec le territoire ou l'administration interne du Tibet »[14],[15]. Début 1910, L'empereur Qing de Chine envoie une expédition militaire de sa propre initiative au Tibet pour une administration directe. Cependant la dynastie Qing fut renversée avec la Révolution chinoise de 1911, qui commença en octobre 1911. Bien que les forces chinoises partirent encore une fois en 1913, la Première Guerre mondiale isola le Tibet et réduisit l'influence occidentale et l'intérêt avec la prise de pouvoir communiste en Russie. En 1950, ni les Britanniques ni les Indiens ne sont capables ou ne veulent s'impliquer lors du retour des forces chinoises. Le poste d'agent commercial britannique à Gyangzé fut occupé de 1904 jusqu'en 1944. Il fallut attendre 1937, avec la création du poste de « chef de la mission britannique à Lhassa », pour qu'un officier britannique eut une affectation permanente à Lhassa même[20]. Les Britanniques semblent avoir mal interprétés la situation militaire et diplomatique et les Russes n'avaient pas les desseins sur l'Inde que les Britanniques prévoyaient et la campagne était politiquement obsolète avant que cela ne commence. Cela eut cependant, « un effet profond sur le Tibet, le changeant pour toujours, et pour le pire, faisant beaucoup pour contribuer à la perte d'innocence du Tibet. »[21]

Les interprétations ultérieures[modifier | modifier le code]

Les historiens chinois écrivent que l'opposition héroïque des Tibétains face aux Britanniques n'était pas par loyauté envers le Tibet, mais envers la Chine. Ils déclarent que les troupes britanniques ont pillé et brûlé, que l'intérêt britannique pour des relations commerciales n'était qu'un prétexte pour annexer le Tibet, une étape vers l'objectif ultime, l'annexion de la Chine entière et que les Tibétains anéantirent les forces britanniques, Younghusband s'échappant avec seulement un peti cortège[22]. Le gouvernement chinois a transformé l'épisode du Dzong Gyantze en une « résistance face au British Museum » mettant en avant cette vision, tout comme sur d'autres sujets comme la rude vie supportée par les serfs tibétains qui aimaient profondément leur mère-patrie chinoise[23] La Chine traite également l'invasion dans le cadre de son « siècle d'humiliation » aux mains des puissances occidentales et japonaises et la défense en tant que résistance chinoise, alors que de nombreux Tibétains s'en souviennent comme un exercice de légitime défense tibétaine et un acte d'indépendance face à la dynastie Qing en tant que dynastie qui s'effondrait[24].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Charles Bell, Tibet Past and Present, CUP Motilal Banarsidass Publ.,‎ 1992 (ISBN 81-208-1048-1, lire en ligne), p. 66
  2. Convention Between Great Britain and Tibet (1904)
  3. (en) Charles Bell, Tibet Past and Present, CUP Motilal Banarsidass Publ.,‎ 1992 (ISBN 81-208-1048-1, lire en ligne), p. 68
  4. John Powers (2004) History as Propaganda: Tibetan exiles versus the People's Republic of China. Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-517426-7), p. 80
  5. Charles Allen, Duel in the Snows, p.28
  6. Charles Allen, p.31
  7. Powers (2004), p. 80.
  8. Charles Allen, Duel in the Snows, J. Murray, 2004.
  9. Fleming (1961); p. 146.
  10. a et b Powers (2004), p. 81.
  11. Virtual Tibet: Searching for Shangri-La from the Himalayas to Hollywood, page 195
  12. Powers 2004, pg. 82
  13. Anglo-Chinese Convention
  14. a et b Convention Between Great Britain and China Respecting Tibet (1906)
  15. a et b Bell, 1924, p. 288.
  16. Powers 2004, pp. 82-3
  17. (en) Michael Carrington, Officers, Gentlemen and Thieves: The Looting of Monasteries during the 1903/4 Younghusband Mission to Tibet, in Modern Asian Studies, 37, 1 (2003), pp. 81–109 : « [L. Austin] Waddell then, would be the perfect man for the job of Chief Medical Officer to the Tibet mission and after representations to the Government of India was chosen to be the official collector of materials for the British Museum. He was to be assisted by David Macdonald, an employee of the Government of India, Macdonald was the son of a Scot with a Sikkimise mother and he would be extremely useful as he spoke fluent Tibetan. »
  18. (en) Tim Myatt, Trinkets, Temples, and Treasures: Tibtan Material culture and the 1904 British Mission to Tibet, in Revue d’études tibétaines, numéro 21, octobre 2011, pp. 123-153, p. 137 : « [...] David Macdonald (1870–1962)71 who writes, “in January 1905 I was sent to Calcutta to categorise books and treasures, which others and I gathered in Tibet and were brought back using more than 400 mules. They included Buddhist classics, statues of Buddha, religious works, helmets, weapons, books, and ceramics. The bulk of ceramics were sent to specialists for examination. All these treasures were formerly preserved in the India Museum, where I worked, and later in the British Museum, the Indian Museum, the Bodleian Library and the Indian Administrative Library.” »
  19. (en) Peter Richardus, Alex McKay, Tibetan lives: three Himalayan autobiographies, Routledge, 1998, 223 p., p. xvi : « Macdonald first served as a translator on the Younghusband mission. »
  20. McKay, 1997, pp. 230–1.
  21. Martin Booth, review of Charles Allen, Duel in the Snows, The Sunday Times.
  22. Powers 2004, pp. 84-9
  23. Powers 2004, pg. 93
  24. "China Seizes on a Dark Chapter for Tibet", by Edward Wong, The New York Times, 9 août 2010 (10 août 2010 p. A6 of NY ed.). Consulté le 10 août 2010.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Edmund Candler (1905) The Unveiling of Lhasa. New York; Londres, Longmans, Green, & Co; E. Arnold
  • Michael Carrington, (2003) "Officers, Gentlemen and Thieves: the looting of monasteries during the 1903/4 Younghusband Mission to Tibet", in: Modern Asian Studies; 37, 1 (2003), p. 81-109
  • Peter Fleming (1961) Bayonets to Lhasa Londres, Rupert Hart-Davis (reprinted by Oxford U.P., Hong Kong, 1984 (ISBN 0-19-583862-9))
  • Patrick French, (1994) Younghusband: the Last Great Imperial Adventurer. Londres, HarperCollins (ISBN 0-00-637601-0)
  • Peter Hopkirk (en) (1990) The Great Game: on secret service in high Asia. Londres, Murray (Reprinted by Kodansha International, New York, 1992 (ISBN 1-56836-022-3) sous The Great Game: the struggle for empire in central Asia)
  • Edwin Herbert (2003) Small Wars and Skirmishes, 1902-18. (ISBN 1-901543-05-6)
  • John Powers (2004) History as Propaganda: Tibetan exiles versus the People's Republic of China. Oxford University Press (ISBN 978-0195174267)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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