Theodor Bibliander

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Theodore Bibliander, portait imaginaire, 1860.

Theodor Buchmann ou Theodor Bibliander[1] parfois surnommé Bibliander, né à Bischofszell en 1504 et mort à Zurich le , était un théologien réformé, bibliste, philologue, humaniste et orientaliste suisse.

Figure de l'universalisme du XVIe siècle, successeur à Zurich de Zwingli dans l'enseignement de l'Ancien Testament, Théodore Bibliander est notamment célèbre par l'importance de ses ouvrages comptant la première et monumentale édition latine du Coran ainsi qu'une grammaire hébraïque révolutionnaire pour son époque.

Biographie[modifier | modifier le code]

Theodor Buchmann est né dans une famille de notables de la région de Thurgovie. C'est le fils de Hans Buchmann, un conseiller et amman du chapitre de la ville de Bischofszell. Poussé par son frère Heinrich à entreprendre l'étude des langues, il reçoit à Zurich le enseignements de grands érudits dans une ville passée à la réforme protestante : outre le latiniste Oswald Myconius et l'helléniste et hébraïsant Jakob Wiesendanger dit Ceporinus, il a pour professeurs Leo Jud et Ulrich Zwingli. Dès 1523, il s'initie à Zurich aux commentaires publics de la Bible avant de rejoindre Bâle en 1525 pour y suivre pendant deux ans les leçons des commentateurs en hébreu de l'Ancien Testament, les théologiens réformés Œcolampade et Conrad Pellican.

Recommandé au prince Frédéric II de Liegnitz par Zwingli, il enseigne ensuite pendant deux ans à l'école supérieure de Liegnitz en Silésie puis quelques mois à l'école latine de Brugg. Rentré à Zurich en 1529, il s'installe chez son frère où il approfondit ses connaissances linguistiques et prépare une grammaire de l'hébreu. À la mort de Zwingli, en 1531, il succède à ce dernier à la chaire d'Ancien Testament – qui consiste alors à commenter la Septante – à l'école de théologie locale pour une place qu'il occupera pendant près de trente ans. Philologue érudit, étudiant aussi bien les langues sémitiques que les langues populaires et nationales tout en défendant l'allemand jugé barbare par beaucoup de contemporains, le savant acquiert une grande réputation de philologue et d'exégète biblique et son enseignement se diffuse largement à travers ses élèves.

Il prend part aux débats religieux qui bouleversent la chrétienté du temps : critique de l'Église catholique romaine et les autorités romaines, il oppose au concile de Trente l'ouvrage De legitima vindicatione Christianismi (1553) qui pose l'Angleterre anglicane comme une terre exemplaire des libertés chrétiennes, et critique le pape qu'il considère comme l'Antéchrist. Il s'oppose catégoriquement au rigorisme de Pierre Martyr Vermigli, tenant strict du calvinisme[2], en restant attaché à l'idée théologique de prédestination, qui mène selon lui au salut universel qui lui fait étendre le Royaume de Dieu à l'ensemble des peuples de la terre, dans une idée universaliste inscrite dans le sillage d'Érasme mais qui reste évidemment conditionnée à la conversion des infidèles au christianisme. À la suite de ces différends, Bibliander se voit alors relevé de ses fonctions d'enseignant en 1560, au prétexte d'une baisse de ses capacités intellectuelles. Il meurt quatre ans plus tard de la peste.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Déployant tout au long de sa carrière une intense activité éditoriale et épistolaire, il publie une importante grammaire hébraïque – Institutionum grammaticarum de lingua Hebraea liber unus – à partir de 1535, un recueil des lettres de ses maîtres Zwingli d'Œcolampade en 1536 et poursuit la traduction latine de la Bible inachevé de Leo Jud, interrompu par la mort en 1542. Il est également l'auteur de commentaires sur l'Apocalypse en 1545.

En 1543, son édition de la version latine du Coran traduit par Robert de Ketton quatre cent ans plus tôt – légèrement remaniée par lui et préfacée par Melanchthon – vaut l'emprisonnement à son imprimeur bâlois[3], le célèbre Jean Oporin dit Oporinus[4] mais permet aux érudits européens d'avoir accès au texte fondateur de l'islam, quelques années après la poussée ottomane parvenue jusqu'à Vienne en 1529 et alors que François Ier a signé un traité d’alliance avec Soliman le Magnifique en 1536. Cette publication qui est accompagnée de réfutations, d'explications et d'informations sur la vie et les mœurs des musulmans et qui est à l'origine entre autres de la première version en italien du vénitien Andrea Arrivabene (1547) – issue également des milieux réformateurs –, fait date et participe probablement des développements ultérieurs de l'orientalisme fondés sur les études de la philologie arabe et de l'étude de l'islam.

En 1548, il publie De ratione communi omnium linguarum et literarum commentarius dans lequel, par l'étude de langues européennes et orientales, il souligne une communauté de fond tant linguistique que religieuse, ce qui fait de lui également l'un des précurseurs de la grammaire comparée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bibliander signifie « l'homme du livre », traduction en grec classique de son nom allemand, buch (livre) mann (homme)
  2. cette appellation est évidemment ici anachronique
  3. article en ligne (fr) « Jean Christophe Saladin, « Euripide luthérien ? », in Mélanges de l'École française de Rome. Italie et Méditerranée, tome 108, n°1. 1996. p. 160 », sur www.persee.fr (consulté le 24 mai 2010)
  4. En latin Johannes Oporinus. Ce grand érudit est assistant de Paracelse puis enseigne le latin à l'université de Bâle. Il s'associe avec les imprimeurs Thomas Platter, Robert Winter et Wolfgang Lasius avant de travailler seul.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Institutionum grammaticarum de lingua Hebraea liber unus, Zurich, 1535
  • De optimo genere grammaticorum Hebraicorum, Hieronymus Curio, Zurich, 1542
  • Machumetis Saracenorum principis eiusque successorum vitae ac doctrina ipseque Alcoran, Johannes Oporin, Bâle, 1543, 1550, ouvrage en ligne
  • Relatio fidelis, Johannes Oporin, Bâle, 1545
  • De ratione communi omnium linguarum et litterarum commentarius, Christoph Froschauer, Zurich, 1548
  • De ratione temporum, Johannes Oporin, Bâle, 1551
  • Temporum a condito mundo usque ad ultimam ipsius aetatem supputatio, Johannses Oporin, Bâle, 1558

Éditions contemporaines[modifier | modifier le code]

  • Henri Lamarque, Le Coran à la Renaissance. Plaidoyer pour une traduction. Introduction, traduction et notes de Henri Lamarques, éd. Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 2007

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Émil Egli, « Biblianders Leben und Schriften », in Analecta Reformatoria, n° 2, 1901, p. 1-144
  • Hartmut Bobzin, « Über Theodor Biblianders Arbeit am Koran (1542/1543) », in Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft, n°136, 1986, p. 347-363
  • Walter Killy, Literaturlexicon, vol. 1, éd. Bertelsmann, p. 491-492
  • J. Wayne Baker, « Theodor Bibliander », in The Oxford Encyclopedia of the Reformation, vol.1, 1996, p. 171-172
  • Henri Lamarque, article « Bibliander (Théodore Buchmann) », in Colette Nativel, Centuriae Latinae : cent une figures humanistes de la Renaissance aux Lumières offertes à Jacques Chomarat, éd. Librairie droz, 1997, p. 143-149, extraits en ligne

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources partielles[modifier | modifier le code]

  • Dictionnaire historique de la Suisse, articles Bibliander, Théodore et Oporin, Jean, version électronique du 24 mai 2010, ouvrage consultable en ligne
  • Henri Lamarque, Le Coran à la Renaissance. Plaidoyer pour une traduction. Introduction, traduction et notes de Henri Lamarques, éd. Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 2007, extraits en ligne
  • Victor Segesvary, L’Islam et la Réforme. Étude sur l'attitude des Réformateurs zurichois envers l'Islam, 1510-1550, éd. University Press of America, 2002 texte en ligne