Les Caprices de Marianne

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Les Caprices de Marianne
Illustration des Caprices de Marianne par Eugène Lami.
Illustration des Caprices de Marianne par Eugène Lami.

Auteur Alfred de Musset
Genre Tragi-comédie
Pays d'origine Drapeau de la France France
Lieu de parution Paris
Éditeur La Revue des Deux Mondes
Lieu de la 1re représentation Comédie-Française

Les Caprices de Marianne est une pièce de théâtre en deux actes d'Alfred de Musset. Appartenant au mouvement romantique, elle paraît le dans La Revue des Deux Mondes avant d'être créée à la Comédie-Française le .

Qualifiée de « comédie » par Musset, elle s'apparente en réalité plus au genre du drame.

L'histoire[modifier | modifier le code]

La pièce se passe à Naples (un Naples imaginaire). Elle raconte l'histoire de Cœlio, un jeune homme amoureux qui rêve de conquérir Marianne, épouse du juge Claudio. N'osant l'aborder, il tente d'abord d'utiliser l'entremise de la vieille Ciuta, qui n'obtient rien de la jeune femme que l'affirmation de sa fidélité conjugale. Cœlio fait alors en dernier recours appel à son ami Octave, viveur et libertin, cousin du mari de Marianne. Celle-ci continue de refuser ses avances mais elle tombe peu à peu amoureuse du messager : par caprice, elle lui offre même un rendez-vous où elle lui annonce sa décision de prendre un amant, mais surtout lui avoue à demi-mot son amour.

Octave, après une phase d'indécision et un échange de répliques ambiguës, décide de ne pas profiter de cette chance, jouant loyalement le jeu de son ami Cœlio qu'il envoie au rendez vous obtenu. Cependant Claudio, l'époux de Marianne soupçonne sa femme d'adultère. Il décide d'employer des spadassins (tueurs à gages) pour abattre l'amant dès qu'il approchera de la maison. Cœlio tombe dans le guet-apens et, avant de mourir assassiné, peut croire à la trahison de son ami en entendant Marianne trompée par l'obscurité l'accueillir du nom d'Octave.

Pendant la dernière scène, Octave est accablé et il renonce à sa vie de plaisirs et repousse sèchement l'amour que lui déclare alors Marianne.

Les personnages[modifier | modifier le code]

Les Caprices de Marianne ne met en scène que neuf personnages, avec des rôles plus ou moins importants : en effet, c'est le trio Marianne-Cœlio-Octave qui mène l'intrigue.

Claudio[modifier | modifier le code]

Claudio est le mari de Marianne, mais ce mariage n'est pas un mariage d'amour. Il est riche, il a du pouvoir, Il veut éliminer tous ceux qui tournent autour de sa jeune femme, comme, d'après lui, son cousin Octave. Claudio est juge et pourtant il engage des spadassins afin de tuer l'amant de sa femme. Claudio représente un véritable obstacle pour le trio Marianne-Cœlio-Octave, mais à la fin c'est lui qui triomphe : sa puissance, aussi bien que les conventions sociales, le mettent à l'abri de la Justice. Aussi Claudio, présenté au début comme un personnage burlesque, comme notable et mari (voir la scène avec Octave), apparaît finalement sous l'allure menaçante d'un homme déterminé et dangereux. Le thème du double dans Les Caprices de Marianne, acte 1 scène 1, évoque le personnage à double masque, personnage qui joue sur l'impression.

Marianne[modifier | modifier le code]

Très jeune, unie au juge Claudio dans un mariage très conventionnel et imposé, elle se montre une femme dévote et une épouse attachée à ses devoirs : bonne représentante des femmes de son temps. Parfaitement froide et irréprochable au début de la pièce, elle écarte les sollicitations dont elle est l'objet, mais s'agace non moins de l'attitude de son mari. Sa curiosité s'en éveille. Marianne n'est pas une femme libre, sa liberté, ce sera l'homme qu'elle choisira pour amant. On lui a imposé un mari, on ne lui imposera pas son amant. D'où son rejet de Cœlio qu'elle ne connait pas. Elle n'est pas bigote, elle va à la messe car c'est son unique possibilité de sortir, mais elle ne parle pratiquement pas de Dieu. Elle est consciente d'être au centre d'un jeu hypocrite où les uns lui reprochent sa cruelle indifférence aux déclarations d'amour et les autres suspectent sans motif sa vertu. Sa rencontre avec Octave est une fulgurance passionnée qui va les dépasser tous les deux et les détruire : tout le drame romantique du XIXe siècle. Ils tombent vraiment amoureux l'un de l'autre, cependant Octave va la repousser au nom de son amitié pour Cœlio, le double positif de sa jeunesse perdue. Les caprices sont la vision machiste des hommes sur son comportement, ils ne la comprennent pas, parce qu'ils ne la connaissent pas. Elle ne répond pas à leurs attentes : refusant la brutalité et la jalousie de son mari, refusant l'amour du premier inconnu venu, étant belle et leur restant inaccessible. La pièce est vue à travers le point de vue des hommes. On a envie qu'Octave défende son ami, et c'est pourquoi au début on déteste Marianne, pour la découvrir au fur et à mesure, sous la plume de Musset : la Femme.

Cœlio[modifier | modifier le code]

Cœlio est amoureux de Marianne. Il est le fils d'Hermia, la voisine de Claudio. Ce noble jeune homme cherche, pendant toute la pièce, à manifester son amour à Marianne : pour cela il utilise l'entremetteuse Ciuta puis sollicite l'intervention d'Octave, son ami. Mais malheureusement, c'est Octave qui sera aimé par Marianne. À la fin de la pièce, convaincu de son destin malheureux et de la trahison de son ami, Cœlio ne se dérobe pas à la mort. Il est représenté comme un héros romantique (c'est-à-dire un héros inadapté à son monde et qui représente le mal du siècle) lyrique, toujours enveloppé d'une auréole de mystère et de sombres pressentiments, dont la mort est tragique. Il est aussi considéré comme le « bon double » d'Octave.

Octave[modifier | modifier le code]

Octave montre pendant le premier acte son côté bohème, ivre et insouciant, même lors de la première rencontre avec Marianne, qu'il essaie de convaincre d'aimer Cœlio. Cependant, pendant le deuxième acte, son attitude se nuance, et peu à peu son masque tombe, pour découvrir un personnage sensible, et qui, voyant bien qu'il pourrait profiter de la situation, décide finalement de s'effacer pour laisser Marianne à Cœlio. Cette évolution trouve son aboutissement lors de la dernière scène, où, après la mort tragique de Cœlio, et devant la tombe de son ami, Octave se retourne contre Marianne pour une cruelle mise au point: « Je ne vous aime pas, Marianne. C'était Cœlio qui vous aimait.»

Hermia[modifier | modifier le code]

Hermia est la mère de Cœlio. Toutefois elle n'occupe pas une place de grande importance : elle n'apparaît que dans une scène (acte I, scène 2). Le passage où Hermia apparaît nous révèle la douce mélancolie de Cœlio par rapport à son enfance et le récit de cette mère permet de découvrir le funeste destin de son fils, véritable instrument du destin. En effet, lors de l'entrevue entre Cœlio et Hermia se révèlent de nombreux points communs entre leurs histoires, le récit d'Hermia permet donc une progression dramatique de la pièce.

Autres personnages[modifier | modifier le code]

  • Malvolio : intendant d'Hermia.
  • Tibia : valet de Claudio. Il essaye de convaincre son maitre de ne pas engager de spadassin pour tuer les amants de sa femme.
  • Ciuta : vieille domestique. Elle sert d'entremetteuse. En effet, au début de la pièce, elle tente de convaincre Marianne d'aimer Cœlio. Quand Octave devient le porte-parole de Cœlio, Ciuta tente d'insinuer le doute dans l'esprit de celui-ci pour discréditer Octave.
  • Pippo : valet de Cœlio.

La création[modifier | modifier le code]

Parue en 1833, la pièce ne sera jouée en France qu'en 1851 à la Comédie-Française, avec de nombreux changements imposés par la censure. En effet, l'œuvre était en partie considérée comme moralement reprochable, et sa construction qui méprisait les règles d'écriture existantes a choqué. Néanmoins, malgré les nombreux changements de décor qui ne peuvent ralentir le rythme, mais qui au contraire doivent être un facteur de dynamisme, la pièce est jouée de nos jours d'après sa version originale, véritablement hardie et nouvelle.

La précédente expérience théâtrale de Musset, La Nuit vénitienne (1830), avait été douloureuse pour l'auteur, le public de l'Odéon ayant assez mal accueilli les acteurs. Suzanne Béranger, qui tenait le premier rôle, avait eu la fâcheuse idée de s'appuyer sur un treillage vert dont la peinture était encore fraîche et s'était vue brusquement couverte de carreaux verdâtres de la ceinture jusqu'aux pieds ; le parterre avait alors poussé des cris d'animaux et Musset avait déclaré qu'il ne voulait plus que l'on joue ses pièces.

Le succès des Caprices de Marianne fit oublier l’échec de La Nuit vénitienne et détermina la Comédie-Française à puiser désormais dans le théâtre d'Alfred de Musset.

Analyse[modifier | modifier le code]

Intérêt de la pièce[modifier | modifier le code]

L'intérêt de la pièce réside notamment dans l'acte 2, scène 1. Nous assistons à une véritable joute verbale entre les deux personnages (Marianne et Octave). Cette scène incarne ce qu'on pourrait appeler une bataille des sexes, avec d'un côté Octave qui veut que Marianne tombe dans les bras de Cœlio, et de l'autre Marianne qui complaint le sort des femmes face au libertinage.

Registre[modifier | modifier le code]

Comédie ou tragédie ? Les deux notions sont présentes alternativement au long de la pièce tant du point de vue des scènes (comédie : acte I, scène 1 ou acte II, scène 1, entre Claudio et Octave ; tragédie : acte II, scène 6) que des personnages : certains sont plutôt burlesques (Tibia, Claudio, parfois et selon les interprétations), d'autres typiques de la tragédie (Cœlio), d'autres encore évoluent au long de la pièce pour devenir plus matures, plus « réels » (Octave; Marianne)

Cette alternance entre comédie et tragédie, mais aussi entre classicisme et romantisme est une caractéristique essentielle dans un théâtre dit moderne, puisqu'elle donne à la pièce une ressemblance avec la Vie, avec la complexité du quotidien.

Plus précisément cette pièce fait partie du genre drame romantique. Un genre très à la mode au XIXe siècle.

D'autre part, la pièce est volontairement localisée d'une manière floue dans le temps (dans une première édition une didascalie nous situe au XVIe s., alors qu'après la localisation dans le temps n'existe plus du tout, et que certains des thèmes abordés, comme un certain type de féminisme, remettent plutôt au XIXe s.) et dans l'espace (Naples plus imaginaire que réelle). Ceci lui octroie une portée beaucoup plus grande, visible encore de nos jours, l'immortalise, et si quelques clichés sont présents, ils ne servent que de références, comme déjà au temps de Musset.

De plus, la variété des questions traitées par les différents personnages ne cesse d'impressionner, ainsi que la manière de les traiter par chacun d'entre eux. C'est pour cela que l'on ne peut énoncer facilement le thème des "Caprices de Marianne" sans réduire l'œuvre à une insignifiance indigne. Parmi ses principaux sujets on peut pourtant distinguer : la condition de la femme dans la société, l'amour, la beauté, la religion, l'amitié, ou encore d'autres que l'on peut déceler dans les abondantes réflexions proposées par l'auteur.

Sur le plan de la forme, l'œuvre est remarquable : un texte riche et varié, qui sculpte les caractères des personnages avec précision et humour/lyrisme.

Représentations notables[modifier | modifier le code]

  • 1994 : Les Caprices de Marianne, mise en scène de Lambert Wilson au théâtre des Bouffes du Nord avec Lambert Wilson (Octave), Fabrice Michel (Cœlio), Anouk Ferjac (Hermia), Louis Navarre (Claudio), Laure Marsac (Marianne), Pierre Val (Tibia), Luciana Castellucci (Ciuta), Bernard Musson (Malvolio) et Denis Bénoliel (Tavernier).
  • 2009 : Les Caprices de Marianne, mise en scène de Sébastien Azzopardi, au Lucernaire. Avec Élisa Sergent (Marianne), Christophe de Mareuil (Octave), Grégoire Bourbier (Cœlio), Frédéric Imberty (Claudio), Richard Delestre (Tibia) et Cindy Rodrigues (Ciuta, Hermia).

Adaptation[modifier | modifier le code]

  • Les Caprices de Marianne, opéra français d'Henri Sauguet, créé en 1954.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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